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légers brouillards sur la superficie-, alors humer sans précipitation cette liqueur délicieuse , c’est travailler efficacement à écarter les cinq sujets d’inquiétudes oui viennent ordinairement nous assaillir. On peut goûter, on peut sentir; mais on ne saurait exprimer cette douce tranquillité dont on est redevable à une boisson ainsi préparée.
« Soustrait pour quelque temps au tumulte des afiaires , je me trouve enfin seul dans ma tente, en état d’y jouir de moi-méme en liberté; d’une main je prends un fo-cheou, que j’éloigne ou que j’approche à volonté; de l’autre, je tiens la tasse au-dessus de laquelle se forment encore de légères vapeurs agréablement nuancées; je goûte par intervalles quelques traits delà liqueur qu’elle contient, je jette de temps en temps des regards sur le meUhoa, je donne un léger essor à mon esprit, et mes pensées se tournent sans efforts ▼ers les sages de l’antiquité. Je me représente le fameux Od-tsiodan ne se nourrissant que du fruit que porte le pin; il jouissait en paix de lui-même dans le sein de cette austère frugalité; je lui porte envie et je voudrais l’imiter.Je mets quelques pignons dans ma bouche et je les trouve o^élicieux. Tantôt je crois voir le vertueux Lin-fou façonner de ses propres mains les branches de l’arbre mei-hoa. C’est ainsi, dis-je en moi-méme , qu’il donnait quelque relâche à son esprit, déjà fatigué par de profondes mMitations sur les objets les plus intéressants. Je r^arde alors mon arbrisseau , et il me semble qu’avec I.,in-foü i’en arrange les brandies pour leur cfonner une nouvelle forme. Je passe de chez Lin-fou chez Tchao-tchfou ou chez Yu-tchouan :
je VOIS le premier entouré d’un grand nombre de petits vases dans lesquels sont toutes les espèces de thé, en prendre, tantôt de l’une, tantôt de l’autre, et varier ainsi sa boisson; je vois le second boire avec une profonde indifférence le thé le plus exquis, et le distinguer à peine de la plus vile boisson. Leur goût n’est pas le mien, comment voudrais-je les imiter (*)?
(*) Il veut dire qu’il bUme la trop grande 30* Livraison. ( Chinb. '
» Mais j’entends qu’on but déjà les veilles; la nuit augmente sa fratœeur; déjà les rayons de la lune pénètrent à travers les' fentes de ma tente, et frappent de leur éclat le petit nombre ne meubles qui la décorent. Je me trouve sans inquiétude et sans fatigue; mon estomac est dégagé, et je puis sans crainte me livrer au repos. C’est ainsi que, suivant ma petite capacité, j’ai fait ces vers au petit printemps de la dixième lune de Vannée ping-yn (1746) de mon règne, Khian-loung. »
EnGn, la traduction de V Éloge de Moukden, dont il a été parlé précédemment, et qui fut publiée à Paris en 1670, valut a Khian-loung cette épitre de Voltaire, dont voici quelques passages :
• Reçoit mes compliment», cbann«nt roi deUCbine; Ton lr<)ne est donc plsc^ sur I» double coUiuel On sait dans l'Occident que, malgré mes travers. J’ai toujours fort aimd les rois qui fmit dee vert.
O toi que sur le trdne un feu céleste eoflanune , Dis*moi si ce ^rand art dont nous sommes épris. Est auMÎ difficile à Pékin qu'à Paris.
Ton peuple est*il soumis à celte loi si dure Qui veut qu'avec six pieds d'une égaie lumure.
De deux alexandrins, céte h céte marchants , *
L’on serre pour la rime et l'autre pour le sens f Si bien que sans rien perdre , en Imivaal cet nsMe • Ou pourrait retraoeber la moitié d'uo ottTrage(^.e
Kia-king (1796-1820). Les documents manquent pour donner une idée un peu complète du règne de cet empereur et de son successeur; tout ce que l’on en sait nous vient des sources européennes. L’histoire d’une dynastie n’est rendue publique qu’après sa chute et sous le gouvernement de celle qui l’a remplacée. Toutefois, cela n’empêche pas des écrivains officieux de composer l’histoire des empereurs de la dynastie régnante; ces histoires circulent manuscrites dans lè publio(**);
déllcaleste de l’un, et le peu de go&t de l’autre.
(*) On répondra pour l'empereur de la Clune à la question de Voltaire , dans la seconde partie de cet ouvrage.
(**) ■ Le seul ouvrage original, a dit M. AM Rémusat , où l'on puisse trouver da matériaux authentiques pour Tbistoire de la dynastie actuellement régnante, est la Toung-hoa4ou , ou Chroniqu* de la fleur
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i; U NI VERS.
mais tes rapports actuels de l’Europe avec l’Asie et la Chine ne nous laissent pas complètement ignorer ce qui se passe dans le grand empire.
aèvOLTBS DANS L'EMPIRE.
C’est ainsi que l’on sait que Kia- KiNS a eu plusieurs révoltes a comprimer pendant son règne. Une de ces conspirations, à la tête de laquelle se trouvaient, dit-on, des personnes de haut rang et des parents même de l’empereur, fut découverte en 1803; l’empereur devait être assassiné. Dans une proclamation qu’il Gt après avoir échappé à la mort, par l’arrestation de rassassin, au moment où il était prêt à exécuter son crime, il se plaint de l’indilférence de la population chinoise pour le danger qmil avait couru ; il dit que parmi tous les spectateurs qui étaient présents , il s’en trouva seulement six qui s’empressèrent de lui témoigner tout l’intérêt qu’ils prenaient à la conservation de ses jours; il conclut enUn par cette observation que, malgré toute son attention et les soins qu’il met à bien gouverner, il se peut qn*il commette des fautes; il promet de mieux gouverner à l’avenir, et de s’efforcer de ne plus donner de motifs d’une jureille désaffection. C’est cette intUfJerence , dit-il, et non U poignard de l’assassin qui tn’affîige (*).
Kia-kino continua cependant de mener une vie efféminée et licencieuse ; les révoltes furent plutôt apaisées par Targent que par la force des armes.
Une certaine somme fut offerte à tous
^Orient, en teûe livres. Cet ouvrage ne peut pas encore être imprimé; mais il en Murt beaucoup de copies manuscrites à la Chine, et il en est même venu plusieurs en Europe. Les événements y sont rapportés brièvement , année par année et jour par Jour, sans développements et tans reflexions. L’exemplaire que j'ai sous les yeux finit è la mort de Toung-lctiing, en t^35\ mais il existe des copies plut complèles où l’on a •jouté 1e règne ma Kbiandoung et celui de Kia-king. •
(*) Gutdaff" t tktteh ^ ehinete hitioiy,
«oL a , p. fiÿ.
ceux qui voudraient se soumettre; si c’étaient des chefs , ils pouvaient espérer des emplois équivalents dans l’armée impériale.
Mais ce qui inquiétait le plus le gouvernement de Kia-kino, ce furent ces nombreux et hardis pirates qui ravagèrent pendant presque tout sou règne les côtes méridionales de la Chine.
Chaque jour, ils devenaient de plus en plus harais , et ils défiaient le gouvernement; ils percevaient des droits réguliers sur les vaisseaux marchands, et ils respectaient ceux qui étaient porteurs d’une licence de leur commandant; mais toutejonque qui n’en était pas munie était déclaréede bonne prise.
Dans leurs excursions, ils ravageaient souvent des villages entiers, dont iis emmenaient la population, qu'ils se faisaient racheter par de fortes sommes d’argent. Pendant ce temps, des révoltes, que l’on croit avoir été combinées avec les excursions des pirates, menaçaient l’empereur même dans sa capitale; on devait attaquer le palais impérial, le piller, et s’emparer de la personne du prince. Ce projet ne réussit pas. Deux parents de l’empereur compris dans cette révolte (1813) furent mis à mort.
ASSOCIATIONS SECRSTES.
De nombreuses associations secrètes se formèrent en Chine sous le règne de Kia-kino ; leur but était de détruire le gouvernement et la domination des Tartares. Cependant il en existait déjà sous le rè^ne de Khian-loung, puisque les missionnaires européens furent souvent accusés de faire partie de la société secrète des Pe-Uanrkiao, ou secte du Nénuphar. Cette secte fut la plus formidable sous le règne de Kiakino; elle excita une insurrection dans le Cban-tonng, qui s’étendit sur trois des provinces voisines. Leur chef s’arrogea le titre de San-hoang, triple empereur, c’est-à-dire, empereur du cia, de la terre et des hommes. Ce furent soixante et dix membres de la société de la Raison céleste {ThianM) attaquèrent l’empereur à maiu ar-
CHINE
mée dans son palais, et en prirent possession pendant plusieurs jours; ils n’en forent chassés iju’aTec de grands efforts. De ces differentes sociétés secrètes s’est formée une autre société , nommée \aSo4iéti de la Triade (*), dont les membres, comme les francs-maçons , se reconnaissent entre eux à de certains signes ou symboles de convention; son but probable est aussi le renversement de la domination tartare. On lui attribue toutes les révoltes partielles mii éclatent de tonps en tem|^ dans l’empire. D'après les lois en vigueur, toute réunion de cinq personnes est illé^le. Cette sévérité, apportée contre les associations de toute nature, a aussi aggravé le sort de tous ceux qui se trouvent détenus.
Un censeur de rem|Mre écrivait à l’empereur que les tortures les plus cruelles et les plus illégales étaient pratiquées dans la province du Sse-tchouan et faisaient nunirir beaucoup de personnes.
Ces cruautés commencent pendant la persécution active exercée contre les associations, et maintenant elles se trouvent appliquées à tous les cas.
■onas DB CMMOIELS COHOAXRéS A MOIT.
A la fin de l’année 1816, il y avait dans les différentes provinces de l’empire chinois 10,370 criminels convaincus de crimes capitaux, et attendant l’ordre de l’empereur pour subir leur peine. Dans les prisons, les criminels sont attachés pendant la nuit aux planches sur lesquelles ils sommeillent. Ce nombre de criminels condamnés à mort paraîtrait exorbitant, si t’oa ne frisait pas attention oua la peine de mort est appliquée en Cnine à oeaucoup plus de crimes qu’en France, et que oans ce nombre devaient se trouver beaucoup de condamnés politiques.
GSAHDB SÉCHEBESSE.
Il y eutune grande sécheresse sous le règnedeKiA-KiHG, pendant laquelle
(*) Yoj. les Tntasaelious <tf j4iiatic Sacitty, etc., voLl, pag. i4e.
on adressa à l’empereur un grand nombre de remontrances. La cour des châtiments ou des peines se rassembla pour se consulter à ce sujet, ^ examiner si elle avait bien rempli son devoir, si elle avait eu assez d’humanité. Dans un document qu’elle publia , elle exprima l’espérance que la nature accorderait de la pluie et rétablirait l’ordre des saisons. Une personne du Ctentoung envoya une remontrance à l’empereur, par laquelle elle lui proposait de briser toutes les idoles, toutes les images des divinités. Le conseil supérieur décida que le malencontreux conseiller serait exilé sur la frontière russe.
ODBAOAK BT IHOBDATIOH EXTSAOEDI.
KAiEBS.
Dans le mois de juin ISIS, il y eut un ouragan terrible à Pé-king; il occasionna une violente irruption de la mer sur la cdte du Chan-toung. Cent quarante villages furent couverts par les eaux ; la plupart des maisons furent détruites, (^mme c’est la coutume dans de semblables circonstances , l’empereur ordonna que des provisions pour un mois fussent distribuées aux malheureux qui avaient souffert.
OéCODVBBTE BT PUNITIOX EXEHTLAISB DUN MBOaTaB.
Dans la quatorzième année Kiaking (1818) , le district de San-yang, dans la province de Kiang-nan, fut inondé ; alors l’empereur oraonna que le trésor public vint au secours du peuple qui avait souffert. WAnG<HiH- HAN , le magistrat du district de Sanvang , s’empara de l'argent alloué par le trésor, et l’appliqua à son propre usage, sans le distribuer au peuple. Le vice-roi de Kiang-nan expédia un isinsse, nouvellement créé, nommé Li- YO-TCHANG, lui-méme magistrat du district, pour aller examiner l’affaire.
Wang-chin-han , s’étant effrayé de son arrivée, et pensant pouvoir le corrompre, lui proposa dix mille taéla d’or pour assoupir l’affaire. Li-yo- TCBANG , cependant, était un homme
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probe et droit; i! refusa le prix de la commission , et résolut de rapporter le véritable état de la < hose au vice-roi. Dans cette occurrence, le magistrat coupable corrompit trois serviteurs de Li-yo-tchang , en leur offrant deux mille taëls d’argent. S’ils voulaient empoisonner leur maître, et faire passer sa mort pour un suicide.
Ceux-ci consentirent. Après avoir commis ce crime, ils placèrent le corps de leur maître dans un cercueil précieux, et l’envoyèrent à sa demeure pour y être enterré. La veuve du fidèle magistrat défunt soupçonna le crime , et son oncle étant du même avis , ils se rendirent à Pé-king pour le dénoncer au Tribunal des peines. Celui-ci se hâta de faire arrêter les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître, et qui avouèrent toute la vérité dans leur interrogatoire. L’empereur, furieux de ce crime, ordonna que le vice-roi fdt envoyé en exil dans une contrée éloignée , et que tous les mandarins du district de San-Yang subissent la peine capitale. La famille entièredu magistrat concussionnaire et homicide, sans aucune exception, subit le même châtiment, et l’un de ses fils, qui n’avait alors que environ trois ans, fut mis en prison sur l’ordre de l’empereur, pour attendre l’âge de seize ans, afin de pouvoir être aussi décapité.
Quant au malheureux Li-yo-tchang, l’empereur composa une élégie de trente vers pour célébrer ses vertus , et il ordonna que ces vers fussent gravés sur une table de pierre et placés devant son tombeau , pour instruire tous les hommes qu’il est dix mille fois plus glorieux de mourir en conservant son intégrité, que de vivre en avide fripon. Les trois domestiques qui avaient empoisonné leur maître furent, par ordre de l’empereur, eoupés en morceaux devant le tombeau du défunt, auquel on offrit leurs cœurs en sacrifice expiatoire. La veuve fut élevée au rang de grande dame, et son oncle, qui avait plaidé sa cause , fut aussi récompensé par une promotion. Et comme il n’avait pas d’enfant, le mandarin du district reçut l’ordre de choisir dans
son commandement un jeune honine distingué pour devenir son fils d'adoption , afin de transmettre son nom à la postérité, et d’hériter de ses honneurs (*).
Le règne de Kia-king semble avoir été une suite continuelle de calamités ; une révolte était à peine comprimée, qu’une autre se montrait plus redoutable. Le YwMmn et le Sse4ehomn occupèrent longtemps les armées im-
ériales. Les rebelles se retirèrent en-
n dans les forêts qui avoisinent la frontière chinoise, parmi les tribus étrangères de ces régions.