LIGATURE DES ARTÈRES
Les artères sont les vaisseaux qui partent du cœur pour distribuer le sang à toutes les parties du corps. Leur blessure laisse donc échapper la vie avec ce liquide, ou, pour parler moins poétiquement, donne lieu à des hémorragies mortelles. Nous avons examiné plus haut le résultat de leur dilatation et de la déchirure de leurs parois, ou des anévrismes. Les accidents qui nécessitent les ligatures artérielles sont donc, d’une part, les blessures; de l’autre, les anévrismes.
Les ligatures se pratiquent dans toutes les parties du corps. Elles consistent dans une incision afin de mettre le vaisseau à nu et de passer au-dessous un fil qu’on serre au moyen d’un nœud droit. Au cou, l’opération a lieu sur l’artère principale, la carotide, ou bien sur ses divisions, la faciale, par exemple (fig. 22).
Au bras, la ligature a lieu à sa partie supérieure ou inférieure (fig. 23).
Cette ligature est principalement réclamée par les saignées malheureuses, c’est-à-dire quand l’artère a été ouverte par la lancette. (Voir les anévrismes.)
Après la ligature, la circulation ne tarde pas à se rétablir dans le membre et c’est à peine si l’opéré en conserve quelque inconvénient. On peut dire que c’est une des opérations les plus avantageuses de la chirurgie.
IY
Ambroise Paré avait l’habitude de dire à ses malades : Je t’ai opéré, que Dieu te guérisse. C’est que ce grand chirurgien avait compris combien les chances d’une opération sont souvent douteuses. Les dangers proviennent moins de l’opération même, que des conditions particulières de l’opéré ou du milieu ambiant. Il faut ajouter l’époque où l’opération a été pratiquée. Quant à cette dernière, il est certain que rarement il est permis au chirurgien de choisir le temps le plus opportun. La crainte de l’opération, l’espoir de voir réussir des moyens moins violents, l’incertitude du résultat sont autant de causes de retard contre lesquelles il a à lutter. S’agit-il, par exemple, d’une hernie étranglée? Combien de fois n’arrive-t-il pas que la
gangrène existe déjà avant qu’on ait recours à l’art! Il en est de même des amputations immédiates. Les malades ou leurs familles doivent cependant se persuader que le succès est avant tout une affaire d’opportunité. La nature du mal entre ensuite pour beaucoup dans les résultats. Ici encore, le public est souvent tenté d’attribuer à l’opération ce qui dépend de la gravité même de l’accident. Or, nous le demandons, à qui fera-t-on remonter la responsabilité? Sans doute, ce ne sera pas au chirurgien qui en opérant n’a fait que son devom. Souvent l’opérateur est obligé d’agir sous l’influence d’un milieu destructeur. C’est ainsi que dans les ambulances, les hôpitaux, dans les foyers de contagion et les épidémies, il voit périr ses malades en dépit des efforts les plus héroïques. En vain il se multiplie; la mort est là qui attend sa proie. Si les circonstances le permettent, il fait évacuer les lieux infectés, éparpille les blessés au milieu des champs, les abrite sous des tentes, des baraques, afin de les rendre à la vie en leur faisant respirer un air pur. Mais combien ces moyens sont quelquefois superflus! les malades portant avec eux la contagion. Évidemment il y a des nécessités qu’il faut subir, des fatalités auxquelles on ne saurait échapper. Le chirurgien dans ces tristes moments ne peut que faire acte de courage et d’abnégation.