ET D’AUTRE
Depuis qu’il était sur le trône, UouNG-Avou n’avait jamais ce.ssé de faire du bien aux gens de lettres, de les distinguer par-dessus tous ses autres sujets, et de les encourager à lui donner des avis. Ceux-ci avaient pro- IKé des encouragements de l’empereur pour lui donner, chacun à sa manière, des règles de bon goiwerncment. Il ne se passait presque pas de jour qu’on ne kii présentât quelque projet ou remontrance de leur part. Il recevait tout avec bienveillance et se faisait tout lire; mais comme il possédait lui-même l’art de donner des avis dans un plus
(') Ce furent Li chan ichan" , Souiiÿlieii el Wang-wd.
haut degré que tous les lettrés ensemble, il voulut leur en donner à son tour dont ils pussent faire leur profit, et qui contribuassent en même temps à le délivrer de cette foule de représentations fastidieuses et inutiles dont ils l’accablaient. Il ordonna aux tribunaux littéraires de s’assembler et de se rendre au palais, pour être admis en sa présence. Lorsqu’ils furent tous réunis, il leur dit : « Les anciens faisaient peu de livres, mais ils les faisaient bons; le but de tous leurs ouvrages éb’iit d'inspirer la vertu et l’amour du devoir, de faire connaître le mérite des grands hommes en tout genre, et de donner des moyens pour faciliter l’observât jon des lois et des usages. Il s’en faut bien qu’il en soit de même aujourd’hui.
Nos lettrés modernes écrivent beaucoup et sur des sujets qui ne peuvent être d’aucune utilité réelle. Les anciens écrivaient simplement, et leurs écrits étaient à la portée de tout le monde; leur style était coulant; leurs expressions claires; ils disaient beaucoup de choses en très-peu de mots. Quoi de plus clair, par exemple, de plus précis et de plus instructif, que le Tchou-chepiao de Tchou-ko-liang? Dans cet ouvrage, qui n’est que de quelques feuilles, il expose son sujet avec tant de précision et de clarté, il le traite d’une manière si simple et en même temps si noble, il entre dans un détail de raisons si abondant, quoique très-court, qu’il dit tout ce qu’il faut dire, ne laisse rien à désirer, et entraîne tout le monde à son sentiment. Autrefois on lisait son ouvrage avec plaisir; on le lit encore aujourd’hui de même. Ce n’est point ainsi que nos lettrés modernes écrivent; leur style est diffus et anqioulé; ils noient une pensée dans des flots de paroles; s’il y a une expression obscure ou à double sens, c’est justement celle qu’ils choisissent; on dirait qu’ils écrivent pour n’être point compris ; ils sont comme Siang-jon et Yang-hioung. Ces deux hommes passent pour avoir été très-habiles; ils savaient à merveille toutes les règles de la coinposition , et ils les mettaient t’3 usage; cependant leurs ouvrages