M. HOME
Avant de terminer nos aperçus sur la kabbale, nous nous croyons obligé de parler d'un homme qui vient de remplir tout Paris du bruit des prodiges magiques qu'il a opérés devant de nombreux et irrécusables témoins.
M. Home tire sa puissance de la lumière astrale, ou, si Ton veut, de l'électricité dont il est saturé, et puis, si l'on en croit les savants et les mages, du concours des esprits élémentaires qui nagent dans cette lumière et qui, grossiers et imparfaits, entrent volontiers en rapport avec les personnes maladives, que leur faiblesse, ou, si l'on veut, leur irritation organique met plus à leur portée. Ils sympathisent avec elles et vivent de leur vie, pour ainsi dire.
Les esprits élémentaires ont été admis de tout temps par les kabbalistes. Nous en avons parlé déjà, et les Pères de l'Église eux-mêmes n'ont pas hésité à reconnaître leur existence, mais en les considérant du côté divin,
« ' J'avouerai hardiment, dit Origène, qu'il y a des vertus célestes qui ont le gouvernement de ce monde ; l'une préside à la terre, l'autre aux plantes, telle autre aux fleuves et aux fontaines, telle autre à la pluie, aux vents. »
Si l'on en croit la kabbale, les esprits élémentaires
i. Dupais, Origine des cultes, p. 56 (1821).
sont des êtres qui servent de degrés pour monter jusqu'à la création, en partant de la matière pour arriver jusqu'à Tanimal.
Ils n'ont pas de raison et prêtent leur concours à ceux qu'ils affectionnent ou qui les dominent sympathiquement, s'incarnent en quelque sorte avec eux, et comme la lumière astrale est la créatrice des formes, ils peuvent apparaître sous celles qui viennent à l'idée de l'être au service duquel ils se sont mis, si, comme chez M. Home, la lumière astrale est surabondante.
Selon nous, M. Home est une torpille humaine, et la comparaison paraît juste en cela qu'après plusieurs expériences sa puissance s'émousse et se perd, et qu'il a besoin du repos pour se charger de nouveau d'électricité, comme le fait la torpille.
C'est une grande table tournante incarnée.
Il y a des hercules en force physique, comme il y a des hercules en force morale. Napoléon réunissait le génie militaire de mille hommes ; Victor Hugo en poésie, Gavarni, Balzac en philosophie, Alexandre Dumas en imagination, ne sont pasmoins puissants peut-être.
M. Home est un hercule en force électrique; il réunit en lui l'énergie fluidique de cent, de mille hommes peutêtre, et, dès lors, il peut à son gré, comme une multitude parfaitement d'accord, élever des courants qui déplaceront des meubles, ouvriront les fenêtres, briseront des tables, ou feront apparaître des mains qui, en résumé, ne sont en quelque sorte que les mains de rechange de M. Home ; en un mot, c'est son être multiplié.
M. Home a donc une grande puissance magnétique; nous n'en doutons pas un seul instant, puisque des phénomènes à peu près analogues se sont produits plusieurs fois déjà. 11 peut, dit-on, comme Cazotte, voir des fantômes mêlés à la société des vivants; il peut, comme le somnambule Alexis, donner une description exacte du reflet de personnes mortes depuis lontemps; il peut, comme François les bas -bleus, dont parle Nodier, et comme une foule de pâtres qui vivent de la vie instinctive, lire dans la lumière astrale ce qui se passe à plus de cent lieues. Les prodiges de ce genre sont , nous Pavons dit, produits par la surabondance de lumière astrale, qui donne le délire, le génie, ou l'extase, selon les goûts et les aptitudes des organisations qui la perçoivent, en suivant les degrés des trois mondes. Nous développerons plus tard ce système.
Ainsi, on peut en recevoir une puissance frénétique désordonnée.
On peut en recevoir une puissance extraordinaire d'intelligence humaine que l'on appelle ici-bas : le génie.
On peut, comme les solitaires de la Thébaïde, à l'aide du jeûne, de la pénitence et de la prière, en obtenir la faculté d'élever son âme au-dessus de l'humanité, et d'arriver à des visions célestes.
Le point de départ est le même, mais le but et, parconséquent, l'effet, sont différents.
C'est la lumière du lampion fumeux, de la bougie, ou l'éblouissante clarté électrique (qu'on pourrait appeler la combustion du soleil) partant d'un principe unique :
le feu, modifié par la nature des corps qu'il consume.
Chacun peut placer à sa guise M. Home dans le monde auquel il croira qu'il doit appartenir. Quant à nous, nous ne connaissons ni sa vie, ni ses œuvres : il ne nous appartient pas de le juger.
Nous voyons seulement en ceci la confirmation d'un fait grave :
C'est que notre monde est en rapport direct avec les deux mondes extérieurs : infernal et céleste.
Nous croyons en avoir assez dit sur la kabbale, et nous n'avons jamais eu la prétention de faire un cours de magie. Les personnes qui désireraient en savoir davantage peuvent consulter le livre du Dogme et rituel de la haute magie, publié par M. Constant, et dont nous avons donné de nombreux extraits. Là, pour qui sait lire, toute la kabbale est rassemblée, et ce livre est plus clair et plus complet que tous les traités de ce genre publiés jusqu'à ce jour.
Un nouveau livre que va publier M. Constant sous le titre de la Raison des prodiges, ou le Diable devant la science, mettra les sciences occultes à la portée des intelligences les moins actives.
Quant à nous, il nous fallait, pour faire comprendre notre système sur la chiromancie, expliquer ce qu'on entend par la lumière astrale et les trois mondes. Nous
avons fait de notre mieux. Peut-être même sommes-nous parfois sorti des limites que nous nous étions imposées; mais nous espérons que le lecteur ne nous en saura pas mauvais gré.
Nous terminons ces aperçus par quelques mots qui résument la kabbale tout entière :
La plus grande puissance magique, c'est la VOLONTÉ!
Le premier précepte en kabbale est celui-ci :
Ce que tu voudras toujours, tu le pourras un jour.