‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 85 sur 238 · RÉVOLTES BANS L'EMPIRE · texte numérisé non relu

RÉVOLTES BANS L'EMPIRE

« Cefiendant les guerres extérieures ,

pour lesquelles l’empereur fut forcé de surcharger le peuple d'impôts, occasionnèrent un mécontentement général ; il se manifesta par plusieurs révoltes partielles, et finit par un soulèvement universel . Les differents chefs de rebelles cherchèrent à s’emparerdu pouvoir suprême, et érigèrent les provinces qu’ils occupaient en autant de principautés indépendantes.

« Dans cet état de choses , Li-yomn, un des grands de l’empire , secondé par son fils , se forma une armée considérable , battit plusieurs chefs des rebelles , et s’empara de Tchang-ngan (Singan-fou dans le Chen-si). Yang-ti s’était depuis longtemps retiré à Kiang-tou dans la province actuelle de Kiang-nân , où il s’abandonnait au vin et aux femmes. Li-youan le déposa, et mit à sa place un de ses petitsfils, qui éprouva bientôt le même sort. Il fut remplacé par son frère, avec lequel finit, en 617,1a dynastie des Soûl. Ce jeune prince tomba victime de l’ambition de son ministre, qui le fit empoisonner pour s’arroger la dignité impériale. »

On raconte que, réduit à boire une coupe empoisonnée, il se mit à genoux et pria Bouddha, dont il professait la doctrine, de ne jamais le faire renaître emperewr.

LES WEl SEPTENTRIONAUX.

Nous voici arrivés à l’époque où finissent les six petites dynasties (Ion tchao , comme les nomment les historiens chinois) , pour faire place à la grande dynastie des Thang. Pendant la durée de ces six petites dynasties , l’empire chinois fut presque toujours agite par des guerres intestines , qui lui firent perdre une grande partie de son éclat et de sa prépondérance sur les destinées de l’Asie. Le démembrement de l’empire en deux parties, l’une méridionale et l’autre septentrionale, depuis l’année 386 de notre ère jusqu’à ravénement de la dynastie des SoM (581), détruisit cette unité imposante d’une grande nation, sans laquelle il lui est uiflicile d’exécuter de

CHINE

graudes choses. La partie viérUUotiale fut le théâtre où se passèrent le plus grand nombre des révolutions, et où se succédèrent les six dynasties dont nous avons esquissé l’histoire. La partie septentrionale fut moins agitée; l’histoire, moins connue, n’y place as tant de révolutions, quoique située ans le voisinage de ces Hioung-rum ou Tartares , dont la destinée semble avoir été de menacer incessamment le grand empire jusqu’au Jour de la conquête, qui fut pour eux leur dernier jour comme nation barbare. Cette partie septentrionale fut gouvernée par les M'et, depuis l’an 398 jusqu’en 534; ensuite par les Pe thsi, ou les Titsi du Nord. Les tf^el régnèrent en même temps sur la plus grande partie de la Tartarie. « I.es princes de cette nation, dit M. Abel Rémusat (*), originaires de la Sibirie, avaient conservé des relations avec toutes les tribus qui habitaient au delà du lac BaîkaI, jusqu’à l’Obi , et jusqu’aux contrées voisines de la mer Glaciale. Jamais le nord de l’Asie ne fut mieux connu des Chinois. Un grand nombre de tribus sibiriennes furent alors décrites avec beaucoup de soin. Celles du Nordouest, en tirant vers l’occident, le furent aussi, quoiqu’avec moins de détails. On eut des rapports multipliés avec les pays de Scliasn, ou de KouHchan, avec les Sou-te, ou Alans, avec les Persans , les Â-si de Boukhara , les Ou-sitM, les habitants de Balkhetde Kandahar, et plusieurs autres peuples de l’Ouest. Des officiers envoyés par Taï-wou-ti dans les contrées occidentales , rapportèrent qu’elles étaient partagées en trois régions, dont la première était comprise entre la partie au Gobi que l’on nomme les sables mouvants {cha-mo), et les monts Bleus ou la chaîne de Kaschgar ; la seconde comprenait le pays de Bischbalikh , et s’étendait au midi jusque chez les Yout-chi; et la troisième, comprise entre les deux mers (la mer Noire et la mer Caspienne), n’était

(*) Mémoire sur l’extension de rempire rhinois du côté de l’Occident.

bornée au nord que par les vastes marais que les géographes chinois placent dans la partie septentrionale du Kaptchak. »

FàBBICATIOH DD VERRE DE DIFFéHENTES CODLEDES.

« Sous le règne de Thaî-wou-ti , de la dynastie des ff'el (de 422 à 451 de notre ère), un marchand du pays des grands Youê tchi, ou Scythes, vint à la cour de cet empereur, et promit de fabriquer en Chine le verre de différentes couleurs, que l’on recevait auparavant des pays occidentaux, et qu’on payait extrêmement cher. D’après ses indications, on fit des recherches dans les montagnes, et on découvrit en effet les minéraux propres à à cette fabrication. Le marchand parvint à faire du verre colorié de la plus grande beauté. L’empereur l’employa pour faire construire une salle spacieuse qui pouvait contenir cent (Ârsonnes. Elle était si magnifique et si resplendissante qu’on aurait pu la croire l’ouvrage d’êtres surnaturels. Depuis ce temps, le prix de la verrerie diminua considérablement en Chine.» {Tableaux hist. de l’Asie.)

XIU* DYNASTIE. LES TUANO.

6xS A 909 »■ aoTEB iki. — 289 so an*

Les deux derniers empereurs de la dynastiedes Sor& résidèrent à Uyyang, dans le Ho-nan, pendant que Li- YOUAN régnait à Si-ngan-Jbu , dans le Chen-si (que son fils avait pris), sous le titre de prince de Thang. Les mécontentements du peuple et le mépris dans lequel les derniers empereurs des Soiil étaient tombés , facilitèrent beaucoup l’avénement d’un nouveau pouvoir. Le gouvernement, abandonné aux mains indignes de quelques eunuques et de mandarins sans probité, qui maltraitaient impunément les populations, n’avait plus de force que pour le mal. Des troupes de voleurs désolaient les provinces ; plusieurs chefs de ces dernières avaient pris les armes pour se rendre indépendants. Enfin

L’UNIVERS

l'empire était arrivé à cet état de dissolution matérielle et morale qui est un des symptômes les plus certains d’une révolution prochaine.

C’est dans ces circonstances que le fils de Li-youan, jeune homme habile et plein de talents, proposa à son père de prendre les armes et de s'emparer de l’autorité souveraine. Ce dernier se fit d’abord nommer prince de Than^ et lieutenant général de l’empire; mais Kodng-ti, le dernier empereur des Sml, qui régnait encore nominalement, abdiqua bientôt en sa faveur , et le fit reconnaître empereur avec toutes les cérémonies usitées en pareille occasion.

Il reçut ainsi , avec l’autorité souve- ' raine qu’il possédait déjà, letitred’empereur légitime qu’il lui fallait pour sanctionner sa puissance.

Le nouvel empereur fut sensible à cet acte d’abnégation , et il conserva des sentiments d’humanité pour la famille déchue. « Dans le renouvellement de l’empire, dit-il, lorsqu’une famille en a remplacé une autre pour le gouverner, il est rare qu’on n’ait pas exterminé tous ceux qui , en vertu de leur naissance, pouvaient se flatter d’avoir quelque droit au rang suprême.

Une barbare politique, que la crainte faisait envisager comme nécessaire, inspira cette cruauté aux fondateurs de dynasties , et en particulier de celles qui sont le moips éloignées du temps où nous vivons. Pour moi, loin de me conformer à un usage qui paraît consacré aux yeux des hommes sanguinaires, Je ne veux fonder mon empire que sur la Justice et l’huraanite (*). »

Ce n’est pas que le prince de Thang fût le seul aspirant à l’autorité impériale ; tous ceux qui étaient ou se disaient princes du sang de la famille déchue, tous ceux qui commandaient des corps d’armées ou des provinces , aspirèrent aussi à recueillir la succession lâchement abandonnée de la dynastie des SotA. La rapidité des révolutions dynastiques, la facilité que plusieurs cliefs militaires avaient eue

{•) Mcm. sur les r.hin. , 1. V , p. 8S.

de s’emparer de l’autorité souveraine, avaient excité les ambitions les plus vulgaires : c’était comme dans le Bas- Empire , où le dernier soldat pouvait légitimement aspirer à devenir empereur.

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