‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 32 sur 238 · IV, ch · texte numérisé non relu

IV, ch

1052 av. J.-C. Tchao-wang ( roi brillant ). Ce roi, üls du précédent, conçut une passion effrénée pour la chasse. Selon le IFaii-ki (mémoires extérieurs), le peuple, voyant continuellement dévaster le fruit de ses sueurs par les meutes royales, résolut la mort du roi. Celui-ci, en revenant de la chasse, était obligé de traverser une

L’UNIVERS

rivière assez large. Les conspirateurs préparèrent une barque tellement construite, qu’elle devait se briser en peu de temps sous le poids du cortège royal. Le roi y monta avec quelques grands de sa suite. A peine furent-ils au milieu de la rivière que les ptindies de la barque se démontèrent tout à coup et s’enfoncèrent dans l’eau : tous ceu-v qui se trouvèrent dans la barque furent noyés.

1001 av. J. -G. Le fils du roi précédent, Mou -WANG ( roi imposant, magnifique ), continue avec &lat les règnes dynastiques des Tchéou. Le goût de la magnificence était son caractère dominant. A peine fut-il sur le trône qu’il fit construire un magnifique palais pour y tenir sa cour. A la neuvième année de son règne il fit construire un autre palais, qu’il nomma le palais du Printemps. Plusieurs l>euples vinrent lui rendre hommage et lui apporter des présents. Il fit, selon 1 haoitude de ses prédécesseurs, la visite du royaume. Passionné pour les chevaux, qui étaient rares en Chine a cette époque, il en avait toujours à sa suite un grand nombre, quand il visitait les provinces, à cheval, ou sur un char traîné par les chevaux les plus beaux et les plus vigoureux ( voy. pl. 21), et il porta la guerre chez les peuples du nord, nommés Kouan- )oung (chiens de barbares). Une foule de peuples^ barbares se soumirent à lui. Il continua à donner des prindpautés à ceux qui s’attirèrent ses faveurs.

L’histoire chinoise rapporte que ce roi fit un voyage dans l’occident de la Chine , à la montagne Komn-lUn ( le mont Mérou des Indiens, situé entre le Chen-si et le Thibet) (*). I| s’y rendit sur un char attelé de plusieurs chevaux vigoureux que conduisait un tle ses mandarins nommé Thsao-pod ,

(*) Le grand historien et géographe chinois Sse-iiÀ-TBSiEif, qui vivait plus de loo ans avant J.-C., place le pays de Si~wangmou dans des contrées qui avoisinent la Perse ou la Syrie; mais ce n’est qu’une |io- Hlion conjecturale et approximative.

très -estimé pour son adresse à con duire le char du roi avec une grande vitesse et une grande habileté.

Abdai.t.ah Beïoavy, auteur persan, dans son Histoire générale, à la chronologie des empereurs chinoi.s .

parle de Tshao-pou. Il dit qu’il alla jusqu’en Perse. C’est dans ce voyage occtdental que le roi Mou-wat»g , selon les historiens chinois , vit une princesse nommée Si-wang-mou , k Mère du roi occidental, qui alla en suite à la Chine porter des présents au roi Mod-wang (*). Celui-ci avait

(*) Quelques missionnaires jésuites de la Chine ont cru voir dans ce fait de l’histoire chinoise, comme dans plusieurs autres, une preuve frappante que cette histoire était une reproduction dissimulée de l'histoire de la nation juive, et que les faits attribués à Mou-w*ire, la visite et les présents de la mère du roi occidental, se rapportent a Salomon et à la reine de Saba, qui régnaient à la même époque. Cette opinion , déjà réduite à sa valeur par d’autres missionnaires à l’esprit moins systématique et moins influencé par des préjugés pardonnables dans leurs personnes, a été reproduite depuis. On ne s’attend pas sans doute à nous la voir réfuter ici. Il serait par trop absurde de croire un instant qu’une histoire aussi suivie, aussi puriGee par la critique historique, aussi revêtue de tous les caractères de la certitude que l’hisloire chinoise, ne fût que la sotte copie d’une histoire étrangère. Le simple bon sens se refuse à une telle supposition. Si, en rétorquant l’argument, on disait qur l’histoire juive n’est que la copie de l’histoire chinoise, il n’y aurait pas assez de termes pour qualifier et flétrir eette dernière supposition. Cependant elle ne serait pas lus absurde que la première. On devrait ien se figurer qu’il est de toute impossibiUté mOTale et physique de forger ainsi i plaisir l’histoire d’un grand peuple , en violant tontes les règles de la raison, en bravant toutes les traditions, en mutilant tous les anciens monuments historiques pour les faire concorder ensemble. Prétendre que tout re qui contredit, dans les monuments de 1 antiquité chinoise , celte interprétation judaïque, est interpolation , c’est une supposition gratuite, et qui ne peut être appuyée d’aucune preuve. D’ailleurs, dans quel but , à quelle intention les écrivains

CHINE

ramené, dit-on , des artistes habiles de l’Occident , et il fit construire, avec leur secours, de nouveaux palais et de magnifiques jardins , dont il aurait DU prendre le goût dans la Bactriane , ^ Babyione et ailleurs.

En admettant le fait du voyage de M0D-W1.NG dans les contrées occidentales de la Chine, <nie ce soit l'Inde, la Perse, ou la Chaînée, quelles conséquences peut-on en tirer? A-t-il apporté à la Chine de nouveaux éléments de civilisation? A-t-il contribué aux progrès des sciences et des arts ? Si des architectes étrangers étaient venus apporter leur an en Chine à la .suite ae Mod-wang, on trouverait des traces de cet art dans des analogies entre l’architecture chinoise et celle des peuples désimés ci-dessus, ou il faudrait que ces traces se fussent perdues dans les révolutions des temps. Le seul clément étranger que ce voyage occidental nous paraît avoir introduit en Chine, le seul du moins qui ait laissé des vestiges, est un élément religieux, ou plutôt philosophique, qui aura passé à l’état religieux, et qui aura été mis en lumière, quatre cents ans plus tard , par le philosophe Lao- TSEU , dont nous parlerons plus loin.

T.’élément dominant , pour ne pas dire unique, de sa doctrine, est un élément occidental à la Chine ; il a doncdû être emprunté aux contrées occidentales, et il en a été donné des preuves dans un Mémoire spécial de fauteur de ces lignes que l’on trouvera indiqué quand il sera question de la vie et des doctrines du philosophe chinois. Les sectateurs de LAoo'SEn prêtent un nouvel appui à cette sup^sition , en prétendant que Si-wang-mou, qu’ils prennent pour un nom d'homme, est un des premiers fondateurs de leur doctrine. Si l’on voulait parcourir le champ des conjectures, on pourrait

rhiaois aiiraicnt-ils copié rbistoire juive ? Aurail-ce été pour donner plus d'éclat , plus de grandeur à leur propre histoire, à leurs propres origines ? Nous ne croyons pas que beaucoup de personnes raisonnables soient disposées à le penser.

supposer que ce roi ou cette reine de l’Occident était le grand réformateur indien S’akta modni, surnommé Bouddha dans l’Inde et Fo en Chine, qui vivait aussi à cette époque, et dont la doctrine fut introduite solennellement dans l’empire chinois dix siècles plus tard.

Le Uxre sacré des Annales ne fait aucune mention de ces faits. H représente Mou-warg dans les premières années de son rèj^e comme extrêmement attentif a veiller sur sa conduite.

« Je me trouve dans la même in- « quiétude et dans le même danger, « dit-il , que si mes pieds étaient po- « sés sur la queue d^iii tigre ou si je « marcliais sur la glace du printemps.

« Je suis dans des craintes continuel- « les; au milieu de la nuit^ je me X lève et je pense sans cesse a éviter X de commettre des fautes.

X Mon caractère est porté au mal , X mais ma ressource est dans les mi- X nistres qui sont auprès de moi; ils X doivent suppléer, par leur prudence X et par leur exp^ence, à ce qui me X manque; ils doivent me redresser X dans mes égarements , corriger mon X obstination , et changer ce que mon X cœur a de mauvais; pr là je pour- X rai me mettre en état de suivre les X grands exemples de mes prédéces- X seurs. »

Ce même Livre renferme un chapitre contenant les paroles de Mou-warg sur les différents genres de peines à infliger aux criminels , et sur la conduite que doivent tenir les magistrats dans le jugement des affaires. Il en sera parié dans une autre occasion.

Il est dit encore que Mod-wang , à la trente-neuvième année de son règne, rassembla les grands de son empire dans le petit état nommé Tou-chan{*),

(*) Et non point à la montagne Thouchan , comme ou l'a diL Cet état, auquel la montagne Thou a donné son nom , existait déjà du temps de Yxo. Le Li-tai-ki-ste dit , sous cet empereur , que T/uiu-thea est un nom de royaume situé à Hao-lcheou. Il ajoute que c'est à Thou-chan que Yu se maria , et que sa famille par conséquent y résidail.

L’IiiNIVKRS.

pour les consulter et leur donner des avis sur le gouvernement. On voit souvent cet usage se renouveler dans l'antiquité chinoise. Le règne de Mou- WANG ayant été signalé, au rapport de plusieurs historiens chinois, par la première grande excursion royale hors des limites de l’empire, ce fait, qui ne fut pas sans conséquence sur le dévelojipement de certaines idées occidentales en Chine, demande à être établi par tous les documents historiques qui le constatent. Nous avons traduit complètement toute la partie des grands Tableaux chronologiques île riiistoire chinoise, en cent volumes ( Li-tal-kirsse , encore malheureusement inconnus en Europe), concernant Moc-wang. Cet extrait pourra servir à faire connaître la maniéré dont l’histoire est traitée dans ce chef-d’œuvre d’érudition et de typographiecliinoises.

« Année cyclique KENG-TCHIS (20' du cycle, lOOt avant notre ère).

Première année du règne de Moowang. En hiver, dixième lune (ou mois) , il bâtit le palais des Esprits de la terre {Ki-houng) à Nân-tching (voy.

le Tchou-chou, hi-nian).

«JllV-frOU (999), 3« année (*). Il ordonne à Kiun-ya d’étre grandmaître de l’instruction publique ( voy.

p. 45), et à Pe-kioung d’étre grandécuyer , ou intendant des chars et des chevaux.

rendre hommage et offrir en tribut un magnifique cheval de course , appartenant à l’espèce célèbre lou euÛi.

« fVOlf-TSE U {992), 9' année. 11 bâtit le palais du Mntemps.

'^AENG-YIM (990), 11* année. Le roi ordonne à Tsi-rodng {Koung est un titre équivalant à celui de duc ) d’avertir son père qu’il était élevé au rang de président des lettrés.

(989) , 12' année. Mao- KOÜNG (*) , Koüng-koung (**) , et Foung-kcu.vg (•**), avec plusieurs énéraux d’armée , suivent le roi ans la guerre qu’il ût aux Kiouan- Joung (chiens de barbares).

« En hiver, à la dixième lune, le roi va faire une chasse d’hiver au nord ; il met en fuite et soumet les barbares occidentaux. Lie-tseu (philosophe célèbre de l’école de Tao , ou de la Raison souveraine, qui vivait 585 avant notre ère) a dit : — « Mou-wang de Tchéou réduisit à la dernière extrémité les barbares occidentaux ( Afiouaji joung ). Les barbares occidentaux lui donnèrent en tribut de grands sabres à deux tranchants nommés hoen-ou (protecteurs) et des étoffes du nom de no-hoan ( qui se nettoyaient par le feu) (****).

«Jm-TCHIN {9S8), 13' année. Le roi va faire la guerre à l’Occident. Tsikoung et plusieurs généraux l’accompagnent. lis campent à Yang-kan. En automne , à la septième lune , les barbares de l’occident apportent des tributs.

« KOUEI-SSE (987), 14' année. En été , à la quatrième lune , le roi va chasser à la montagne nommée Kiun.

A la cinquième lune, il fait construire un palais. En hiver, il va faire un sacrifice au marais ou lac Ping.

(*) « Fils de WiK-WAito, de la dignité de Pé; chef de vassaux. •

(*') « De la dignité de chef de vassaux. ■> ('*') <c Fouho. Trois royaumes qui suivirent le roi dans la guerre qu’il fit aux Kiouanyou/ig- (chiens de barbares armés de lances.)»

(♦««,) iTaisemhlablement de la toile à'amianle que les Grecs disaient connue et employée par les Bréhmaues anachorètes de ITnde.

« Y-YEOU (995), 6' année. Au printemps, les Tseu (titre équivalant hiérarchiquement à celui de baron ) de l’état de Siu furent mandés à la cour.

Le roi leur conféra les titres (supérieurs ) de Pé ( équivalant à celui de comte; ceux qui étaient élevés à la dignité Pé, étaient chefs des vassaux).

“ TliYG-HAl (993), 8' année. Au printemps les Tang du nord vinrent

(*) Dans le texte chinois toutes les années cycliques se suivent dans leur ordre, avec l'indication de l’année de règne de r^qiie prince ; et quand il n’y a aucun fait

historique à placer sous ces anuées , les co-

lonnes sont laissées en blanc. C’est pourquoi

nous les avons omi.ses dans celle traduction complète du texte.

CHINE

■■ • KU-ff'OU (966), 15' année. Au printemps, à la première lune, des peuples de Ueou^oen apportent des tributs. Le roi fait construire une CTande tour fortifiée. Le roi va visiter le lac Yen.

« PING-CHIN (964), 17' année. Le roi fait un vopge à la montagne Kouen4ûn, située a l’ouest. Il y voit la mère du roi occidental (Si-wangmou ). Dans la même année , la mère du roi occidental vint à la cour , et offrit des présentsdans le palais Tchao. Les grandes narrations ( ou Thistoire de Sse-morthsian). sur le fils du Ciel, Mou-wang, disent : « Il se renditdans l’Occident pour voyager, le jour cyclique Kouel hai (*) ; il parvint jusqu’au royaume de la mère du roi occidental.

Au jour heureux, Kia-iseu , le fils du Ciel, offrit des présents à la mère du roi occidental. Au jour v-tcheou ( 2* du cycle), le fils du Ciel donna un festin a la mère du roi occidental sur le lac Yao. La mère du roi occidental engagea à chanter le fils du Ciel , en disant :

« Des nuages brillants Tolent dans an del dans ,

m ün haut sommet s'offre i la me.

«* Sa distance est tris*dtendne x « Des flenres et des monts le séparent de noos.

« La mort noos menace sans cesse ;

« Arec des fils on ne menrt pas .

m Prince* épouses une princesse * m Et Toas ponrret alors retonmer sur ros poA. »

— « Le fils du Ciel lui répondit, en disant :

« Je rais reroir la terre orientale *

« Après aroir formé les netif accords.

m Tout l'aoirers jouit d'une pais sans égale.

(') Ce jour est le dernier du cycle de soixante, et le jour Kia-tseu est le premier du cyele suivant; de sorte que, d’après ce calcul chinois , le roi Mou u’aiu'ait mis qu'un jour pour aller, de sa cour, à celle de la mère du roi occidental. Il est vrai que la sienne était située dans le Chen-si, province la

f)lus occidentale de la Chine , et qu'il avait es meilleurs chevaux, comme on le verra ci-après , et le meilleur cocher de tout l’empire. Mais cependant la possibilité de cette course , dans cet espace de temps , nous parait sujette à discussion , à moins de supposer la cour de la mère du roi occidental très-rapprochée de la frontière chinoise.

7' l.irraison. (CintvK.)

« Et motjt ▼DOS contempla avncd'benrau trantporU.

« Depuis que je tous sois, c’est la IroisiSme année < « /e dois aller reroir ma cour ababdonaée (•). a

« Le fils du Ciel se mit en marche et s’éloigna lentement; il gravit la montagne Yen (ou Gan) {**) ; il laissa de ses souvenirs empreints sur les rochers de cette montagne; et une inscription, gravée sur un arbre très -élevé, disait : a Montagne de la mère du roi occidental! »

(*) Comme des vers chinois, chantés par une prineesse asiatique el par un empereur de la Chine, sur un lac dala Haute-Asie* près de mÜIe ans avant notre ère, peuvent paraître curieux , nous en donnons ici une transcription^ en prévenant que chaque mot ne forme qu'Ane syllabe. Chaque vers en a quatre , et plusieurs sont rimes.

Vers de la reine asiatique.

« Pé 7Â0 tsôj tbiéo ,

« Chân /ûig Uéa tcUiov

• Taô U jéoa jooàa/

•I Chân tchbooâD kian tchi.

« Triâng tseu woû t$ài

« Châog foà nèng Idt. »

Réponse de Mou-wako.

•> Tù koûeî toûng thoà*

« Hd tchi thofi hiâ.

« Wén nln ptog kidn;

M OA koâ kûn yoà.

« Pf ki tân niân ;

« TsiSog fod eûlh jè. •

Version latine mot à mot

« Ego roTcrto oriantalem plagam *

« llarmontâ goberaari omnos noTem*tonoa.

m Oocam-milUa popalonim leqoaliute roeti'ttiBt; M Ego attontoa conapicio tos.

« Comparando asaaeotoa'tum très aimoi ;

•c Jam>jam reditarai-iam deserto. »

(") Si l’on pouvait déterminer avec certitude la synonymie de cette montagne, ainsi que cdle des lacs et autres lieux cités , on leurrait déterminé' par là-méme la réÿon précise visitée par le roi de la Chine, désignée trop vaguement parle mot d’occ/.fr/i<.

« Albc Qubos tant-in calo t « Montit vartex toiptam ottendit.

« Via meotara mazimè loagiiK|aa ;

« Montes, amnet intercodnnt ilia.

« Cam filio non mors ;

« Dxorem-dac ; deindè poteris resertera. •

L’UNIVERS

— • Dans les Mémoires nommés Chi-l (*) (Assemblage, ou collection de

(*) Ce titre chinois a le ménie sens que eelui de Paralipomènes ; en hébreu : Dion haiamim, Choses négligées ou omises , un des livres de la Bible dans lequel la visite de la reine de Sass au roi Salomon est rapportée (a* part., ch. g). Cette circonstance assez curieuse et qui n’a encore jamais été signalée, pourrait faire croire que l'oistoire de la mère du roi occidental avec Moo-WAno est empruntée au livre hébreu , et par conséquent que ce livre, et peut-être ^usieurs autres de la Bible, ont été traduits en chinois à une époque déjà ancienne, d’où le {ait héhreii serait passé dans l’histoire chinoise. Cette supposition pourrait avoir quelque vraisemblance, si les Mémoires des cho‘ ses omises ou négligées ( Chi-i) étaient la saule autorité sur laquelle les historiens chinois se soient appuyés pour rapporter le fait en <|uestioii. U est vrai , comme nous t’avons ditci-dessiu, que le Liere sacré des Annales ne fait aucune mention du voyage de Mou-Wa»g dans l’Asie occidentale ; mais on sait que ce livre, dont la moitié a été perdue, rapporte peu de faits et beaucoup de préceptes de morale et de politique qui convenaient plus à l’esprit de[Confucius, son rédacteur. Cette omission est donc une objection de peu de valeur. Ensuite le célèbre historien chinois Sse-matbsiav, qui vivait plus de cent ans avant notre ère, et qui avait rassemblé tous les monuments historiques échappés à l’incendie des livres , rapporte le fait. Il faudrait alors que la traduction cïimoM àetParalipomines eût déjà été faite de son temps, ce qui ne paraîtra guère probable ; et SI l’on compare en outre les circonstances du fait hebreu avec celles du fait chinois , on verra qu’elles ne sont point les mêmes, et qu’elles différent totalement. Le philosophe Lib-tseo, qui rapporte aussi le voyage occidental de Mon- WAHO, vivait 585 ans avant notre ère; il aurait donc fallu que lui aussi eût eu connaissance du fait hébreu, et par conséquent il aurait fallu que la traduction chinoise des Paralipomènes eût été faite avant lui, c’est-à-dire près de 600 ans avant J.-O. , ce qui, nous le croyons, était histori • quement impossible. U’aiOeurs les - preuves morales que nous avons données du voyage de Mou-wavo dans l’Asie occidentale ou centrale, seraient suflisaistet à elles seules pour que l’on ne puisse pa» le mettre en doute.

ce qui était négligé), il est dit : «Le roi se rendit à l’orient dans la vallée du grand cavalier {ta ki). 11 remarqua le palais obscur du printemps; il recueillit ce qu’il y avait de plus important dans les arts magiques de toutes les parties du monde, et des espèces des insectes nommés tchi , des grandes oies aquatiques nommées kou , des dragons et des serpents, des semences ou graines merveilleuses qui croissent dans le vide. La mère du roi occidental monta sur un char orné d’oiseaux à plumes vertes, et le suivit.

D’abord elle le dirigea avec des tigres bigarrés et des léopards ; ensuite elle traversa les airs avec des faucons , de grands cerfs d’espèce fabuleuse, nommée fin , et d’autres de couleur fauve.

Puis elle s’avança lentement et avec grâce avec des brodequins de jades , de topazes et d’autres pierres précieuses les plus rares. Elle étendit partout des nattes faites de jonc et de pierreries couleur d’azur sur le

fazon de la vallée jaune, nomm^ ouan. Elle réunit ensemble toutes ses pierres précieuses et ses nattes, et elle fit retentir le ciel des accords les plus harmonieux. Elle' se fit de tous ces oljjets précieux une grande couronne lumineuse. Elle se consola de la contrainte de ses sentiments par des chante et des mélodies varias.

Les dix mille intelligences étant toutes rassemblées, la mère du roi occidental et Mou -WANG s’abandonnèrent jusqu’à la fin à toutes les délices de la joie et des chante. Ensuite ils ordonnèrent que l’on attelât les chevaux , montèrent sur un nuage et disparurent. »

— « Dans les Mémoires nommés Kouei-thsang (Trésor de ce qui est revenu) , il est dit : « Autrefois le fils du Ciel, Mou, consulta le sort pour aller- voyager à l’occident. Le prfeage ne Mt pas heureux. Il annonça que le dragon descendrait du ciel et que sa course^ serait lointaine ; qu’il volerait et s’élèverait dans le ciel en étendant ses ailes.

« Le philosophe Lie a dit : Mon- WANG,> après avoir été chasser à l’oc-

CHINE

cident, y retourna de noureau. Pendant son voyage , on lui présenta des hommes d’arts ( koung jin), pour l’instruire en lui servant de guides et pour l’accompagner dans ses visites (aux monuments curieux?). Le roi les reçut, en disant : Qui sont ceux qui veulent venir avec moi ? Ils répondirent : n Les serviteurs qui sont appelés ne peuvent que s’efforcer de plaire. » Le roi les considéra , les accueillit avec bonté, ayant reconnu qu’ils étaient sincères. Après les avoir traités magnifiquement, il lit chanter des chants , et exécuter des concerts retentissants et harmonieux. Ils entrelacèrent leurs mains et formèrent des danses accompagnées de mille accords si variés , que l’on ne peut se les représenter que par la pensée. Tout ce qui se trouvait là réuni de peaux d’animaux ou de bois était peint et verni ; le blanc, le noir, l’incarnat, le vert , voilà les couleurs qui y brillaient.

Mou-wang était ravi, et il s’écria avec transport : « Quels sont les hommes qui pourraient montrer autant d’habileté et de génie dans l’art d’opérer des créations pareilles ! »

"Depuis qiie le roi possédait ses magnifiques et fougueux coursiers, il avait pris Tsao-pou pour les diriger avec adres.se et éviter les accidents. Le roi désirait suivre les penchants de son cœur , parcourir le monde. Tsi-kouiso conseilla à son père de faire en sorte de restreindre les penchants du roi , par des prières et des supplications en vers , disant :

n IVenet module sur la brillante Terta;

'< Mêdilri sur ta conduite de ims (tindcns) rois;

•» Soyca comme le jade, soye» comme l’or;

•> Ils font la force ^et la paissance des peuples ,

M Parce qa’iU ne se livrent point à renivreuieut des

passions ;

« I.e roi doit rester dans le palais ëleré aux esprits de la terre, m

— « Dans les Mémoires nommés Chou-t , il est dit ; Au milieu de la mer orientale est une île où coulent les fleuves des dragons. I.e fils du Ciel , Mou , la choisit pour nourrir ses huit clievaux sujierbes. Dans cette île, il y a des plantes que l’on nomme herbes des dragons. Les chevaux qui s’en

nourrissent font mille H ( cent lieues ) en un jour. »

— " Dans les Mémoires nommés Chi-i (Collection de ce qui étajt négligé ) , il est dit : Mou-wawg , en arcourant le monde, avait avec lui ix historiens. Ils firent la relation des contrées qu’il visita. De plus , ils recueillirent avec soin sur un char les fleurs et les pierres précieuses qu’ils rencontrèrent. Ils allaient à la suite du roi pour composer leurs livres. Le roi était traîné par huit chevaux, qui étaient de véritables dragons. ( Voyez la p/. 19 , tirée des FaiU mémorables des empereurs chinois. ) Le premier se nommait Thslouei thi ( qui se s^are de la terre) ; la terre ne lui suffisait pas pour courir. I.e deuxième se nommait Fan-yw (qui s’élance avec de.s ailes); il courait comme le kin ailé ( aniiiv.l fabuleux à deux pieds, ailé). Le troisième se nommait Pen-siao (qui court comme un nuage rapide ) ; il parcourait mille II dans un soir. Le quatrième se nommait Tchao-ying ( qui court comme l’ombre) ; il aurait suivi le soleil dans sa course. Le cinquième se nommait Yu-kiun (qui dépasse l’éclair) ; la forme de sa queue était comme une flamme. Le sixième se nommait Tckao-kotiang ( qui court comme la lumière ) ; il donnait en même temps dix ombres à un corps solide. Le septième se nommait Tang-wou ( qui court comme un nuage de vapeurs ) ; il monte un nuage et part comme l’éclair. Le huitiènàe se nommait Hie-i (qui s’élance avec des ailes) ; son corps était aussi léger (me s’il avait eu réellement des ailes. Ils furent placés dans leur ordre et attelés. (Tsao-fou) prit les rênes et dirigea vers le royaume de Siu , afin de faire le tour des régions du ciel et de la terre.

" Le philo.soplie Lie a dit : L’instituteur de Tsao-fou se disait de la tribu Lai-léou.

« Les barbares de Siu causèrent du trouble. Le roi ordonna séparément aiR princes vassaux de la partie orientale ( de l’empire ) de soumettre les chefs de Siu. Les chefs de Siu se soumirent d’eux-mêmes au roi. Le roi,

L’UNIVERS

ayant entendu les justifications publiques des chefs de Siu , ordonna à Tsao-pou de prendre la direction de son char et de retourner (à la cour). Il ordonna que les habitants du royaume de Tsou, qui inquiétaient les habitants de Siu , fussent réprimés.

« Il investit ensuite Tsao-pou de la possession (féodale) d’une ville enceinte de murs et de son territoire nommé Tchao (*).

« En automne, à la huitième lune, il transporte des barbares {joung) dans le Ua-youan (la primitive origine, qui était dans le CKen-si).

. TING-YEOU(98Z), 18* année (**). Au printemps , à la première lune , le roi habite le palais des Esprits de la terre. Les premiers vassaux viennent à la cour.

« A0(7A/-Af//0(977),24'année.Le roi ordonne à l’historien de la gauche de composer des Mémoires.

« (966), 35* année. Il va

soumettre les chiens de barbares. — Le Kofue-yu dit : « Moü-wang, se disposant à aller combattre les chiens de barbares, Tsi-koung conseilla à son père d’en empêcher le roi par ses remontrances. Celui - ci ne l’écouta point. Il persista à aller les combattre: c’est ce qui fit que les tributs de grains et d’étoffes n’arrivèrent pas.

« Des hommes de King envahissent l’état de Siu. Le grand vassal Maô les repousse jusqu’à Tsi.

« PlNG-TCfim (964) , 37* année.

Grand soulèvement de neuf généraux (Sse). A l’Orient, ils s’étendent jus-

(*) «TsÀO-roo fut investi de U principauté du territoire de Tchao , pour son habilité à conduire et diriger les huit fougueux chevaux (du roi). » Note des historiens chinois.

(**) On remarquera que les auteurs criti- (nies des grands Tableaux chronologiques chinois n’accordent que la durée d'une année pour le voyage occidental de Mou-wabo, sur lequel ils ont eu soin cependant de rapporter toutes les traditions connues. On voit par-là l’esprit qui les a guidés dans la rédaction de ce grand et bel ouvrage , avec lequel aucun livre européen ne peut être mis en parallèle.

qu'aux neuf fleuves. Ils disposent les tortues youan et to (la derniere de dix pieds de longueur) pour en tirer des présages. Ils vont ravager la province de Youë ( aujourd’hui le Fou-Kian) et pénètrent jusqu’à la montagne nommée Yu.

• Les hommes de l’état de King apportent des tributs.

« fFOlf-0 U (969), 39* année. Le roi rassemble les »ands vassaux du iwaume dans l’état de la montagne Tnou (Thou-chan).

« (951), 50' année. Il ordonne

au prince vassal de Liu d’étre grand juge criminel (taï^sse-kéou). Le prince de Liu applique les châtiments; il a autorité sur les. quatre régions ( sur tout l’empire ).

« KIAO-SIU (946) , 55* année. Le roi meurt dans le palais des Esprits de la terre, à la 104^ année de son âge. Son fils nommé Y lui succède dans sa dignité. C’est lui qui fut nommé ensuite Kodng-wang.

a Dans les Mémoires nommés MiA, il est dit : « A l’époque de Mou-wang, des Tchéou , la pluie tomba consécutivement sur la terre pendant trois lunes. Mou-wANGjoua d^une flûte particulière, et la pluie cessa aussitôt. Le philosophe Pao-po a dit : Mou-wang, étant allé faire la guerre au midi , se soumit tous les esprits avec une armée. L’homme élevé en dignité (kiûn tseu, l’homme distingué) est un singe, il est une cigogne ; l’homme de rien (siao jin) est un grain de sable ; il est un animal bipède. « ( Li-taî-lk-sse , Kiouan 6. Du folio 33 à 43. )

L'histoire des quatre premiers successeurs de ce prince est fort concise et n’offre rien d’intéressant pour l’histoire de la civilisation. On voit seulement que l’un d’entre eux avant envoyé une armée contre les Barbares d’Occident, ceux-ci lui firent présent de plusieurs chevaux. D’après les données de l’histoire chinoise, on peut présumer que les chevaux de la Chine sont originaires de la Tartarie, d’où ils furent souvent envoyés en présent aux empereurs par les chefs des peuplades de cette contrée , ou enlevés par

CHINE

la conquête. Il fallait que cet animal fût encore rare à la Chine à cette époque pour que son usage devint si souvent l’objet des folies royales. Le troisième successeur de Mou-wang ( 900 ans avant J.-C. ) fut si charmé du talent de l’un de ses palefreniers à monter et à dresser ses chevaux, qu’il lui donna une principauté dans la province du Chen-si. Ce roi ne poussa pas encore si loin le mépris de l’espèce humaine que cet empereur de Rome qui plaça son cheval au rang des sénateurs.

La Providence divine , qui ne permet pas que l’humanité soit impunément insultée, semble avoir voulu faire subir à la dynastie des Tchéou le châtiment mérité par un de ses membres. Ce fut l’un des descendants de cet habile palefrenier revêtu d’une principauté qui renversa le dernier des Tchéou et fonda la dynastie des Tsin, laquelle paraît s’être toujours ressentie de son origine aventurière.

C’est à commencer de Y-wang ( le roi grand archer, petit-fils de MouwAivG, 934 avant J.-C.) que les grands Tableaux chronolo^quet donnent des esquisses chronologiques des princes et des principautés cninoises de cette époque. Ils en mentionnent seulement douze sous Y-wang; la plupart de celles dont il a été déjà question n’étaient que des états tributaires.

Li-WANG, 873 ANS AVANT J.-C. — La justice populaire , en attendant la justice divine, s’exerçait à sa manière contre les mauvais rois et les tyrans qui l’opprimaient en se gorgeant de ses sueurs. Le philosophe Khodng- TSEü , qui ne laissait perdre aucune occasion de donner des. enseignements aux rois , a conservé dans le Livre des vers (Chi-kàig, le troisième des livres sacrés des Chinois ) un grand nombre d’odes, ou d’imprécations lyriques contre certains rois , dues aux ressentiments et à la haine populaires. On est même étonné de la vigueur et de la hardiesse de ces vers accusateurs qui , plus de huit cents ans avant notre ère, circulaient dans un grand empire, soulevaient les populations contre le tyran , et étaient recueillis

par un grand |ûiilosophe pour servir d’exemple et effiayer de leur autorité sacrée les tyrans a venir.

Voici une ode, ou plutôt une grande messénienne, composée contre Li- WANG( roi cruel, turannime), dont l’avidité,la cruauté et la proaigalité stupide l’avaient rendu tellement odieux au peuple , que ce tyran , qui avait cependant la conscience de la haine qu’il inspirait universellement, poussé par la logique des insensés , défendit sous peine de mort à tous ses sujets de s’entretenir ensemble, et même de se parler à l’oreille, tant il était confiant dans leur amour pour lui !

Avant de lire cet échantillon de l’ancienne poésie chinoise , il est bon de savoir que les anciens poètes de cette nation avaient déjà formulé les règles de leur art, et ‘qu’ils ne se bornaient plus à suivre les inspirations de la nature. Outre la mesure et la rime, dont nous parlerons ailleurs plus au long, chaque ode, et même chaque strophe d’ode, doivent être classées dans l’un des trois genres établis. Ces trois genres sont le genre figuratifs hing ) ; le genre comparatif ou aUégonque (pi), et le genre direct S fou ). Dans le premier cas, le poète commence à préluder par des matières puisées dans la nature et qui ont plus ou moins de rapport avec son sujet , dans le second, il procède par allégorie , et dans le troisième il traite son sujet directement. Les éditeurs du Livre des vers ont soin d’indiquer à quel genre chaque ode et chaque strophe appartiennent. Les vers que les poètes chinois firent contre Li-'wang sont nommés dans le texte chinois tse, perçants, blessants comme avec un stylet; le groupe idéographique qfii est employé étant composé de deux signes représentant, l’un, des épines, et rautre, une lame tranchante. Le caractère des vers satiriques ne pouvait pas être mieux indiqué.

i" Strophe. {Genre comparatif.)

m II y Rvail un mûrier tendre et flexible, dont les feuilles et les branches couvraient au loin la terre de leur om-

L’UNIVERS

bre. Déjà tombent ses feuilles jaunes et desséchées. Le peuple qui vit sous cet arbre est accablé de fatigues; les peines qu’il endure ne lui laissent aucun repos : il est dévoré des chagrins les

Elus amers , sa douleur est à son cornle. Ta puissance est grande , ô ciel auguste! N’auras • tu pas compassion de nous?

a. ( Gtnre direct.)

• I,es quadriges de bœufs , les attelages de chevaux fougueux circulent; les étendards déployés voltigent au gré des vents. Tout est dans le trouble et la confusion; il n’est aucun État qui ne soit en péril; il n’est aucune population qui ne soit exposée aux plus grands malheurs. Hélas! ô douleur! le royaume est dans l’état le plus déplorable ; il se précipite à sa ruine.

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