LU M VERS
tion de la dignité du mandarin: comme les viaiules, les Mrtefaix, les chevaux, les chaises, les litières, ou les barques si le voyage se fait par eau, et enlin tout ce qui lui peut être nécessaire.
Dans ces hôtelleries on reçoit de la même manière, à proportion , toutes sortes d’autres personnes tant Chinois qu’étrangers, à qui l’emmreur accorde cette grâra. Dans ces memes endroits, les courriers du gouvernement prennent ce dont ils ont besoin pour aller en toute diligence. Ils y trouvent toujours des chevaux en état de partir.
> L’empire de la Cliine a 11,502,873 familles ou feux, sans y comprendre les femmes, les enfants, les pauvres, tes mandarins qui sont en charges , les soldats, les bacheliers, les licenciés, les docteurs, les mandarins dispensés lie servir, ceux qui vivent sur les rivières, les bonzes, les eunuques, ni tous ceux qui sont de sang royal; parce qu’on ne compte que ceux qui cultivent les terres, ou qui payent des tributs ou des rentes à l’empereur. Il y a dans tout l’empire 59,788,364 hommes ou mâles. Voilà ce qui regarde l'ordre civil de la Chine.
«L’ordre militaire contient 929 grandes forteresses du premier ordre, et fort importantes, soit sur les frontières pour servir de clefs ou de défenses à l’empire contre les Tartares, soit sur les confins des provinces contre les voleurs et les rebelles. Les Cliinois les appellent Kouan.
« Il y a 567 forteresses du second ordre, qu’on appelle Gvei en langue chinoise; 311 lorteresses du troisième ordre, appelées So; 300 du quatrième ordre appelées rcAfn (qui ont le même nom et la même signification que celles du cinquième ordre civil), et 150 du cinquième ordre appelées Pao. Il y a 100 forteresses du sixième ordre appelées Pou, et enfin 300 du septième ordre, qu’on nomme Tcha\. Ces dernières sont de diverses sortes; les unes sont dans les champs et servent de refuge aux laboureurs, qui s’y retirent avec leurs bestiaux , leurs instruments aratoires et leurs meubles , quand les Tartares, les
voleurs ou les rebelles courent la cam* pagne, ou même quand les armées de l’empereur sont en marclie; d'autres sont situées sur des montagnes escarpées en précipice, où l’on monte où par des degrés taillés dans le roc, ou par des échelles de corde ou de bois qu’on ôte quand on veut, et celles-ci n’ont pour l’ordinaire aucune muraille, parce qu’elles n’en ont pas besoin; les autres enfin sont aussi sur des montagnes , mais elles ont quelque avenue ; et celles-ci sont revêtues d’une double et triple muraille du côté de l’entrée.
« Par ce dénombrement on voit que les lieux militaires sont au nombre de 3,357, qui , étant joints avec ceux de l’ordre civil , montent à 4,402.
« Outre cela , il y a au dedans et au dehors de ces grandes murailles qui environnent la Chine plus de 3,000 tours ou châteaux appelés Toi, chacun desquels a son nom propre. On y tient toute l'année des gardes et des sentinelles, qui donnent l’alarme aussitôt que l’ennemi jiarait, et fout signal de jour avec une bannière qu’ils élèvent au plus Itaut de la tour, et la nuit avec un grand ilambeau allumé. Si nous comptions ces tours ou châteaux parmi les lieux militaires, dont ces derniers feraient le huitième ordre, il y en aurait en tout 5,357.
« Le nombre des soldats qui gardent la grande muraille est de M2,054 Les troupes auxiliaires qui y accourent quand les Tartares se mettent en devoir d’entrer dans la Chine , sont innombrables, et il y a 389,167 chevaux destinés pour les troupes. La dépense que l’empereur fait pour la paye des officiers et des soldats, monte tous les ans à la somme de 5,034,7 14 livres.
« Par ce que nous avons dit des soldats destiués à la garde des murailles et des frontières contre les 'Tartares, on peut aisément juger de la quantité de ceux qui sont employés sur les confins des provinces, dans les cités, dans les villes et dans tous les autres lieux murés du royaume, où il n'y en a aucun qui n’ait .sa garnison. Ils sont ,iii nombre de 767,970, qui , en temps de
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paix, gardent et accompagnent pendant le jour les innndariiis , les oinbassadeurs, et autres personnes défrayées aux dépens de l’empereur, et pendant la nuit sont en sentinelle auprès de leur barque ou de leur logement. Quand ils ont fait une journée , ils s’en retournent à leurs garnisons , et d’autres leur succèdent et prennent leur place. Les chevaux que l’empereur entretient tant pour les troupes que dans les postes se montent à 564,900.
Ces soldats et ces chevaux sont toujours entretenus; mais quand il y a quelque révolte ou quelque guerre, les armées qui s’assemblent et qui accourent de toutes les provinces sont presque innombrables.
• Il y a dans les quinze provinces de l’empire :
331 ponts célèbres;
t,473 fleuves et rivières navigables, lacs poissonneux , fontaines chaudes, médicinales et merveilleuses;
3,099 montagnes fameuses, soit parc^ qu’elles ont été taillées en forme d’idoles monstrueuses, soit à cause de leurs sources , de leurs herbes et de leurs minéraux doués de grandes vertus , ou par leur hauteur extraordinaire, ou par des beautés qui les distinguent des autres;
1,159 tours, arcs de triomphe et autres semblables ouvrages magnifiques, élevés en l’honneur des empereurs illustres, des hommes célèbres par leur valeur ou leur science , des veuves et des filles renommées par leur chasteté et leurs vertus;
373 bibliothèques embellies de beaucoup d’ornements, abondantes en livres, et bâties avec de grandes dépenses;
3,099 pièces antiques fameuses, comme statues, peintures célèbres, vases de grand prix et d’une grande célébrité;
709 temples construits par les Chinois en divers temps en mémoire de leurs ancêtres, et considérables par leur grandeur et par la beauté de leur architecture;
480 temples d’idoles célèbres et trèsfréquentés à cause de leurs richesses
ou des fnl>l«s (pie l’on raconte de leurs idoles. Dans ces temples et dans les autres de tout l’empire, dont le nombre est incroyable, habitent 530,000 bonzes patentés ;
685 mausolées fameux par leur architecture et par leur richesse.
On comptait en Chine à la même époque ;
3,638 hommes illustres et renommés par leurs vertus , par leur science, par leur courage et par leur valeur, etc. ;
208 filles, femmes ou veuves qui, par leur chasteté, leur courage et leurs actions héroïques, se sont rendues dignes d’une eternelle mémoire ;
90,000 bacheliers qui ont étudié dans autant de collées qu’il y a de villes de tous les ordres.
D’après les catalogues chinois, imprimés quatre fois par an avec des types mobiles , il y avait en Chine :
13,647 mandarins de lettres dans tout l’empire, et
18,530 mandarins d’armes.
Voici l’état des revenus de l’emperfeur qui entraient tous les ans dans ses trésors et dans ses magasins. Nous l’avons tiré, dit le P. Magalhan, d’un auteur fort exact , et d’une grande autorité parmi les Chinois , et dont les livres s'appellent Ou Mo pien.
Il entre tous les ans dans le trésor royal 18,600,000 écus d’argent (*) , en quoi toutefois ne sont pas compris les ^its qu’on lève sur tout ce qui s’achète et qui se vend dans tout l’empire ; ni le profit de quelques millions que l’empereur prête à des usures excessives; ni les revenus des terres, des bois et des jardins royaux qui sont en grand nombre ; ni l’argent des confiscations, qui se monte quelquefois à plusieurs millions, comme nous le voyons chaque jour en cette cour ; ni enfin les rentes des biens immeubles confis<iués sur les criminels de lèscmajesté, sur les rebelles, sur cens (qui volent les deniers royaux, ou qui volent sur le peuple jusqu’à la somme de mille écus .et au-dessus, ou qui
(*) Ce sont plutôt des Hniig ou oncci d'ar;;ciil qui valent 7 fr. .ôo c.
ogie
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commettent des crimes énormes , ou gui font de grandes fautes dans l’exercice de leurs charges, et en d’autres cas, que l’avarice des ministres détermine pour avoir prétexte de dépouiller les particuliers; ci, 18,600,000 écus.
Il entre aussi dans le trésor, sous le titre de revenus de l’impératrice, 1,823,962 écus.
On porte tous les ans dans les magasins de la cour :
1° 43,328,834 sacs de riz et de blé;
2° 1,315,937 pains de sel, du poids de cinquante livres chacun ;
3° 258 livres de vermillon très-fin;
4» 94,737 livres de vernis;
5° 38,550 livres de fruits secs, comme des raisins , des ligues , des noix , des châtaignes, etc.
On porte, dans les gardes-robes de l’empereur :
1» 1,655,432 livres de soie de diverses couleurs et en étoffes , comme étoffe simple, velours, satin, damas et autres; en quoi ne sont pas compris les habits impériaux qu’appqrtent les barques dont il a été question ;
2° 476,270 pièces de soie légère, dont les Chinois s’habillent en été ;
3° 272,903 livres de soie écrue;
4° 396,480 pièces de toile de coton ;
5“ 464,217 livres de coton ;
6° 56,280 pièces de toile de chanvre;
7° 21 ,470 sacs de fèves , qu’on donne aux chevaux de l’empereur au lieu d'avoine;
Et 8° 2,598,583 bottes de paille, chacune du poids de quinze livres. Ces deux derniers articles étaient ainsi sous les empereurs chinois; mais ils sont à présent au triple et même au quadruple , à cause de la grande quantité de chevaux que les empereurs tartares entretiennent.
«Outre toutes ces clioses, tirées du livre chinois que j’ai cité, on en amène plusieurs autres à la cour, par fonne de mlevance; comme des boeufs, des moutons, des cochons, des oies, des canards, des poules et autres animaux domestiques; quantifé*de venaison et
de gibier, comme des sanglieis, des ours, des cerfs, des daims, des lièvres, des lapins , des poules de bois, et d'autres oiseaux terrestres et aquatiques; des poissons, comme des barbeaux, des truites fort grandes, et beaucoup d’autres, tous excellents, et dont je ne sais pas les noms en portugais; toutes sortes d’herbes de Janiin , aussi vertes et aussi fraîches au milieu de l’hiver, qui est très-grand en cette cour, qu’au printemps , etc. Je n’ai pu savoir au juste la quantité précise qu’on apporte tous les Jours de toutes ces choses; je puis toutefois assurer qu’il en entre au palais une si gran^ abondance, qu’elle paraîtrait incroyable, si je pouvais l’expliquer exactement. »
Le P. Martin Martini , dans son Atlas sinentiSf publié à Anvers en 1654,' c’est-à-dire trente -quatre ans avant la publication de l’ouvrage du P. Magalhan , donne des chiffres différents pour les revenus de l’empereur; il porte à 60,000,000 d’écus ce qui entrait annuellement dans les coures de l'empereur sous la dynastie des Mhig, sans y comprendre ce que les gouverneurs tiraient des deniers publics , ni l’argent pour l’entretien des officiers et soldats, de sorte qu’il portait à 150 millions d’écus (*) le revenu total. Au reste, ajoute-t-il, l’empereur ne peut disposer de la moindre partie de cette grande somme; car on met tout cet argent dans le trésor public; néanmoins il a tout ce qu’il veut, mais il faut qu’il le demande au surintendant des finances et aux trésoriers. Nous réunissons dans le tableau suivant les chiffres de la population et des impôts de chaque province, tels que les donne disséminés Martini, d’après des livres et documents chinois :
(*) Si le P. Martini, comme il est probable, entendait, par ce terme d’éciu, le Hong ou once d'argent des Chinois , qui vaut 7 fr. 5o c. de notre monnaie , le revenu en question s’élèverait à un milliard cent vingtcinq millions de notre monnaie.
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de froment, cliaque sac pesant 130 livres;
8,011 livres de lin fin , la livre étant de 20 onces ;
135,286 pièces ou rouleaux d’étoffes de soie ;
394,169 livres de soie écrue;
66,387 livres de soie filée;
158,561 livres de coton;
39,418,625 bottes de paille et de foin, tirées de sept provinces, pour les chevaux de l’empereur;
1,944,261 mesures de sel, chaque mesure pesant 120 livres , tiréesde sept provinces.
La quantité de sacs de riz envoyés annuellement en tribut à la cour, des provinces méridionales, par la voie du grand canal , et transportés sur plus de 9,000 navires (chargés chacun de 500 sacs), excédait 4,500,000.
Parmi ces tributs ne sont pas compris les produits des douanes, des péages , des droits imposés sur les navires , etc. , etc. , qui se montaient encore à des sommes très-élevées. On peut donc facilement établir avec Martini que les revenus de l'empire s’élevaient il 150,000,000 d’écus, ou (en supposant que l’écu qu’il prenait pour unité de son calcul, était le liatig ou once d’argent de la Chine) à un milliard ceiU vingt-cinq millions de francs.
XX II* DTHASTIE. LA DYNASTIE TATHSINO, ACTDELLEHENT BÉQNANTB.
C’est ainsi que l’empire chinois, déchiré par les troubles intérieurs, qu’avaient fait naître les abus et l’Impéritie d’un gouvernement sans force et sans dignim, tomba pour la seconde fois aux mains d’étrangers barbares qui surent le conquérir. Il ne s’était pas trouvé dans ce grand empire cliinois un homme capable et oigne, pour s’emparer du pouvoir souverain, à l’exemple du fondateur de la dynastie qui venait de disparaître, et l’enlever ou au moins le disputer quelque temps au conquérant tartare. Le général chinois Ou-soTs-kouél n’avait pas profité des le^ns de l’iiistoirc de son pays ; il reconnut trop tard la faute quMI avait
faite, d’avoir eu recours aux Tartares pour combattre l’usurpateur, et il disait «ouvent qu’il avait fait venir des lions pour chasser des chiens. Cependant, en reconnaissance du service qu’il avait rendu sans le vouloir au chef des Tartares, il reçut de lui le titre de roi ( iVang) et celui depaci^ateur de tOccident(,Ping-si). Par une politique hahile, on lui assigna, pour résidence de sa royauté, la ville de Si-ngan-fon, capitale de la province du Chen-si, mie li-tseu-tcking ay ait dévastée parie 1er et la flamme.
CONQDéTE DBS PROVINCBS MéniDIONALES RÉSISTANCES SUCCESSIVES.
Les Tartares , se voyant maîtres des
firovinces septentrionales, tournèrent eurs armes vers les provinces méridionales pour les soumettre à leur domination. Les derniers soutiens de la dynastie des Ming avaient proclamé empereur à Nan-king, un neveu du treizième empereur de cette dynastie; mais il fut bientôt pris et emmené à Péking , où il fut étranglé avec la corde d’un arc , à la vue des remparts de cette grande cité. LesTartares entrèrent ensuite dans la province du Tché-kiang et enassiégèrent la capitale. Lorwang, qui en était vice-roi , avait refusé le titre d’empereur; mais voyant que la ville était enveloppée par les Tartares, et désirant sauver les habitants d’un massacre probable, il monta sur les murailles, se mit à genoux et s’adressant aux Tartares, il leur dit : «Faites de moi ce que vous voudrez , je m’offre en victime pour sauver la vie de mes sujets , » et sortant aussitôt de la ville , il alla se remettre entre les mains des assiégeants. Ce dévouement sauva la ville et ses habitants.
Uans la province de Fou-kien, un autre neveu du même empereur des Ming avait été proclamé empereur; mais il fut bientôt mis à mort. Toutes la province fut occupée en un instant pur les troupes tartares , les Chinois ayant néglige de défendre et d’occuper les pa.ssnges qui servent à pénétrer dans cette province , afin d’arrefer les enne-
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mis. « Lorsque l’on veut entrer dans (■ette province par les montagnes, dit le P. Martini, il faut faire trois jours de chemin très-dillicile; car d’un côté vous avez des collines d’une hauteur incroyable, de l'autre des vallées aussi lirofondes que des abîmes; et parmi tout cela des détroits qui ne sont pas moins horribles que les Thermopyles (les Grecs, et les chemins de la cùme (lu mont Taurus. Cent paysans eussent arrêté les Tartares, s'ils se fussent saisi des postes les plus avantageux, ou s’ils eussent rompu les chemins ; mais les Chinois avaient tant de peur de leurs ennemis que la seule ombre de leurs chevaux les mettait en fiiite. <• Les Tartares s’avancèrent Jusque dans la province de Kouang-toung où ils n’éprouvèrent que peu de résistance ; et cette résistance vint principalement de l’obligation où les Tartares conuérants astreignaient les Chinois e couper leurs cheveux à leur manière. « Les Tartares, continue Martini (*), entrèrent dans Chao-king, la plus belle de toutes les villes de la Chine, les habitants n’ayant point fait de difilcultés de les recevoir. Il est vrai que c’est la plus agréable et la plus propre de tout le royaume, quoique plusieurs autres l’emportent par la grandeur. Car on voit dans l'enceinte (tes murailles et tout autour de grands canaux remplis (l’eau douce , sur lesuels on peut aller en bateau. Il y a es places publiques larges et spacieuses, qui sont pavées de pierres de taille d’une blancheur admirable, et les quais des canaux qui passent au milieu, sont revêtus de même sorte.
Grand nombre de ponts, d’arcs de triomphe raagniflques, et même les maisons , ce qui ne se voit point dans les autres villes de la Chine , sont bâtis pareillement de cette pierre. Cette ville s’était rendue de son plein gré, et les autres places de la province, qui tirent vers le midi , se fussent assurément soumises à leur puissance, s’ils n’eussent point fait publier un édit,
(•) Guerres des Tartares contre la Chine , Iraduclion française de 1667.
par lequel ils ordonnaient aux vaincus de so raser à la tartare. Après la publication de cette ordonnance, le peuple prend les armes pour la défense de ses cheveux, chasse les ennemis hors de la ville, les poursuit Justiu’à la rivière de Tsian-thang, et les oblige à la repasser après en avoir tué un grand nombre. Il n’y a point de doute que s’ils eussent voulu passer le fleuve à la poursuite des fuyards , iis eussent repris la eapitale de la province et recouvré les autres places que tenaient les Tartares; mais ils étaient contents d'avoir conservé leurs cheveux , et se fortiflèrent sur le rivage qui regarde le midi pour disputer le passage au conquérant. Ainsi le cours des victoires des Tartares fut arrêté pour cette année. Les Chinois , voulant avoir un chef, choisirent, parmi ceux de la famille royale des Ming, un prince nommé Lou, aGn de le déclarer empereur; mais lui , refusant ce titre, prit le nom de libérateur de Fempire. Les Tartares Grent venir de nouvelles troupes de Péking pour passer la rivière de Tsianthang; mais ce fut en vain; car les Chinois les en empêchèrent avec beaucoup de courage. Ainsi les affaires de la Chine commencèrent à prendre un meilleur train, et les armées qu’elle avait sur pied lui pouvaient faire espérer de plus grands avantages , si la jalousie et l’ambition de régner n’eussent entièrement ruiné ses espérances.
Les soldats et les capitaines de la province de Fou-kien, qui s'étaient retirés enfuyantduTché-kiang,avaient amené avec eux un prince du sang, nommé Thang-ou. Celui-ci ayant âé déclaré empereur, dans .la province de Fou-kien, qui est frontière de celle de Tché-kiang , Gt dire à son rival qu’il devait lui céder l’empire, parce qu’il avait moins de villes en son obéissance, et qu’il était après lui dans l'ordre des princes qui peuvent succéder à la couronne. L’autre , au contraire, lui représentait que le droit était de son côté , puisqu’il avait été déclaré le premier, et que la fortune avait conGrmé son élection par le bon succès qu'elle avait donné aux armes
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de la Chine, depuis qu'il avait eu la souveraine puissance. Les Tartares regardaient avec plaisir cette division des Chinois, qui fut si opiniâtre que jamais les deux princes ne voulurent se joindre, ni se céder l’un à l’autre pour résister à l’ennemi commun.
Cependant l’armée qui s’était rendue dans la province de Kouang-toung, en traversant les provinces centrales de l’empire, se leta sur celle de Kouang-si. Ce fut là que les armes de ces conquérants , dont le seul nom faisait trembler les Chinois (*) , rencontrèrent un obstacle qui arrêta le cours de leurs victoires , lorsqu’ils pensaient ne trouver plus que des palmes à cueillir. Le vice-roi de cette province était Thomas Khieou, Chinois converti au christianisme; le chef de la milice était Lucas Tchii^, sorti d’une famille qui comptait cinq générations.
Ceux -xi , ayant assemble toutes les troupes qui s’étaient retirées des autres provinces, montrèrent que l’on pouvait surmonter les ennemis , lorsqu’on unissait les forces communes j^ur les combattre. Car les Tartares ayant fait quelques conquêtes dans la province, ils furent vaincus dans une grande bataille, chassés au delà des frontières , et poursuivis par les Chinois qui entrèrent dans la province de Kouang-toung, et recouvrèrent les places qui sont vers l’occident.
« Les Chinois ne reprirent pas seulement courage dans la province de Kouang-si , mais encore dans celle de Fo-kien. Car les troupes qui l’avaient conquise étant retournées à Péking , un certain prétredes idoles, nommé ^anpou, qui avait autrefois commandé dans les armées, sortant des montagnes , fît une sédition avec des gens ramassés ; et, ayant surpris et tue les garnisons du conquérant , se saisit de Kien-ning qui est une très-belle ville , et de plusieurs autres moins considérables.
(*) Nous continuons d’emprunter le récit du P. Martin Martini , qui fut le témoin oculaire de cette grande conquête, |iarcc que nous pensons, qu’il serait diflicile de trouver un meilleirr guide.
Beaucoup d’autres personnes sortirent à son exemple des montagnes où ils étaient cachés, et se rendirent maîtres de diverses places. Mais le général tartare, qui commandait les deux provinces du Tché-kiang et de Fo-kien, s’empressa d’accourir à la hâte pour combattre le soulèvement. La crainte qu’il avait que les Chinois ne s’emparassent des détroits qui sont dans les montagnes , et dont il a été parlé cidessus, le fit accélérer sa marche.
Ayant trouvé que personne ne défendait ces passages, il s’écria que la victoire était à lui , et que les rebelles étaient perdus. Il vint aussitôt mettre le siège devant Kien-ning , où yan^-ou s’était retiré. Le siège dura plusieurs mois, sans que la place pût être emportée par la. force. Mais des secours étant arrivés de Péking au général tartare , celui-ci pressa le siège plus viv•^ ment ; et , ayant fait venir du canon par les chemins des montagnes, où des portefaix les conduisaient avec une invention admirable, et ayant abattu toutes les défenses de la ville, les soldats passèrent au fil de l’épée tous ceui qui y étaient, sans distinction d’âge ni de sexe. Dans le sac de cette place, le général tartare fit périr trois cent mille personnes , selon le rapport que nos Peres (les jésuites) m’en ont fait; et puis le feu ayant été mis aux maisons, elles furent toutes consumées, aussi bien que l’église que notre compagnie y avait , dont la structure était très-magnifique (*). »
La r&istance à la conquête tartare se manifestait dans plusieurs autres provinces ; et , s’il s^ était trouvé un nomme de génie pour organiser cette résistance et pour rallier à lui toutes les volontés, nul doute que les Tar tares ne seraient pas venus à bout de conquérir la Chine. Tandis que les provinces méridionales résistaient à I ennemi , ou secouaient le joug qu’il leur avait imposé, le vice-roi delà province de Kiang-si se souleva aussi , et défit les Tartares dans plusieurs combats.
Les provinces septentrionales sc ré-
(') Marliiii , lien ciié.
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viMllèrent également. Deux généraux , l'un nommé Ho, et l’autre nommé Kiang, avaient rassemblé chacun une forte armée. Le premier s’empara de plusieurs villes de la province du Chensi. Le second entra dans la même province avec cent quarante mille hommes de cavalerie , et avec une infanterie encore plus nombreuse. Ils déGrent les Tartares en deux combats , et jetèrent parmi eux une telle épouvante, qu’ils n’osèrent plus paraître en rase campagne. Cependant, en trois ou quatre ans, soit {ûr ruse ou artiOces, soit par des libéralités et des promesses, soit enOn par la division qui se mit entre les deux chefs, les Tartares réussirent à les vaincre, et à recouvrer toutes les villes qu’ils avaient Mrdues.
Le récit de ce qui se passa à Si-nganfou , capitale de la province du Chen-si, mndant le soulèvement des Chinois, fait voir avec quelle rigueur les chefs tartares traitaient les vaincus , et quels moyens ils employaient pour conserver leurs conquêtes. « Le chef de l’armée tartare qui était dans Si - gan , dit Martini , n’eut pas plutôt appris que les rebelles se mettaient en campagne, qu’il jeta promptement dans sa place toutes les munitions de ^erre et de bouche nécessaires pour la défendre , et toutes les troupes qu’il put ramasser, en attendant le secours des Tartares. De plus , ayant su que les Chinois livraient eux-mêmes les villes aux rebelles , afin d’empêcher que ceux de Si-gan' ne le fissent à l’exemple des autres, il résolut de faire mourir tous ceux qui étaient dans cette capitale. Ce fut en vain que plusieurs personnes tâchèrent , par leurs prières , de le détourner d’une si étrange résolution ; il n’y eut que le seul vice-roi de toute la province , qui lui pût persuader de surseoir l’exécution d’un dessein si barbare, lui promettant que les habitants seraient fidèles. Cependant il ordonna que tous se feraient raser à la tartare , sinon qu’il les traiterait comme criminels de lèse-mqjesté. Il avait fait ce règlement afin de pouvoir reconnaître les Chinois qui viendraient dans la ville. Car, encore que l’empereur Chun-
TCHi edt fait publier, à son avènement à la couronne , l’édit |Kir lequel il commandait aux vaincus de couper leurs cheveux à la mode des conquérants , toutefois les peuples de la Cnine ont une si étrange passion pour leur chevelure, qu’ils n’en coupaient qu’une partie auprès des tempes. Outra cela , le gouverneur avait donné ordre à ses soldats de tuer sans rémission tous ceux qu’on verrait assemblés dans l’enceinte des murailles, s’ils étaient plus de deux. Il défendit encore que pas un ne montât sur le rempart ; que , durant la nuit, personne n’allât par les rues , n’allumut chez soi du feu ou de la chandelle, n’edt des armes dans son logis ; et condamna à la mort ceux qui contreviendraient à ces ordres, et toutes les personnes de leur famille.
Un autre événement faillit de renverser encore la domination naissante des Tartares. Le gouverneur chinois pour les Tartares de la ville de Taïtoung, place très-forte sur la frontière de la province du Chen-si , reçut une injure de la part d’un prince tartare, dont les gens avaient enlevé une jeune fille de bonne maison , en passant dans la ville où il résidait , et qu’il ne voulut pas lui faire rendre. Le gouverneur militaire chercha à venger cet affront.
Il déclara aussitôt qu’il né reconnaissait plus l’autorité de l’empereur tartare , et leva l’étendard de la révolte. Il invita tous les Chinois mécontents à venir le joindre , afin de délivrer leur patrie de l’oppression des Tartares. Il rassembla ainsi des forces imposantes.
Il battit à plusieurs reprises , principalement avec une nonibreuse artillerie, les troupes que les Tartares envoyèrent contre lui de Péking. Se»
succès produisirent dans cette dernière ville une grande consternation; car le chef des révoltés avait déjà rassemblé une armée de quatre cent mille hommes d’infanterie , et de cent quarante mille hommes de cavalerie.
Amavang, l’oncle de Chun-tchi , auquel la conquête de la Chine était entièrement aue, et qui voyait que la puissance de son neveu était sur le penchant de sa ruine , et qu’il allait
L’UNIVKUS.
perdre en même temps le fruit de ses conquêtes ^ réunit tous ses efforts pour faire face a ce nouveau et plus grand danger. Il résolut de marcher lui> même en personne contre le puissant chef des révoltés , afin de tenter la fortune pour la dernière fois (*). Il commanda donc aux huit drapeaux (on bannières ) de se tenir prêts pour partir, c’est-à-dire à toutes les forces que les l'artares avaient alors dans Péking. Car il faut remarquer que tous les smdats , soit Chinois , soit Tartares , qui sont à la solde de l’empereur, ou à Péking ou dans les provinces, sont tous rangés sous huit enseignes. Le premier drapeau , qui est celui de l’empereur, est blanc; le second est de couleur rouge; le troisième est noir, et le quatrième jaune ; et ce sont les oncles de l’empereur qui commandent aux troupes rangées sous ces quatre drapeaux. La couleur des quatre dernières enseignes se fait du mélange des
Jjuatre premières; de sorte qu’il est acile à chaque soldat de savoir sous quel drapeau il doit se ranger, et en quel quartier il doit se rendre, étant toujours dans la ville, prêt à monter à cheval , afin de se mettre en campagne.
Au reste , lorsqu’il est besoin de taire marcher une armée , ou quelqu’un de ces huit corps dont nous avons décrit les étendards , tout est préparé en une demi-heure, car ils sonnent à cheval avec un cor de la figure de ceux que les peintres donnent aux Tritons ; et ,. selon le lien et la façon dont ils jouent , on reconnaît quels sont les soldats et les chefs qui doivent partir , et le nombre de ceux qu’on appelle. Si bien que vous les voyez tous assemblés en fort peu de temps , suivre le drapeau qui est attaclié au dos d’un cavalier qui marche en tête, sans que personne sache où l’on va , ni pourquoi , excepté le général et celui qui porte la cornette ; car on ne dit au soldat ce qu’il faut faire que lorsqu’il est question de combattre. Cette coutume que les Tartares observent , de tenir les desseins de guerre fort cachés , a toujours gran-
(*) Martini , lieu cité.
dement étonné les Chinois, et a tenu l’esprit des généraux en suspens. Car ils remarquaient que, lorsque leurs ennemis faisaient mine d’aller d’un côté , ils se rendaient tout d’un coup en un autre. Il y a encore une chose admirable dans là milice des Tartares, c’est qu’ils ne traînent point après leur armée cet embarras d’attirail et de bagages, qui incommode plus qu’il ne sert, et qu’ils ne se mettent point en peine de vivres, se contentant de la première viande qu’ils trouvent , sans se soucier beaucoup si c'est de la chair cuite ou demi-crue, et celle de leurs chevaux et de leurs chameaux leur étant bonne , lorsqu’ils n’en ont point d’autre. Quand ils ont le loisir, ils ne laissent ps d’aller quelquefois à la chasse, se disposant en rond autour d’une grands montagne, ou d’une plaine ; et puis s’appr’ochant du centre peu à peu , ils poussent les bêtes au milieu , et les enveloppent de tous côtés, si bien qu’ils ont à choisir. Ils nourrissent pour la même raison des chiens de chasse et des oiseaux, qu’ils savent dresser en perfection. Ils couchent à late terre , excepté qu’ils la couvrent e la housse de leurs chevaux, d dressent leurs tentes et les abattent avec tant de vitesse, que le temps qu’ils emploient ne retarde point b marche des troupes. La beauté de leurs avillons (tentes) qui sont très-inagniques, est cause qu’ils ne se logent point dans les maisons; et, lorsqu'ils sont obligés de le faire , ils en abattent toutes les murailles, ne laissant que le toit et les colonnes qui le soutiennent. C’est ainsi qu’ils s’endurcissent aux travaux et à la fatigue.
Amaectt^ prit donc les meilleures troupes qui étaient sous ces enseignes , et tira des trois armées qu’on avaK destinées pour envoyer vers le midi, les gens d^élite. Après tous ces prépratifs, Amavang ne voulut jamais risquer j’empire de son neveu dans un combat. Ata», le général en ehef des troups chinoises, qui avait su mettre dans un si grand péril Tempire naissant des Mantchous , se voyant abanbonné pr les Tartares occidentaux
qui lui avaient promis des secours, eut l’imprudence de s’enfermer dans sa place forte , où le chef tartare l’investit. Se voyant ensuite réduit à se rendre, faute de vivres, il préféra vendre chèrement sa vie dans une sortie qu’il fit avec toutes ses troupes. Il trouva la mort dans la mélée; et son armée, privée de son chef, se rendit aux Tartares. La ville de Taî-tounç fut livrée au pillage ; les autres , qui résistaient encore, se rendirent. I^es Tartares retournèrent triomphants à Péking, chargés de dépouilles. « J’étais pour lors dans cette cour, dit Martini, et je vis entrer dans la ville les chefs les plus considérables, et ceux qui amenaient le butin le plus riche. »
SlêGR ET PRISE DE KOÜAHO-TCHÉOD (CAITTOIO PAR LES TARTARES.
Après avoir assuré la conquête des provinces septentrionales, le régent du nouveau gouvernement tartare, Amavang, envoya trois vice-rois avec des corps d’armée , pour gouverner et administrer les provinces méridionMes au nom de l’empereur. Ces trois vicerois , ayant traversé avec leurs armées les provinces de Nan-king et de Kiangsi , se rendirent dans celle de Kouangtoung ( Canton ) pour y combattre young-ii, l’un des membres de la familledes Ming, qui y avait été nommé empereur par ses partisans. Le seul bruit de la marche de trois armées tartares fit rendre d’abord beaucoup de places ; mais la capitale (Canton) se décida à la résistance.
« Kouang-tcheou (Canton), dit Martini, est une ville très -grande et très-riche , entourée d’eau de toutes parts , excepté du côté du septentrion , où il y a une porte qui joint la terre ferme ; si bien qu’on ne saurait en approcher que sur des vaisseaux , si on ne passe par cet endroit. Le fils du fameux pirate (*) , se vengeant des Tar-
(*) Ce pirate, qui était parvenu é ae former une flotte de trois mille vaisseaux et à te rendre maitre de tout le commerce de la Chine avec les Indes et les négociants européens espagnols et hoHandtis, avait été amené
tares qui avaient pris son père en trahison , se tenait a l’ancre près de la ville , avec une puissante araiM navale ; la garnison était nombreuse , et composée en partie de soldats qui étaient sortis de Macao pour servir Young-U, parce qu’ils étaient mieux payés de cet empereur; de sorte m’il ne faut pas s’étonner si la ville r^ista un an , les assiégés étant maîtres de la mer, et mal menant les Tartares qui y firent de grandes pertes, jusque-là qu’ils furent repoussés dans trois assauts qu’ils donnèrent à la ville. Mais enfin, le 26 novembre de l’an 1650, les Tartares dressèrent une furieuse batterie de gros canons ; et , ayant fait brèche à la muraille, se rendirent maîtres de la place , assistés d’un officier chinois qui trahit la ville ; ce qu’on a cru de lui , à cause que les victorieux l’ont laissé dans l’exercice de sa charge. La lendemain, ils commencèrent à la mettre au pillage, lequel ils continuèrent jusquAU cinq d&embre , avec an massacre horrible , dans lequel on ne fit aucune distinction d’âge ni de sexe. Car on n’entendait retentir dans les rues que cette voix impitoyable : Mabi basse, main basse sur ces rebelles ; et l’on ne donna la vie qu’aux plus habiles ouvriers, afin d’entretenir les arts , et à ceux qui paraissaient les plus robustes et les plus capables de servir aux victorieux pour porter les dépouilles. Enfin, plus de cent mille personnes ayant été massacrées durant le saccagenient , le sixième de décembre, le général des troupes fit publier un édit par lequel il commandait que Ton cessât de piller. Ce fut alors que toutes les villes des environs laf ayant envoyé des dépotés pour implorer sa miséricorde , il leur accorda le pardon qu’elles demandaient, étant gagné par les présents dont elles avaient accompagné leurs prières. »