‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 199 sur 238 · FIN DE LA ÜVNASTIE DES MING · texte numérisé non relu

FIN DE LA ÜVNASTIE DES MING

Cependant ce diefde rebelles, nommé IJ - Ueu • tching, se rendit maître des provinces du Ho-nan et du Chen-si ; il en fit mourir tous les jnandarins en fonctions ; et il extorqua des sommes

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considérables de tous ceux qui ne l’étaient plus, mais qui l’avaient il n’y eut que le peuple qu’il traita avec bonté, en lui faisant la remise de tous les impôts. Cette conduite attira à son

Parti un grand nombre de soldats de armée impériale; et la puiraance de ce chef de voleurs, comme il est appelé par les historiens, devint si grande, qu’il se crut maître de l’empire , et se fit déclarer empereur de la Chine.

La province du Chen-si soumise, il entra dans celle du Pé-tchi-li , et il alla assiéger Péliing, où il était sûr de ne rencontrer aucune résistance, quoiqu’elle fût gardée par soixante et dix mille hommes. Après trois jours de siège, cette grande ville ouvrit ses

fiortes ; il y entra avec trois cent mille lommes, et marcha immédiatement au palais de l’empereur. Celui-ci , Kvré aux jeûnes et aux ridicules superstitions des bonzes , ignorant tout ce qui se passait au dehors , l’apprit enfin , et se vit trahi. Il essaya de sortir de son palais avec six cents de ses gardes , et de mourir glorieusement ; ma», abaW- , donné de tous les siens, voyant qu’il 'n’y avait plus d’espoir^ur lui d'éci happer à sa fatale destinM, il rentra dans son palais , se retira dans son jardin ; et , aprè.s avoir écrit avec son sang ces paroles , qu’il destinait au clicf des révoltés : « Les mandarins ont été des traîtres à leur emperear. Ils l’ont trèsmal servi. IlsSonttonsdignes de mort; et ce sera une Justice d’exécuter cet ar rêt en leurs personnes. 11 faut qu’ils meurent tous, pour apprendre à ceux qui viendront après eux , à mieux servir leurs souverains. Le peuple ne mérite point de châtiment, parcff qu’il n’est point coupable; et ce serait une injustice de lui faire aucun mauvais traitement. J’ai perdu le royaume que j’avais hérité de mes pères. J’ai achevé en moi la race royale, quêtant dérois, mes ancêtres , avaient perpétuée jusqu’à moi. Je vais donc me fermer fes yeux ()Our ne pas voir mon empire détruit ou dominé par un tyran. Je vais me priver de la vie, parce que je ne pourrais souffrir d’en être redevable au dernier et au plus indigne de mes

LUNIVEHS.

sujets. Je ne puis plus paraître devant ceux qui, ayant été mes enfants et mes sigets, sont présentement mes enneroisTt des Maîtres. Il faut que le pr i nce meure, puisque l’État meurt aussi,»

il saisit son sabre, et, afin que sa ûlle nubile ne tombât pas vivante entre les mains des révoltés, il voulut lui donner la mort; mais il ne fit que lui abattre la main ; elle tomba évanouie ,

10 bras mutilé. Lui-même se pendit à un arbre du Jardin impérial, à l’âge de Oente-six ans. Avec lui s’éteignit la dynastie des Ming, et il périt successivement, dit-on, quatre-vingt mille personnes qui descendaient de cette lace dynastique. Le premier ministre se pendit aussi â un arbre , à l’exemple de son souverain, ainsi que les impératrices et les plus fidèles eunuques. On chercha longtemps le cadavre lie l’empereur; et, après ravoir trouvé |tar hasard , on l’apporta sous les yeux de U-tseurtching . assis sur le trône impérial; après lui avoir fait subir plusieurs outrages, ce chef de révoltés fit trancher la tête aux deux plus jeunes fils de l’empereur (l’alné avait pris la fuite) et à tous ses ministres, lai ville im^riale fut ensuite livrée à la brutalité du soldat.

DEFAITE DE L'DSOBPATEOR.

Itien ne semblait devoir résister au fiSruce conquérant. Il n’y avait que le énéral Ou-san-kouël, commandant es troupes chinoises dans le Liaotoung , qui refusait de le reconnaître.

Li-tseu-tching part avec son armée ; et, après avoir inutilement assiégé la place très-forte où le premier se défendait,

11 lui fit voir son père chargé de fers , en lui déclarant que , s’il ne se rendait pas , il allait le faire égorger sous ses yeux. Le commandant chinois, à la vue de son père , se mit à genoux , et , fondant en larmes , il le pria de lui pardonner s’il sacrifiait sa tendresse naturelle à son devoir envers son souverain et sa patrie, préférant mourir mille fois que de servir un chef de brigands. Le père loua la résolution de son fils, et se livra à la mort. Mais le

fils , pour venger la mort de son souverain et de son père , envoya un exprès , avec de riches présents , près du roi tartare , en l’invitant à se joindre à lui avec des troupes auxiliaires, pour repousser l’usurpateur. Le roi ta^re Tsoimg-te s’empressa d’accourir avec soixante mille hommes. Le siège fut levé par l’usurpateur Li, qui retourna aussitôt à Péking; et, ne s’y croyant plus en sûreté, il quitta cette ville après avoir pillé et brûlé le palais impérial. Le roi tartare le poursaivit dans la province du Chen-si, où il se retira enrichi des dépouilles de l’emire, et chargé de la malédiction pulique. On ne sait ce qu’il devint.

Tsoung-te avait à peine mis le pied sur le territoire de la Chine qu’il mourut, après avoir déclaré empereur son fils cadet, nommé Chun-tchi, qui n’avait que six ans, et confié à son frère A-nia-van, les soins de la guerre et de l’empire.

Le jeune prince tartare entra bientôt en triomphe dans la ville de Péking , où il rut reçu comme un libérateur par toute la population que le chef des révoltés cliinois venait de livrer au pillage. On entendait de tous côtés ces cris de joie : Dix raille années, dix mille années {wen mi, wen sotti) ! qui veulent dire : Qu'il vive dix mille ans (le nouvel empereur)! Ces acclamations populaires lui donnèrent l’empire.

STATISTIQUE DK L’EMPIRE CHINOIS SUR LU FIN DF. LA DYNASTIE DES MING ET AU COMMENCEMENT DE LA DYNASTIE TAS- TARE-MANTCHODE.

Plusieurs missionnaires européens , tels que Martini et Magaihan, qui étaient en Chine sur la fin de la dynastie des Ming et au commencement de la dynastie tartare-mantchoue, ont publié des renseignements curieux sur l’état de l’empire chinois à cette époque , puisés dans leurs propres oliservations ou dans les livres chinois de la dynastie des Ming. Nous allons en reproduire les faits les plus importants, afin de faire voir quelle riche conquête firent les Tartares-

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CHINE

Mantchous en s'emparant de la Chine, et à quelle époque doivent se rapporter les détections de la Chine, que la plupart des géographes et des historiens en ont tracées , en suivant sans discernement le travail des anciens missionnaires jésuites.

La Chine, sous les Ming, était divisée en minze provinces , qui , par leur grandeur, leur richesse, leûr fertilité, pouvaient être appelées des royaumes.

■ Les lieux murés , dit le P. Gabriel de Magalhan (*) (qui mourut à Pékit^ en 1677, après vingt-neuf ans de séjour à la cour des empereurs, et huit qu'il avait passés auparavant, de 1640 à 1 648, à parcourir presque toutes les parties de la Chine) , les lieux murés sont au nombre de 4,403 , et ils sont divisés en deux ordres, le civil et le militaire. L’ordre civil contient 3,045 lieux murés, savoir; 175villesdii premier ordre, que les Chinois appellent Fou; 274 du second ordre, qu’on appelle Tcheou; 1,288 villes du troisième ordre, qu’on appelle Hien ; 250 hôtelleries royales , appelées Ye, et 103 sentinelles ou hôtelleries royales du second ordre , qu’on nomme Tchang-tchin.

« Entre les cités et les villes de cet empire, j’en compte plusieurs situées dans les provinces ae Ydn-nân, de ()uei cheû, de Quàin-si et de Su-chuen, et qui toutefois ne payent aucun tribut a l’empereur, et ne lui obéissent point , mais à des princes ou seigneurs particuliers ou absolus. Ces villes, pour l’ordinaire, sont de telle sorte entourées de hautes montagnes et de rochers escarpés, qu’il semble que la nature ait pris plaisir à les fortifier. Au dedans de ces montagnes il y a des campagnes et des plaines de plusieurs journées de chemin . où l’on voit des cités du premier et ou second ordre, et beaucoup de villes et villages. Les peuples soumis à ces seigneurs se servent de la langue chinoise avec les Chinois ; mais , outre celle-là , iis ont encore leur langage particulier.

(*1 Nouvelle relation de la Cliioc , etc. , U’;olurtion fran^aiae. Paria, i6SS, in 4°,

« Les Chinois ont fait imprimer un itinéraire public, qui contient tous les chemins , tant par terre que par eau, depuis Pé-king jusqu’aux dernières extrémités de l’empire. Les mandarins qui partent de la cour pour aller exercer leurs emplois, et tous les voyageurs, se servent de ce livre pour savoir la route qu’ils doivent tenir, la distance d’un lieu à l’autre, et les stades de diaque journée. Dans ce livre tous les chemins royaux de l’empire sont divisés en 1,145 journées , <mnt chacune a un lieu où les mandarins sont logés et défrayés aux dépens de l’empereur, quand ils vont exercer leurs emplois; mais quand on les prive de leurs charges , ils perdent aussi le droit d’être logés. Ces 1,145 lieux se nomment Yett Tchin, ou en joignant ces deux mots Ye-tchin, c’est-a-dire : Ütnix de logement et de sentinelle; et c’est avec ueaucoup de raison qu’on leur a imposé ce nom; car on y attend les mandarins avec autant de soin et de circonspection que si l’on y était en garde contre une armée ennemie. De ces lieux il y en a 735 dans les villes du premier et du second ordre, dans les villes frontières et dans les châteaux situés au dedans de l’empire. 205 sont dans les lieux appelés Ye, et 103 dans ceux qu’on appeUe Tchin. Les uns et les autres ont etc autrefois bâtis dans les endroits où il n’y avait point de villes , et peuvent être appelés villes de second ordre, parce qu’ils sont tous entourés de murailles , qu’ils ont chacun un mandarin qui les gouverne, et qu’il y en a quelques-uns plus grands et plus peuples que beaucoup de villes et de cités. Il y en a 103 qui n’ont point de murailles, mais qui sont des lieux fort grands et fort peuplés. Un jour avant le départ du mandarin, on fait partir un courrier avec une petite planclie ou tablette, que les Chinois nomment Pai, sur laquelle sont écrits les noms et la charge de cet officier, et au bas son nom et son sceau. Aussitôt qu’on l’a vue, on nettoie et prépare le palais où il doit loger, et ces préparatifs sont plus ou moins grands et plus ou moins somptueux , a propor.

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