‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 207 sur 238 · EXÉCUTION DD VICE-ROI DE CANTON · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DD VICE-ROI DE CANTON

Le vice-roi de la province de Canton , quoique soumis en apparence au gouvernement tartare, inspirait toujours des craintes. Deux exprès lui furent envoyés et l’attirèrent dans son palais, où ils lui présentèrent un lacet de soie avec ordre de l’empereur de s’étrangler. Cent douze de ses principaux officiers , parmi lesquels il y avait trois de ses frères , furent décapités.

L’année suivante (1681), le vice-roi du Foukian , dont il a question précédemment , fut aussi puni du dernier supplice à la cour de Péking en présence du peuple . et son corps jeté

aux chiens ; ses frères eurent la tête tranchée. Le Yun-ndn fut occupé par une armée tartare , et Houno-hoa, le fils de Ou-SAN-KOUEÎ , qui avait été nommé empereur, prévint le sort qui lui était destiné, en se tuant lui-même. Les ossements de son frère furent déterrés, transportés à Péking, ou ils furent exposés en partie sur des pieux avec des notes infamantes, en partie réduits eu cendres et jetés au vent.

En 1684, le petit-fils du fameux pirate dont nous avons parlé précédemment, fut aussi obligé de remettre l’île de Formose entre les mains de l’empereur mantchou.

C’est ainsi , qu’à défaut d’union et de lien national de la part des Chinois, les Tartares-Mantchous conquirent et pacifièrent leur empire.

GUERRE CONTRE LES OCLETS OU ÉLEDTHS.

Une fois que la conquête de l’empire chinois ne présenta plus de crainte sérieuse à l’empereur Khàng-ki, ce prince tourna ses vues du côté du Nord. L’un des chefs de la nation mongole, connue sous le nom d’Oelets ou Eleuths , après s’être élevé par des moyens mêlés de crimes et d’artifices à un rang auquel sa naissance ne lui donnait pas droit de prétendre, s’était ménagé la faveur du Dalaï-lama , dont l’appui est une puissance dans ces contrées. Non content d’avoir assujetti la plupart des tribus de sa nation , il songea encore à étendre son pouvoir sur la partie de la nation mongole, qui, sous le nom de- Kalka, est venue, après avoir été chassée delà Chine, s’établir de nouveau dans les contrées où prit naissance le pouvoir de Tchinggis-khan. C’était suivre la même marche qui avait si bien réussi à ce conquérant; car, si toutes les branches de la nation mongole se fussent encore une fois trouvées réunies sous l’autorité d’un prince audacieux, entreprenant et ambitieux à l’extrême, tel qu’était Galdan, plus connu par son titre de Contaïsch, il y avait lieu de croire que bientôt tous les Tartares auraient obéi à ce nouveau maître, et

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que peut-être la Chine et le reste de rAsie orientale seraient rentrés sous le joug des anciens conquérants.

Khano-hi vit le premier le danger qu’il y avait de laisser s’affermir cette nouvelle puissance qui , sous le nom de 4joun-gar (aile gauche), menaçait de former de nouveau cette immense armée nui , plus d’une fois s’est avancée vers fe midi, composée de toutes les tribus de la Tartarie, et partagée en aile droite ou occidentale, en centre, en aile gauche ou orientale (*).

Galdan était déjà arrivé sur l’Oreon avec une armée formidable. Le théâtre de la guerre et le succès qui couronnait ses entreprises rappelaient également les premières guerres de Tchinggis-khan. L’empereur ayant essaye, mais inutilement, quelques voies de «onciliation , se vit force de faire marcher les troupes de l’empire, et d’envoyer deux divisions commandées par son frère aîné , et par un autre prince de la famille impériale. Lui-même passa en Tartarie , sous prétexte d’y passer le temps des grandes chaleurs , mais en effet pour être plus à portée de faire exécuter ses ordres et d’observer les événements.

Des succès qu’on eut soin d’exagérer, mais qui n’amenèrent aucun résultat définitif, furent tout le fruit de eette première guerre, qui dura jusqu’en 1690, et qui se termina par une soumission apparente de Galdan. L’année suivante, Khano-hi, qui comptait peu sur les serments de ce prince, remuant et ambitieux , résolut d’aller lui-même tenir les États des Kalkas, et faire la revue de leurs tribus. Il fut accompagné dans ce voyage par le P.

Gerbillon, missionnaire jesuite franuis, qui nous a laissé une assez bonne description de la route suivie par l’empereur (**).

En 1696 , Khang-hi fit sortir contre les Eleuths deux corps d’armée, dont l’un fut sous son commandement. Plusieurs chefs, vassaux de Galdan, se soumirent aux troupes impériales , qui

(*) M. AIkI Rémiisal , lieu cité.

(**) Daiu U coliecliuQ de du Halde, I. IV.

remportèrent en diverses rencontres des avantages signalés. Galdan se retira dans la partie occidentale de ses États , où Khang-hi ne jugea pas à propos de le poursuivre. L’année suivante (1697), Khang-hi fit une nouvelle expédition contre Galdan ; et cette fois , il prit sa route par le pays des Ordos , et il s’arrêta sur les uords du fleuve Hoang-ho. C’est là que les ambassadeurs de Galdan étant venus le trouver, il ne voulut accorder aucune condition au Contaïsch que celui-ci ne fdt venu lui-même se remettre entre ses mains. Il lui fixa pour cette expédition un délai de soixante et dix jours , pendant lesquels il fit lui-même un voyage à Péking pour assister aux fêtes uu nouvel an. La mort vint à propos frapper Galdan avant l’expiration du délai fixé pour sa soumission. L’empereur, qui était retourné dans le pays des Ordos, revint à Péking après avoir reçu cette nouvelle qui le débarrassait de son plus grand ennemi. 11 laissa à ses généraux le soin d’achever la guerre.

Quand il fut de retour dans sa capitale, il fit, en présence des grands de l’empire qui étaient venus pour le féliciter, un discours qui contenait un exposé très-lumineux des motifs et des résultats de la guerre. « Galdan , dit-il, était un ennemi formidable : Samarkand, Boukhara, les Pourouts, Yerkiyang, Kachgar, Tourfan, Khamoul, enleves aux Musulmans, et la prise de douze cents villes, n’attestent que trop

K’à quel point il avait su porter rreur de ses armes. Les Kalkas avaient en vain rassemblé toutes leurs forces, en lui opposant leurs sept bannières, qui formaient une armée de plus de cent mille hommes : une seule armée suffit à Galdan pour anéantir des forces aussi considérables. Le khan des Kalkas est venu implorer mon sesours et se soumettre à ma puissance ■ attiré par la réputation de la grandeur d’âme et de la générosité avec laquelle j’ai toujours traité les étrangers. J’aurais commis, contre les règles d’une sage politique, la faute la plus grave, si j’avais refusé de le recevoir; iin’au-

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rait pas manqué d'aller se joindre aux Oelets, et il serait supcrllu de vous faire sentir à quel degré de puissance et de force se serait élevé Galdan , avec une armée si considérad)le. »

MORT DE L’EMPERECa KHRNG-BI.

En 1722, K.HANO ui, mi conservait à soixante -neuf ans l’habitude des exercices laborieux qu’il avait contractée dans sa jeunesse, avait été comme à l’ordinaire passer l’été au delà de la grande muraille, et s’étant à son retour fatigué de nouveau dans un de ses parcs, en chassant au léopard, il fut saisi par le froid , et tous les soins des médecins ne purent l’empêcher d’expirer le 20 décembre 1722, après avoir régné soixante et un ans, sans avoir atteint un âge très-avancé. Il institua pour son successeur son quatrième fils , qui donna aux années de son r^ne le nom de Young-tching.

Voici en grande partie le testament de l’empereur Khang-hi, tel qu’il est donné dans l’histoire universelle de la Chine, traduite par de Mailla, t. XI, page 350.

TESTAMENT DE L’EHPBREDR KHANG-Hl.

« Moi, empereur, qui honore le ciel, et suis chargé de la révolution, je fais cet Édit , et je dis : De tout temps ,

fiarmi les empereurs qui ont gouverné 'univers, il ne s’en est trouvé aucun ui ne se soit fait un devoir essentiel e révérer le ciel et d’imiter ses aïeux. La vraie manière de révérer le ciel et d’imiter ses aïeux est de traiter avec bonté ceux qui sont loin, et d’avancer selon leur mérite ceux qui sont près ; c’est de procurer aux peuples le repos et l’abondance ; c’est de faire son propre bien du bien de l’univers , et son propre cœur du cœur de l’univers; c’est de préserver l’État des dangers avant qu’ils arrivent, et de prévenir avec sagesse les désordres qui pourraient survenir.

« Les princes qui travaillent sur ce pian depuis le matin jusqu’au soir, et s'en occupent même durant leur som-

meil, qui forment sans cesse des desseins dont les effets soient de longue durée et d'une grande étendue pour le bien public, ces princes, dis-je, ne sont pas éloignés d’accomplir ces devoirs.

« Moi , empereur, qui suis maintenant â^é de soixante-dix ans , et qui en ai régné soixante, je suis redevable de ces bienfaits aux secours invisibles du ciel et de la terre , de mes ancêtres , et du dieu qui préside dans l’empire à l’agriculture, et non à ma faible raison. Suivant la chronologie et l’histoire, il s’est écoulé plus de quatre mille trois cent cinquante ans depuis l’année Ma-tse du règne de Hoang-ti ; et, pendant ce grand nombre de siècles, on compte trois cent un empereurs , dont un petit nombre ont régné aussi longtemps que moi.

« Après mon élévation au trône , uand j’eus atteint la vingtième année e mon règne, je n’osais me promettre de voir la trentième, et parvenu à cette trentième, je n’osais me promettre de compter la quarantième, aujourd’hui je me trouve dans la soixantième.

Le cfum-king dans le chapitre Aonp'fan ou le grand modèle, fait consister la félicité en cinq avantages; la longue vie, la richesse, la tranquillité, l’amour de la vertu et une un heureuse.

Cette fin heureuse tient le plus haut rang parmi ces avantages , sans doute parce qu’il est difficile d’y parvenir. L’âge que j’ai présentement prouve que j’ai vécu longtemps ; quant à mes richesses , j’ai possédé tout ce qui est contenu dans les quatre mers. Je me vois père, et tige de cent cinquante fils et petits-fils : les filles doivent être en plus grand nombre. Je laisse l’empire en paix et dans la joie; ainsi la félicité dont je jouis peutetre appelée grande.

Après cela, s'il ne m’arrive aucun accident, je mourrai content.

« Je fais cependant une réflexion.

Quoique, depuis que je suis sur le trône, je n’ose dire que j’aie changé les mauvaises coutumes et réformé les mœurs ; quoique je n’aie pas réussi à procurer l’abondance dans chaque famille, et 'c nécessaire à chaque parti-

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calier, et en cela je ne peux être comparé aux sages empereurs des trois premières dynasties, je crois cependant pouvoir assurer que, durant un si long règne, je n’ai eu d’autres vues que de procurer à l’empire une paix profonde, et de rendre mes peuples contents, chacun dans son état et dans sa profession ; c’est à quoi j’ai donné mes soins assidus avec une ardeur incroyable et un travail sans relâche, qui n’a pas peu contribué à épuiser les forces de mon corps et celles de mon esprit. Dans le nombre des empereurs, il en est qui ont régné peu de temps, et les historiens prennent de là occasion de les censurer, en attribuant à leur passion immodérée pour le vin et les femmes la cause de leur mort précipité; ils en font une règle générale et sans exception, et semblent se faire un mérite de rechercher les défauts des princes accomplis et les moins réprénensibles. Je veux aujourd’hui justifier, sur ce fait, par une apologie claire et sans réplique, les empereurs des dynasties qui ont prèpédé la mienne; la multitué des affaires dont ils se sont trouvés surchargés , leur a causé des peines et des chagrins qui ont abrégé leurs jours.

a... De toutes les dynasties qui se sont succédé jusqu’à présent , il n’en est aucune qui ait acquis l’empire avec autant de droit et de justice que la mienne. Taï-tsou , mon bisaïeul , qui en est le fondateur, et Taï-tsoung, mon grand-père , n’avaient d’abord aucune envie àe s’en rendre maîtres.

Taï-tsoong disait ; Nous sommes en guerre avec la Chine depuis loi^temps ; et aujourd’hui il me serait facile de m’en rendre maître ; mais je considère que cet empire appartient à celui qui le gouverne , et je ne puis me résoudre ù le lui enlever.

«Dans la suite, le rebelle Li-tsetching força la ville impériale de Péking, et Tempereur Tsoung-tching se pendit pour ne pas tomber vivant entre ses mains ; alors le peuple et les grands de la Chine vinrent au-devant de nous. Après avoir entièrement exterminé les rebelles , nous entrâmes

dans Péking, et nous succédâmes à l’empire à la place du prince défunt , à qui nous fîmes des funérailles avec des cérémonies fixées par le rit.

« Han-kao-tsou, fondateur de la dynastie des Han, n’était qu’un simple prévôt de village; et Hoühg-wod, fondateur de celle des Ming, un pauvre bonze. Hiahg-yd, qui prit les armes et se révolta contre le dernier empereur des Thsin, était beaucoup plus

Puissant que Ham-kao-tsou ; cernant c’est a ce dernier que l’empire fut dévolu... Notre dynastie , appuyée sur les faits de mes glorieux ancêtres, qui ont (Âéi au ciel et se sont conformés à la volonté des peuples , possède aujourd’hui cet empire ; on peut conclure de là que des sujets rebelles, des enfants dénaturés, ne servent, par leurs révoltes, qu’à engager les peuples sous le gouvernement de leurs véritables maîtres. Le destin des empereurs est arrêté par le ciel : suivant ce destin , s’ils doivent jouir d’une longue vie , rien n’est capable d’y mettre obstacle; et, s’ils doivent jouir d’une paix profonde, rien n’est capable de l’altérer.

« Moi , empereur, je me suis appliqué à l’étude de la sagesse dès ma plus tendre enfance ; et j’ai acquis une connaissance grossière des sciences anciennes et modernes. Dans la vigueur de l’âge, je pouvais bander des arcs de quinze forces , et lancer des flèches de treize palmes de longueur : j’ai su le maniement des armes , et j’ai paru à la tête de mes armées ; j’ai en tout cela beaucoup d’expérience. Pendant toute ma vie, je n’ai fait mourir personne sans sujet. J*ai la révolte des trois rois chinois ; j’ai nettoyé le septentrion du Cha-mo, et toutes ces entreprises ont été combinées et conduites par les ressources de mon génie. .

« Je n’ai osé rien dépenser inutilement des trésors de l’empire , dont .a garde est commise à la cour des tributs : c’est le sang du peuple. Je n’y ai puisé que ce qui était nécessaire pour la subsistance des armées et pour subvenir aux famines. Je n’ai ^mt

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permis qu’on tendît de soieries les appartements des maisons particulières où je séjournais dans les voyages que j’ai laits pour visiter l’empire ; et la dépense dans chaque endroit ne dépassait pas dix à vingt mille onces d'argent (75,000 ou 150,000 fr.). Si l’on considère que je déboursais annuellement plus de trois millions d’onces d’argent pour l’entretien et la réparation des digues, on verra que la première dépense ne monte pas à la centième partie de celle-ci.

« Moi, empereur, j’ai plus de cent Plis ou petits-GIs, et je suis âgé de soixante et dix ans. Les rois , les grands , les officiers , les soldats , les peuples, lesMongous même, et autres, témoignent l’attachement qu’ils ont pour mu personne, en regrettant de me voir si avancé en âge. Sans une conjoncture si flatteuse , si je viens à terminer ma longue course , je quitterai la vie avec satisfaction.

« Young-tching , le quatrième de mes fils , est un homme rare et précieux. Ce prince a beaucoup de ressemblance avec moi , et je ne doute point qu’il ne soit capable de recevoir et de porter le fardeau de la grande succession ; j’ordonne qu’il monte après moi sur le trône, et qu’il prenne possession de la dignité impériale. Contorroénient aux règlements , on portera mon deuil pendant vingt-sept jours seulement.

Que le présent Mit soit publié à la cour et dans toutes les provinces , afin que personne n’en ignore le contenu. »

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