‹ ChirurgieChapitre 12 sur 48 · DU MOXA · texte numérisé non relu

DU MOXA

Le moxa est un mode de cautérisation qui nous vient des Chinois et des Japonais. Ils se servent, à cet effet, d’un tissu cotonneux qu’ils préparent avec des feuilles desséchées de Yartcmisia sincnsis. Ils font une espèce de cône, dont ils allument le sommet et dont ils appliquent la base sur la partie qu’ils veulent cautériser. La chaleur et la douleur augmentent graduellement à mesure que la combustion du moxa approche de la plaie.

Nous faisons des moxas avec diverses matières, le plus ordinairement avec du coton cardé, dont on forme un petit cylindre de six à huit lignes de hauteur et de quatre à cinq de diamètre, entouré d’une bandelette de toile, que l’on serre de manière à ce que le cylindre ait une certaine consistance. Les meilleurs se font avec un tronçon de moelle de Yhelianthus annuus (grand soleil), entouré d’une couche de coton légèrement nitré, et maintenu un peu serré avec une petite bande de toile cousue.

On fait encore des moxas avec des mèches de coton trempées dans une solution de chlorure de potasse, réunies en petits cônes et comprimées convenablement. Le cylindre est mis sur la partie qu’on veut brûler, et maintenu par des pinces ou le porte-moxa de Larrey. On entretient l’ignition avec un soufflet ou un chalumeau recourbé, et l’on a soin de tenir un linge mouillé sur les parties environnantes pour les préserver du feu. A mesure que la combustion avance, la chaleur devient plus vive. L’épiderme se fendille, la peau se ride, jaunit et finit par se charbonner. C’est à tort qu’on a conseillé d’appliquer immédiatement de l’eau froide pour arrêter l’inflammation. Ce serait neutraliser les bons effets que l’on attend du moxa. Ce mode de cautérisation est spécialement employé pour exciter fortement le système nerveux et changer le siège d’une irritation.

L’auteur du Juif errant, qui a commencé par étudier la médecine, a donné de l’application du moxa une description qu’on peut considérer au moins comme exagérée. On ne l’emploie d’ailleurs qu’à bon escient; et qu’est-ce qu’un peu de douleur momentanée pour récupérer l’usage d’un organe? La douleur est ici un élément de la cure. On comprend qu’on ne peut faire usage du chloroforme qui, en diminuant l’irritabilité, rendrait l’effet nul. Comme on le voit, la chirurgie est ici cruelle par nécessité.

Page 1