‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 43 sur 238 · Le règne de son successeur et · texte numérisé non relu

Le règne de son successeur et

son fils , surnommé Ybou-wang ( le roi retiré , ou qui ne sort pas de ses appartements intérieurs ), nit signalé par des événements funestes. A la seconde année , trois fleuves débordèrent ; la montagne Ki, que l’on a déjà vu citer plusieurs fois , s’écroula et tomba; les impôts furent augmentés pour satisfaire tes prodigalités du nouveau roi en faveur d’une jeune fille, nommée Pao-sse, dont il s’était épris.

Les poètes chinois , les ministres mêmes , font des satires , pour corriger le roi. Le fils de sa femme légitime qui devait lui succéder, se voyant déshérité en faveur du fils de la concubine, et dégradé de son rang, se retira chez les Tartares avec sa mère. A la huitième année de son règne, le Koue-yu ( discours des royaumes ) rapporte ce qui suit : « Siodan-koong, prince « vassal de l’état de Tching , fut fait « intendant de l’instruction publique.

« Ayant obtenu l’affection au peuple « des Tchéou, il interrogea l’historien X Pe, disant : La maison royale est « bien vieille, comment ne tombe- « t-elle pas en ruine? L’historien Pb « répondit : La maison royale est X près de sa chute. Les faisans à lon- « eues queues ( les étendards ) des ■■ barbares du Nord {joung ) doivent « se déployer avec orgueil dans les « airs. On ne peut les empêcher d’ac- « courir. Ils se précipitent sans in- « terruption dans les.maines qui sépa- X rent les fleuves Tsi, Lo et »

Le roi, craignant une irruption de ces belliqueux voisins encouragés par le ressentiment de son fils, leva des troupes, et il ordonna qu’en cas d’alerte , on allumât des feux sur les hauteurs, et que l’on battit le tambour. A ce signal, les généraux des diverses places devaient venir au secours du roi avec leurs troupes. Mais il était dit , sans doute, que la femme ne ferait grâce à l’homme d'aucune folie, afin de prouver au monde son empire illimité sur lui. Pao-sse ne pouvait se prêter à rire, et le roi voulut à tout prix lui procurer ce plaisir. Un jour, il fit faire les signaux d’alerte; les généraux accoururent de tous côtés avec

L’UNIVERS

leurs troupes , pour défendre le roi. Pxo-ssE voyant tant de mouvements inutiles, tant d’hommes réunis de loin par une fausse alerte , se prit à rire. Ce singulier amusement fut plusieurs fois procuré à cette femme insensée. Le roi en était ravi. Les généraux et les troupes furent indignés de servir ainsi de passe-temps aux caprices royaux. Les Tartares arrivèrent un jour (voy. »/. 19 et 20, tirées des Faits mémorables des empereurs chin. ) (*), on fit faire les signaux ; la plupart des troupes, craignant d’étre encore le jouet de leurs maîtres , ne firent aucun mouvement. Le roi, laissé avec peu de troupes, fut pris et tué , Pao-ssb enlevée , le pays ravagé , et les Tartares firent un immense butin. Les princes vassaux de Thsin, de Tsin et de fFeï, arrivèrent enfin, et forcèrent les Tartares à se retirer sur leur territoire.

Les succès remportés par ces princes accrurent tellement leur autorité, que dès lors ils ne furent plus vassaux que de nom.

Les grands Tableaux chronologies de l’histoire chinoise placent à la sixième année du règne de ce roi ( 776 av. notre ère, 6 septembre ), en hiver et le premier jour de la dixième lune, une mipse de soleil. Voici comment le Ltore des vers la rapporte ( les vers chinois sont de quatre syllabes ) :

« Peodant la conjonction de la dixième lune avec le soleil,

«( liO premier jour du cycle nommé «ik-jr/io,

« Il y eut une éclipse de soleil ( iittir, il y eut quelque chose qui mangea le soleil); n Klle fut du plus mauvais augure.

« Cette lune que nous voyons a’obecorcit;

M Ce soleil que nous voyons s’obscurcit ; n Et le pauvre peuple d*ici-bas U Eut un sort triste et déplorable.

M Le soleil et la lune (dans leurs conjonctions ) annoncent de grandes calamités.

« En n’accomplissant pas leurs révolutions.

(*) Ces deux planches ne forment qu’un seul sujet et une seule scène dans la peinture onginalc : la 19^ est sur le premier plan et It 20* sur le second. On a été obligé de faire deux planches pour conserver l^ensemble du sujet chinois original dans lequel les lois de la perspective ne sont pas observées.

« Les quatra royaumes sont mal adoûaiatrés ;

•• Ceux qui les gouvemeot fi’rinploleiit pas de Ixm» ministres.

■ Que la lune s’éclipse (dans ses quartiera) ,

« C’ust une chose habituelle , cuinmane t

K Mais que le soleil lui-méme s’éiüipae,

« Couitnent ne serait*ce pas un mauvais préeege f « Les éclairs brillent I... le tonnerre retentit...

■ Ils effraient les méchsnts qui ne trouvent ploa de

renos.

U Tous les fleuves , toutes lee rivières déboraeat de leur lit accoatumé.

*• Les hautes montagnes et les roches se faeurtem, w Les sommets des monts descendent dans les vallées ;

• Et les profondes vallées se soulèvent en baotes montagnes.

«Oh! qu’ils sont à plaiikdre les hommes de nos

jours .

« Qui ne veulent pat se corriger et changer d« conduite I etc. »

Le Livre des vers renfenue plusieurs pièces concernant Siouen-wang et Pao-ssb. Cette dernière, l’imbécile faiblesse du roi pour elle, et les eunuques qu’elle introdusit à la cour, et qui sont appelés des vers rongeurs, y sont l’objet des plus flétrissantes accusations. « Tu t’empares des champs « d’autrui , est-il dit au roi ; ceux qui « sont attachés au service des autres,

« tu leur ordonnes de te servir ; tu « charges de crimes les innocents et « tu les jettes dans les fers ; mais tu « renvoies lescriminels impunis... Une « femme babillarde fera ta ruine.. .Au- « cun conseil, aucun écrit n’est pris en « considération. Aussi long-temps que « cette femme régnera , les eunuques « seront en faveur à la cour , etc. »

A dater de cette époque, l’autorité des Tchéou s’affaiblit de plus en plus. Cette dynastie dure encore près de cinq cents ans, mais son histoire n’est plus guère qu’une suite de règnes anarchiques, de crimes, d’assassinats , de troubles de toutes sortes , de guerres continuelles que se font les nombreux grands vassaux pour agrandir leur puissance, et pour se rendre indépendants. C’est le moyen âge de la Chine.

770. PiNG-WAHG (le roi pacifique), fils de YEau-viVANG, est proclame roi par les grands vassaux qui avaient repoussé les Tartares. Il transporta sa cour dans la ville bâtie par Tcréou- KOUiSG , située dans la province du llo-nan , et qui était appelée la cour orientale, et laissa la cour occiden-

CHINE

taie ou l’ancien séjour des premières dynasties dans le Chen-si , au prince de Thsin, qui fut élevé au rang de roi suzerain , afin qu’il devînt une barrière puissante contre les irruptions continuelles des Tartares limitrophes.

I.e prince de Thsin fit graver sur un f'rand vase l’acte de cession que lui lit le roi Ping-wang, du territoire de l’ancienne ville impériale , dans la rédaction duquel le roi de la Chine porte le titre de roi céleste ( Thientoang ). Ce monument historique a été trouvé dans le Chen-si, vers l’année 976 de notre ère. Cette particularité du titre de roi céleste, qui est donné à Ping-wang, ferait supposer que ce même titre était communément donné à tous les rois de la Chine , comme il l’était aux rois d’Égypte , et que l’histoire , qui ne donne aux premiers que le titre de fils du ciel ( Thien-tseu ), est infidèle. Il est possible que dans un acte comme celui dont il est question ici , les rois de la' Chine aient eu l’habitude de prendre le titre de rois célestes ; mais ce titre impie n’a jamais été sanctionné par les historiens, au moins dans les monuments historiques qui subsistent encore , et dont le Chouking , nommé par Je célèbre empereur Kang-hi , dans sa préface de la traduction tartare qu’il en fit faire : Livre de Gouvernement, le plus ancien et le plus révéré de tous, ne fait pas mention.

Les historiens chinois blâment vivement le prince de Thsin de s’être attribué le droit de sacrifier solennellement à l’Être suprême (Chang-ti ) , réservé aux seuls empereurs. Cette sollicitude de la prérogative impériale montre que le culte public n’avait qu’un seul pontife, qui était en même temps le chef du pouvoir civil. Ces mêmes historiens , qui recherchent aussi les causes des événements politiques , attribuent à la faiblesse et à l’incapacité de Ping-wang , la décadence de la dynastie des Tchéou. Le transport du siège de la cour dans le Ho-nan fut, selon eux, suivi de tous les malheurs. Les princes vassaux se

rendirent indépendants; l'ancienne religion périt; les sciences, l’étude, le zèle pour le bien public, furent anéantis ; les hommes de talent se dispersèrent.

Les grandes familles , accoutumées au séjour de la cour dans le Chen-si, ne voulurent pas, pour la plupart, se rendre à la cour orientale. La famille royale dynastique perdit presque entièrement son autorité et sa puissance.

Plusieurs rois vassaux se rendirent complètement indépendants, et agrandirent même leurs états. Le roi de Tsi s’empara de la province septentrionale du Chan-toung; le roi de Tsou se rendit maître des provinces du Hou-kouang et de Kiang-si , et le roi de Tsin s’empara de 1a plus grande partie de la province du Cnen-si.

Les grands Tableaux chronohgiqves diinois placent une éclipse de soleil à la 51* année du règne de PiNG-'WANO, dans le printemps, à la deuxième lune, jour cyclique y-sse (718 av. notre ere ). Ils en placent une autre totale, la 1 année du règne de Houan-xvang, l'' jour de la 7' lune ( 17 juillet 709 ) ; une autre, la 2' année de Tchouang-wang , l"' jour de la 10' lune ( 10 octobre 675 ) ; une autre, la 8' année de Hoü-wang , 1" jour de la 6" lune ( 27 mai 669 ) ; une autre encore, l’année suivante , f’' jour de la 12' lune (10 novembre 668 ); une, la 22' année du même roi, à la 9' lune ( 19 août 655 ), et une, la 26' année de Siang-wang , T lune (3 février 626). Voici comment cette dernière est mentionnée. « 26' année du régne de Siang-wang ( 626 av.

J.-C. ), au printemps, 2' lime, jour Kouéi-haï, Ü y a éclipse de soleil. »

Toutes ces éclipses, comme celles qui sont mentionnées jusqu’à la 495' année avant notre ère , sont empruntées

ar les historiens chinois au livre

istorique que composa le célèbre philosophe Khoung-tseu ( Con/udas), sur des mémoires particuliers des historiographes attachés à la cour des rois feudataires et suzerains de la Cliine, pendant une durée de deux cent quarante-deux ans, depuis l’année 722

L’UHIVERS.

lOS

iusqu’à l’année 480 avant notre ère. bres dePingré pour les faire concorder Voilà déjà une forte présomption en avec le premier système. Ainsi les dates faveur die la réalité oes observations de Pingré, pour les éclipses mentionqui les ont fait consigner par les histo- nées ci-dessus, sont : riens chinois.L’obJection que l’on pour- 6 Mptembn 775110 octobre 674110 novembro 667 rait élever en disant que depuis cette i7juUi«t 70817 m»! 6e8|i9»oàt 6S4 époque les historiens chinois n’ont pas I ^ «rri«r 6»5

conunué à enregistrer ces mêmes faits Cette dernière éclipse est celle que physiques avec la même exactitude, Voiney {Nouvelles recherches sur fnis- 1 tombe d’elle-même devant cette raison taire ancienne,!. I), par une critique 1 bien simple, qu’une fois la loi de pério- approfondie, regarde comme étant dicité de ces faits physiques recon- celle prédite par Thalès , et qui , au nue , le devoir de l’historien des faits rapport d’Hérodote ( CUo LXXI V ) , humains, et de tous ceux qui par leur fit cesser le combat, commencé la nuit, nature n’ont pas encore pu être assu- entre les Lydiens et les Mèdes , sous jettis à une loi fixe, était de les lais- le règne de Cyaxares. L’observation ser dans le domaine des lois physi- de cette éclipse par les Chinois donne ques, comme le lever et le coucher à cette conjecture un haut degré de réguliers du soleil. Mais la mention, probabilité, car elle fiit visible sur par les historiens, de l’antiquité de ces tout le continent asiatique; seulement faits physiques n’en est pas moins les lieux d’observation des Mèdes et utile pour établir l’authenticité de l’his- des Chinois étant placés sous des métoire et celle de quelques grandes épo- ridiens distants d’environ 6Cr> , il dut ques. Plusieurs savants européens ont être, au moment de l’éclipse, neuf calculé ces éclipses chinoises et re- heures et demie en Chine, lorsqu’il n'en connu leur exactitude. Outre les mis- était encore que cinq et demie dans la sionnaires français Gaubil et Amiot , Médie. Ce synchronisme n’est pas à le chanoine Pingré a dressé des ta- dédaigner pour la chronologie de î’nisbles d’éclipses pour mille ans avant toire. Il établit entre les anciens peunotre ère, et toutes les dates des éclip- pies des rapports de simultanéité qui ses mentionnées dans l’histoire chi- semblent les rendre moins étrangers noise correspondent exactement avec les uns aux autres , et l’histoire retire celles qu’il a données dans ses tables, de ces rapprochements une force et une avec cette différence, cependant, que autorité qu’elle n’aurait jamais sans Pingré a toujours une année de moins le secours d’un pareil contrôle (*). dans sa série de mille ans ; différence Sur la fin du règne de Hoeî-wang qui est due à celle du point de départ, (650 avant J.-C.) , un prince de Tsi avant notre ère, des trois calculateurs; fut déclaré chef des assemblées des le dernier ayant suivi le système du P. princes vassaux. Il les convoquait, en Pétau en comptant 0, l’année avant la cette qualité , et punissait ceux qui ne naûsancedeJ.-C.,etlesdeuxpremiers, gardaient pas les réglements. Ilacquit ayant compté I , de sorte qu’il faut par ses qualités personnelles, et suraugmenter d’une unité tous les nom- tout par celles d’un habile ministre ,

(*) Voici la liste de quelques autres éclipses du soleil mentionuées dans l’histoire chinoise et calculées par le P. Gaubil , Amiot et par Pingré :

tMOM én rhliuif* chiMise.

1'* aonéedeKooAire'WAiro ;

I*'' jour de la 6* loue

Ctobil, Amiot , ChrxMi. chin.

6ii av. J.C.

a8 avril.

Êrtipsv* de soleil qui o«l <M Air* cbsers'éoi «i Asie sckin Pingre.

Cil ar.J.«C. aSavril.

— Tiv«*wako;

1*' jour de la 7* lune

6oi

aosepteub. 600

— ■ aoaeptem.

— 9 mai.

— JKtta-wAiio;

!**■ jour de la 6* lune

9 mai.

— , LivO'WAiros

jour de la 7* lune

rg juin.

— 19 juin.

— XivoeWAvo;

i*' jour de la 7' luoe

tojuin.

— xo juin.

•0 Xjit*«*WAva ;

jour de la 5* lune

9 avril.

— 9 avrîL

1^' jour de la ta* lune

i4novemb.

5io

— 14 novemb.

^ Id.

1*' jour de 1a 8* lune

aa juillet.

— 2» juillet.

t*' jour de la &* lune

19 avril.

— 19 avril.

CHINE

nommé Kouan-tsbu, grand général,

frand homme d’état , fort savant et ’une grande probité, une haute au* torité sur ses égaux. Son état était bien gouverné ; les arts , les sciences et le commerce y étaient florissants; sa cour était magnifique , et les gens de mérite étaient sdrs d’étre employés et récompensés , disent les historiens chinois ; ce qui , selon eux , est la marque la plus sûre d’un bon gouvernement et d’une bonne administration.

Le dernier chapitre du Livre sacré des Annales rapporte un discours sur la bataille que Mou-koung , prince de Thsin, dans le Chen-si ( occident frontière), perdit contre le prince de Tsi, dans le Chan-si (occident montagneux).

Cette bataille fut livrée au commencement de l’année 624 avant notre ère, et Mou-koung mourut trois ans après.

C’est à son enterrement qu’eut lieu un événement inconnu jusque-là dans l’histoire chinoise, et qui prouve, à lui seul, de la manière la plus évidente, qu’un élément étranger de civilisation, ou plutôt de barbarie , s’était introduit dans les contrées occidentales de la Chine : à Tenterrement de Mou-koung, cent soixante et dix-sept personnes se donnèrent la mort. Plusieurs eurent ordre de se tuer, afin d’accompagner le prince dans l’autre monde. Voici ce que l’on trouve à ce sujet dans les grands Tableaux chronologiques, souvent cités:

« Année cyclique Keng-tseu, 33* du règne de Siang-wang, 39* de celui de Mou, prince de Thsin (621 av.

notre ère ) , en été , Mou-koung ( le prince Mou) meurt. Son fils Ying lui succède. C’est lui gui est (nommé) Kang-koung (le pnnce Kang). Un fils du prince décédé, son char, trois enfants de sa famille, des tigres enchaînés , qui marchaient à la suite, furent ensevelis avec lui. Les habitante du royaume gémirent sur eux. L’oiseau jaune fit naître des terreurs.

« Il est dit dans le Sse-ki (histoire générale chinoise de Sse-ma-thsian , composée plus de cent ans avant notre ère) : « On ensevelit avec le mort cent soixante et dix-sept personnes qui avaient suivi le convoi. » Tchou-

TSEU a dit : Le gouvernement royal n’avait point de contrôle (sur ces actions). Les vassaux n’avaient point d’autorité les uns sur les autres. On ne craignait pas de faire mourir des hommes. Cette coutume était regardée comme usuelle. Aucun roi éclairé, aucun prince vassal sage ne l’avait poursuivie par des châtiments ; on ne pouvait qu’en gémir.

X En automne, l’état de Thsin ( état voisin ) fit rassembler les plus anciens chefs militaires et civils, pour s’opposer à la reconnaissance du fils du prince par le peuple. » ( Li-tal-fd-sse; Kiouan 10, f. 49. )

Le P. Gaubil dit que cette barbare coutume venait des Tartares occidentaux , et que l’histoire chinoise en parle , pour la première fois , en 621 avant notre ère ; nous n’en avons tixmvé effectivement aucune mention antérieure. Ces Tartares occidentaux sont donc des peuples différents des Tattares ou Joung du Nord, que nous avons d^a vus si sguvent faire des excursions en Chine. Leur dénomination placerait leur séjour dans les contrées visitées par Mou - wano , quatre cents ans plus tôt. La nature de cette coutume ferait penser qu’elle venait des peuples scythes , que l'on sait avoir ooservé, des la plus haute antiquité, un semblable usage. Hérodote nous apprend, en effet, qu’à la mort d’un roi Scythe, on enterrait avec lui une de ses femmes, un échanson, un cuisinier, un écuyer, un secrétaire, un huissier, après les avoir préalablement mis à mort; on y comprenait encore ses chevaux, et un choix de ses effets les plus précieux. La même coutume existe encore chez plusieurs peuples de l’Asie , que la civilisation n’a pas encore dépouillés de tous leurs anciens restes de barbarie. Elle était étrangère à la Chine, où elle n’a pas pu s’acclimater avec les mœurs ; elle était donc importée d’un pays où elle régnait. Cesfaits^uivalent, pour nous, à la démonstration la plus positive que , avant l’époque dont il est ici question (621 ans avant J.- C.), et, par conséquent, avant celle du philo-

1,’UNIVERS

sophe Lao-tsïu, des communications entre la Chine et les peuples de l’occident de l’Asie avaient eu heu, et que des idées philosophiques et religieuses étaient passées de chez ces derniers dans la première. Ce fait nouveau , dans l’histoire chinoise , de l’enterrement de Moü-koüng a une cause; cette cause, il est impossible (le le contester, est étrangère aux mœurs , aux lois et aux habitudes des Chinois depuis les temps les plus reculés. A quel événement antérieur estelle due? Nous pensons que le voyage deMou-WANG(*) dans l’Occident, environ 400 ans avant cette époque, fraya le chemin aux idées occidentales , qui vinrent essayer des conquêtes sur des idées et des têtes d'un autre ordre, et cela , sans succès civilisateur, parce que la raison rétro^ade djflicilement, et que la civilisation ne recule que lorsque des événements puissants en ont éteint les lumières.

Toute l’histoire chinoise, cette histoire ancienne comme le monde, confirme ces assertions. Des flots de barbares , attirés par la richesse de la civilisation chinoise, se sont incessamment précipités sur elle, et ont été incessamment repoussés ou absorbés par elle, comme l’Océan absorbe les eaux des fleuves qui se précipitent dans son sein. Seulement nous verrons, comme nous l’avons déjà dit en commen(’ant , que certaines croyances religieuses , certains éléments étrangers ont été reçus et conservés en Ciïine, mais par la partie de la population seule qui n’avait pas atteint le même degré de civilisation (|ue la partie la plus éclairée. C’est ce nui explique les vains efforts tentés (lans ces derniers siècles pour propa-

(*) Voy. p. 94. Une circooslance qu'il ne sera peut-<^e pas inutile de remarquer, c'est que Moo-wana et Mou-koiihu ont le même caractère chinois pour surnom , c’està-dire, mou, l’un claut roi (ivnn,;') de la rhiqe , l’autre clniil simplement prinee ( hoime ) de Tii d.ins la province occidentale (tu Chen-si, où le premier tenait sa cour , et où jar couscipieut avaient pu fructifier les germes élrangeis.

ger d’autres doctrines religieuses dans Te grand et vieil empire, qui a dû miirire plus d’une fois de ces tentatives impuissantes de la présomption occidentale.

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