DU REPASSAGE
La chaleur peut être appliquée sans cautérisation. Ainsi on a le repassage. On applique sur la partie malade plusieurs doubles de flanelle imbibée de sel d’ammoniaque (hydrochlorate), et on repasse avec un fer fortement chauffé. Cette opération produit à la peau une vive irritation qui dérive des parties profondes.
DES CAUSTIQUES
Les caustiques sont des substances qui agissent chimiquement sur les tissus et les détruisent sans production de chaleur. Les chirurgiens distinguent les cathérétiques, qui n’ont
DES CAUSTIQUES
qu’une action faible et ne produisent que des escarres superficielles, et les caustiques , qui agissent profondément. Ces derniers peuvent cependant être mitigés en les diluant.
Les cathérétiques (du mot grec détruire) con-
viennent dans les ulcères superficiels ; les caustiques (de xcua, je brûle) quand il y a une grande épaisseur de chairs ou de tissus à détruire.
On substitue quelquefois les caustiques aux opérations sanglantes. Ainsi certaines tumeurs doivent être attaquées de préférence par les caustiques. Ce sont celles qui donnent beaucoup de sang, ou lorsque, pouvant être difficilement délimitées, on préfère abandonner à la nature le soin de les détacher, après qu’on les a réduites en escarre.
Il existe une méthode de traitement par les caustiques qui, dans des mains habiles et expérimentées peut rendre les plus grands services. Le public doit se tenir en garde contre les charlatans qui l’exploitent, et ne s’adresser qu’au chirurgien qui seul offre des garanties.
Quelques caustiques agissent comme poisons. Tels sont ceux avec l’arsenic ou le mercure.
Leur emploi exige les plus grandes précautions, que le médecin seul peut prendre.
On fait un grand usage d’une pâte caustique qui peut remplacer les autres, et n’expose à aucun danger : c’est la pâte caustique dite de Vienne , formée de chaux vive et de potasse bien pure. Elle sert pour ouvrir certains abcès, non-seulement dans les cas où les malades redoutent le bistouri, ou dans ceux où on ne veut pas laisser de trace, mais quand on veut éteindre l’irritation qui existe encore dans le foyer. Car on a remarqué qu’appliqué sur une partie enflammée, le caustique agit comme calmant.
Nous tirons les plus grands avantages de cette médication dans les abcès du sein, particulièrement ceux résultant des couches. En appliquant un caustique sur le point culminant ou tendu , on accélère la maturité de l’abcès et on concentre le pus sur ce point, de sorte qu’il n’y a plus ensuite qu’à fendre avec le bistouri l’escarre, ce qui ne donne lieu à aucune douleur,
puisque c’est un corps inerte. Le caustique ne laisse point de cicatrice profonde comme fait le bistouri. Pour ce motif encore, nous croyons que cette manière d’ouvrir les abcès du sein doit être préférée. Nous prenons volontiers les femmes pour juges.
Nous employons la pâte de Vienne contre les tumeurs érectiles que les enfants ont de naissance. Ces tumeurs, qu’on a nommées envies, parce qu’on les a attribuées à une impression morale de la mère, ne sont d’abord que de simples taches ou des plaques vasculaires, d’un rouge plus ou moins foncé, qui vont s’agrandissant et finissent par former des grappes qui, indépendamment de la difformité, gênent les mouvements, donnent lieu, à la moindre égratignure, à des hémorragies qui pourraient êlre graves. Il importe donc de les faire disparaître, ce qu’on fait en y appliquant une couche de pâte molle, qu’on laisse mordre pendant quelques minutes, et qu’on enlève lorsque la tumeur est devenue brunâtre. On garantit les parties adjacentes au moyen d’un emplâtre de diachylon troué , dont on a recouvert préalablement la tumeur, de sorte qu’on cautérise dans les limites qu’on veut.
Nous avons détruit ainsi des tumeurs érectiles du nez, des paupières, du front, des joues, des lèvres, du cou, de la poitrine, des cuisses, etc. Les avantages de cette cautérisation, sont qu’elle laisse à peine de trace. Mais elle doit être conduite avec la plus grande prudence, sans cela on cautériserait trop profondément et on trouerait la partie , ce qui nécessiterait plus tard une nouvelle opération pour fermer l’ouverture. On voit que si le moyen est simple, il exige de l’intelligence, et que c’est au médecin seul à l’appliquer.
En chloroformant le malade, on l’empêche de sentir la cautérisation. Ceci est surtout important pour les enfants chez lesquels la douleur peut produire des convulsions ou des congestions cérébrales. Il suffit de quelques gouttes de chloroforme qu’on fait respirer à travers une éponge.
Les tumeurs vasculaires de l’anus, telles que les hémorroïdes anciennes, se détruisent facilement par la pâte caustique de Vienne. Il en est de même des tumeurs dues au renversement de la muqueuse. Ces tumeurs, qu’on dirait un doigt de gant ren-
DES CAUSTIQUES
versé, sont réductibles ou non, c’est-à-dire qu’en serrant l’anus elles rentrent ou ne rentrent pas. Dans ce dernier cas, elles sont boursouflées, parce que le sang y stagne. L’excision de la tumeur donne lieu à de fortes hémorragies ; la ligature est de longue durée ; la cautérisation par le fer rougi brûle les parties ambiantes par rayonnement. Il est donc préférable de recourir à la pâte caustique. Si on craint que la tumeur ne rentre, on la fixe au moyen d’un fil dont on la traverse.
Les tumeurs des autres parties du corps peuvent être également attaquées par la pâte de Vienne, surtout si elles sont molles et vasculaires. On peut revenir sur une première cautérisation, jusqu’à ce que tout le tissu malade soit détruit.
On se sert de la pâte caustique dans les maladies des articulations, en remplacement du fer rougi qui occasionne toujours beaucoup d’effroi.
En résumé, la pâte de Vienne, ne donnant pas lieu à des empoisonnements, et agissant d’une manière rapide, doit être préférée aux autres caustiques. Le seul inconvénient , c'est que l’escarre qu’elle produit est sèche, et qu’il faut attendre sa chute pour faire une seconde cautérisation. Cela peut faire obstacle quand il s’agit de tissus qui repullulent rapidement, comme les cancers. M. le docteur Cancoin emploie dans ces cas une pâle composée de chlorure de zinc qui a la propriété de former une escarre spongieuse, de sorte qu’à travers cette dernière une nouvelle cautérisation peut être pratiquée. On agrandit ainsi tous les jours l’escarre en profondeur et en largeur jusqu’à ce que toute la tumeur soit pénétrée. On abandonne alors l’élimination de cette dernière au travail de la suppuration qu’on favorise par les cataplasmes. Telle est la méthode de détruire les cancers en général et ceux du sein en particulier sans opération sanglante. Cette méthode est longue et douloureuse , mais présente peutêtre plus de chances de succès que l’extirpation avec le couteau. La raison en est qu’avec ce dernier on n’est pas sûr d’enlever le mal dans son entier, tandis que dans la cautérisation la nature elle-même se charge de détacher et d’éliminer tout ce qui est morbide. Quant à la nature des cancers, nous ferons observer que ce sont des affections générales, c’est-à-dire que le
principe morbide existe dans toute l’économie, de sorte que lorsqu’il a été détruit sur un point on le voit apparaître sur un autre. Les récidives sont donc extrêmement fréquentes. On risque même, en l’extirpant, de le rejeter sur un organe plus essentiel. Ce sont ces considérations qui doivent diriger le chirurgien, et qu’il doit faire valoir auprès de ses malades. Le plus sage, c’est de ne pas opérer, mais de s’en tenir à des soins de propreté et à des calmants qui rendent la position du patient supportable. Ce que nous venons de dire des cancers en général s’applique surtout à ceux des seins et de la matrice.
On comprend que lorsqu’il n’y a pas de signes que l’affection cancéreuse est générale, comme lorsque le teint n’a pas une couleur jaune-paille, que la constitution n’est pas appauvrie, que le sommeil est bon, que les digestions se font bien, il n’y a aucun inconvénient à extirper une tumeur qui plus tard pourrait dégénérer. Toutefois le médecin seul est apte à juger cette question.
DES TUMEURS
On désigne sous le nom de tumeur toute élévation au delà d° la surface ou de la circonscription normale d’une ou de plusieurs parties du corps.
Les tumeurs appartiennent aux organes ou leur sont étrangères, étant dues à un développement anormal ou à un tissu nouveau. Les unes se manifestent sensiblement, à la vue, au toucher, à l’ouïe, etc. D’autres ne peuvent être que soupçonnées, soit par des symptômes propres, soit par la gêne ou l’obstacle qu’elles apportent à l’exercice de certaines fonctions.
La nature des tumeurs est extrêmement variée : leur gravité est souvent telle, qu’elles peuvent occasionner la mort quand on apporte du retard à leur traitement. C’est pour ce motif surtout que nous allons chercher à les faire connaître.
DES TUMEURS
Nous diviserons les tumeurs :
1° En tumeurs fluxionnaires ,
2° Tumeurs congestionnelles ,
3° Tumeurs par distension ou rupture des vaisseaux ,
4° Tumeurs par oblitération d’un conduit excréteur,
5° Tumeurs enkystées et séreuses ,
6° Tumeurs par déplacement d’organes ,
7° Tumeurs organiques ou dépendant de la production d’un tissu nouveau.
1° TUMEURS FLUXIONNAIRES.
Ce sont celles qui sont le résultat d’une fluxion. On nomme ainsi tout gonflement inflammatoire dépendant d’une cause soit interne soit externe.
Nous trouvons ici le phlegmon , le furoncle ou le clou: YanthraXj le charbon ou pustule maligne.
Du phlegmon.
Phlegmon vient du mot grec je brûle; ou de inflammation. On désigne sous le nom de phlegmon, l’inflammation du tissu cellulaire interstitiel, ou remplissant les intervalles des organes. Elle est circonscrite ou diffuse, et peut se développer dans toutes les parties du corps. On a réservé cependant le nom de phlegmon aux tumeurs qui se forment sous la peau ou dans son voisinage.
Les causes des phlegmons sont le plus souvent externes : une violence, un coup, une chute, un corps étranger, tel qu’un éclat de bois, une épine, etc. Le phlegmon par cause interne est le résultat d’un mouvement fluxionnaire spontané. Ainsi les mamelles se prennent souvent d’abcès durant la lactation.
Le phlegmon s’annonce par une chaleur et une douleur plus ou moins vive qui augmente par la pression. Bientôt s’élève une tumeur arrondie, circonscrite, dure, rénitente, avec rougeur plus ou moins intense; mais toujours plus vive au centre.
Celte rougeur ne disparaît pas par la pression du doigt. La douleur, d’abord pulsative, devient gravative ; la tumeur s’amollit et présente de la fluctuation, c’est-à-dire qu’en la pressant alternativement avec les doigts on y sent un liquide. La peau devient pâle au centre et finit par présenter un point blanchâtre qui s’ouvre et donne issue à une quantité plus ou moins considérable de pus. On dit alors que l’abcès est percé.
Le traitement du phlegmon varie d’après son intensité, son étendue, son siège, le degré plus ou moins avancé où il est arrivé. Au début, on peut espérer de le faire avorter par les sangsues et une compression méthodique avec l’ouate. Plus lard, il faut les émollients et les maturatifs. Quand il est mûr, on l’ouvre avec l’instrument ou la pâte caustique de Vienne. Cette dernière, avons-nous dit, a l’avantage de ne laisser presque pas de trace. On s’en sert chez les femmes, les enfants, ou aux endroits délicats du corps, le visage, le cou, les seins, les parties sexuelles chez la femme, etc., etc.
Du furoncle.
Le furoncle est une tumeur simple, circonscrite, s’élevant à la surface de la peau, du volume d’une aveline ou d’une noix, et offrant au centre une saillie pointue qui lui a fait donner le nom de clou.
Le furoncle n’est autre chose que l’inflammation d’une des pelotes adipeuses contenues dans les mailles du derme. L’étranglement produit par ces mailles est en grande partie cause des douleurs et de la couleur foncée de ces tumeurs, la circulation du sang s’y faisant difficilement. Quand le furoncle est mûr, il sort un bourbillon, ou du tissu cellulaire mortifié, laissant à sa place un petit godet qui s’affaisse et se ferme par bourgeonnement. Il n’existe alors plus d’autre trace qu’un peu de rougeur et de dureté qui se dissipe au bout de quelque temps. Le furoncle se rattache généralement à un mauvais état des voies digestives. On l’observe chez les personnes qui se nourrissent de substances indigestes. De là la nécessité des purgatifs. Le
DES TUMEURS
traitement local.consiste dans les cataplasmes. 11 est douteux que les sangsues puissent faire avorter la tumeur. Elles en diminuent seulement la tension. Le bistouri est rarement employé, le furoncle s’ouvrant de lui-même. Il ne faut y recourir que lorsque la douleur et ^étranglement sont très-intenses. On a considéré certains furoncles comme critiques. Ce sont ceux qui terminent des irritations intérieures. Tels sont les furoncles qu’on provoque par le traitement hydrosudopathique.
De l’anthrax.
L’anthrax est une tumeur multiple, formée de plusieurs furoncles agglomérés, et donnant lieu à l’expulsion d’autant de bourbillons qu’il y a de ces tumeurs, de sorte qu’il s’ouvre par différentes ouvertures qui lui ont fait donner, en flamand, le nom de zevm-oogen. En Hollande on les nomme negen-oogen.
L’anthrax prend quelquefois un grand développement, et s’étend au tissu cellulaire ambiant et même aux cavités viscérales, comme à la poitrine, au ventre, etc. C’est ce qui peut le rendre mortel en peu de jours. De là la nécessité de consulter immédiatement le chirurgien, qui incisera profondément la tumeur ou la détruira* par la pâte caustique de Vienne. C’est le seul moyen de parer aux accidents. Les cataplasmes sont dangereux, parce qu’ils font perdre du temps.
Les anthrax sont très-fréquents à l’entrée de l’hiver. On les observe chez les personnes malpropres et mal nourries. L’usage des bains les diminuerait d’une manière notable. 11 serait donc à désirer que, dans les grands centres où les populations sont resserrées et manquent d’air, il y eût des bains publics à la portée de l’ouvrier. Sous ce rapport, les anciens étaient plus avancés que nous, car non-seulement ils observaient les règles de l’hygiène, mais lui avaient érigé des autels. Quant aux choses pratiques de la vie, on peut dire que nous sommes bien peu avancés. Notre civilisation se résume en ces deux mots : Luxe et misère.
L’anthrax se complique souvent de symptômes ataxiques qui le font participer des caractères de la pustule maligne. En même
temps qu’un traitement local prompt, il faut un traitement interne fortifiant, des vins généreux, de bons bouillons, etc.
Du charbon .
Le charbon est une tumeur contractée par contagion des animaux atteints de maladies charbonneuses. Les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les laveurs de laine en sont particulièrement atteints. 11 peut se transmettre également par la piqûre d’un insecte, cousin, mouche, etc. Nous en avons eu dernièrement un cas chez une femme.
Le charbon est une tumeur inflammatoire extrêmement douloureuse, avec une chaleur âcre et brûlante, d’une couleur livide, et au centre de laquelle s’élève une ou plusieurs phlyctènes, qui se crèvent et se convertissent en une escarre noirâtre. De là le nom de charbon. La mortification s’étend rapidement sans qu’on puisse quelquefois l’arrêter, et produit la mort. II y a toujours une grande prostration des forces et une fièvre de mauvaise nature.
Le charbon doit être largement incisé ou détruit par la pâte caustique. On panse avec du vin rouge et du quinquina. Il faut également soutenir les forces par les toniques et les vins généreux, le madère, le porto, le malaga, etc.
Quand on aura un charbon, on appellera le chirurgien sans tarder.
2° TUMEURS CONGESTIONNELLES.
Nous avons examiné les abcès locaux. Quand l’abcès ou plutôt la collection de pus n’a été précédée d’aucun des symptômes propres aux premiers, que la collection s’est formée insensiblement et par le fait de la déclivité de la partie, on dit que cet abcès est congestionnel. En interrogeant le malade ou en l’explorant, on découvre que le mal réside dans un endroit plus ou moins éloigné. Ce sont le plus souvent des caries. Ainsi, la carie d’une vertèbre ou d’une côte peut donner lieu à un abcès congestionnel à l’aine.
DES TUMEURS
Un abcès congestionnel est de prime abord mou et fluctuant. Il n’y a ni chaleur, ni douleur, ni rougeur. La douleur ou la gêne existe dans l’endroit malade. Les symptômes propres à ce dernier sont plus ou moins marqués. Quelquefois la marche ou la station debout sont impossibles.
Quand il existe un abcès congestionnel, il faut immédiatement appeler le chirurgien, car il est dangereux de le laisser grossir au point de crever et de donner accès à l’air. Il en résulterait des suppurations intarissables.
Autant que possible, le chirurgien cherchera à éviter l’ouverture de cet abcès, en tarissant sa source, c’est-à-dire, en arrêtant le mal éloigné par des caustiques. Il appliquera sur la tumeur de l’ouate et une légère compression. En même temps, il modifiera la constitution du malade par tous les moyens de l’hygiène et du régime : un bon air, le soleil, les médicaments reconstituants, tels que l’huile de foie de morue, les préparations d’iode, des viandes succulentes, des boissons amères ou houblonnées, telles qu’une bonne bière, etc. Les mouvements ne seront permis que pour autant que l’état des parties le permettra. Quand le mal réside dans la colonne vertébrale ou la hanche, il faut un repos absolu. Les appareils inamovibles sont ici d’un grand secours.