‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 31 sur 238 · VII. « Dans la septième catégorie · texte numérisé non relu

VII. « Dans la septième catégorie

V examen des cas àouteux, on choisit un homme pour interroger les sorts (*) , et on l’investit de ses fonctions.

« Cet examen comprend: 1° la vapeur qui se forme ; 2” celle qui se dissipe ; 3“ l’obscurité; 4* les fissures isolées, et celles qui se croisent et se tiennent.

n S’il se trouve trois hommes pour interroger les sorts, on s’en tient à ce que deux diront.

« Si vous avez un doute important, examinez vous-même; consultez les grands, les ministres et le peuple; consultez les sorts.

« Lorsque tout se réunit pour indiquer la même chose , c’est ce que l’on nomme le grand accord : vous aurez la tranquillité , la force , et vos descendants seront dans la joie.

« Si les grands, les ministres et le peuple disent d’une manière , et ({ue vous soyez d’un avis contraire, mais conforme aux indices de la tortue et des sorts, votre avis réussira.

n Si vous voyez les grands et les ministres d’accord avec la tortue et les sorts, quoique vous et le peuple soyez d’un avis contraire , tout réussira également.

« Si le peuple, la tortue et les sorte

(*) Scion 1rs inlei-prètes, c’était l'inspection d’une lorliie que l’on lirélail, et de certaine heibe.

SJ

L’UNIVERS

sont d’accord, quoique vous, les grands et les ministres vous vous réunissiez iH)ur le contraire , vous réussirez dans te dedans, mais non au dehors.

« Si la tortue et les sorts sont contraires au sentiment des hommes, ce sera un bien que de ne rien entreprendre; il n’en résulterait que du mal.

VIII. « La huitième catégorie des apparences ou des phénomènes comj)rend : l' la pluie ; 2° le temps serein ; 3° le chaud; 4° le froid; 6° le vent; (i° les saisons. Si ces six choses arrivent exactement , cliacune selon la règle , les herbes et les plantes croissent en abondance.

« Le trop est sujet à beaucoup de calamités ; le trop peu est également sujet à beaucoup de calamités.

« Voici les nonnes apparences :

Quand la vertu règne, la pluie vient a propos; quand on gouverne bien , le temps serein paraît; une chaleur qui vient dans son temps , désigne la prudence ; quand on rend des jugements équitables, le froid vient à propos; la perfection est indiquée par des vents qui soufflent dans leur saison.

1 Voici les mauvaises apparences :

Quand les vices régnent , il pleut sans cesse ; si l’on se comporte l^èrement et en étourdi , le temps est trop sec; la chaleur est continuelle, si l’on est négligent et paresseux; de même, le froid ne cesse point, si on est trop prompt ; et les vents soufDent toujours, si l’on est aveugle sur soi-même.

» Le roi doit examiner attentivement ce qvi se passe dans une année ; les grands ce qui se passe dans un mois, et les petits fonctionnaires ce qui se passe dans un jour.

» .Si la constitution de l’atmosphère, dans l’année, le mois, le jour, est conforme à la saison , les grains viennent à leur maturité, et il n’y a aucune difficulté dans le gouvernement ; on fait valoir ceux qui se distinguent par leur vertu , et chaque famille est en repos et dans la joie.

« Mais s’il.)' a du dérangement dans la constitution de l’atmosphère , dans les jours, dans les mois et dans l'année, les grains ne milrissrnt pas, le gou-

vernement est en désordre , les gens vertueux demeurent inconnus, et la paix n’est pas dans les familles (*).

« Les étoiles représentent les peuples. Il y a des étoiles qui aiment le vent, d'autres qui aiment la pluie.

Les points solsticiaux pour l’hiver et pour l’été sont indiques par le cours du soleil et de la lune ; le vent souffle et la pluie tombe , selon le cours de la lune dans les étoiles.

IX. O La neuvième catégorie, des cinç bonheurs ou félicités , comprend :

1“ une longue vie; 2° des richesses :

3° la tranquillité ; 4° l’amour de la vertu ; 5° une fin heureuse, après avoir accompli sa destinée.

« Elle comprend en outre les six malheurs, qui sont 1° une vie courte et vicieuse; 2» les maladies; 3“ les affiietions ; 4° la pauvreté ; S“ la haine ; 6” la faiblesse et l’oppression. » ( Chouking, I. IV, ch. 4. )

Voilà ce qui se disait à la cour de la Chine, il y a trois mille ans. Ce qui se dit aujourd’hui dans les cours européennes n’est pas si naïf et si simple. Aussi il parait que Woü-wasg fut si satisfait des avis philosophiques de Ki-tseu sur le bon gouvernement , qu’il le nomma prince de la Corée , et renvoya gouverner cette presqu’île orientale ae la Chine dépendante encore aujourd'hui du grand empire.

On trouve, à cette époque de l’nistoire chinoise, deux exemples extraordinaires de fidélité dynastique , qui n’ont pas été souvent imités depuis. Deux sages nommés Pé-y et Chou-tchi, sujets de la dynastie des Chang, se laissèrent mourir de faim , pour ne rien devoir à la nouvelle dvnastie. Ils avaient servi fidèlement el avec zèle

(*) Toutes les idées qui précèdent , si eUei neproiivenl pas l>caucoup aux yeux des physiciens modernes, pour les connaissances srienliGqiics du prince philosophe Ki-tsxu, n’en sont pas moins belles aux yeux du moraliste. D'ailleurs il n'esl pas donné au chimiste d'analyser dans son creuset les rap- |wrts inconnus qui peuvent exister entre l'homme , la société , les gousernements et l'univers immense qui nous presse de toutes paris.

Div, -, ’ -i

CHINE

Chéod-sin , à qui iis n’nvaient pas manqué de faire souvent de vives remontrances sur sa conduite; et iis étaient du nombre des mécontents qui se retirèrent de la cour. Après la mort fatale du dernier roi de la dynastie Chang, et lorsque Wou-w an g allait tenir sa cour dans son pays de Tchéou, PÉ-T et Chod-tchy sortirent de leur solitude, allèrent à sa rencontre , et prenant son cheval par la bride, ils lui dirent : « Vous qui « vous piquez de vertu , comment « avez-vous osé vous révolter contre « votre prince et contre votre père, « jusqu’à l'obliger de se donner la i> mort? Où est votre fidélité? où est « votre obéissance? » Les gardes qui accompagnaient le nouveau roi mirent le sabre a la main , et voulaient tuer ces deux hommes, mais 'Wou-wang s’y opposa. Les deux anciens serviteurs , voyant que tous leurs efforts en faveur de la dynastie Chang seraient absolument inutiles , renoncèrent à tout commerce avec les hommes. Ils allèrent se cacher dans une montagne , résolus d’y vivre de racines et d’herbes qui y croissaient , pour qu’il ne fût pas dit qu’ils fissent usage de grains appartenant à la nouvelle dynastie. Ils vécurent ainsi quelque temps, jusqu’à ce qu’une vieille femme passant par cette montagne , et ayant su d’eux la vie qu’ils menaient et les motifs qui les y portaient , leur dit :

« Je trouve votre raisonnement sin- « guiier: vous ne voulez pas vivre des « grains dont les hommes vivent, « parce que la dynastie Tchéou est « maltresse de l’empire , et que vous « ne voulez pas vous nourrir de ce « qui lui appartient; est-ce que ces « racines , ces herbes que vous man- « gez, ne sont pas les productions « d’une montagne qui ap^rtient aux <• Tchéouî » Le raisonnement de la vieillefemme leur parut sans réplique ; les deux sages, se regardant l’un rautre, trouvèrent qu’elle avait raison; dès lors ils prirent la résolution de se priver de tout, de peur de manquer de fidélité à la dynastie des Chang, dont ils étaient nés sujets , et ils se

laissèrentmourirdefaim. Wod-wang, en apprenant leur mort , en fut afQigé ; il loua publiquement leur fidélité et leur attachement à leur prince , et il se reprochait d’en avoir été la cause.

{Hist. générale de la Chine, t. I, p. 273. )

Le nouveau roi , pour satisfaire les grands du royaume auxquels il avait des obligations, leur donna de petites souverainetés vassales qui relevaient de la sienne , mais qui , par la suite , étant devenues de petits royaumes indépendants , furent la source de nombreuses guerres civiles qui déchirèrent l'empire. Tous les mécontents, tous les descendants des premiers empereurs des dynasties prudentes, furent ainsi pourvus de petits royaumes , et quinze des parents du nouveau souverain reçurent quinze principautés en apanage. Il y eut alors vingt- deux états teudataires dans l’empire, lesquels ftttent portés à plus de quarante-trois, cent ans après, et à cerU vingt-cinq, cent ans plus tard , vers l’époque de Khodng-tsed (Confitciui). Les grands Tableaux chronologiques chinois comptent cent cinquante -six royaumes feudataires ( Heou-koui) sous les Tchéou, et établis par eux. Il y en avait eu dix-sept sous les Cliang, vingt sous les Ilia , trente sous l’empereur Chün , et treize sous Yao ; mais dans ces premiers temps, c’étaient des états en partie indépendants , et ^on créés dans le sein de l’empire , comme sous les Tchéou.

Le système féodal européen s’établit dans toute sa plénitude, et dura près de huit cents ans , autant que la dynastie des Tchéou. L’empire, sous cette forme irrégulière de gouvernement, prit un grand développement intellectuel, et la corruption, que la civilisation occasionne souvent , prit aussi un si grand développement, que plusieurs philosophes , entre autres Lao-tseu et Khoung-tseu ( Conpdcins) , se constituèrent réformateurs, en s’élevant contre les abus et en formant de nombreux disciples pour continuer leur mission.

La renommée de Wou-wang fut

bientôt répandue dans les contrées voisines de l’empire chinois. Plusieurs chefs de peuplades étrangères accoururent à sa cour pour lui faire hommage et soumission , en lui payant les anciens tributs. Les envoyé du pays de Lou , à l’occident de la Cliine , ap- |H)rtèrent un grand chien en présent au roi (*). Ce présent, qui nous paraîtrait, à nous, ridicule, ne l’est cependant pas plus que l’envoi au roi de France, d’un lion ou d’une girafe. Ce fait, insigniQant par lui-meme, ne doit pas l'être pour les naturalistes.

Il prouve que le chien n’était pas alors indigène à la Chine, et qu’il devait y être fort rare à cette époque. Les paroles que le premier ministre dit au roi à cette occasion méritent d’étre rapportées : — « Préférer ce qui est ' utile à ce qui ne l’est pas, est une " action digne d’éloge. Le peuple « trouve ce qui lui est nécessaire , ■* quand on ne recherche pas les cbo- " ses rares et quand on ne méprise » pas les choses utiles. Un chien, un « cheval, sont des animaux étran- " gers à votre pays (**), il n’en faut “ pas nourrir : de même, n’élevez pas ■< chez vous de beaux oiseaux , ni des •• animaux extraordinaires ; en ne fai- ■< saut point de cas des raretés étran- « gères , les hommes étrangers vien- « (Iront eux-mémes citez vous. Qu’y « a-t-il de plus précieux qu’un sagef « Il met la paix parmi tous ceux qui « sont autour de vous. » ( Ch,-k. , liv. IV, ch. 5. )

WOU-WA.NG étant tombé malade , on consulta les sorts : il guérit; niais il mourut ensuite à la septième année

(*) Le commentateur Tcaou-ni dit que les cliieiu de cette espèce, nommée gao dans le texte , out quatre pieds chinois de liaiit.

(*') On trouve cependant dans les caractères primilils de l'écriture chinoise le signe du chien et celui du cheval. Comme l'écriture fut primitivement inventée et employée A la cour des empereurs chinois, il est probable que l'usage du chien et du cheval , quoique d'origine étrangère, y était connu depuis long-temps.

de son règne (1146 ans avant J.-C.).

Son fils, Tching-waîig (roi parfait), qu'il avait choisi , lui succéda. Son oncle, ÏCHÉOü-KODNG, qui fut régent de l’empire pendant sa minorité, se distingua par de belles actions. Il réprima plusieurs révoltes, et il fit construire une ville nommée J.o-ye , dans l’endroit où est aujourd'hui //onan-Jou, du Ho-nan. Elle fut nommée Cour orientale. Un grand nombre de familles de l’ancienne dynastie eurent l’ordre d’aller l’habiter. Cette ville fut bâtie sur un plan qui a été généralement suivi pour toutes les autres villes chinoises. Elle était quadrangulaire, à alignements droits, et elle avait de grands faubourgs. Un des côtés de la ville avait 17,200 pieds (le pied d’alors était de plus d’un tiers plus petit que celui d’aujourd’hui). C’est dans cette ville, dit le P. Gaubil, que Tchéoü-koung observa l’ombre solsticiale d’été, d’un pied cinq pouces : le pied avait dix rôuces; le gnomon était de huit pie(is (*). C’est de cette époque que l’on conserve encore la plus ancienne monnaie de cuivre ronde, avec un trou carré au milieu.

Tcuéod-kodng fut un des plus grands hommes que 1a Chine ait ^ssédés. Il était astronome; il lit bâtir un observatoire dans la ville qu’il lit construire. Cet observatoire se voit encore aujourd'hui dans la ville de Teng-foung , de la province du Ho-nan, ville qui a remplacé l’ancienne Lo-ye. On y voit aussi le gnomon dont il se servait

fiour mesurer l’ombre solsticiale et l’éévation du pôle. Il connaissait la propriété du triangle rectangle et celle de la boussole. Il apprit l’usage à des étrangers des contrées où sont aujourd'hui les royaumes de Siam , de Laos , de Cochinebine, qui étaient venus â la cour de l’empereur de la Chine féliciter la nouvelle dynastie.

Un dit même qu'il leur fit présent

(') Le pied chiuois de cette époque , dit le 1’. Caiibil , conlenait 7 pouce» et un peu plu» de 5 lignes du pied de roi. Cette base peut servir à vérifier l’e.xaclitude de l’observation aslroiioniique de Tcbeou-Kocso.

1 bv c " 5IC

CHINE

4’un char nommé ichl-nAn-kiu ; char qui indique le sud ; tchi-nAn , indiquant le sud, est un nom que porte encore aujourd’liui la boussole chinoise.

Les CTands Tableaux chronologi-

?'ues chinois rapportent beaucoup de aits à la louange de Tchéou-kovng : " A la deuxième année du règne de « Tcring-wahg, des hommes de « l’Orient viennent , avec empresse- « ment, voir Tciiéou-kodng; ils com- « posentdes vers à sa louange. Alatroi- « sième année, Tcheou-kodng va « habiter l’Orient ; il fait des vers pour " les présenter au roi. En automne il y « eut de grands tonnerres et de grands <■ vents. Le roi alla à l’Orient au-de- « vant de Tchéod-koüng. La pluie « remplaça les vents. Tchkou-koung O demeura deux ans à l’Orient. Le « ciel déchaîna les vents et les tem- « pètes. Le soleil ne cessa pas d’étre « obscurci. Tchéod-kodng eut ordre « d’aller soumettre les peuples de l’O- « rient ; il fit une grande proclama- " tion pour tout l’empire.... Des hom- « mes du royaume Ni-li vinrent à la « cour {Nidi koue lai tchao). Il est dit « dans les mémoires nommés Chi-i « {collection de ce qtd est négligé) : A ■' la troisième année du règne de « Tching-wang (1113), il y eutdes « hommes du royaume de Ni-li qui « vinrent à la cour. Ces hommes se « flattèrent d’avoir abandonné leur « royaume, en marchant au milieu « d’une nuée ambulante. Ils enten- « dirent les voix des tonnerres des- " cendre en bas. Quelques-uns entrè- " rent dans des jounques ou demeures « vagabondes nautiques ( hœji tsian « joi^ ) , sur lesquelles l’eau pas- <> sait ; ils entendirent le bruit re- « tentissant de grandes vagues qui « se brisaient sur leurs têtes. En re- " gardant le soleii et la lune , ils se « servirent de leur position pour re- « connaître les régions et les royau- « mes; ils calculèrent le de^ de « froid et de chaleur (l’état de la tem- « pérature ) pour reconnaître la lune « (le mois) de l’année, lis s’informè- « rent des premiers temps , ainsi que

« des usages du royaume du milieu.

« I.e roi les instruisit des cérémonies « que doivent observer les hôtes ve- « nus de l’étranger, p ( IJ-tai-ki-sse, kiouan 6, f* 9.)

Quel était ce royaume étranger M-Ü? L’écrivain chinois ne le dit pas.

Il n’en savait rien. S’il nous était permis , à nous , qui pouvons embrasser le passé dans un espace plus vaste que l’historien chinois, de former ici quelques conjectures, nous dirions que ce royaume était l'Égypte, désignée par le nom de son grand fleuve que l’on appelait déjà ainsi à cette époque, puisque Hérodote lui donne cette dénomination et qu’elle se trouve dans les anciens livres sanskrits. Diodore de Sicile dit que ce fut le roi Nieeus, qui , ayant fait creuser des canaux , élever des digues , etc. , donna son nom au fleuve qui portait auparavant celui A'Egyptus. Puisque le nom du royaume était celui du fleuve, il dut porter également celui de NU, en retranchant la terminaison latine du nom. Ces étrangers, arrivés à la cour du roi de la Chine, lui ont pu dire u’ils venaient des bords ou duroyaume U Nil. L’habitation .flottante dans laquelle quelques-uns d’entre eux se réfugièrent, et sur laquelle ils entendirent rouler les flots de la mer, nous paraît s’expliquer par leur embarquement sur un navire, qui aura pu les transporter de la mer Rouge dans un des orts de la Chine ; et c’est à leur déarquement qu’ils se seront orientés sur le cours au soleil et de la lune, qu’ils auront seulement alors distingués , parce que les tsian joung, demeures vagabondes flottantes, qu’ils montèrent, n’avaient pas de j^nts découverts comme nos vaisseaux européens. C’est même un fait curieux de retrouver ce nom de joung- pour les Européens jounques, dans le bâtiment flottant qui transporta ces étrangers en Chine , plus de mille ans avant notre ère. Si les limites de cet ouvrage nous permettaient de donner ici une traduction complète des Tableaux chronologiques chinois entiers, dans ces temps reculés, bien d’autres

CHINE

personne, soit sur les choses qui étaient a son usage.

Chao-koong devait veiller à ce qu’il s’appliquât à manier le sabre, la lance, la lleche, et autres armes offensives et défensives ; à ce qu’il ne négligeât point les instruments de musique, ni le chant, et prit août à jouer et à chanter, selon les règles établies par les anciens.

Enfin, le grand-maitre de l’astronomie devait l’instruire des mouvements du soleil, de la lune, des planètes et des étoiles, ainsi que des phénomènes célestes.

On voit par là que l’éducation d’un jeune prince était soignée, et que, pour une époque qui remonte à plus de on«e cents ans avant notre ère, les connaissances humaines qu’un roi devait posséder indiquent déjà un assez haut degré de civilisation.

On lit dans les Tableaux chronologiques ; s A la sixième année {sin- « mao, 1110 avant J. -C.), le roi cor-

< rigea l’administration des cent fonc- « tionnaires supérieurs {pe-houan); il « régla les rites et la musique. On lit « dans le Kang-kien-pou : Tchéou- « KOüiVG étant ministre du roi « Tching-v^'ang, appela à la cour " tous les vassaux et les réunit dans « le temple de la lumière (minp-tonp).

« Il régla les rites , composa de la

< musique nouvelle; il promulgua des " ordonnances sur les poids et les « mesures, et l’empire jouit d’une « grande tranquillité. La musique « nouvelle fut nommée tc/io (le carac- « tère est un signe de capacité ) ; « voulant dire par là qu’elle pouvait « contenir la doctrine des premiers « ancêtres. Il composa aussi une mu- » sique nommée guerrière ( wou ) , « pour imiter les qualités guerrières « de l’éléphant.

« Grande cliasse au midi de la mon- « tagne Ki. (Voy. le Tsou-chou, Ai « nian.)

MENTION DE ClUnS MACNÉTIOCES.

« Des personnes de Youe-Tckang {')

(*) Le lc.\le cliinüis donne la noie siii-

• viennent à la cour. — A cette épo- « que , les San miao ( peuplades barbares indigènes , dont une partie fut transportée par l’empereur Chun à l’occident de la Chine , et devint la souche des Thibétains actuels, et dont l’autre partie se dispersa dans les hautes montagnes du midi de iu Chine, où ses descendants, qui portent encore le même nom, se sont maintenus indépendants) « avaient •c planté des mûriers ; ils en réunirent ■ les graines et en remplirent pres-

vante : « Took TcaÂno cui : des personnes « de Youë-tchàng : c’est un rojaume mari- « Urne du and, dont trois interprètes vinrent « apporter des faisans blancs. Tcbéou- « Koona leur fil présent de chars qui mon- « traient le sud , |>our aller au loin. L’année « suivante ils 3» mirent en ronle. >

ToiU une nouvelle mention historique des chars magnétiques, dont l'invention est attribuée à HoanG-Ti. La confecliou de ces chars suppose la conuaissance des propriétés physiques de l’aiguille aimantée , et par conséquent de la boussole marine ; mais les Chi. nois d’alors n’a^ant pas de marine , l’usage de cette dernière n’était pas nécessite, tandis que la boussole terrestre, si utile dans les temps anciens où peu de ronies étaient encore tracées , et où les connaissances géographiques ne pouvaient pas être bien avancées, l’homme ayant encore à peine reconnu son immense domaine, était connue et usitée, ainsi que nous l’avons déjà vu ; et ce fait prouverait beaucoup à lui seul pour l’esprit industrieux du peuple chinois dés la plus haute antiquité. On sera peut-être surpris de voir que le clusr magnétique des Chinois et leur boussole marine montrent le sud, tandis que la propriété de l’aiguille aimantée est de se tourner vers le nord avec plus ou moins de déclinaison ; mais on cessera de l’être si l'on réfléchit que les premières applications qui furent faites par les Chinois de celte attraction incompréhensible, étaient pour indiquer 1e sud; on trouvera tout simple que, tout en reconnaissant que l'aiguille aimantée était attirée vers le pôle nord, ils aient affecté au pôle opposé , ui n’est que la continuation de l'axe, une gure saillante pour indiquer le pôle sud; et le nom ^'indiquant te sud (tclii na'n) sera resté à toutes les applications du principe une fois recoimii, avec le signe indicatif arfeclé à l’extrémité sud de l’aiguille.

L’UNIVKRS.

« que tout un char ; le peuple monta « dessus (et partit ?}. Tciiing-wang , « interroeeant Tciikou-koung, lui « demanda pourquoi cela. Le minis- « tre répondit : Les San-miao ont « réuni ensemble toutes leurs graines « (de mûriers). Puisse l’empire avoir « le même accord et ne faire qu’un !

« Après trois années , des personnes « de ioiiê - ichdtig vinrent à la cour « avec des interprètes (yi), apportant « en tributs un faisan blanc, deux " faisaîis noirs, et une dent d’élé- >• pliant. Les envoyés (qui étaient ve- « nus trois ans auparavant) s’étaient “ trompés de route en voulant retour- « nerdans leur pays. Tcuéou-koung " leur fit présent de cinq chars d’une ■> espèce légère, construits pour indi- « quel- le sud. Ils montèrent sur ces « chars et se dirigèrent au sud. L’an- « née suivante ils arrivèrent dans • leur royaume. Les envoyés s’étant « livrés à des divertissements joyeux, •I au lieu d’arriver dans leur pays s’é- ” talent éloignés de sa direction ; et, « bien que le char indiquât toujours « le sua, ils avaient tourné le dos au « point qu’il montrait; mais l’année « suivante, ils arrivèrent.» (Voy. le Chouë-yuenti le Kou-kin-tchou , Litai-ki-sse , kiouan 6, f 10.)

Tchéou -K.OUNG mourut à la onzième année du règne de TchingwANG. C’est un des plus grands hommes de la Chine. I.es grandes connaissances et la sagesse flairée qu’il déploya dans l’exercice de ses fonctions, connaissances supérieures pour son époque, furent tellement honorées parles Chinois, que sa statue fut placée à côté de celle au roi Tching- 'VANG , dont il fut le régent , sur le même trône , dans la meme salle du Ming-tanç, ou Temple de la lumière de la troisième dynastie. Les historiens delà vie de Khoung-tseu (Confucius) rapportent que ce philosophe , qui vivait cinq siècles après , étant aile visiter ce temple avec plusieurs de ses disciples , l’un d’entre eux , frapjié de voir les statues du roi et du imni.stre régent placées également sur le même frone, en témoigna sa surprise au

philosophe. (Voy. jd. 17.) «Maître , « lui dit-il, les statues que nous voyons « désignent sans doute quelques traits « de la vie des deux princes qu'elles » représentent : si cela est , je ne con- « çois pas comment Tchéou-kovng, « qui passe pour avoir été l’un des < plus sages princes de l’antiquité, « aurait pu s’oublier jusqu’à se mettre « au niveau de son souverain. Un « sujet qui s’assied en présence de son « roi , commet une inconvenance ; mais « il manque essentiellement au res- « pect qmil lui doit , quand il ose , « sous quelque prétexte que ce puisse « être , s’asseoir sur son trône a côté « de lui....

— « Je pense , répondit KiiocirG- « TSEU , que vous n’etes point instruit « des circonstances qui ont fait placer « les deux statues comme vous les « voyez; et qu’ignorant la vérité de « l’histoire, vous vous égarez dans le « labyrinthe des raisonnements. Voici « le fait tel qu’il est raconté dans les « annales des Tchéou :

« 'Wou-WANG sevoyantsur le point de mourir, désigna son fils Tching- ■WANG pour être son successeur à l’empire y mais comme ce jeune prince, a cause de son bas âge, devait être pendant bien des années hors cTétat de régner par lui-même , AVoc-wang y pourvut sagement , en nommant Tchéou-koung pour gouverner à la place du jeune prince, jusqu'à ce quU eût atteint l’âge cotnpétent.

« Comme Tchéou-koung, ajouta « Khoung-tseu , dans ses fonctions « de régent gouvernait seul tout l’em- « pire, il craignit que les grands et le « peuple ne le prissent pour le suc- « cesseur du grand AVou-wang; alors « il crut devoir proclamer solennelle- « ment le légitime héritier de la cou- « ronne. Il indiqua à cet effet une « assemblée générale dans la salle « e.xtérieure du Temple de la lumière « (Ming-tang) (PI. 17); et là, après O s’être assis sur le trône jiour tenir « le jeune roi à côté de lui , dans la « posture qu’il convenait , il le lit re- « connaître par tous les ordres de

<• l’état. Voilà l'action que l’on a voulu n représenter. »

Un grand nombre d’odes comprises dans le Uore des vers {Chi-lûng) recueilli par Khoung-tseo , sont de Tchéoü - KOUNG. Il contribua à la composition du livre des rites ( Li- Ki ), et il fit des commentaires sur le JJvre des changemoUs ( Y-King ) , composé par l’emMreur Fou-hi. On lui attribue aussi la composition d’un livre intitulé Tchéou-U : Hiies de la dynastie TchéoUf dont une grande partie a été recueillie dans le It-Ai.

A la dixième année du règne de Tching-wang, des personnes de Youe-tchàng vinrent encore à la cour.

A la vingt-cinquième année, il y eut une grande assemblée de tous les premiers vassaux à la cour orientale.

Quatre peuples barbares nommés Y, grands archers , vinrent apporter des tributs. A la trente-quatrieme année, une pluie d’or tomba à Mien yang, et à la trente-septième année , en été , quatrième lune, le roi ordonnas son premier ministre (<01.^00, conservateur et protecteur) etàson ministrenommé CM de rassembler ses serviteurs pour recevoir ses dernières volontés. Ensuite il mourut.

La mort et les funérailles du roi Tcbing-wang, décrites dans le Livre des annales, offrent un tableau curieux de l’étiquette royale à cette époque et dans ces circonstances.

« Au jour de la pleine lune du quatrième mois , le roij se trouva très-mal.

« Au premier jour du cycle, le roi se lava les mains et le visage, ceux qui étaient auprès de lui pour le servir, lui mirent le bonnet (*) et l’habillement; alors le roi s’appuya sur une petite table de pierres précieuses.

« Il appela le premier ministre et les grands vassaux des royaumes de Joid, de Toung , de Pi, de ff^el et de Mao ; il fit venir encore le gouverneur de

(*) Nommé mitn. Aux douze cordons de soie pendant devant et derrière le Imunet , incliné en avant en signe de déférence, étaient enfilées douze pieiTcs précieuses. C’est le bonnet de cérémonie.

la porte du^lais, le vassal Hou, la chef des oiliciers et tous ceux qui étaient chargés des affaires.

« Le roi dit : Hélas ! ma maladie est mortelle; je sens que mon mal augmente continuellement; dans la crainte de ne pouvoir plus vous déclarer ma volonté, je vais vous instruire de mes ordres.

« lies rois mes prédécesseurs "Wen- WAKG et Wou-wANG Ont fait briller partout l’éclat de leurs vertus, ils ont été très-attentifs à procurer au peuple tout ce qui peut conserver la vie; ils ont eu soin n’instruire chacun des devoirs de son état ; et ils ont si bien réussi, que tous ont été dociles à leurs instructions ; cela a été connu des peuples de Yn, et tout l’empire a été soumis à notre famille.

O Ensuite , malgré mon peu d’expérience, je leur succédai; mais ce ne fut pas sans crainte ni sans respect que je me vis chargé par le ciel d^une commission si périlleuse : j’ai donc continué à faire observer les instructions de Wen-wang et de Wou- WANG , et je n'ai jamais osé les changer ni les transgresser.

« Aujourd’hui le ciel m’afflige d'une grande maladie , je ne puis me lever, et à peine me reste-t-il un souffle de vie. Je vous ordonne de veiller avec soin à la conservation de Tchao, mon fils héritier; qu’il sache résister à toutes les diuicultés.

« Çu’il traite bien ceux qui viennent de loin (les voyageurs fatigués ) , qu’il instruise ceux qui sont auprès de sa personne , qu’il entretienne la paix dans tous les royaumes , grands et petits.

« C’est par l’autorité et le bon exemple qu’il faut gouverner les inférieurs ; vous ne sauriez être assez attentifs à faire en sorte que , dès le commencement de son règne, mon fils Tchao ne donne dans aucun vice. »

« Après que les grands eurent reçu les orares au roi , ils se retirèrent ; on détendit les rideaux et on les eniporta. Le lendemain , second jour du cycle (17 mars 1067 avant notre ère), le roi mourut.

L’UHIVERS.

« Alors le régent du royaume (*) ordonna à deux grands vassaux de faire savoir au prince de Tsi ( dans le Chan-toung, orient montagneux) de prendre deux hallebardiers et cent gardes pour venir en dehors de la porte australe, au-devant du prince néritier Tchao, et de le conduire dans le corps-de-logis qui est à l’orient. C’est là que ce prince devait uniquement penser à pleurer la mort de son père.

a Au quatrième jour du cycle ( 19 mars 1068 av. J.-C. ) , le régent du royaume Tchao-koung lit écrire les

fiaroles testamentaires du feu roi , et a manière dont se feraient les cérémonies.

« Sept jours après, le dixième du cycle, il ordonna aux officiers de faire préparer le bois dont on aurait besoin.

<• L’ofiQcier appelé Tie eut soin de mettre en état l’man sur lequel étaient représentées des haches (**), et il tendit des rideaux ( autour du trône).

« Vis-à-vis la porte, tournée vers le sud , on étendit trois rangs de nattes, appelées mie (faites de bambou fendu); la couleur des bords était mâlée de blanc et de noir; on mit la petite table faite de pierres précieuses.

« Devant l’appartement occidental , tourné vers l’orient , on étendit également trois rangs de nattes , nommées ti ( faites de jonc ), dont les bords étaient composés de pièces de soie de diverses couleurs , et on mit une petite table faite de coquillages.

« Devant l’appartement oriental , tourné vers l’occident , on étendit encore trois rangs de nattes, appelées fmma , dont les bords étaient de soie de plusieurs couleurs; on y mit une

(*) Tiommé dans le texte chinois Tai-pao, grand conservateur ; c’était le régent du royaume pendant le grand deuil du nouveau roi , qui durait trois aus.

(**) Cet écran ou paravent était haut de

g pieds, et il était couvert d’une étoffe de loie rouge, sur laquelle étaient représentées des haches, symboles de la puissance royale.

petite table faite de pierres précieuses très-bien taillées.

« Devant un appartement séparé, à l’occident, on étendit vers le sud trois rangs de nattes, appelées sun ( faites de bourgeons de bambous, ainsi que 1% précédentes ) , dont les bords étaient de soie noire ; on mit une petite table vernissée.

« On rangea les cinq sortes de pierres précieuses , et la chose la plus rare , l’épée , dont le foiureau était de couleur de chair ; le livre des grands documents (*) : Tes pierres précieuses appelées hmma-pi et youen-yen turent rangées dans l’appartement occidental qui était à côté; on mit dans l’appartement du côté opposé les pierres précieuses appelées la-yu et y-yu (jade rare et jade commun ); le globe céleste fait de pierres précieuses {mienkieou); la figure sortie du fleuve (**) {ho-thou, comprenant les premières figures symboliques du Y-king ). Dans un autre appartement , à l’occident, on mit les hanits appelés Yn (***) , destinés aux danses, les grands coquilla- | ges et le tambour appelé fen-kou; dans un autre appartement oriental , on mit la lance appelée Und, l'arc appelé ho, et les fléchés de bambou, nommées tchoui.

X Le grand char (ta-lau) fut mis

(*) Selon le commentalenr Tcnou-ai, l’expression chinoise ta hiun, grand document, grand enseignement, désigne le livre ou l’histoire des Trois augustes souverainetés (du ciel , de la terre et de l’homme) , et celle des Cinq empereurs; d’où il résullerait, comme on l’a déjà remarqué dans cet ouvrage, nu’il existait déjà des livres avant le Chou-ling, et que ces livres désignés ici renfermaient l’histoire de ces temps très-reculés, que nous avons nommés anté-historiques.

(**) Ce sont les figures sjmholiques que l'on voit tracées par Fov-ui dans son portrait. La tradition prétend qu’il les avait vues sur le dos d’un dragon cheval qui sortit d'un fleuve en sa présence.

(***) Nom d’un pays où l’on avait réglé ce qui concerne les danses.

- de

CHINE

près de l’escalier des Hôtes (*); ce char était tourné vers le sud. Un autre char, destiné à conduire le premier, fut placé auprès de l’escalier de celui qui attend les hôtes; il était aussi tourné vers le sud ; le char de devant fut placé auprès de l’appartement latéral de la gauche, et les cliars de derrière aup^ de l’appartement latéral de la droite (**).

■ Deux officiers, couverts d’un bonnet rouge foncé , et tenant une hallebarde à trois têtes, étaient debout en dedans de la porte de la grande salle ; watre officiers, couverts d’un bonnet de peau de faon, et présentant la pointe de leurs hallebardes, étaient debout à côté des salles de l’escalier de l’ouest et de l’est , et se répondaient les uns aux autres. A la salle de l’est et de l’ouest, était un grand-officier, couvert de son bonnet de cérémonies , et tenant en main une hache; sur l’escalier oriental était un autre grandofficier , couvert de son bonnet et armé d’une pique à quatre pointes; un autre, couvert et armé d’une pi^e trèspointue , paraissait debout sur le petit escalier à côté de celui de l’orient.

Le nouveau roi , couvert de son bonnet de toile de chanvre , vêtu d’habits de différentes couleurs, monta l’escalier des Hôtes ; les grands et les princes vassaux , avec des bonnets de toile de chanvre et des hahits noirs , vinrent au devant de lui ; chacun alla à son poste et s’y tint debout.

(*) Les princes vassaux qui venaient à la cour, dit le P. Gaubil , étaient appelés Hôtes; et il y avait un grand-officier chargé de les traiter et d’avoir soin de ce qui les regardait. C’est encore la coutume de faire voir, dans ces cérémonies des funérailles, le même train et le même équipage que le mort avait de son vivant.

(') Ce sont cinq chars différents ; le i*f, ta lou , le grand char, était de pierreries , selon le commentateur Tcbod-hi : le a* , tchom lou, était uu char d’or; le 3‘, siati lou, char de devant, était de bois; les deux de derrière, le 4' et le 5', siarsg lou et ké lou, étaient, l'un peint, et l’autre sculpté. Ces cinq chars sont représentés dans l’Encyclopédie chinoise.

< Le régent du rovaume (TaUpao), le grand historien de l’empire ( laisse ) , l’intendant des rites et cérémonies, étaient tous couverts d’un bonnet de chanvre, mais habillés de rouge.

Le régent du royaume et l’intendant des cérémonies montèrent l’escalier de celui qui traite les hôtes : le régent du royaume portait entre ses mains la grande pierre précieuse nommée kouet, à l’usage du roi , et la tenait élevée en haut ; l’intendant des cérémonies portait élevées en haut la coupe et la pierre précieuse nommée mao. Le grand historien monta sur l’escalier oœ Hôtes , et remit au roi le testament qui était écrit.

« Il dit : L’auguste prince (le roi décédé ), appuyé sur la petite table de pierres précieuses, a déclaré ses dernières volontés : il vous ordonne de suivre les instructions de vos ancêtres , de veiller avec soin sur le royaume de Tchéou, d’observer les grandes règles ( les lois constitutives , selon le commentaire ) , de maintenir la paix et les bonnes mœurs dans le royaume; et enfin d’imiter et de publier les belles actions et les instructions écrites de Wen-warg et de

WOD-WANG.

« Le roi se prosterna plusieurs fois, se leva et répondit ; — Tout incapable que je suis, me voilà chargé du gouvernement du royaume ; Je crains et je respecte l’autorité du ciel.

« Ensuite , le roi prit la coupe et la pierre précieuse , fit trois fois la révérence ( à la repr^ntation de son père mort ) , versa trois fois du vin à terre , et en offrit trois fois ; alors le maître des cérémonies répondit : « C’est bien. »

« Le régent du royaume prit la coupe , descendit , se lava les mains ,

firit une autre coupe, la plaœ dans e vase appelé tchang, et ut la cérémonie en avertissant ( en publiant l’acte par lequel il prenait possession' du royaume au nom du jeune roi ) ; il donna ensuite la coupe à un des officiers des cérémonies , et salua ; le roi lui rendit le salut.

« Alors le régent du royaume , re-

L’UNIVERS

prenant la coupe, versa du vin à terre, s’en frotta les lèvres, revint à sa place, et, après avoir donné la coupe a un oflicier des cérémonies, salua; le roi lui rendit le salut.

K Le régent du royaume descendit de sa place , et Gt retirer tout ce qui avait servi à la cérémonie ; les princes vassaux sortirent par la porte de la salle des cérémonies ( miao) et attendirent. »

( 1078 av. J.-C. Commencement du règne de Kang-wang.) « Le roi étant sorti , s’arrêta en dedans de la porte de l’appartement du nord. Le regent du royaume ( prince vassal , chef des grands vassaux ) , à la tête des princes vassaux d’occident, entra par la porte qui est à gauche ; et Pi-koüng , à la tête des princes vassaux d’orient, entra par celle qui est à droite; on rangea les chevaux ( présents des princes vassaux ) de quatre en quatre ; ils étaient de couleur tirant sur le jaune , et leur crinière était teinte en rouge. Les princes vassaux, prenant leur koueï (*) et les pièces de soie ( qui désignaient la redevance), les tinrent élevés entre les mains, et dirent :

« Nous qui sommes vos sujets vas- " saux , chargés de la défense du « royaume, nous prenons la liberté O de vous offrir ce qui est dans notre » pays. » Après ces paroles , ils Grent plusieurs révérences à genoux , et le roi , héritier de l’autorité et des prérogatives des rois ses prédécesseurs , rendit le salut.

« Le régent du royaume et le prince Je Joui se saluèrent mutuellement en joignant les mains et en s’inclinant légèrement; ensuite ils firent la révérence h genoux, et dirent : « Nouspre- « nons la liberté de parler ainsi au^ « du Ciel (**). » En considération de ce que Wen-wang et Wou-wang ont

(*) Pelile tablelle que les princes et les grands plaçaient par respect devant leur visage en parlant au roi.

('*) Thien-Ueu ; c'est la preroicre fois que tous rencontrons cette expression dans le Chou-king, elle est particulière i la dynastie Tcht'oti.

gouverné avec beaucoup de prudence et avec un cœur de père les pays occidentaux (les provinces occidentales de la Chine, dont le chef-lieu était dans le Chen-si), l’auguste ciel leur a donné avec éclat le royaume, après en avoir privé la dynastie de Yn; et ces deux princes ont été très-soumis aux ordres du ciel.

« Vous venez de prendre possession du royaume; imitez leurs actions , récompensez et punissez à propos , procurez le bonheur et le repos à vos descendants ; voilà ce que vous devez avoir soigneusement en vue; tenez toujours en bon état vos six corps de troupes et conservez ce royaume que vos ancêtres ont obtenu avec tant de peine. »

« Alors le roi dit : « O vous qui êtes des divers ordres de princes vassaux de tous les royaumes ( formant l’empire chinois), voici ce que Tchao vous répond :

« —Les rois mes prédécesseurs, AV en- WANG et AVoü-wang , pensaient plus à récompenser qu’à punir ; leur libéralité s’étendit partout (*) ; leur gouvernement était sans défaut, et fondé sur la droiture : voilà ce qui les rendit si illustres dans tout l'empire. Leurs ofGciers, intrépides comme des ours , étaient en même temps sincères et Gdèles; ils ne pensaient qu’à servir et à défendre la tamille royale; c’est pour cela que ces princes reçurent les ordres du souverain maître {Chang-Ti), et que l’auguste ciel , approuvant leur conduite, leur donna autorité sur tout l’empire.

« Us ont créé des princes vassaux (**), aGn que ceux-ci défendissent

{*) Cette grande libéralité dont on &il ici l'éloge, caïua la ruine de leur dynastie; parce qu’ils accordèrent tant de pouvoirs à un si grand nombre d’individus, que l'empire fut, par la suite, morcelé en un si grand nombre de petites souverainetés qu’il n’y eut plus d’empire.

(“) Parmi ces princes vassaux créés par Wou - WAUG et par Tcaino - waho , dit le P. Oaubil , 1rs uns élaieni de la famille de Tiiicoii, d’aulres des principales familles

CH INK

le royaume de leurs successeurs. Vous qui «es mes oncles paternels , pensez <jue vous , vos pères et vos aïeux ont été sujets des rois mes prédécesseurs, et quils ont maintenu la paix. Votre corps est éloigné de la cour , mais votre cœur doit y être ; partagez avec moi le travail et les inquiétudes ; remplissez tous les devoirs de sujets vassaux : quoique jeune , ne me couvrez pas de lionte.

« Les grands et les princes vassaux, après avoir reçu les ordres du roi , se .saluèrent mutuellement , les mains jointes, et se retirèrent promptement; le roi quitta le bonnet de cérémonie pour prendre le vêtement de deuil. • ( Chou-king, 1. IV, cli. 22 , 23. )

Les historiens chinois rapportent peu de faits remarquables du régné de Keng-wang {roiexceUetU , paisible).

Ce roi assembla , dit-ou , plusieurs fois ses états, composés des principaux sujets du royaume. Il mit ses soins à faire fleurir l’agriculture. Un vieux saule , sous lequel il s’asseyait , lui servait de tribunal pour juger les différends qui naissaient entre les laboureurs; et ce saule est devenu aussi célèbre dans la poésie chinoise ^ue le chêne de Vincennes dans l’histoire de saint Louis. Le Livre des Annales a conservé de lui un discours sur le gouvernement, adressé à son premier ministre, dans lequel on trouve ces paroles caractéristiques :

>> Il faut distinguer les bons d’avec les mauvais , et mettre des marques a leurs maisons. Faites valoir les bons, punissez, les mauvais et publiez ce que

des sujets des Tchéou, et même des descenilanls des rois des Chang, des Hia, et aussi des rois plus anciens ; tous avaient des états tributaires , et ils étaient créés pour la défense du roi, appelé Thien-lseu, fils du ciel. Ces princes vassaux possédaient une histoire de leur famille , et plusieurs avaient des historiens en litre. Il est difCcile que tant d’ouiTages aient péri dans l’incendie des livres ordonné par Chi-lwang-ti. Scxs-TSisB, qui écrivait plus de cent ans avant J.-C., et qui était historien de l'emjiire, s’en est servi pour composer SOU Hisluire générale.

VOUS faites en faveur des uns et contre les autres. S’il y en a.qiii désobéissent aux ordres, qui ne gardent pas la loi... privez-les de leurs terres et donnezleur-en de plus éloignées ; cette justice animera les uns et intimidera les autres...

a Celui qui gouverne doit s’attacher à ce qui dure toujours, et celui qui parle doit s’attacher à ne dire que ce ui est nécessaire , et à le dire en peu e mots... Les mœurs de la dynastie de Yn ( ou Chang ) avaient dégénéré en complaisance et en flatterie, et celui qui savait faire des discours élucUés et recherchés passait pour un homme habile; ces maximes ne sont pas encore entièrement abolies : pensez-y.

a Je me rappelle cette belle sentence des anciens : La vertu règne rarement parmi les gens riches , et parmi ceux qui sont d’anciennes maisons; l’orf'ueil leur impose de la haine et du mépris pour les gens vertueux , et ils les maltraitent; c’est détruire la loi du ciel , que de ne pas se soucier de garder les règles de la modération, de ne penser à vivre que dans le luxe et la mollesse; c’est le défaut qui a toujours régné ; c’est un torrent qui inonda tout.

a Les grands de la dynastie Yn comptaient sur le crédit dont ils jouissaient depuis si long-temps; uniquement occupés à faire des démnses, ils étouffaient les sentiments de la justice et de l’équité, ils cherchaient à se faire remarquer par des habits magnifiques; l’orgueil, Vamour du plaisir, le mépris des autres, l’envie démesurée de faire parler de soi, leur avaient tellement gâté l’esprit et le cœur qu’ils persévéraient jusqu’à la mort dans leurs mauvaises habitudes. » ( Ch.-k.

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