‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 71 sur 238 · VISITE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

VISITE DE L'EMPIRE

On raconte que les honneurs suprêmes ne lui firent pas oublier ses anciens compagnons. En faisant la visite

de l’empire, il passa dans son pays natal et invita à sa table plusieurs laboureurs qu’il avait connus dans sa première fortune ; il envoya chercher un pauvre pêcheur qui avait été autrefois son ami, et il passa la nuit à s’entretenir avec lui des plaisirs et des amusements innocents de leur jeunesse. On raconte aussi de lui une anecdote qui a plusieurs analoguesdans l’histoire moderne. Un jour, en revenant de la chasse, il trouva les portes de sa ville royale fermées ; le chef du poste qui gardait celle par où il voulait rentrer ne voulut ps la lui ouvrir, parce qu’il aurait enfreint sa consigne (*) ; l’empereur fut obligé de se rendre à une autre porte, que le gardien, moins sévère, lui ouvrit. Le lendemain l’empereur destitua ce dernier et éleva le premier, qui avait été fidèle à son devoir, à un emploi supérieur.

SOUMISSION DE LA COCHINCmNE.

Il employa plusieurs années à dompter les révoltes qui s’étaient élevées dans l’empire depuis son avènement au pouvoir ; l’armée des Sourcils rouges fut vaincue , et l’empereur qu’elle avait nommé reçut une principauté de Koüang-wou-ti. Son général, Ma- YOüAN, réduisit aussi la Cochinchine, ui avait voulu se déclarer indépenante sous la conduite d’une femme héroïque, et qui était soumise à l’empire chinois depuis la conquête de Thsin-chi-hoang-ti. Il reporta ensuite la guerre au delà des frontières septentrionales de l’empire, contre les Tartares, et i) mourut après un règne glorieux de trente-deux ans (l’année 57 de notre ère).

FONDATION D’ÉCOLES NOMBREUSES POUR L'ÉDUCATION DE LA JEUNESSE ET DES PAYS CONQUIS.

Son fils, l’empereur Ming-ti {empereur éclairé), lui succède (58).

(*) Voy. la/;/. 53, qui reprcsenle ce fait tiré des Fai/j mimorailn des empereurs ekissois.

L’UMVERS.

L’histoire chinoise vante sa sagesse, sa clémence et son discernement. Ayant reçu une excellente éducation de son précepteur, et très-versé dans l’étude des anciens philosophes chinois, il voulut répanare l’instruction parmi ceux de ses sujets (][u’il jugea destinés à avoir une part active dans le gouvernement. Il établit dans son palais une académie de sciences pour y instruire les enfants des grands de l’empire et des princes barbares qui gouvernaient les provinces conquises. Il épousa la fille du général Ma-youan, qui s’était fait une grande réputation militaire sous le règne de son père. Ce choix fut très-applaudi , et cette impératrice est citée par les historiens comme un modèle de vertus et de sagesse qui ne contribua pas peu à la gloire et à la prospérité de l’empire. Ming-ti fit peindre les portraits des grands hommes qui s’étaient illustrés dans la paix et dans la guerre , et il ordonna que leurs portraits seraient suspendus dans une salle du palais. Il alla visiter le monument éleve au philosophe Khoung- XSEU. Les inondations fréquentes du Hoang-ho fleuve Jaune) portaient la désolation dans les campagnes ; Ming-ti les fit cesser en faisant construire une digue longue de dix lieues, à la confection de laquelle cent mille hommes furent employés.

limODÜCTION OFFICIELLE DE LA RELIGION bouddhique EN CHINE, l’auSSdi kot» ii>.

Ce fut la huitième année du règne de cet empereur, et la soixante-cinquième de notre ère, que la religion Bouddhique fut officiellement introduite en Chine. Voici comment les historiens chinois rapportent ce fait :

L’empereur Ming-ti eut un rêve dans lequel il vit un homme couleur d’or, très-grand, dont la tête et le cou brillaient d’un grand éclat. Il interrogea ses ministres sur ce rêve extraordinaire. L’un d’entre eux lui répondit que dans les contrées occidentales (de l’Asie) il y avait un génie ou être surnaturel {Chin) dont le nom était Fo ; que sa statue avait six pie^

de hauteur et que sa couleur était celle de l’or. L’empereur, d’après ces informations, envoya des ambassadeurs dans le Thian-tchou (ou l’Inde) pour s’instruire des lois et de la doctrine de Fo, et pour rapporter dans le royaume du milieu (la Chine) son image peinte et quelques-unes de ses statues (*).

(*) Voy. Ma-touai»-iin, I. 338, etc. Plusieurs écrivains ont dit , d’après les missionnaires français en Chine, que Miito-xi avait envoyé chercher une religion nouvelle en Occident, sur la foi de certaines paroles du philosophe Kboohg-tseu, qui aurait dit cinq cents ans avant 3. C. que /« saint homme par excellence existait ou devait exister dans l'Occident, voulant indiquer par là le fondateur de la religion clirctienne. D’abord , il faudrait prouver que cette assertion du philosophe chinois se trouve dans les livres qui nous restent de lui , ou qui sont atlribués à la rédaction de ses disciples ; or elle ne s'pr trouve pas comme on la rapporte Voici ce qu’il oit : « L’homme sage trouve la « règle de sa conduite en lui-méme , il en R voit la confirmation dans l’universalité des « hommes... Il conforme ses actions aux « lois du ciel et de la terre , et il n’éprouve « aucun trouble ; il se règle sur les intelli- •• gences supérieures à l’homme , et son es- « prit n’éprouve aucun doute ; il est ceat gé- > nérations à attendre le saint homme , et il « ne se dément jamais. — Il se règle sur les « intelligences supérieures à I homme , et son " esprit n’éprouve aucun doute; par consé- •< quent il connaît le ciel ; il est cent généra- » lions à attendre le saint homme , et il ne • se dément jamais; par conséquent il con- « naît les hommes. » ( Tclwûng- yoüng , ch. ®9i S 4.)

Il n’est pas plus question, dans ce passage , d’un saint de VOccident que de tout autre point cardinal ; mais on dit que les paroles prêtées au philosophe chinois se trouvent dans d’autres ouvrages originaux. En supposant que cela soit, il serait bien plus vraisemblable de rapporter à Fo ou à Booddba l’allusion faite par Kaouito- Tsan à un saint ou homme parfait de l’Occident, qu’à J. C. , parce que , à l’époque où vivait Kbodivo-tseu, il y avait déjà près de 5oo ans que Bovobba. avait prêche et établi sa religion dans Vlnde; parce que la renommée de ce réformateur indien avait pu fa-

Depuis l’époque de son intro<luction en Chine, cette religion a éprouvé de grandes vicissitudes et est parvenue à régner sur la moitié au moins de la population chinoise. Mous ferons connaître ailleurs ses principaux dogmes.

Seulement nous remarquerons ici que cette nouvelle religion ne fut accueillie que peu à peu et par un petit nombre de personnes. Ainsi , quoique la place fût pour ainsi dire vide, du moins officiellement, et que toutes les circonstances fussent favorables pour recevoir des dogmes nouveaux , les esprits éclairés, ceux qui se contentaient de la morale de Khourg-tseu et du imite à l’Être suprême qu’elle prescrit, s’opposèrent à l’introduction de la nouvelle religion, ™i devait trouver, comme dans l’Inde , la plus grande masse de ses partisans dans le peuple, dont la destinée est d’espérer, de croire et de souffrir.

Ce fut le roi de Tchou, petit prince feudataire de l’empire chinois, qui adopta le premier le bouddhisme en Chine ; son exemple fut promptement suivi par ceux quMi gouvernait ; mais il fallutpiusd’un siècle pourqu’ilse répandit dans toute la Chine, où la politique et le caprice des empereurs le favorisèrent et le proscrivirent tour à tour : les philosophes chinois de l’école de Khodng-tseu ont maudit la mémoire de l’empereur Ming-ti pour avoir envoyé un ambassadeur dans l’Inde chercher cette religion populaire et en avoir infesté la Chine, comme ils s’expriment : « Y a-t-il quelque chose de plus monstrueux , dit l’un d’entre eux , et de plus éloigné du respect que l’on doit avoir pour les ancêtres, que d’avoir été chercher cette religion chez des étrangers, que nos an^tres ne suivirent pas ni ne voulurent suivre , et qui , ennemie de la paix et de la société humaine, trouble et détruit tout l’ordre et les rapports que la nature a

ciletnent arriver aux oreilles du philosophe chinois , et parce qu’enfin par OccitUnt les Chinois n’oni jamais enleudu autre chose que les grandes contrées de \'Inde et du Thibtt situées à {'occident de leur empire.

ir Livraison. (Chine.)

établis entre les pères, les mères et les enfants, les rois et les sujets, les époux et les épouses , etc. ? Ce crime est de la plus grande gravité. > Mous examinerons ailleurs jusqu’à quel point ces accusations sont mmtées , et quelle influence l'introduction du iwuddbisme a eue sur le développement de la civilisation chinoise. Mous dirons seulement ici que la culture morale de l’intelligence que prescrit le bouddhisme , quoique entourée souvent de formules extravagantes et superstitieuses , a pu avoir une influence heureuse sur l’esprit du peuple chinois ignorant et grossier, conmie sur les peuplades barbares et sauvages de l’Asie centrale , tant que cette religion est restée humble et méprisée des lettrés; mais qu’elle a causé les plus grandes calamités dans l’empire , lorsque , par l’ambition de ses prêtres, elle a voulu devenir la religion de l’État , et s’emparer des richesses et des honneurs : alors elle est devenue un instrument de ruine et d’oppression , et a causé des révoltes et des calamités nombreuses dans l’empire.

DIMINUTION des IMPOTS. ENCOUBAGS- HENTS AUX LETTRES.

Le règne de Tchang-ti (de 76 à 89), fils et successeur de Ming-ti, fut heureux et paisible. Les historiens chinois attribuent cette tranquillité à la réputation de sagesse et de probité qu’il s’était faite , a sa bonté ^ur le peuple , laquelle bonté le porta à diminuer les impôts, à la promtion qu’il accorda aux gens de lettres , de mérite et de probité, auxquels il confia de préférence les emplois publics, et à l’aversion qu’il eut pour le luxe et les dépenses inutiles.

La quatrième année de son règne (79), il fit réunir tous les lettrés en une ^ande assemblée dans la salle du Tigre blanc {pé hou), afin de leur faire examiner et expliquer les concordances et les variaiions des cinq Aings ou Livres canoniques. L’année suivante le grand Commentaire explicatif fut achevé. On voit par là

Ji8

I/UNIVERS

que cet empereur ne favorisa point le bouddhisme, mais, au contraire , qu’il encouragea et protégea de tout son pouvoir la doctrine politique et morale de Khouno-tsed.

La huitième année de son règne (83), le célèbre général chinois PastCHAO est envoyé avec une armée pour faire rentrer dans l’ordre les contrées occidentales de l’Asie. La défense qu’il fit souvent aux grands et aux mamstrats d’avoir du luxe dans leurs tables, dans leurs habits et dans leur ameublement, en leur donnant les anciens pour modèles , est un de ces privilèges paternels de la souveraineté que l’on ne rencontre guère qu’en Chine , où des lois somptuaires viennent souvent rappeler aux riches parvenus qu’il ne leur est pas permis d’insulter impunément à la probité pauvre et honorée.

ROUVF.1.LB EXPÉDITION CniNOISE VERS I.A MER CàSPIENNE. ET RELATIONS COMMER- CIALES AVEC L’EMPIRE ROMAIN.

Ce fut SOUS Ho-ti (de 89 à 106) que Pan-tchao étendit de nouveau la domination de l’empire jusqu’aux extrémités septentrionales de l’Asie. Cet officier général avait été envoyé , en 72 par l’empereur Ming-ti', dans les contrées occidentales de l’Asie, pour y rétablir le système fédératif politique des premiers empereurs des Ilan.

On lit dans les Tableaux historiées de l’Âsie, résumé quelquefois heureux de l’histoire chinoise ; « L’an 80 de J. C. , Pan-tchao partit de la cour , se porta vers l’occioent , et reprit le royaume de Kaschgar, qui, par une révolution intérieure, avait été détaché de l’alliance chinoise. Après ce premier succès , il se renforça de vingt mine hommes, tirés du pays des Ou-sun, pour aller attaquer à" force ouverte le royaume de Khouei - ihseu {Koutchi de nos jours). Cette guerre no fut pas aussi facile a terminer que les pr&édentes. Depuis que Pantchao avait pénétré dans les pays ocl’idoiitaiix , il n’était encore parvenu à

rendre tributaires de la Chine que huit de ces royaumes. C’est pourquoi il résolut , l’an 94 , de déployer une plus grande force militaire. Il assembla les troupes de ces huit royaumes , et , avec leurs secours , il passa les montagnes neigeuses du Thsoung Ung pour attaquer le roi des Yue-tchi qu’il fit mourir. Celui de Khowii-thseu, s’il n’éprouva pas le même sort , fut du moins réduit comme les autres. La défeite totale des Hioung-nou du nord , effectuée par le général chinois Teou-hian, et la soumission entière de ce que nous appelons la petite Boukharie, permirent à Pan-tchao de pousser ses conquêtes iusqu’à la mer Caspienne.

Il soumit plus de cinquante royaumes , dont il envoya les héritiers présomptifs à la cour de l’empereur, pour y rester en otages, et v demeurer garants de la fidélité de leurs compatriotes. Il nourrissait même le projet (102 de J. C.) d’entamer l’empire romain; mais le général à qui il avait confié cette exp^ition se laissa décourager par les Persans, qui lui représentèrent son entreprise comme très-longue et périlleuse , et u revint sur ses pas. Après avoir soumis l’occident et consolidé la puissance chinoise, Pantchao désira finir ses jours dans sa patrie, au sein de sa famille, et il demanda son rappel. »

M. Abel Remusat rapporte ainsi le même fait dans son Mémoire srsr l'extension de l'empire chinois du côté de l'occident, que nous avons déjà cité :

O A la mort de Mino-ti , qui arriva en 75 de J. C. , les habitants de l'erkiÿang et de Kouei-tseu ( Bisch-ba- Hckh) attaquèrent le commandant du midi, et les Hioung-nou, joints aux conducteurs de chars, assiégèrent le commandant du nord ; Tchano-ti ne voulant pas sacrifier le repos de la Chine au bien des barbares (c’est le langage des écrivains chinois), retira les commandants de Tartarie , et les Hioung-nou s’emparèrent aussitôt du pays (les Omgowrs.

« Le général Pan-tchao se trouvait alors à Khotan, et eher(4iait à

CHINE

contenir les habitants de ces contrées.

Ho-ti ayant succédé à Tchang-ti , suivit d’autres projets. Il envoya contre les Hioung-nou le général Teou-hian , qui remporta une grande victoire. On reprit le pays d’Ouigour , et en moins de trois ans Pan-tchao se rendit maître de toute la Tartarie occidentale. On lui donna en récompense le titre de gouverneur général , et il se fixa dans le pays de Koueï-tseu (JHschhalickh). On rétablit aussi les commandants du pays des Ouigours. Alors cinquante États de ces régions ftjrent soumis et réunis à l’empire. On reçut même la soumission des Tadjiks (Perses) , des J-si (Ases) , et de tous les peuples qui habitaient jusqu’au bord de la mer Caspienne , à quarante mille li de distance. La neuvième année , Pa.\ - TCHAO envoya le général K.AN-YING visiter la mer d’occident, et son voyage procura une foule de connaissances qu’on n’avait pas eues sous les précédentes dynasties. On recueillit alors des détails exacts sur les moeurs, les productions, les traditions , les richesses d’un grand nombre de contrées. Parmi les royaumes les plus éloignés on cite ceux de Ming-ki et de Teou-k, dont les princes demandèrent à être admis comme vassaux, et reçurent en cette qualité le sceau et la ceinture.

« L’intention de Pan-tchao était oue Kan-ying pénétrât dans le grand Thsin; mais quand ce général fut arrivé sur les bords de la mer occidentale, les Tadjiks (ou Perses), chez lesquels il se trouvait, lui représentèrent que la navigation qu’il allait entreprendre était fort périlleuse. Suivant les récits qu’ils lui firent, il fallait, par un bon vent, deux mois pour traverser la nier; mais pour le retour, si l’on n’était pas favorisé des vents, il fallait mettre deux ans ; de sorte que les navigateurs qui voulaient aller dans le rand Thsin. avaient coutume de prenre des provisions pour trois ans. Voil.à les objections qu’on fit à Kanying afin de le détourner de son projet, ou peut-être les excuses qu’il inventa pour justifier sa désobéissance.

Ainsi l'empire romain ne fut pas mis cette fois au nombre des tributaires de celui des Chinois (*); mais ceux-ci ne manquèrent pas d’y comprendre , outre toute la Tartarie , où ils exerçaient une jouis.sance effective, la Transoxane, Samarcand, le pays des A-si ou de Boukhara, celui des Tadjiks ou la Perse, et plusieurs autres contrées.

On edt pu y comprendre aussi l’Inde, dont on reçut alors des ambassades, et qui depuis a continué d’être rangée

fiarmi les pays occidentaux, parce que ’on en venait dans les commencements par la route du nord et du nord-ouest, ar Kaboul , Kandahar, Samarcand et chacli. L’Inde était dès lors remplie de curiosités et de marchandises venues du grand Thsin, avec lequel les Indiens avaient beaucoup de communications du côté de l’occident. On met ces raretés et les productions du sol même de l’Hindoustan au nombre des principaux objets du commerce qui se faisait alors dans ces contrées.

« Une circonstance à remarquer, e’est que le commerce entre les deux pays de Thsin, c’est-à-dire, entre l’emire romain et la Chine proprement ite, paraît avoir été le vrai motif des expéditions des Chinois sur la mer Caspienne. « De tout temps, dit un auteur chinois, les rois du grand 'Thsin ( les empereurs romains) avaient eu le désir d’entrer en relation avec les Chinois; mais les vf-si, qui vendaient leurs étoffes à ceux du grand Thsin, avaient toujours eu soin de cacher les routes et d'empêcher les communications directes entre les deux empires.

Cette communication ne put avoir liou immédiatement que sous Houan-ti (l’année 166 de J. C.), que le roi du

(*) Sans celte circonstance, qui nous est révclce par les historiens chinois, peut-être que des armées ciiinoises seraient venues en aide aux peuples de la Gaule qui luttaient encore, vers la même époque, avec Julius Vindex , contre les armées romaines; et qui sait rinfluence que cette puissante diversion d'armées chinoises et tartares aurait exercée sur les des'inées futures des nations occidentales !

L’UNIVERS

grand Thsin, nommé ân-tbum, envoya des ambassadeurs; encore ces derniers vinrent-ils, non par la route du nord, mais par celle du midi (ou par le Tonldng (*) etc.). »

* On ne peut pas dire précisément (Tableaux nist. de l'Asie) combien de temps ces relations entre les deux plus puissants empires de l’antiquité ont duré; mais il est probable qu’elles continuèrent pendant tout le règne de la dynastie AesUan, et jusqu’au coininenceiuent du troisième siècle. Les expéditions maritimes pour la Cliiiie partaient des ports de l’Égypte et du golfe Pecsique, pour se rendre, à travers les mers de l’Inde, à Canton, ou tout autre port de la Chine méridionale. C’est à ces expéditions que Ptolémée devait les renseignements précieux qu’il nous a laissés sur ces contrées de l’Asie. Les troubles et le partage de l’empire chinois , qui succédèrent à la dynastie des Han, n’ont probablement pas empêché ce commerce des Romains, qui alors se devait faire dans les États du roi A' Ou, situés dans le sud de la Chine. Quoique les données positives sur cet objet nous manquent, il n’y a aucune raison de douter de la continuation de ces relations; car partout le commerce suit la route une fois frayée , si de grands événements politiques ne l’ont pas interceptée pour une longue suite d’années.

« Il faut observer que les Parthes ne vendaient pas la soie écrue aux Romains , mais des tissus de cette matière fabriqués par eux -mêmes. Les historiens chinois nous apprennent la cause principale pour laquelle les A-si s’opposèrent à toute communication directe entre Rome et la Chine : c’était

(*) Le même auteur chinois ajoute que

plus tard les Romains ou habitanis du Tathiin envoyèrent encore des ambassadeurs en Chine. II dit que les habitants de l'empire romain fabriquent des étoffes qui sont mieux teintes et d’une plus belle couleur que tout ce qui se fait à Vorient de la mer; aussi trouvaient-ils beaucoup d'avantages à acheter les soies de Chine pour en fabriquer des étoffes à leur manière.

parce qu’ils ne savaient pas aussi bien travailler les étoffes que les Romains, et qu’ils craignaient de perdre le proGt de la fabrication sur la soie chinoise.

Les Ta-^-sin (ou Romains) , ajoutentils, désiraient beaucoup pouvoir acheter chez nous la matière première, car ils sont très-habiles à la travailler ; leur teinture est meilleure et leurs couleurs sont plus vives et plus brillantes. Us prièrent donc tirer lu soie ^rue de la Chine même, pour en faire des étoffes h leur manière, que d’acheter des soieries faites cliez les Parthes et d’autres peuples voisins de la mer Caspienne. >

la LErntÉE PAlf-nOÉI-PAN.

C’est sous l’empereur Ho-n que vécut la célèbre Pan-hobï-pan (*), sœur du général Pah-tchao et de l’historien Pan-kou. Comme la condition des femmes en Chine, dans l’antiquité et même de nos jours, est tres-peu connue , et que l’on en porte généralement un jugement erroné, nous entrerons ici dans quelques détails sur la vie et les ouvrages de Pa.vhoeï-pan, tirés de la longue notice que lui a consacrée le P. Amyot(**).

Elevée avec ses deux frères dans la | maison paternelle , elle proGta à la dérobée des leçons qu’on leur donnait-, I elle lisait leurs livres, écoutait leurs leçons, et devint avec le temps aussi instruite qu’eux. Mariée dès l’ège de quatorze ans à un jeune mandarin , elle voulut remplir assidûment ses devoirs de femme, en se livrant tout entière aux soins du ménage, excepté dans quelques instants que son mari voulait qu’elle consacrât aux lettres. Devenue veuve dans la fleur de l’âge, elle se retira chez son frère Pan-koü, pour v passer ses jours dans une austère viduité, et se consoler dans le sein des lettres d’une perte qu’elle était bien résolue de ne jamais réparer.

Pais-kou était historiographe de l’empire, et s’occupait à revoir les au-

(*) Voyez son portrait , />/. S4.

(“) Mcm. sur les Chin., t. III, p. 3fii cl

CHINE

«aies «le Ssb-ma-tsi.vîi (voy. ci-devant, pag. 24G), et à y ajouter une suite sous le titre de Han-chou ou JJcres des Han. Il travaillait encore à deux autres ouvrages, dont l’un était intitulé les Huit Modèles, et l’autre Instructions sur l’Astronomie. Des ouvrages de cette nature demandaient de la part de celui qui les entreprenait une lecture immense, du goût, de la critique, et une application presque sans relâche. Il trouva que sa sœur réunissait dans sa personne toutes ces qualités, et qu’elle était très-disposé à en faire usage. Il n’hésita pas à partager avec elle un travail dont il était à présumer qu’il recueillerait seul les fruits. Il ne prétendit pas cependant la priver de sa part de gloire : il ne laissait échapper aucune occasion de faire l’éloge de sa sœur, et lorsqu’il lisait devant l’empereur ou en présence de quelques amis des morceaux des ouvrages auxquels il avait eu ordre de travailler, il ne manquait jamais de dire : cet article est de Pan-kod , cet autre est de Pan-hoeï-paw.

Pan-kod ayant été enveloppé dans la disgrâce cfu général TEOO-mAw, son ami, et étant mort de chagrin en prison , sa sœur fut chargée par l’empereur de revoir ses ouvrages et d’y mettre la dernière main. L’empereur lui assigna des revenus et lui donna même un appartement dans le palais, près de celui de ses biblioth^ues , où l’on conservait les manuscrits et les livres rares, et dans l’intérieur duquel était une espèce de galerie qui tenait lieu de cabinet. Ce fut la que Pan- HOEï-PAN fit porter les manuscrits de son frère, et qu’elle les mit en état d’être donnés au public; elle les présenta à l’empereur, qui les lit imprimer.

tii^s ouvrages , quoique donnés sous le nom de Pas-kou, son frère, la rendirent célèbre dans tout l’empire, parce qu’on n’ignorait pas la part qu’elle y avait eue. Le Livre des Han (Han-chou) lui fit surtout un honnenr infini. Ce livre, un des meilleurs et (les plus curieux qui soient sortis des presses chinoises, contenait l’histoire

de douze empereurs, depuis Kao- Tsou, fondateur de la dynastie, jusqu’à la mort de l’usurpateur Wahghang; c’est-à-dire, l’nistoire de tout ce qui était arrivé de plus intéressant dans l’empire pendant l’espace é deux cent trente ans.

La renommée que s'acquit Pan- ROEî-PAN par la publication des ouvrages historiques de son frère, auxquels elle avait pris une si grande part , la fit choisir par l’empereur pour être maîtresse de poésie, (Céloquence et d'histoire de la jeune impératrice qui avait succédé à celle que les eunuques, devenus tout-puissants sous Ho-ti, avaient fait répudier. Pan-roeî-pan ne laissa pas perdre son talent dans les honneurs et les frivolités de la cour; ayant eu toujours en vue le bonheur de son sexe, elle composa, pour l’éclairer sur ses véritables devoirs, un ouvrage en sept chapitres (en chinois , Nm-kié-tsi-pien) , qui a été traduit du chinois par le P. Amyot(*), et que nous regrettons de ne pas pouvoir insérer ici en entier, pour que l’on voie comment les devoirs et la destinée de la femme ont été compris en Chine, par une femme, il y a presque deux mille ans. Nous nous contenterons d’en donner les extraits suivants :

LES SEPT ARTICLES SODS LESQUELS SONT COMPRIS LES PRINCIPAUX DEVOIRS DES PERSONNES OU SEXE.

Abt. l*'. L’état d’une personne du sexe est un état d’abjection et de faiblesse.

« Nous tenons le dernier rang dans l’esp^ humaine; nous sommes la partie faible du genre humain : les fonctions les moins relevées doivent être et sont en effet notre ^rtage.

C'est une vérité dont H nous importe d’être pénétrées, parce qu’elle doit influer sur toute notre conduite et devenir la source de notre bonboir, si nous agissons en conséquence.

(*) Mém. sur les Chin. , L Itl, p. 368 et siiiv.

Di.. ■ '..("'.qle

L’UNIVERS

« Anciennement, lorsqu’une fille venait au momie, ou était trois jours entiers sans daigner presque penser à elle; on la couchait à terre sur quelques vieux lambeaux, près du lit de la mère, sans s’occuper d’elle; le troisième Jour on visitait l’accouchée, on commen^it à prendre soin de la petite fille, on se transportait à la salle des ancêtres. Le père, tenant sa fille entre ses bras, ceux de sa suite, ayant en main quelques briques et quelques tuiles, restaient debout pendant quel-

3ue temps devant la représentation es aïeux, auxquels ils offraient en silence, celui-là fa nouvello-née , ceux-ci les tuiles et les briques dont ils étaient chargés.. . Si les jeunes filles viennent à bout de se croire telles qu’elles sont en effet , elles n’auront garde de s’enorgueijlir; elles se tiendront humblement à la place qui leur a été assignée par la nature; elles sauront que leur état étant un état de faiblesse, elles ne peuvent rien sans le secours d’autrui. Dans cette persuasion , elles rempliront exactement leurs devoirs, et ne trouveront rien de pénible dans ce qu’on exigera d’elles.

Abt. 2. Devoirs généraux des personnes du sexe quand elles sonl sous la puissance d’un mari.

« Quand la jeune fille a atteint l’âge convenable, on la livre à une famille étrangère. Dans ce nouvel état elle a de nouveaux devoirs à remplir, et ces devoirs ne consistent pas tant à faire tout ce qu’on exige d’elle, qu’à prévenir tout ce qu’on serait en droit d’en exiger.

Abt. 3. Du respect sans boiiies que la femme doit à son mari, et de l'attention continuelle qu’elle doit avoir sur elle-même.

« Il vous naît un garçon, dit le proverbe, vous croyez avoir en lui un loup que rien ne sera capable d’effrayer, il ne sera peut-être qu’un vil insecte, qui se laissera écraser par le premier venu; il vous naît une fille, vous ne voyez en elle qu’une timide

souris; peut-être sera-t-elle une horrible tigresse, répandant partout la terreur.

« Vous qu’on est en droit de regarder conune une souris, voulez-vous ne point devenir tigresse } Conservez constamment la timidité qui vous est naturelle. Si de la maison paternelle vous avez passé dans celle d’un époux , quoi que ce soit qui puisse vous arriver, dans quelque situation que vous puissiez être, ne vous relâchez jamais sur la pratique des deux vertus que je regarde comme le fondement de toutes les autres, et qui doivent être votre plus brillante parure. Ces deux vertus principales sont : un respect sans bornes pour cebd dont vous portez le nom, et une attention conUtmelle sur vous-même.

«Le respect attire le respect; un respect sans bornes fait naître l’estime, et de l’estime il se forme une affection durable à l’épreuve de tous les événements. L’attention sur soimême fait éviter les fautes-, une attention continuelle est comme le correctif des défauts auxquels nous ne soninirs que trop sujettes.

« Voulez-vous que votre mari vous respecte? Ayez pour lui un respect sans bornes. Voulez-vous qu’il vous Iwnore de son estime et qu’il ait pour vous une affection constante? Veillez constamment sur vous-même, pour ne pas lui laisser apercevoir vos défauts , et pour tâclier de vous en corriger.

Une femme qui ne fait pas cas de ces deux vertus, ou qui n’en fait pas la base sur laquelle doit s’appuyer toute la tranquillité de ses jours, tombera bientôt dans les vices opposés , et sera la plus malheureuse des femmes.

Abt. 4. Des qualités qui rendent une femme aimable.

« Ces qualités se réduisent à quatre :

à savoir : la vertu, la parole, la figure, et les actions.

• La vertu d’une femme doit être solide, entière, constante, à l’abri de tout soupçon. Elle ne doit avoir rien de farouche, rien de rude ni de rebu-

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tant, rien de puéril ni de trop minutieux. Ses paroles doivent être toujours honnêtes , douces , mesurées ; elle ne doit pas être taciturne, mais elle ne doit pas être babillarde; elle ne doit rien dire de trivial ni de bas, mais elle ne doit pas pour cela rediercher ses expressions, ni n’en employer que de peu communes , et vouloir paraître bel esprit. Si elle est assez instruite dans les lettres pour en parler pertinemment, elle ne doit point faire parade de son érudition. En général , on n'aime >as qu’une femme cite à tout moment 'histoire, les livres sacrés, les poètes, les ouvrages de littérature; mais on sera pénétre d’estime pour elle si , sachant qu’elle est savante, on ne lui entend tenir que des propos ordinaires , si on ne l’entend jamais parler de sciences ou de littérature qu’en très -peu de mots et par pure condescendance pour ceux qui ren prieraient.

« Aux agréments de la parole elle doit joindre ceux de la figure. La régularité des traits, la finesse du teint, la beauté de la taille, la proportion des membres, et tout ce qui, dans l’opinion commune, constitue ce qu’on appelle la beauté, contribuent sans doute à rendre une femme aimable; mais ce n’est pas ce que j’entends par les agréments de la figure dont elle doit tirer parti pour se faire aimer.

Il ne dépend pas de nous d’être belle, et je demande d’une femme une qualité qu’elle puisse acquérir, et des agréments qu’elle puisse se donner, si elle ne les a pas. Une femme est toujours assez belle aux yeux de son mari , quand elle a constamment de la douceur dans le regard et dans le son de la voix, de la propreté sur sa personne et dans ses habits, du choix et de l’arrangement dans sa parure, de la modestie dans ses discours et dans tout son maintien.

n Pour ce qui est des actions , elle n’en doit jamais faire aucune qui ne soit dans l’ordre et dans la décence, pour l’honnête satisfaction d’un mari sage , et le bon exemple des enfants et des domestiques ; elle n’en doit faire

aucune qui n’ait directement le soin de sa maison pour objet; elle doit les faire toutes dans les temps r^lés, de telle sorte néanmoins qu’elle ne soit point esclave du moment pr^is; elle doit les faire sans empressement comme sans lenteur; avec application, mais sans inquiétude; avec grdoe, mais sans affectation.

Abt. 5. De Rattachement inviolable

que la femme doit avoir pour ton

mari.

« Quand une fille passe de la maison paternelle dans celle de son mari , elle perd tout, jusqu’à son nom; elle n’a plus rien en propre; ce qu’elle porte, ce qu’elle est, sa personne, tout appartient à celui qmon lui donne pour époux. C’est vers son époux que désormais doivent tendre toutes ses vues; c’est uniquement à son époux qu’elle doit chercher à plaire; vif ou mort, c’est à son époux qu’elle doit son cœur.

« Par les statuts consacrés dans notre cérémonial (te Livre des Rites), un homme, après la mort de sa femme, a le iwuvoir de se remarier ; il a le même pouvoir, du vivant même de sa femme, pour des raisons qui sont très-bien détaillées ailleurs; mais une femme, pour quelques raisons que ce puisse être, ni du vivant, ni après la mort de son mari , ne peut passer à de secondes noces, sans enfreindre les règles du cérémonial et sans se déshonorer. L'époux est le ciel de l’épouse, dit une sentence contre laquelle on n’a jamais réclamé. Y a-t-il quelque endroit sur la terre où l’on puisse ne pas être sous le ciel? C’est donc pour tout le temps qu’elle sera sur la terre, c’està-dire, pendant toute sa vie, qu’une femme est sous le ciel de son mari.

C’est pour cette raison que & Livre des lois pour le sexe {Niu-hien-chou) s’exprime en ces termes : Si une femme a un mari selon son cœur, c’est pour toute sa vie; si elle a un mari contre son cœur, c’est pour toute sa vie.

Dans le premier cas une femme, est heureuse et l’est pour toujours; dans le second cas, elle est malheureuse, et

LUNIVERS.

son malheur ne 6nira que lorsqu’elle cessera de vivre.

« Tant que par une répudiation dans les formes un mari n’aura pas rejeté loin de lui une femme dont les défauts n’auront pu être corrigés, il conserve tous ses droits sur elle; il peut et il doit en exiger l’attacliement le plus inviolable; tant qu’une femme sera vous l’autorité du mari , son coeur n’est pas un bien dont elle puisse disposer, puisqu’il appartient tout entier à l'homme dont elle porte le nom.

Art. 6. De l'obéissance que doit une

femme à son mari, au père et à la

mère de son mari.

Une obéissance qui, sans exception de temps ni de circonstances, sans égard aux difficultés ni aux aversions que l’on pourrait avoir, s’étend à tout et s’exerce sur tout, dans l’enceinte d’une famille, pour les affaires purement domestiques, est l’obéissance dont je veux parler ici. Une femme qui n’aurait pas cette vertu dans sa totalité serait indigne du beau nom d'épouse; une femme qui ne l’aurait u’en partie n’aurait point à se plainre si l’on agissait envers elle dans toute la rigueur de la loi.

« Il n’est aucune chose sur la terre qui ne puisse être unie à une autre; il n’en n’est point de si fortement unies qu’on ne puisse diviser. Une femme qui aime son mari et qui en est aimée lui obéit sans peine, tant parce qu’elle suit en cela son inclination, que parce qu’elle est comme sûre qu’elle ne fera après tout que ce qu’elle voudra, et que, quoi qu'elle fasse, elle saura bien obtenir l’approbation de celui à qui elle plaît. Une femme ainsi obéissante n’a pas fait la moitié de sa tâche. Une oliéissance absolue, tant envers son mari qu’envers son beau-père et sa belle-mère, peut seule mettre à couvert de tout reproche une femme qui remplira d’ailleurs toutes ses autres obligations. « Une femme, dit le Mubien-c/wu, doit être dans la maison comme une pure ombre et un simple éclio. » I.’ombre n’a de forme apparente que celle que lui donne le corps;

l’écho ne dit précisément que ce qu’on veut qu’il dise.

Art. T. De la bonne intelligence qu’une femme doit toujours entretenir avec ses beaux-frères et bellessoeurs.

« Une femme qui a du bon sens et qui veut vivre tranquille doit commencer par se mettre au-dessus de toutes les petites peines inséparables de sa condition ; elle doit tâcher de se convaincre que, quoi qu’elle puisse faire, elle aura toujours quelque chose à souffrir de la part de ceux avec qui elle a à vivre; elle doit se convaincre que sa tranquillité au dedans et sa réputation au dehors dépendent uniquement de l’estime qu’elle aura su se concilier de la part de son beau-père et de sa belle-mere, de ses beaux-frères et de ses belles-sœurs; or le moyen de se concilier cette estime est tout à fait simple : qu’elle ne contrarie jamais les autres; qu’elle souffre en paix d’être contrariée; qu’elle ne réponde jamais aux paroles aures ou piquantes qu’on pourrait lui dire ; qu’elle ne s’en plaigne jamais à son mari; qu’elle ne désapprouve jamais ce qu’elle voit ni ce u’elle entend , à moins que ce ne soit es choses évidemment maura/ses; qu’elle soit pleine de déférence pour les volontés d’autrui , dans tout ce qui ne sera pas contraire à l’honnêteté ou à son devoir. Son beau-père et sa bellemère, ses beaux-frères et ses bellessœurs, fussent-ils des tigres et des tigresses , ne pourront qu’être pénétrés d’estime pour une femme qui se conduira si bien à l’égard d’eux tous. Ils feront en tout temps et en tous lieux l’éloge de sa vertu et de son bon caractère. Un tel éloge souvent répété ne saurait manquer de lui gagner le coeur de son mari , de la faire respecter de toute la parenté, et d’établir si bien sa réputation dans toute la ville, qu’elle deviendra l’objet de l’estime universelle; on la citera pour exemple aux autres femmes , et on la leur proposera sans cesse comme le modèle sur lequel clics doivent se former. »

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l'on pourrait nommer le Code des femmes, fut reçu avec beaucoui> de faveur par la cour et les mandarins ; le savant Ma-young, président des lettrés qui allaient travailler chaque jour dans la bibliothèque du palais de l’empereur, en fit une copie de sa propre main , et ordonna à sa femme d’apprendre par coeur cet ouvrage, fait, disait-il, la perfection des personnes du sexe.

Cette femme illustre , l’honneur de son sexe, mourut à l’Sge de 70 ans, et fut pleurée de tous ceux qui avaient eu l’avantage de la connaître. L’empereur lui fit rendre des honneurs funèbres avec une magnificence extraordinaire. De tous les éloges que les poètes et les lettrés du temps composèrent en son honneur, on n’a conservé mie l’inscription lapidaire qu’une autre femme célèbre , éjrâuse d’un des fils de Pan-hoeï-pan , fit graver sur sa tombe ; en voici le contenu :

« Pan-hoeï-pan, surnommée Tsao, la grande dame, femme de Tsao, fille de Pang-che, soeur de Pan-kou, a mis la dernière main aux ouvrages de son père et de son frère , qu’elle a expliqués et embellis.

« Elle a été maîtresse de l’impératrice et des dames du palais. En donnant à ses illustres élèves des leçons sur la poésie , l’éloquence et l’histoire, elle leur apprit à parer l’érudition des ornements de la littérature , et à enrichir la littérature des trésors de l’érudition.

« Far un bienfait dont aucune femme n’avait encore joui, l’empereur lui donna la surintendance de celle de ses bibliothèques qui renfermait le dépôt prélieux des manuscrits anciens et nriodernes non encore débrouillés.

« A la tête d’un nombre de savants choisis , elle travailla dans cette bibliothèque avec un succès qui fit l’admiration de tous les lettrés, et qui surpassa ses propres espérances. Elle tira du profond oubli dans lequel elles étaient ensevelies, quelques productions utiles des savants des siècles passés ; elle expliqua avec une clarté qui ne laissa rien à désirer, quelques bons

ouvrages des savants modernes, qu’une trop grande obscurité et un goût tout à fait bizarre rendaient presque inintelligibles.

« Elle s’éleva , sans y prétendre , au rang des plus sublimes auteurs , parmi lesquels fa finesse de son goût', la beauté de son style, la profondmr de son érudition , et la justesse de sa critique, lui firent décerner une place distinguée. Elle s’abaissa , le voulant bien , jusqu’au niveau des femmes les plus ordinaires, auxquelles, par la simplicité de ses moeurs, par son assiduité à vaquer aux affaires domestiques, et par son attention scrupuleuse à ne négliger aucun des petits détails du ménagé, elle ne dédaigna pas de se rendre semblable , pour leur apprendre que , dans quelque poste qu’elles puissent se trouver, quel que soit le rang qu’elles occupent, les devoirs particuliers du sexe doivent toujours être remplis avec préférence , et être regardés comme les plus essentiels et les premiers de leurs devoirs.

« Jouissant de tous les honneurs qu’on accorde aux talents et au vrai mérite, quand ils sont reconnus; estimée des gens de lettres, dont elle était l’oracle ; respectée des personnes de son sexe, auxquelles néanmoins elle n’avait pas craint de dire les plus humiliantes vérités, elle vécut jusqu’à une extrême vieillesse , dans le sein du travail et de la vertu , toujours en paix avec elle-même et avec les autres.

« Puisse le précieux souvenir de ses vertus et de son mérite la faire vivre dans les siècles à venir, jusque chez les plus reculés de nos descendants. »

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