‹ Chiromancie nouvelleChapitre 193 sur 200 · GOT · texte numérisé non relu

GOT

M. Got est, à notre avis, un de nos artistes les plus vrais et les plus fins, les plus spirituels de notre époque, surtout remarquable par sa sagesse et son admirable tact. Il sait jusqu'où il faut aller dans le comique pour ne pas devenir trivial; il sait jusqu'où il faut aller dans le sentiment pour ne pas arriver à la sensiblerie; il est impressionnable, sympathique, ardent, oseur, mais toujours maître de lui.

C'est le seul artiste du Théâtre-Français qui se trouve à l'aise vis-à-vis du public le plus gourmé, le plus minutieux, le plus exigeant, le plus esclave de l'étiquette et du convenu qui soit au monde. Il en arrive à faire sourire malgré eux tous ces puristes qui prennent plaisir à contrôler chaque geste, chaque intonation, chaque clin d'œil. 11 joue avec eux, et leur fait accepter des innovations qui, de tout autre, seraient accueillies avec un murmure. 11 les fascine avec sa verve, les entraîne et les intéresse, les amuse avec sa bonne humeur, si bien que, les tenant toujours en haleine, il ose s'écarter de la

stricte tradition sans que ces rigoristes aient le temps de s'en apercevoir ou le courage de s'en plaindre.

11 a pour planètes dominantes : Jupiter, qui lui donne la gaieté, l'entrain, la confiance ; Vénus, qui lui donne le charme, le comique mordant, et Mercure, qui lui donne le tact, l'adresse et la perspicacité. Mars lui donne aussi l'énergie. Il tient de Jupiter le teint blanc, coloré, l'expansion, la voix claire; Vénus lui donne, avec les cheveux noirs, les sourcils arqués, le nez assez charnu, et des formes un peu rondes : le sentiment et la sympathie; Mercure le rend agile, souple, gracieux et perspicace; Mars le rend oseur.

11 est savant dans son art ; mais il doit sa science plus encore à l'intuition qu'à l'étude. Il devine, trouve, improvise souvent en scène, selon l'occasion, selon le ton de la réplique d'un camarade, et surtout selon la disposition du public qu'il pressent.

Ses doigts lisses lui donnent l'à-propos, la spontanéité, et, à cause de ces doigts lisses, il voit vite, mais il voit vite et juste, parce que chez lui le nœud philosophique est développé, et parce que ses doigts sont carrés et que la phalange de la logique est forte. Ses doigts carrés le rendent esclave de la règle qu'il ne viole jamais, même dans ses essais en apparence les plus audacieux ; c'est Mercure qui lui inspire le goût de l'innovation et un vague désir de liberté dans l'art. 11 a dans les mains Chochmah et Bina h; c'est Vénus qui fait l'équilibre, c'est elle qui donne tour à tour à sa voix Yhumour du comique et la tendresse, la gentillesse sympathique»

Vénus atténue la roideur de la règle et les caprices de l'indépendance. Ses doigts, épais à la troisième phalange et le mont du pouce développé, en douant l'artiste d'une grande aptitude aux plaisirs sensuels et surtout aux plaisirs de l'amour, témoignent de la puissance de Vénus sur son intelligente organisation. Il est voluptueux à coup sûr, et sa ligne de cœur, bien colorée, mais relativement courte, c'est-à-dire commençant seulement entre le mont de Jupiter et celui de Saturne, nous révèle qu'il s'attache par le plaisir avant de s'attacher par le cœur. Son pouce indique plus de logique que de volonté, et un état permanent d'incertitude favorable à la spontanéité. Son amabilité, caractérisée dans sa main par le développement remarquable du mont de Vénus, lui rend un refus pénible, et il ne résiste que par une force d'inertie invincible, selon nous, parce qu'il sait toujours ce qu'il fait, aussi vite que lui vienne un caprice ou une inspiration, et parce que l'influence secondaire de Mars le porte non pas à l'attaque, mais seulement à la résistance ; c'est le mont de Mars plein et calme qui lui donne sa douceur, son égalité de caractère , et son immense et imperturbable résignation. Sa ligne de bonheur, brisée à la ligne de tête, a été momentanément arrêtée par une idée, un faux calcul, ou du moins un calcul qui lui a été préjudiciable pour un moment, puisqu'elle reprend au delà.

11 existe entre l'artiste Got et l'académicien Emile Augier une grande ressemblance, et comme tout est harmonie dans la nature, leurs mains se ressemblent aussi,

avec cette légère différence que chez Got, l'artiste dramatique, les doigts sont carrés, et lui donnent l'amour et la recherche de la vérité, tandis que chez le poëte les doigts sont mixtes et se prêtent davantage aux travaux d'imagination.

M. Got a fait une étude sur les gestes; il a bien voulu nous en faire part.

Ce système nous a paru trop remarquable pour ne pas être publié. Mais comme il n'y a qu'une vérité, on verra que son système, établi à la suite d'observations journalières, se trouve en parfait accord avec notre système basé sur la kabbale.

Selon lui, on ferme la main et on rapproche les doigts toutes les fois que l'on a besoin de concentrer une énergie.

Tout ce qui est abandon, joie, confiance, s'exprime les mains ouvertes.

Le désir de la possession, surtout en amour, écarte les doigts. En parlant d'une femme qu'on aime, en pensant à sa possession, on ouvre les mains ; et, dans la possession, on écarte les doigts. L'avare aussi écarte les doigts sur un amas de pièces d'or pour en prendre à la fois le plus possible.

Et de même, dans les transports de la joie, on écarte les doigts, on les agite (comme pour secouer au dehors le fluide vital prêt à monter au cerveau).

Le dépit s'exprime en serrant le bout des doigts contre le bas de la paume, et la secousse ne se ressent que lorsque les doigts touchent la paume.

L'avocat, au contraire, qui a besoin d'exciter ses idées, touche toujours quelque chose, soit un mouchoir, soit un cahier, un papier quelconque, comme pour tenir continuellement le cerveau correspondant en haleine par un choc électrique. Par la même raison, les prédicateurs tamponnent aussi un mouchoir, frappent des mains, les joignent, crispent leurs doigts sur les bords de la chaire.

Quand, par une commotion violente, le sang afflue vers le cœur et paralyse momentanément l'effet du cerveau, les mains deviennent inertes, elles s'abaissent.

(C'est l'interruption momentanée delà circulation fluidique.)

« Les bras m'en tombent, » dit le proverbe.

M. Got a observé que le geste devient moins énergique, plus réservé, plus calme, moins fréquent, selon les degrés de la civilisation. Ainsi, le paysan gesticule avec tout son corps, l'ouvrier avec des mouvements de bras, l'homme du monde avec des mouvements de main ; le geste du diplomate se réduit à des mouvements de doigts, quelquefois même il les supprime et les remplace par un mouvement des yeux.

Observations sur le système des (/estes communiqué par ï artiste Got.

Toutes choses d'âme, de bonne foi, de conviction, lorsqu'elles s'expriment par des gestes, tiennent la paume de la main en dehors.

5T6 LES MYSTERES DE Lk MAIN.

Tout homme qui veut tromper cache instinctivement la paume.

Un homme qui ment jure en cachant la paume.

«Je vous en donne ma parole d'honneur, » dit l'homme sincère en présentant ses mains ouvertes et en étendant les bras.

« Je vous jure que cela est, » dit un menteur en mettant ses deux mains, la paume en dedans, sur sa poitrine.

Saint-Vincent de Paul dit, la main ouverte et la paume en dessus : « Voyez ces pauvres enfants, les laisserez-vous sans secours? »

Clytemnestre, poussant Égisthe, lui montre, la paume en dessous, Agamemnon endormi.

Si vous voulez conserver votre secret et votre volonté, vous tenez les doigts joints et la paume en dedans; cest la concentration du fluide.

La main en dehors et les doigts écartés, vous livrez votre âme et vous abandonnez votre volonté ; c'est l'expansion du fluide.

L'invocation à Dieu se fait les deux mains ouvertes et les doigts écartés.

L'invocation des génies de la terre, dans la magie noire, doit se faire la paume en dedans.

Toutes les fois que vous prenez la divinité à témoin, en dehors des passions humaines, vous montrez la paume de la main.

La foi, l'espérance, la charité, tiennent les mains ouvertes, parce qu'il n'y a plus de volonté humaine, mais abandon complet à la divinité.

En jurant devant un tribunal, vous montrez au juge la paume de la main ; l'homme franc jure solennellement, la main bien ouverte, et la laisse longtemps voir ; le menteur montre la main à demi fermée et la baisse à l'instant.

Tout acte de volonté, tout geste qui exprime un ferme vouloir, réunit les doigts en faisceau, comme pour puiser une force dans leur ensemble.

C'est la concentration du fluide. Plus la volonté est ardente, plus la passion est exaltée et plus le faisceau se serre. Ainsi, dans la colère, la main est crispée ; dans la menace, on ferme le poing.

Tout est harmonie dans la création et dans l'homme par conséquent. Ses gestes sont donc en rapport constant avec sa pensée. Les gestes sont une émanation de l'être, du caractère, et par cela même qu'ils sont instinctifs, ils ont pour le voyant une signification plus profonde que celle que leur accorde le monde. Aussi, les gestes imposent-ils une grande difficulté aux gens de théâtre. Un geste faux nuit à l'intonation la plus juste et cause une sensation désagréable au spectateur. Les gestes jouent aussi un rôle important dans l'art oratoire. Pour les appeler au secours de la parole, qu'ils doivent aider à éblouir ou à convaincre, il faut le grand amour de a vérité, d'une âme sincère qui les prend simplement , naïvement, dans la nature, ou un grand génie qui remplace la vérité par l'ampleur, la splendeur et la grâce; car le génie, c'est l'enchanteur qui pare les monstres mêmes d'un attrait étrange et fascinateur.

C'est avec la main que les hommes correspondent.

La main, agent ou écho de la volonté, et, comme nous l'avons vu, en correspondance directe avec le cerveau, aspire et respire l'électricité plus puissamment que tout autre organe.

Chez l'homme, l'amour se communique par le contact des mains. Les animaux, au contraire, absorbent l'électricité par leurs poils, et c'est principalement par le dos qu'ils se frottent dans leurs approches. Ils aiment à être caressés sur le dos qui est en rapport avec l'épine dorsale, principal siège des communications fluidiques chez la bête.

En résumé, dans le système de M. Got, tous les hommes francs présentent la main ouverte; les gens faux, les menteurs, montrent le dos de la main et éprouvent une répugnance secrète à l'ouvrir.

La main a une importance mystérieuse que les paysans comprennent sans chercher à la définir; ainsi, ils ne regardent un marché conclu que lorsqu'ils se sont frappés dans la main ; et combien d'hésitations, combien de feintes, de mains tendues, retirées, élevées, abaissées, avant de frapper ce coup solennel.

Les instincts, quels qu'ils soient, ont toujours une cause secrète^ Souvent on pressent un danger sans pouvoir le définir. Les inspirations de l'instinct ne viennent pas de nous, puisque l'instinct n'est pas la raison; et cependant, ils sont toujours justes et ont, on le reconnaît plus tard, un but salutaire. L'homme faux et menteur est en défiance continuelle, puisqu'il ne croit pas à la

vertu des autres et la confond avec la bêtise. Mais, comme les autres, il est tout d'une pièce, harmonieux par conséquent, c'est-à-dire faux de la tête aux pieds. Les mouvements involontaires qui lui sont particuliers ont un motif. En les étudiant, on arrivera à le deviner sous son masque épais. On appréciera toujours ainsi chaque catégorie humaine, en remontant de l'effet à la cause. Des échelons tordus vous aident aussi à cueillir le fruit. Si l'homme défiant évite une démonstration quelconque, s'il cache la paume de ses mains, par exemple, c'est que, dans cet acte, il pressent un danger. Ce danger, nous le connaissons ; le voici :

C'est que pour l'homme, qui a su pénétrer les secrets de la nature, l'hypocrite se livre; cnest que le dehors de la main ne décèle que son avidité, son entêtement, son positivisme, ses goûts sensuels, sa brutalité, sa méfiance, tandis que le dedans de la main trahit, comme nous l'avons vu déjà, la ruse, le vol, le mensonge, l'orgueil démesuré, la luxure, la superstition, l'avarice et toutes les passions mauvaises.

La méthode de M. Got, fondée sur des observations continuelles secondées par un admirable tact, devait donc se trouver en harmonie avec la chiromancie, et, en effet, c'est par la chiromancie qu'elle s'explique.

Page 1