AMSTERDAM
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Les bandages herniaires tels que nous les fabriquons aujourd’hui sont d’une incontestable utilité. Chez l’enfant, les jeunes gens ils amènent à la longue des guérisons radicales de la hernie. Chez l’adulte, ils empêchent cet accident d’être incommode, de troubler l’exercice de la profession de celui qui les porte, enfin ils préviennent fréquemment une complication qui peut être mortelle : l’étranglement intestinal.
Au point de vue curatif et palliatif surtout, le bandage herniaire a rendu d’éminents services.
Mais d’où viennent ces appareils si fréquemment employés de nos jours ? Cherchons, sans nous préoccuper des idées classiques qui régnent sur cette question et remontons jusqu’aux sources de notre civilisation.
L’Egypte semble ne pas avoir connu les
bandages herniaires métalliques, m’écrit Mr Daressv. « Plusieurs motifs, dit le savant con- » servateur du Musée de Gyzeh, peuvent » pourtant être invoqués pour expliquer l’ab- » sence de ces appareils dans les Nécropoles, » alors même que les Egyptiens auraient eu » l’idée de les employer. Lors de la résurrection, » le corps devait être parfait, beau et sain, il » n’était pas nécessaire de rappeler au défunt les » misères physiologiques qu’il avait endurées » pendant sa première existence terrestre. Les » bandages herniaires qui ne devaient plus servir » lors de la réincarnation, étaient donc inutiles à » la momie. D’autre part sans parler même de » l’or ou de l’argent, les métaux étaient d’un » prix relativement élevé, bien des sépultures » ont été pillées dans l’antiquité, dans le seul » but d’y rechercher le fer et le bronze. Dans la
» tombe d’Aménophis II trouvée l’an dernier » à Thèbes, tous les objets composant le » mobilier funéraire étaient brisés. Cette des- » truction est peut-être due à des révolutions » politiques ou religieuses, mais il faut remar- » quer que tous les objets en métal, tels » qu’outils, ornements de statues et de meubles
» avaient été emportés par les violateurs du » tombeau.
» Peut-être à cause de la valeur intrinsèque » du bandage métallique ne le déposait-on pas » dans le cercueil; il n’avait du reste plus de » but, puisque par le fait de l’embaumement le » corps était vidé, desséché et que l’appareil ne » se serait plus tenu en place.
» Je pense que ces motifs peuvent expliquer » l’absence d’appareils compresseurs sur les » momies.
» Il y a peu de chances d’en rencontrer » dans les ruines des villes, il faudrait que le » hasard fit découvrir une maison de médecin » ou de fabricant d’instruments en fer ou en » bronze, ce qui ne s’est pas encore présenté ».
Mr le Docteur Fouquet, du Caire, si connu par ses grandes connaissances et ses travaux sur l’antiquité Egyptienne, veut bien m’écrire à propos des bandages herniaires : « Je n’ai rien » trouvé de semblable sur les momies égyp- » tiennes. Aucune des personnes que j’ai » consultées n’a pu me fournir le moindre » renseignement à ce sujet ».
L’étude bien attentive des auteurs grecs, nous montre qu’à cette époque on s’occupait fort peu de la contention des hernies. Au IVe siècle Oribase, au VIIe Paul d’Egine n’en parlent même pas ; pour eux toutes les hernies n’ont qu’un seul traitement : le bistouri. Cependant au Ve siècle Aétïus parle d’un bandage mou contenant la hernie au moyen d’une pelote spéciale, faite de chiffons ou de soie.
L’école latine, représentée par Celse, ne connait pas le bandage herniaire métallique, elle n’emploj'e que la bande et la pelote chez les enfants (1). « Si un enfant en bas-âge, dit Celse, » est affecté d’une descente d’intestin, il faut avant » d’en venir au scalpel, faire l’essai d’un ban- » dage. Dans ce but, on se procure une bande,
(1) Liv. vii § xx. De l’opération de la descente de l’intestin dans le Scrotum.
» au bout de laquelle on coud une pelote de » linge qu’on place sur l’intestin pour le repous- » ser, puis on fixe étroitement le reste de la » bande autour du corps de l’enfant. »
Au Xe siècle l’école arabe, représentée par Avicenne, se sert d’une pelote plane appliquée sur l’orifice herniaire, celle-ci est soutenue par une plaque de fer qui en assure le maintien. C’est, disent MM. Rainai frères, la première apparition du métal dans la fabrication des bandages.
Si je poursuis mes recherches dans le remarquable travail publié en 1899 par MM. Léon et Jules Rainai (1) sur le bandage herniaire « autrefois et aujourd’hui », je vois qu’en 1060 Constantin l’Africain préconise, comme Avicenne le fit plus tard, une plaque métallique concave en plomb, maintenue par un spica en cuir ou en toile.
Au commencement du XIVe siècle, Gordon professeur à Montpellier, recommanda le braver à ceinture métallique. L’idée de Gordon ne fut pas comprise, parce qu’on croyait alors que le
(1) Léon et Jules Rainai, frères. Le bandage herniaire Autrefois- Aujourd'hui. — Paris, 1899.
bandage herniaire n’était qu’un appareil destiné à maintenir des topiques sur une tumeur. Le bandage de Gordon était en fer rigide et soutenait mieux la pelote, quelle qu’elle fut, que les ceintures molles employées jusqu’alors. Le bandage de Gordon ne fut pas utilisé par ses contemporains. Au XVe siècle cependant nous retrouvons la même idée en Italie.
En 1480 Marcus Gatenaria déclare que c’est vers 1350 que la construction des bandages métalliques a été CQmmencée et il ajoute qu’il connaît à St-Jean-du-Bourg un ferronnier qui fait des brayers de fer métallique qui rendent de grands services aux hernieux.
A mesure que nous approchons de la période moderne, tous ou presque tous les bandages nouveaux sont fabriqués avec des pièces métalliques. En 1603 survint un très grand progrès dans la fabrication des bandages. Nous le devons à Nicolas Lequin qui le premier substitua au bandage en fer mou, le bandage à ressort trempé tel qu’il existe encore de nos jours.
Il résulte de cette étude que le bandage métallique a été imaginé dès les débuts du XIVe siècle par Gordon, professeur à Montpellier.
Le silence de l’histoire, sur ce point comme sur tant d’autres, a autorisé cette créance, mais les recherches des archéologues sont venues la démentir.
Le bandage herniaire fut connu et employé par les Francs. On le retrouve dans des tombes franques du nord de la France, datant du VIe au VIIIe siècle, peut être même du Ve. Il est très difficile de préciser d’une façon absolue l’époque de sa fabrication. On croyait que Gordon avait le premier inventé le bandage métallique au XIVe siècle, or les recherches faites dans ces dernières années ont établi d’une façon indiscutable qu’au VIe siècle et peut être au Ve, l’idée de Gordon avait été réalisée par les Francs qui avaient envahi dès le Ve siècle le nord de la France.
LES TROIS BANDAGES HERNIAIRES DU Dr LAMBROS
L’opinion que j’émets ici n’est pas acceptée par Mr le Dr Lambros d’Athènes, archéologue très distingué qui s’est fait un nom dans l’étude de la chirurgie antique.
L’éminent historien m’écrit qu’il possède trois bandages herniaires très anciens. A et B ont été trouvés à Bocotien sans indication exacte de l’endroit et sans qu’il soit bien facile de leur préciser un âge.
A est construit d’une façon massive avec une forte pelotte (C) et un anneau (D) par où se tire une courroie ou une bande pour attacher le bandage autour des reins.
B est construit d’une façon plus décorative, sa plaque est mince, pareille à celle de nos bandages actuels, ce qui permettrait de croire que cette plaque était rembourrée de matières molles. Il semble brisé à l’extrémité opposée à la plaque.
Le troisième bandage D est double. Il est unique dans son genre, il a été déterré à Thèbes dans une rangée de tombeaux appartenant avec certitude au VIe ou VIIe siècles avant J.-C.
Les deux moitiés de ce bandage double sont reliées par une charnière mobile (C). En E et E’on voit de petits anneaux pour attacher des courroies. En G on voit sur la plaque droite un petit trou provoqué par la rouille et qui permet de regarder dans l’intérieur creux du bandage.
Poursuivant ses recherches et ses études, M. le Dr Lambros est en ce moment en voyage et malgré mes soins, je n’ai pu me mettre en rapport avec lui pour obtenir certains renseignements sur l’authenticité des bandages que je viens de décrire. Elle n’est pas acceptée par tout le monde.
A défaut de bandages métalliques, les grecs possédaient encore le moyen de maintenir les hernies, m’écrit M. le Dr Lambros et on le retrouve bien en usage encore à Creta.
Ce sont de vieilles femmes qui en font l’application. On réduit la hernie, puis on applique à sa surface une compresse pliée en plusieurs doubles, au-dessus d’elle on applique le bandage
constitué non pas par des bandes, mais par des fils assez épais et résistants. M. Lambros a vu appliquer ces bandages par des femmes très habiles et très exercées qui habitaient Piracus. Le bandage est appliqué par elles avec une précision et une agilité remarquables, il remplissait parfaitement toutes ses indications. Il vit chez un enfant de trois ans atteint de hernie, le bandage dur et élastique fort mal toléré, tandis que le vulgaire bandage en fil appliqué par une vieille femme fut admirablement supporté.
Je n’ai trouvé jusqu’à présent ni dans la littérature grecque ou latine, pas plus que dans les musées ou les fouilles pratiquées en Egypte, la moindre trace de bandages herniaires métalliques. La période romaine ne les a pas connus et les musées italiens, anglais, belges, allemands, danois n’en possèdent aucun exemplaire. C’est dans le nord de la France que la population franque à partir du Ve ou VIe siècle a commencé à se servir de cet appareil ; mais il ne semble pas que son usage se soit beaucoup vulgarisé. Les hernies ont toujours été fréquentes, mais ce n’est que dans les départements de la Somme, de l’Oise et de la Meuse que l’on a trouvé les bandages destinés à les contenir. Trois d’entre eux sont encore entre nos mains, trois ont été complètement détruits. Le souvenir des bandages herniaires francs s’était perdu, quand au XIVe
siècle le professeur Gordon, de Montpellier, remit en pratique les bandages métalliques. On lui attribua l’honneur de cette découverte. C’est une erreur historique que nous allons rectifier en étudiant les bandages francs trouvés à Euville, à Marche-le-Pot et à Devise.