‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 220 sur 238 · SÉPABATIOH DES DIGUES DD FLEUVE JAUNE · texte numérisé non relu

SÉPABATIOH DES DIGUES DD FLEUVE JAUNE

La gazette de Pé-king contenait, sur la fin de 1819, un avis des commissaires impériaux envoyés pour réparer les digues du fleuve Jaune , qui avait déboidé et fait périr plus de cent mille personnes. Cet avis avait pour objet d’obtenir des fonds pour faire face à la dépense extraordinaire que les débordements avaient rendue nécessaire.

L’empereur proposait des honneurs et des distinctions proportionnés à ceux qui souscriraient volontairement à cette mesure d’intérêt public en donnant leur nom; il n’exigeait point d’impdt extraordinaire foroé. Cent mille hommes étaient employés à réparer les digues du fleuve indonqitable.

éDIT IMPéBI AL PORTANT REMISE DES IMPOTS FONaERS.

Un édit impérial, daté de la vingtquatrième année Kia-king (1820), fut proclamé dans l’empire, établissant que , comme les populations chinoises avaient été très en arrière pendant, les dernières années, pour te payement des impôts, une enquête scrupulease serait laite dans les différents distriGts des provinces , pour connaître de combien les habitants étaient réellemmit en arrière , et le rapport en devait être adressé à l’empereur, afin qu'il pât leur remettre les taxes dues pour 1rs

(*) InJo-Chiaese Gleaner, d<> 6.

CHinE.

(iremières années qui n’avaient pas été payées.

TESTAMENT DE L'EMPBKEDE KlA-KING.

Kia-kino mourut le 2 septembre 1820. Voici le testament qu’il fit avant d’expirer ;

Dernières volontés et testament de Cemperewr de la Chine, publiés le 2 septembre 1820, 7'our de la mort de ce prince. Traduit de l’anglais, et revu sur le texte original chinois {*).

«L’au^ste empereur qui reçut du ciel et de l’ordre des témps l’empire de ce monde, annonce par cet écrit ses intentions au peuple.

« Lorsque sa majesté Kao-tsoungtchen-hoang-ti (**) m’eut remis le sceau impérial, et que je lui succédai au trône, je continuai à recevoir, pendant trois années , ses propres instructions sur le gouvernement.

« J’ai considéré que les grands principes de la conservation du royaume et de l’ordre social , sont : de respecter le ciel; d’imiter ses prédécesseurs; de chérir le peuple , et de donner tous ses soins à l’administration.

• Depuis que je suis sur le trône , j’ai constamment agi avec la plus grande prudence; j’ai mmité sans cesse, et

(*) Cette traduction est empruntée au Journal asiatique, lom. I, p. 175. Son au- Iciir, M. Landresse , y a joint la note suivante : La traduction anglaise , dont je me suis servi, est d’un savant sinologue, le rév.Morrison (voy. V Indo-Clûaese Gteaner, n» i5); j'ai donc pu l’employer avec confiance. Mais , pour plus d’exactitude , j’ai revu avec soin mon travail sur le texte chinois.

(**) Ce qui veut dire, l’empereur grand, respectable et parfait Ce prince est plus connu en Europe sous le nom de Kiaa-loung.

Aujourd’hui en Chine , comme autrefois en Ënpte , les souverains sont soumis , apres leur mort, à un jugement public, par lequel on leur décerne un titre plus ou moins honorable, selon que leur règne a été plus ou moins glorieux ; et ils n’ont pas d'autre nom dans l'Iiistoire de leur pavs. ( t.)

avec le plus saint respect , sur les graves devoirs qui m’étaient imposés; j’ai toujours eu présent à l’esprit, que le ciel n’élève si haut les princes que pour la cause du peuple, et que le soin de le nourrir et de l’instruire repose sur un seul homme.

V Lorsque je commençai à régner, les rebelles qui ravageaient les provinces de Tchouan (Sse-tebouan), Gien (Chen-si), et Tsou (Hou-kouang), n’^ taient pas encore soumis; et j’avais de grands officiers à former et à encourager ; j’avais une armée puissante à organiser et à conduire. Ce fiit par ces travaux, qui m’occupèrent pendant quatre années , que les révoltés furentsuccessivement wattus. Dès lors l’empire jouit du calme et de la tranquillité.

« Les habitants des campagnes s’acquittaient avec plaisir de leurs devoirs : ils trouvaient protection dans mon sein; je répandais des largesses sur le peuple ; ainsi nous jomssions tous de la paix et du bonheur.

« Mais le peuple, perverti , vint à se révolter encore. Il se précipita en foule vers le sacré portique du palais ; et les rebelles , ligues avec les habitants de Thsao et de Hoa , se répandirent dans trois provinces. Ayant heureusement placé ma confiance dans les secours du ciel tout-puissant, les chefs furent pris et le reste exterminé. £n moins de deux mois , le cabne fut de nouveau rétabli.

« J’ai toujours pensé que les doctrines hétérodoxes ne peuvent que corrompre le peuple. C’est pourquoi j’ai souvent publié des ordonnances et des instructions à cet égard, non moins pour faire resqiecter le gouvernement, que pour corriger le coeur des hommes ; pour, resserrer les noeuds qui unissent les sociétés; pour rendre l’administration plus parfaite et les coutumes meilleures. Mon cœur n’a jamais négligé ces soins, pas même un seul jour.

« Le fleuve Jaune a de tout temps été la désolation de l’empire. Lorsque dans les cantonsde Yun-tlii et de Kouanhia , son cours vers la mer a été arrêté

L’UHIVERS.

ar des bancs de sable , il s’éleva très-

aut, et inonda le pa^ alarmé. En de telles circonstances, je n’ai point épargné les fonds du trésor public pour contenir le fleuve et rétablir les eaux dans leur premier lit.

« Six ou sept années de tranquillité s’écoulèrent depuis que l’on m’eut annoncé que cette première réparation était terminée. Quand l’année cfemière, i l’automne, des pluies excessives grossirent singulièrement les eaux du fleave , alors il rompit Iss digues en plusieurs endroits, au nord et au midi; et le courant Wou-tdii , passant à travers le pays, se fraya un passage à la mer. Le dégât qu’il causa fut immense.

« Au printemps de cette année, comme les directeurs des travaux de la digue m’annonçaient que l’ouvrage était achevé, la digue do midi, dansli-foung, se rompit aussi. J’ai donné l’ordre de commencer les réparations après l’automne, et j’ai assigné les fonds nécessaires pour ces travaux, qui pourront être accomplis pendant l’hiver.

« J’ai particulièrement veillé à ce que le peuple ne restât pas sans subsistance ; et j’ai été attentif à empêcher qu’un seul individu manquât du nécessaire.

Toutes les fois queues pluies excessives ou une trop grande sécheresse afdigeaient quelque partie de l’empire , je remettais les iirâôts sur les terres, et je faisais distriouer des grains. Dès qu’on me donnait connaissance de la détresse, je faisais de suite passer des secours.

« L’année dernière, au soixantième anniversaire de ma naissance, les magistrats et le peuple vinrent en foule et avec joie me présenter leurs sincères félicitations. Après avoir réfléchi aux bienfaits que je pouvais accorder en cette occasion , j’ai fait proclamer la remise des impôts sur les terres, soit en argent, soit en nature, et montant à plus de vingt millions; désirant ajouter ainsi à l’aisance de chaque famille, et voulant que diaque individu puisse s’élever au comble du bonheur public.

• Cette année, pendant le printemps.

l’été et jusqu'au mili«i de l’automne, les pluies ont été favorables ; et l’on m’a annoncé que l’abondance renaît dans chaque province. Moncceurena ressenti un véritable plaisir.

« Vers le milieu de cet automne , pour me conformer avec respect aux sublimes instructions de mes ancêtres, je me suis rendu aux chasses de Moutan. Comme je m’avançais vers la diaumière de la montagne ,‘je m’arr&ai afin d’éviter la chaleur. J’avais jusqu'alors joui d’une excellente santé, et, quoique parvenu à la soixantième annM de mon âge , je pouvais monter ou descendre une colline ; je pouvais traverser un fleuve ou une large plaine sans connaître la fatigue. Mais alors, au milieu de mon voyage, la trop grande chaleur me fit mal. ^pendant, nier je poussai mon cheval au travers la montagne Kouang-jin ; mais quand j'arrivai à la chaumière, je sentis que le flegme me suffoquait, et je craignis, jusqu’au soir, de ne pouvoir plus me remettre.

< Cependant, pour me conformer à l’usage établi par mes vénérables aïeux, j'avais, dès la quatrième année A'ia- Ainp, au dixième jour du quatrième mois , à la cinquième heure du matin, nommé d’avance mon héritier au trâiie. Cette nomination, scellée de ma main, est déposée dans une boite secrète.

« Lorsqu’à la dix-huitième année de mon règne, les rebelles tentèrent d’escalader les murs du palais, i’iiéritier impérial kii-méme fit feu sur les ennemis, et en tua deux, ce qui fit tomber le reste à terre avec effroi. De cette manière, le palais impérial recouvra la tranquillité. Le mérite de cette action fut très-grand; et comme je n’avais pas déclaré mon dessein de le faire prince héritier, je lui conférai le titre de TcM-thsin-hoang (roi sage), pour récompenser ses signalés services.

« La maladie actuelle terminera mes jours. Le meuble divin (le trône) est de la plus haute importance, et il est à propos de le conférer à un autre.

C’est pourquoi j’ordonne à tous les ministres de la présence, a tous les

CHINE

homnn«s d’État du conseil militaire, à tous les grands officiers du palais impérial , de s’assembler pour ouvrir le secret dépôt. L’héritier que je nomme est bienfaisant, respectueux, sage et courageux. 11 se rendra capable de supporter la charge qui lui est confiée. Qu'il monte donc sur le trône, et qu’il me succède dans ce grand gouvernement.

< Les devoirs d’un souverain consistent à connaître les hommes , et à procurer du repos au peuple. J’ai pendant longtemps examinéet médité avec soin ces devoirs; ils sont réellement très-difficiles à remplir. Réfléchissez profondément à ces grands principes; maintenez-les avec force; donnez les emplois aux vieillards sages et vertueux ; aimez et nourrissez le peuple aux cheveux noirs (*} ; et faites que notre famille conserve son haut éclat, pendant cent mille fois dix mille ans.

« Le Xi-Ai dit que les fils obéissants se conforment toujours aux desseins de leurs ancêtres, et qu’ils respectent ce qu’ils ont fait. Puissent vos efforts n’étre Jamais interrompus !

« J'ai été honoré du titre de fils du ciel ; j’ai étendu mes années au delà d’un cycle de soixante ans ; on peut dire que mon bonheur a été grand.

Mon successeur pourra ex^uter mes projets ; il fera jouir l’empire du bonheur de la paix : telles sont mes espérances, et alors mes vœux seront comblés. •

• Lorsque je reçus le sceau impérial, j’avais deux frères aînés, et un autre frère plus jeune que moi , qui furent élevés à des dignités royales. Cette année , au printemps , le prince roval King-thsin mourut, et il ne resta plus que les princes I-thsin et Tching-t/uin. Ces derniers m’ayant offensé, je les privai de leurs emplois. Cette peine est aujourd'hui entièrement remise.

« Le Chou-king rapporte que l’empereur C/iTtn termina sa carrière à

(*) C’esl-à-dire, les jeunes gens; ceux dont la vieillesse n’a point eucore blanchi les cheveux ; en opposition aux hommes sages et vertueux, qui sont les vieillards.

une excursion de chasse. Le même événement m’arrive ; de plus , ce lieu de Louan-yang est un de ceux qui doivent être, chaque année, honoré de la présence du souverain ; et mon aïeul y est enterré (*). Pourquoi donc serais-je triste ?

« Que l’on se oonforme , en prenant le deuil , aux usages précédents , ^ qu’on le dépose apres vingt-sqit jours.

Annoncez mes volontés au peuple, et faites que chacun les entende.

«La vingt -cinquième année JITiaking ^ au vingt-cinquième jour de la septième lune. »

( Ici est la place du sceau de l’empereur).

Le vice - roi des deux provinces de Kouang (Kouang-tung et &ouang-si ) votre sujet Yovan-youan, et l’envoy de la province de Kouang-tung , votre sujet Khang-chao-young , l’ont fait transcrire sur papier jaune, avec une respectueuse attention.

i/e gouverneur de Canton par mforùM, trésorier, juge criminel, votre sujet Wm, l’a fait graver avec une respectueuse attention.

Tao-kouang (1831). Le règne de cet empereur n’est connu en Europe que par quelques extraits de la gazette impériale de Péking, publiés par des journaux anglais. On sait qu’il succéda a Kia-king en 1831 , et qu’il s’est montré aussi hostile à la prédication du christianisme que son père. Les troubles ont continué dans plusieurs provinces ; les Mahométans de Turkestan se sont aussi révoltés, mais ils ont été comprimés; une autre révolution a

(*) J’ai osé adopter id un aen> entiéremeut opposé à celui du rév. Moritsoo. Ce savant traduit ; et mon aïeul y est né; j’ai mis : et mon aïeul y est enlerré ; le chinois

Furtant, mot à mot , de mon aïeul décédé âme y est. Ce qui précède et ce qui suit s’accorde très-bien avec ce dernier sens ; en eflel , on lit d’abord , l’empereur Cbun est mort à une excursion de coasse, et ensuite, pourquoi serais-je Irisle, sous-entendu de monnir, puisque l’empereur Chun est mort comme moi à une excursion de chasse , el puisque mon aïeul est enlerré dans l'endroit même où je^meurs ? ( b.)

L’UNIVERS

éclaté dans 111e de Formose; les Miaotseu, réduits par Khiah-loung , se sont réveillés de leur assoupissement. Tout dénote que la dpastie tarteremanlchoue a plus que jamais besoin de la force pour se maintenir sur le vieux trône impérial de la Chine.

Une autre conspiration fut décou* verte à Péking , en 1832. Dans la même année, une famine s’est fait sentir dans les provinces de Ngan-hoéï, de Kiangsi , de Hou-pe et de Tché-kian^ : elle était causée par les grandes inondations de l’automne de 1831. Dans les trois premières de ces provinces, l’empereur a fait la remise d’une partie des impôts. Il a aussi ordonné que le pauvre peuple reçût, des magasins impériaux, des secours en riz pour ses besoins pressants, et de grains pour semer ses champs.

DinCIT DANS LE REVENU DE L’EMPIRE.

Le même empereur Tao-kouang a porté un édit sévère, adressé aux gouverneurs des provinces, qui leur enjoint de faire plus d’attention aux revenus de l’État. Il dit que le surintendant des finances lui a rapporté aue pendant les dix-huit derniers mois, W uépenses ont excédé les recettes de vingt-huit millions de taèls (210,000,000 de f. ). C’est assez pour le présent, uit l’empereur, mais ce système ne peut durer.

Un million de tacis ( 7,500,000 f. ) a été déposé dans le trésor de la province de Kan-sou, pour s’en servir dans le cas de troubles ou révoltes sur la frontière occidentale (*).

Dans le mois de mars 1834, le //total, ou surintendant littéraire de la province de Canton, a été suspendu de ses fonctions , sur un rapport venu de Péking.

Les journaux de l’Europe ont publié dans le commencement de l’année 1837 une proclamation de l’empereur de la Chine qui défend sous les peines les plus sévères, la prédication du christianisme dans ses États. La politique du gouvernement chinois, qui s’appuie sur une expérience tradition-

(*) Chincsc JRtpoailor^-. Caiilon, i83a.

nelle de plus de quatre mille siècles , a aussi ses pensées immuables.

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