‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 169 sur 238 · FIN DE LA DYNASTIE MONGOLE · texte numérisé non relu

FIN DE LA DYNASTIE MONGOLE

Les généraux et les troupes de Chün-

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TI ayant été vaincus par les révoltés chinois dans plusieurs grandes batailles, et la plupart des villes et des provinces s'étant jangées du côté du nouveau pouvoir national, l’empereur mongol, se voyant sur le point d’étre investi dans sa capitale, assembla les grands, les princes et princesses de sa cour, et leur déclara qu’il voulait se retirer en Tartarie. La nuit suivante, il prit la route du Nord et se rendit, avec sa cour, à Yng-tchang-fou, ville alors considérable, à vingt-cinq ou trente lieues au nord-est de Changtou, aujourd’hui Péking. Ainsi finit cette dynastie tartare, qui, presqu’un siècle auparavant, avait fait la conquête de la Chine avec des armées formidables, et avec toute l’impétuosité de conquérants à moitié barba res, avides de se précipiter dans toutes les jouissances de la civilisation; cette même civilisation , en les dépouillant de leur rudesse, les avait aussi dépouillés de l’énergie nécessaire pour conserver leur conquête. La plupart des pouvoirs périssent autant par l’abus de la force qu’ils ont en eux-mêmes , que par une cause étrangère. Il aurait fallu, pour prolonger la durée de la dynastie mongole en Chine , une longue suite de souverains, hommes su^rieurs comme ceux qui l’avaient fondée. Mais il semble qu^il soit dans la destinée des races dynastiques, comme d’ailleurs dans la destinée de tout ce qui existe, de ne durer qu’un temps donné , et de dépérir en vieillissant , après avoir produit tout ce qu’il leur est donné de produire :

Quelques hommes supérieurs qui suffisent pour légitimer leur élévation.

ÉTAT DE LA LITTÉRATURE ET DBS LETTRES EN CHINE socs LA DYNASTIE MONGOLE.

L’état de la littérature en Chine, sous la dynastie mongole, ne peut se comparer qu’à celui qui se pré.sente sous la dynastie tartare actuellement régnante. Ce n’est pas la littérature nationale qui brille par des ouvrages remarquables, comme lorsqu’un peuple éclairé est abandonné à son libre développement; mais c’est un grand

travail qui se fait pour mettre une grande et ancienne civilisation à la portée de ses conquérants barbares, qui ont voulu se l’assimiler autant par l’instruction que par la conquête.

M. Abel Rémusat, dans ses Recherches sur les langues tar tares (vol. I, p. t96 et suiv.), a présenté, d’après Gaubil et les historiens chinois, un aperçu fort curieux de ce travail intellectuel, et nous ne croyons pouvoir mieux faire que de le reproduire ici en partie.

« Dans l’année t389, dit-il, à la cinquième lune, on établit à Taï-tou, la capitale (*), un collège impérial pour les Hoei-hou, c’est-à^dire , dans le langage des historiens de cette époque, pour ceux des Turcs occidentaux qui avaient embrassé l’islamisme. Une institution de ce genre, si contraire aux principes chinois qui commençaient à

firévaloir chez les Mongols , est la meil eure preuve au’on puisse souhaiter, pour montrer l’influence que les Occidentaux musulmans avaient prise à la cour de Khoubilaï. Celle des lamas thibétains ne se manifesta pas moins clairement, l’année suivante, par l’achèvement d’une entreprise à laquelle ils devaient attacher Maucoup d’importance; je veux parler de la rédaction des livres sacrés de la religion de Bouddha , qu’on finit d’écrire en lettres d’or, et pour lesquels on employa plus de trois mille deux cents onces d’or.

Cette dépense, assez considérable (**), ne paraîtra pas e.xorbitante, si l’on pense à la prodigieuse quantité de livres ui sont réputés sacres par les boudhistes. Nous ne pouvons guère nous faire une idée de cette littérature deg peuples de la haute Asie, qui nous est encore entièrement inconnue ; son immensité surpasse tout ce que l’on peut Imaginer.

<> Sous le règne de KJioubilaï un grand nombre d’étrangers vinrent en Chine, attirés par différents motifs. Les Thibétains et les Indiens y

(*) Voy. ci-devant p. .IsS.

(**) Elle revient à près de 400,000 fr. do notre monnaie.

L’UNIVERS

apportèrent une grande quantité de ces livres religieux que les Mongols firent traduire dans leur langue. Le premier de ces ouvrages fut un résumé de la morale bouddhique, en cinq cents chapitres, qui fut traduit par le grand lama Pa-sse-pa lui-méme , et répandu dans tout l’empire. Un Onigour, nommé Kia-lou-na-ta-sse , habile dans les doctrines de l’Hindoustan , et sachant plusieurs langues , fut ensuite employé pour rédiger en mongol des traductions des livres indiens et thibétains.

L’empereur employait dans le même temps un peintre du Nipol {Népal), nommé A-ni-ko, homme fort versé dans le sens mystérieux des livres de Bouddha , ainsi qu’un étranger, nommé Al-sie, né dans les pays les plus reculés de l’Occident, dans le royaume de Fou-lin (empire romain), homme habile, non-seulement en astronomie et en médecine, mais dans les langues de l’Asie, et en particulier dans la littérature du Thibet. Une foule de Musulmans , de Thibétains , de Tartarcs, d’Hindous, occupaient des places, même littéraires , dans l’empire et jusque dans le collège des Han-Un.

Cet usage continua sous les successeurs de Khoubilaï, et ne contribua pas peu à enrichir la littérature des Mongols. Quant aux Chinois, dédaignant ces productions étrangères, ils ont pris le plus grand soin pour les exclure de leurs livres ; par ces derniers , on s’aperçoit, en effet, que les étrangers n’ont exercé qu’une influence bien légère sur les connaissances des lettrés, presque nulle sur leur manière de raisonner. La raison en est facile à concevoir, si l’on fait une remarque, qui a , je crois , échappé à Gaubil et a de Guignes : c’est que les livres d’Occidentne furent presque jamais traduits en chinois , mais mis immédiatement en mongol pour l’usage de ceux qui les faisaient venir, et l’instruction d hommes grossiers et ignorants, à la vérité , mais exempts de ces préventions et de cet orgueil , qui sont souvent plus nuisibles au progrès des sciences que l'ignorance et la grossièreté.

» Les livres chinois avaient (lourtant

mérité l’estime de Khoubilaï, avant même qu’il montât sur le trône. Il s’était attaché un lettré de la ville de Hoaï-jin, nommé Tchao-pi, et l’avait établi dans son palais avec dix jeunes Mongols, auxquels il avait enjoint de recevoir les leçons du lettré sur les livres chinois. Tchao-pi apprenait en même temps la langue de ses élèves , et le fruit de ces leçons réciproques fut la traduction du Ta-hîo et de son commentaire, et selon d’autres, du Lun-yu, du Tchoung-yoïmg, du Mengtseu, et de quelques autres ouvrages.

Khoubilaï avait aussi chargé le célèbre Hiu-heng (*) de traduire en mongol plusieurs ouvrages de sa composition.

L’éducation de celui de ses fils qu’il destinait à l’empire était toute chinoise, et ce prince même engageait ses officiers à lire les King en chinois, et à laisser là les livres mongols, qui, disait-il, étaient peu propres à les instruire. KJioubilaï savait donc apprécier les philosophes chinois; mais il trouvait peut-être leur doctrine trop pure et trop dégagée de superstitions pour ses peuples de Tartarie , puisqu’il fit tous ses efforts pour soumettre ceux-ci à cette secte naissante du bouddhisme, que nous appelons lamisme, parce qu’elle est fondée sur l’idée de l’incarnation durable de Bouddha dans la personne du grand lama.

« La protection que Khouliilaï avait en conséquence accordée aux étrangers , et en particulier aux bonzes indiens , l’attention qu’il donnait à la doctrine de ces derniers , ont été l’objet des déclamations des lettrés, qui, soumis une fois à un prince barbare , auraient voulu qu’il adoptât pleinement et sans restriction leurs principes de philosophie, et leur religion politique.

Son successeur Temour fut au contraire , à leurs yeux , un prince accompli, parce qu’il n’imita pas son aïeul dans son amour pour les lamas, et u'il fit rendre, dans toutes les parties e l’empire , les honneurs qui sont dus à Confucius. Un historien chinois va jusqu’à dire que, si Khoubilaï avait

(*) Voy. ci-devani p. 35S, note.

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