TENTATIVES D' ASSASSINAT SUR L'EMPEREUR TAI-TSOUNU
L’empereur Taï-tsoung, malgré toutes les grandes qualités qu’il pos-
(*) En chinois hiào. Ce caractère
est composé de deux éléments ; l'un qui représente un vieitiard, et l’autre un enfant, un fih, La piété filiale est la vertu sociale la plus honorée par les Chinois.
(**) Amiot, Mémoires sur les Chinois, I. V, p. i5g et suiv. — Conférez l'ordonnance du même empereur précédemment citée.
L’UNIVERS
sédait et son ardent désir de faire le bien de ses peuples, fut exposé plu* sieurs fois à perdre la vie par des conspirations. La première fois c’était un Tartare que l’empereur avait élevé au rang de capitaine des gardes de l'une des portes de son palais, et inspecteur de ses écuries , qui voulut attenter à sa vie ; la seconde c’étiit un de ses Qls, son héritier présomptif qui, dans la crainte de perdre les Mimes grâces de son père, et par conséquent l’empire, à cause de sa dépravation et de sa mauvaise conduite , voulut attenter aux jours de son père, à la tête de quelques vils mécontents ses complices. Le premier, lorsqu’il fut interrogé sur les motifs qui l’avaient porté a commettre son atten^tat, et s’il avait des complices, répondit < qu’il n’avait eu daiitres motifs que de venger sa nation , et qu’il n’avait d’autres complices que les quarante Tartares qui avaient combattu avec lui dans le palais; qu’il itait inutile de pousser plus loin les .nterrogatoires , et qu’étant pleinement convaincu qu’il était digne des derniers supplices , il priait ses Juges de le faire exécuter le plus tôt quMI serait possible. » On lui accorda sa demande. Le second, étant le fils de l’empereur, ne fut pas condamné à la peine capitale comme ses complices; sur l’avis de son conseil , l’empereur laissa la vie à son fils, en le dégradant de tous les droits et prérogatives de sa naissance, et en le réduisant au rang du peuple. Il fut de plus condamné à etre renfermé le reste de ses Jours.
L’empereur Taï-tsoüng entreprit de soumettre les Coréens ; mais son expédition qu’il voulut commander en personne ne fut pas des plus heureuses, quoiqu’elle ait été distinguée par de beaux laits d’armes.
Revenu de cette expédition qui avait duré un an, Taî-tsoung reprit les rênes du gouvernement qu’il avait laissées entre les mains de son fils , et s’appliqua plus que jamais à faire fleurir l’empire. 'Toutes les nations de l’Asie lui envoyèrent des ambassa-
deurs pour lui rendre hommage. R continua à s’oecuper de i’Mucation de ses fils et à leur inspirer les principes d’un bon gouvernement. Un jour qu’il se promenait avec eux sur un fleuve, il leur dit : yoyez, mesenjants, ce sont les vagues qui portent cette barque fragile, et qui peuvent la submerger en un instant; sachez que le peuple ressemble à ces vagues et t empereur à cette barque fragile.
IHSTROCnOM DK L'EMPBRKIIK k SOU FILS.
Lorsqu’il sentit sa fin approcher (649) , if fit appeler près de lui le prince héritier pour lui donner quelques avis sur la conduite qu’il devrait tenir lorsqu’il aurait pris possession du pouvoir :
« Mon fils, lui dit-il, soyez juste, « mais soyez bon. Régnez sur vous- < même; ayez un empire absolu sur
• vos passions , et vous régnerez sans « peine sur les cœurs de vos sujets. « Votre bon exemple, mieux que les « ordres les plus rigoureux , leur fera « remplir avec exactitude tous leurs « devoirs. Punissez rarement et avec « modération , mais répandez les bien- <i faits à pleines mains. Ne renvoyez « jamais au lendemain une grâce que « vous pouvez accorder le jour même; <■ différez au contraire les châtiments « jusqu’à ce que vous soyez assuré par « vous-même qu’ils sont justement mé- « rités. Il faut que vous preniez quel- « qu’un des anciens empereurs pour O modèle de votre conduite. N’en
• choisissez qu’un , mais choisissez « bien; gardez-vous de vouloir m’imi- « ter. La réputation dont je jouis ne
• doit pas vous faire illusion. J’ai mis « l’empire dans notre famille. J’ai «dompté les rebelles, j’ai mis les « Tartares sous le joug ; j’ai rendu à
• l’État tout son lustre ; c’est en fa- « veur de tout cela qu’on a bien voulu « ne pas faire attention à mes défauts.
« Il n’en serait pas de même à votre « égard. Ne pouvant pas vous rendre « recommandable par les mêmes ac- « tions, vous ne devez pas espérer la « même indulgence. »
CIIINK.
MORT DB TAÏ-TSODR'G. DBOIL DES AMIAS- SADEDRS ÉTRANGERS.
Après quelques autres instructions que nous croyons inutile de rapporter ici , et qui furent scellées du sceau impérial, rempereur expira dans les bras de .son flis.
« Ainsi mourut à la cinquante-troisième année de son âge, dit le P. Amiot, et la vingt-troisième de son règne, un des plus grands princes qui aient gouverné la inonarcnie des Chinois. A la première nouvelle de cette mort, toute la Chine retentit de gémissements et de plaintes, les larmes coulèrent de tous les yeux. Les ambassadeurs des nations voisines et les autres étrangers qui se trouvèrent alors dans la capitale, témoignèrent à la manière de leur pays le regret dont ils étaient pénétrés. Les plus distingués coupèrent leur chevelure y se piquèrent le visage avec un fer pointu , se saignèrent les oreilles, et répandirent leur sang aux environs au cercueil de l’illustre mort.
OODLEOR DES TARTARES.
« Les princes tartnres, qui se trouvaient à la cour, voulurent donner dans cette occasion des marques de leur attachement et de leur reconnaissance. Deux d’entre eux demandèrent qu'il leur fdt permis de s’immoler sur son tombeau pour aller le servir dans l’autre monde comme ils l’avaient fait dans celui-ci. Le nouvel empereur leur répondit qu’il ne pouvait leur accorder ce qu’ils demandaient sans se rendre lui-méme désobéissant aux ordres de son père qui avait prévu leur demande, et qu’ai nsi il leur défendait d’attenter à leur propre vie. Quatorze rois ou chefs de hordes se Grent sculpter en pierre et placèrent ces uatorze statues en dehors de la porte U Nord ou des G uerriers, afin de servir de preuve à la postérité , que leur attachement pour le prince dont ils gardaient la sépulture était un attaoiement éternel ! >
L’histoire chinoise , qui fait le plus
grand éloge de TAÏ-Tsonifo, lui reproche cependant trois choses : 1* un trop rand amour pour les femmes; 2° trop 'attachement à la secte de Ko; 8* une trop grande passion pour la gloire et pour la réputation dans les pays étrangers. Ce dernier reproche ne doit pas en être un aux yeux de l’histoire, qui ne considère pas les faits sous le point de vue chinois : ce doit être plutôt un titre d’éloge ; car il prouve que l’empereur Tai-tsouno fut doue d’un esprit supérieur à celui de sa nation et de son siècle; et, en effet, on peut dire ue non-seulement son règne s’étenit sur tout l’empire chinois mais encore sur presque toutes les nations de l’Asie.
EXTENSION DE LA DOMINATION CHINOISE SUR LES AUTRES PROVINCES DB L’ASIE.
« Sous le r^e de Taî-tsouwo , dit l’auteur des Tableaux historiques de l’Asie, la puissance de la nouvelle dynastie des Thang alla toujours en croissant, et l’influence de la Chine dans l’Asie centrale augmenta beaucoup par les divisions qui éclatèrent dans l'empire des Thou-kiu ou Turcs.
Les limites de la Chine proprement dite furent bientôt considérablement étendues vers l’ouest. £n 640 de notre ère, les villes de Khamil et de Tourfan, appelées alors Y-tcheou et Sitcheou, se trouvaient, avec le reste du pays des Ouigours orientaux, enclavées dans les limites de la province de Loung-si, qui comprenait presque tout le Tangout. Pour tenir les Thoukou-hoen (*) en res)iect , et pour empêcher les Thou-jan ou Tubétains (qui commençaient déjà à déployer leur caractère entreprenant) , d'avancer vers le nord, et d’interrompre par là les relations politiques et commerciales que la Chine entretenait avec l’occident de l’Asie, la cour de Tckangngan établit dans le centre même de
(*) Branche des Sian-pi, qui occupait les pays situés autour du Khoitkhou-noor, et s’étendait i l’ouest jusqu’à la frontière de celui de Kholan.
L’UNIVERS
l’Asie quatre Tchin ou gouvernemenU militaires ; savoir, celui de Kou^-tseu ou Kmt-tche de nos jours , à l’ouest de Kharachar et au sud-est à'Âktou (*),- celui de Pi-cha, dans le pays de Khotan (**); celui de Yan-khi ou de Kharachar, dans le pays des Ouigours occidentaux ( à la place du royaume de Yerkiyang ) ; et celui de Chou-le ou Kaschgar (*** (****)) : ces quatre gouvernements entourés par les chaînes neigeuses des montagnes Bleues ( Thsourm-Ung) et des montagnes^ Célestes ( Tnian-chan). Les pays situés au nord-ouest et à l’ouest de ces quatre gouvernements se soumirent bientôt a la puissance chinoise : les Thang appelaient Pa-mi les principautés qu’ifs avaient prises sous leur protection.
Bientôt toutes les vastes contrées situées entre la Chine et la Perse obéirent aux lois du céleste empire. Le chef suprême de cette vaste souveraineté se trouvait à la tête d’une monarchie composée de plusieurs états feudataires, dont les princes étaient censés gourverner en vertu d’un diplôme impérial , niais qui pourtant continuaient a être maîtres absolus chez eux, quoiqu’ils portassent le titre de gouverneurs chinois. Parmi ces Pa-mi on en comptait seize du premier rang (**“),
(*) Ce gouvernement portait aussi le nom asiatique AeBisch-DalikU ;\\ fut établi après la soumission des habitants , l’an 646 de notre ère; il avait neuf districts du second ordre. (.4. Rémusat.)
(**) L’aii 648 de notre ère, ce gouvernement comprit un district {fou ) de premier ordre et dix districts du second ordre. (/</.)
(***) On prononce aussi ce nom Sou-U.
Ce gouvernement fut fondé par la réunion lie Sou-lc à l’empire, l’an G35. Il y avait quinze districts du second ordre, (/a.)
(****) « Le premier gouvernement , dit M. A. Rémusat , ctait celui de Tokharestan .auquel les Chinois donnèrent le nom des Youéchi, qui habitaient dans ce pays à la fin du second siècle avant notre ère , quand les Chinois en firent pour la première fois la décoiiverle. Le siège de ce gouvernement fut mis dans la ville A'A-houan ; il y avait sous sa dépendance vingt-six disiricis du seroud ovdre, et autant de rlicfs-lieiix dont
gouvernés par des rois , et nui avaient le titre chinois de Tou-tovr/ou ou vice-
les noms sont rapportés par les auteurs , sous les deux formes , c’est-à-dire , sous la forme qu’ils avaient dans le pays, et sous celle que les Chinois leur donnèrent.
- Le second gouvernement élait celui des Gèles ( Ye-tha) , que les Chinois nommèrent Ta-han {Ta-wan). Il fut établi dans la ville de ffo-lo, et commanda à quinze districts du second ordre.
> Le troisième gouvernement fut établi dans le pays de Ko-the-lo-tchi , et requt des Chinois le nom des anciens habitants, Tiao- Iclii ou Tadjich. Le siège fut la ville de Pou-pao-sse-thian; il commanda à neuf Iclieou (ou districts du second ordre).
« Le quatrième gouvernement qui remplaça le royaume de Ho-iou, fut établi sous le titre de Tliian-ma, dans la ville de Souman; il n’eut que deux districts, non plus que le cinquième, celui de Kaboul, dont le chef-lieu fut Kou-tou-chi-^ao-cha,
• Le sixième tint la place du royaume de Ki-pin (ou de Kandahar) , et fut établi dans la ville de Ko-he , avec dix districts dans sa dépendance.
« Le septième, celui de Siefoung, établi dans le royaume de Tchi-tclùng, et dans la ville de Lo-lan, avait quatre tcheoii.
V I.C huitième, établi dans le royaume de Clii-han-na, sous le litre de gouvernement de To paii, n’avait qu’un seul district.
- Le neuvième, celui de Ki-cka, dans le royaume de Hou-chi-kian , à Ka-mi-chi, commandait à deux districts seulement.
« Le dixiéme, celui de Kou-me , dans le royaume de Ta-mou, n’en avait qu’un seul.
-Le onzième, dont le titre était Lin-fane, et qui était dans le royaume de Ou-la-ko et dans la ville de ito-ko, n’en avait point du tout
- Il en était de même du douzième, dont le titre était Kouen-hitt , dans le royaume de To-le-kian, cl dans la ville de Ti-pao-na; et du treizième, celui de Tchî-pa, dans le royaume de Kiu-mi, et dans la ville de Tchu-sse.
- Le quatorzième élait dans le pttys de Hoa-mi-to, dans la ville de Mou-lou; on lui avait donné le litre de A’iaofti) il commandait à un district secondaire.
- Les deux derniers it’en avaient pas.
C'étaient le Wang - thing , ou la denieiiro royale , tiaus Irqtays de Kieou-youei-te-kian, dans la ville de Pou sse , et celui de l’erse
CHINE
rois. Sotcante-douze autres États de moindre importance étaient des districts de second rang ( ti heou ). Sous ces vice-rois et gouverneurs il y avait cent dix villes du troisième ordre; on comptait en tout cent vingt-six campements militaires gardés par des troupes impériales. Les Chinois ne se mêlaient pas de l’administration intérieure des États des princes indigènes, qui s’étaient reconnus vassaux de l'em- ^reur, en recevant de lui des patentes , des sceaux et des ceintures. Ceuxci n’étaient tenus qu’à envoyer de temps en temps des ambassades et des présents à la cour, et à conserver la tranquillité dans leur pavs. De cette manière, le commerce de la Chine avec les pays occidentaux était protégé et pouvait se maintenir dans ces contrées lointaines.
« Les frontières de l’empire des Thang s’étendaient donc à l’ouest jusqu’à fa Perse orientale et jusqu’à la mer Caspienne, et au nord jusqu’aux monts Altaï. La Sogdiane, le Tokharestân et une partie du Korassân, ainsi que les pays étrangers traversés parlachainede V HindourKousch, obéissaient à ces princes. Le règne de Wkk- WOU - TI (*) ( TAÏ - TSOUNG ) fut Ull
des plus brillants de ceux qui ont illustré la Chine. Il reçut des ambassades non-seulement de tous les princes feudataires , mais même des pays éloignés, tels que le Népàl et le royaume de Magadha dans l’Inde (**); de
dans le royaume de Perse , et dans la ville de Tsi Ung. Le lieutenant-général d'Occident avait la surintendance sur tous ces gouvernements. »
(*) Ceci est une étrange méprise de M. Klaprolb. Nous n’avons vu dans aucun livre chinois que l’empereur dont il est ici question , se nommât Wui- hou-ti , tous le nomment Tsï-Tsooifo, l'honorable au plus haut degré, c’est-à-dire , le membre d’une dynastie qui est le plus honorable après \oJondaeur ou ancêtre : tsou.
(**) On peut lire de curieux détails sur les noiiibrcuses relations qui existèrent à cette époque entre la Chine et l’Inde, dans la Notice critique ci historique sur t Inde, déjà citée, que nous avons traduite du chinois.
Jesdegerd, roi de Perse, qui, chassé par les Arabes, vint en G38 se réfugier à Ferghana, soumis à la Chine ; enfin une ambassade de Fou-Un ou de l’empire romain , apporta en 643 des
firésents consistant en cristaux de coueur pourpre ( rubis ) et en émeraudes.
L’histoire de la Chine remarque à cette occasion que dans ce temps les Ta-chi ou Arabes devinrent puissants et entrèrent dans le pays des Romains.
Leur général battit l’armée de ces derniers, et les força à faire la paix et à payer un tribut a son maître. »
AMBASSADE DE L'EMPmE ROMAIN PRèS DI L’EMPEREUR TAÏ TSODMG.
L’histoire chinoise rapporte que l’année qui correspond à 643 de notre ère, Po-to-lie , roi de Fou-lin, envoya une ambassade à l’empereur TÂT- TSOUNG. Les Mémoires de géographie de la dynastie des Thang, et d’autres ouvrages chinois, nous enseignent que Fou-Un est le nom plus moderne du pays de Ta-thsin (la grande Cliine) ou de V empire romain. Cet empire, disent-ils , est éloigné de la cour de Chine de quarante mille U. Au sud il confine avec le royaume de Po-sse (la Perse); c’est un grand royaume ui a de grandes armées et beaucoup e villes. La capitale est belle et trèsétendue. Le palais du roi est vaste et magnifique ( * ). L’histoire chinoise ajoute que les Mahométans devinrent puissants, et que leur général battit l'armée de Fou-Un (ou romaine); on fit la paix , et les Romains payèrent tribut aux Mahométans. L’empire romain, dont il est ici question, était celui des Grecs du Bas-Empire. Il est probable que Po-to-lie désigne l’empereur Théodose, en russe Phéodor, frere d’Héraclius, qui combattit contre les Arabes.
INSCRIPTION DE SI NOAN-FOÜ.
C’est au règne de Taï-tsoung que
(*) On petit epnstiller avec Itcaiieotip de fruil les extraits des Annales eliiiiüi.ses cniicernant le Ta-thsin, que Vi.«lelon a données à la suite de riiiserijilion de ÿi-ugan fau.
LLM\ 1£RS.
remonte une inscription découverte en I62C à Tchang-ngan ( aujoud’hui Si-ngan-fou) , dont on possède un/ocsimàe réduit à la Bibliothèque royale de Paris , où il fut envoie dans le siècle dernier par les missionnaires jésuites en Chine. Cette inscription, en admettant son authenticité, que nous n’avons aucun motif de nier comme Voltaire, quoique les historiens chinois n’en parlent pas , prouve seulement que la doctrine du christianisme, mais cependant d’un christianisme fort vague, comme le fait suffisamment connaître cette inscription (*) , fut portée en Chine sous le règne de l’empereur Taï-tsodng ( de 637 à CâO de notre ère ) , par un prêtre chrétien nommé O-lo-pen, qui arriva à cette époque dans la capitale de l’empire à la suite de nombreux prêtres bouddhiques, et autres sectaires, qui accouraient en foule à Si-nganfou de toutes les parties de l’Asie, pour y propager leurs différentes doctrines sous les auspices de la tolérance philosophique ne l’illustre empereur Taï- TsouNG , qui avaitrempli l’Orientde sa grande renommée. L’histoire chinoise rapporte en détail toutes les ambassades politiques et religieuses qui se succédaient presque sans interruption à la cour de Taï-tsoüng ; elle décrit fort au long les missions bouddhiques en Chine, depuis l’époque de Ming-ti qui envoya une ambassade dans llnde pour chercher la doctrine de Bouddha; mais, de l’aveu des missionnaires les plus instruits (“') , elle ne fait aucune
(*) On |)«iit en voir la traduction dans la Chine illustrée du P. Kircber, jésuite, p.4i, dans V Histoire universelle de la Chine , du P. Alvarez Semedo, Portugais. Lyon, 1667, . o3o et suiv. , et dans le Supplément à la ihliothéque universelle , de d Herbelot, par le P. Tisdelou, savant missionnaire jésuite en Chine , qui l'a accompagnée d’une paraphrase et de notes , p. 375 et suiv. (**)
(**) Voy. le P. yisdelou, lieu cité, et le P. Gaiihil , Abrégé de l'histoire de la dynastie des Thang. Mém. surlesChin. , t. XV, p. 446.
mention de la religion chrétienne, à la date de l’inscription.
Le P. Gauhil dit qn'O-lo-pen arriva dans la capitale de l’empire chinois, > par les râys de l’ouest, et non par « la voie du sud. L’histoire, ajoute- « t-il, ne fait nulle mention d’une « ambassade do pays Ta-tsin à l’an- <i née 635. Il y a apparence qu’CL/b-pen « était à la suite des envoyés de Tchou- « yue, de Tchou-mi, Tchowtg-ting , « Ko-panrto, Yu-tien ou Sou-le. Il « peut se faire aussi qu’il fdt lui-même « ambassadeur. Torisin est le nom de « l’empire romain ; c’était alors celui « des Grecs. On sait que dans le pays « du Turkestan et autres pays voisins, « il y avait des chrétiens et des prê- » très. »
Voici quelques passages de cette inscription traduite par le P. Visdelou :
< Éloge de la religion admirable qui coule et qui marche dans le royaume du milieu; composé par Xhing-çim (Khing-seng), bonze du temple* de Taçin, et gravé sur une pierre.
« Certes vraiment, celui qui perpétuellement vrai, solitaire, premier du premier, et sans origine, profondément intelligent, vide, dernier du dernier, et existant par excellence, tient l’axe mystique, et en opérant, convertit (le néant et l’être ) , et par sa dignité primitive confère l’excellence à tous les saints , n’est-ce pas le corps excellent de notre seule unité-trine , le véritable seigneur sans origine , Olo-hof
« Il a formé une croix pour déterminer les quatre parties (du monde). Il a fondu le vent primogène et a engendré deux matières. Le vide ténébreux a été changé, et le ciel et la terre ont paru à découvert. Le soleil et la lune ont fait leurs révolutions, et le jour et la nuit ont été faits. Par son travail il a achevé dix mille choses; mais en formant les premiers hommes, il les gratifia d’une concorde intime intérieure. Il leur ordonna de veiller à la sûreté d’nne mer de conversions. (Leur) parfaite et primogène nature était vide et non pleine. 'Leur)
cm
meur simple et pur était originellement sans désirs et sans ap^tits.
Mais après que Sothan eut répandu les mensonges, en appliquant son fard, il smiitia le pur et le net.
< Il inséra l’égalité de grandeur dans le milieu de ce vrai-ci , et mit en pièces l’identité obsoire dans l’intérieur de ce faux-là. C’est pourquoi trois cent soixante-cinq sectes se prêtant l'épaule ( I» unes aux antres ) , formèrent une chaîne; elles tissèrent à l’envi des filets de lois. Les unes indiquèrent les créatures pour déposer le vénérable.
Les autres évacuèrent l’étre pour submerger les deux. D’autres en priant sacrifièrent pour extorquer ta fâicité.
D’autres firent parade du bien pour tromper les hommes. L’examen et la sollicitude en travaillant travaillèrent.
L’affection pour le bienfait , étant en esclavage , fut captive. Toujours flottants ils n’obtinrent rien; le bouilli tourna en rôti. Ils augmentèrent les ténèbres; ils perdirent la voie; longtemps égarés, ils ne revenaient point.
Alors notre unité-trine fit part ae son corps à l’admirablement honorable msBi-ho.
> Se recueillant, il cacha la véritable majesté; il se présenta aux hommes semblable à l’homme. Le ciel joyeux de sa naissance publia la félicitation.
Une femme (vierge) enfanta le saint dans Taçin, une constellation admirable annonça le fortuné...
« L’empereur Taï-tsodng a illustré la Chine; il a ouvert la révolution , et a gouverné très-saintement les hommes. Un homme d’une vertu éclatante, nommé O-lo-pen, fut originaire du royaume du Ta-tçin. Il observa les nuées bleues, et porta les véritables écritures; il fit attention aux règles des vents, pour traverser le difficile et le périlleux. L’an neuvième de Tchinghomn, il arriva à Tckang-ngan. L’empereur ordonna à un de ses ministres d’aller à la tête d’un grand cortège, dans le faubourg occid^ental , et rencontrant le nouveau venu , de l’amener au palais. Il traduisit les écritures dans la salle des livres. La porte où il n'est pas permis d’entrer écouta la
Docfrine, et comprit à fond la droite unité; il ordonna spécialement de la publier et livrer. L/an douzième de Tching-kouan, au septième mois, en automne, il fit un édK en ces termes :
« La Doctrine n’a point de nom déterminé , le saint n’a point de substance déterminée ( toutes les religions sont bonnes); il institue les religions selon les pays, et passe en foule tous les hommes dans la barque. 0-lo-pen , du royaume de Taçin, et d'une grande vertu, prenant les écritures et les images, est venu les offrir dans la cour suprême. En examinant l’esprit de cette religion, elle est mystérieuse, excellente, paisible. En contemplant son primogène vénérable, il produit le parfait et établit le nécessaire. Ce discours est exempt d’un importun verbiage... Que ceux <^ui sont en charge construisent sans delai dans le canton nommé Y~nien, de la ville impériale, un temple du royaume de Taçin, et y fassent passer vingt et un bonzes.
« La vertu des vénérables Tckeon s’étant éteinte, le chariot bleu (Lootseu) passa dans l’Occident. La sagesse des grands Tkang étant venue à briller, le vent admirable a soufflé dans l’Orient... »
Toute l’inscription , dont nous n’avons rapporté ici qu’un court fragment , est écrite de ce style , au moins dans la traduction du P. Visdelou (nous n’avons pas cru nécessaire de la comparer avec l’original); on ne peut guère s’empêcher d’y reconnaître un mélange confus de toutes les doctrines étrangères au confucianisme qui se produisirent ouvertement en Chine sous le règne d’indifférence et de tolérance religieuse de l’empereur Taï-tsoohg. On y remarque surtout un caractère bien prononcé des doctrines professées par les sectateurs de Lao-tsbu, auquel le dernier paragraphe cité de l’inscription fait allusion; et il serait difficile, sans la meilleure volonté du monde, d’y découvrir les doctrines du christianisme qui n’y est pas même nommé. D’ailleurs nous avouons sincèrement que nous ne
L’UNIVERS
EOO
voyons pas l'importance que l’on a voulu attacher à ee monument , lequel , en admettant son authenticité, que nous n’avons aucun intérêt à contester, ne prouverait rien autre chose , selon nous, si ce n’est que des notions d’un christianisme bien vague auraient été portées en Chine sous le règne de Taï- TsouNG, comme une foule d’autres notions religieuses avec lesquelles elles auraient été confondues.
Le P. Gaubil (histoire de la grande dynastie Thang) dit « que Taï-tsouro lit bâtir dans la place Y^ng-fang de la ville impériale une église pour être desservie par vingt et un prêtres ou religieuxde cette loi. L’empereur, dans cet édit, rapporte qu’autrefois la dynastie Tchéou ayant presque perdu la vraie vertu , Lao-hiun ( ou Lao-tseu ) alla en Occident, et que l’empire des Thang faisant fleurir la vraie vertu , la vraie loi de Tathsin était venue dans le pays oriental ( la Chine) » ; voulant faire entendre que la religion apportée de l’empire romani en Chine, sous son règne, était semblable à celle portée en Occident par Lao-tseu plus de mille ans auparavant.
« Dans l’histoire chinoise, ajoute le P. Gaubil , on ne voit rien qui désigne l’édit de l’empereur en faveur de la religion chrétienne. »
L’histoire chinoise de l’époque où nous sommes arrivés, fait mention d'un grand nombre de peuples de l’Asie centrale et occidentale , parmi lesquels on reconnaît les Perses \Po-sse), dont le roi, est-il dit, Isdegerde (Ysse-y), descendait des grands Youe-tchi ou /ndo-Scyt/ies.Oh reconnaît aussi dans les désignations de l’histoire chinoise la Transoxarve, le Tokarestan et l’empire grec de Constantinople (Foulin). En lisant cette histoire, on est frappé du grand mouvement qui agitait l’Asie a cette époque où les barbares, sortis des déserts de la Scythie, se ruaient de toutes parts sur les peuples que le luxe et les ricliesses avaient amollis, pour prendre leur place au soleil de la civilisation.
(i.50. L’empereur Kao-tsoiirg qui succéda à Taï-tsourg eut un règne
long , mais peu brillant. L’histoire chinoise lui reproche la passion qu’il conçut pour une concubine de son père nommée Wou, qu’il éleva au rang d’impératrice, apres avoir répudié ses deux premières femmes l^itiroes pour satisfaire son ambition. Ce lâche empereur poussa l’aveuglement et la passion si loin, qu’il remit à cette femme le gouvernement de l’empire, et lui donna le titre de reine céleste ( thianhéou ). Après sa mort, qui arriva en 683 de notre ère, cette femme fit déposer son fils Tchourg-tsoung qui lui avait succédé, et s’empara du trône. Le jeune empereur dépossédé resta en exil jusqu’à l’année 705 où il fut rappelé au pouvoir. L’histoire chinoise ne place point l’impératrice Wou-hbou dans la liste des souverains qui ont gouverné la Chine, parce qu’elle est regardée comme une usurpatrice. Cette femme avait 'beaucoup d^esprit et de moyens, dit-on; elle s’était fort appli-
?|uée à l’étude de l’histoire chinoise. Il allait bien qu’elle fât supérieure aux deux empereurs qu’elle annula complètement, puisqu’elle sut les tenir à l’écart et régner à leur place. Quand les hommes sont au-dessous de leur mission , ce ne doit pas être un crime à la femme de s’en emparer, surtout si elle est digne de la remplir , et si elle ne s’abandonne pas aux passions cruelles qui naissent trop souvent d’un pouvoir sans contrôle.