LE BANDAGE HERNIAIRE D’EUVILLE
Le bandage herniaire d’Euville. (1)
Dans le courant de l’année 1879-1880, alors que la commune d’Euville procédait à l’extraction des pierres destinées à l’entretien des chemins, on rencontra à 30 ou 40 centimètres de profondeur dans le lieu dit « le Tomboy » plusieurs sépultures recouvertes de dalles longues et étroites. Dans ce même endroit on avait, quelques années auparavant, découvert déjà un certain nombre de squelettes.
Cette dénomination d’un lieu dit « le Tomboy » évoquant dans l’esprit de tout le monde le souvenir d’un cimetière antique est très fréquente dans le Barrois.
Mr Maxe Werly, dont le mémoire est sous
(1) Euville département de la Meuse.
nos yeux, l’a trouvée vingt et une fois sur le cadastre des arrondissements de Bar et de Commercy, puis vingt autres fois sous les formes altérées de : Tombe, Tombée, Tombeau, Tombotte, Retombois, Tombuit, Tombit, Tombour. Cette expression est aussi très fréquente dans la partie Wallonne de la Belgique.
Cette découverte se fit sans soins, sans précaution, sans le concours des archéologues fort distingués de la région. On n’en parla guère et le silence complet ne tarda pas à se produire autour de cette trouvaille qui méritait pourtant de fixer l’attention. Mr Liénard publia bientôt après son « Archéologie de la Meuse » sans faire mention d’Euville, les journaux des environs n’en parlèrent pas et Mr Maxe Werly est fort porté à croire que la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc et la Société Philomatique de Verdun ne connurent pas l’importance de cette découverte. Aucun procèsverbal ne semble en avoir été dressé et nous la voyons très sommairement signalée dans le travail de Mr l’abbé Grandpierre, intitulé « le Vieil Euville. »
En 1880, les objets trouvés dans ce champ
funéraire furent déposés au Musée Municipal de Bar-le-Duc sous les nos 466, 467 et 468. Nous voyons que ces nos ont été donnés à un Scramasax, à un objet en jer encore indéterminé et à un vase de verre offerts par Mr Simonin, Maire d’Euville.
« Cette fouille des tombes, dit Mr Maxe » Werly, n’ayant pas été pratiquée méthodique- » ment, avec les précautions indispensables,
» aucun procès-verbal des objets recueillis et de » la place qu’ils occupaient n’ayant été rédigé au » moment de l’ouverture des trois ou quatre » sépultures mises à découvert, il est impossible » de savoir laquelle de ces tombes a fourni le » bandage herniaire, et quels étaient les objets » qui l’entouraient, ce qu’il eut été très important » de connaître. En effet, pour l’étude d’un mobi- » lier funéraire, il peut être permis de tenter une » classification de l’âge des cimetières de l’épo- » que franque du Ve au IXe siècle, de déterminer » parfois l’état social du personnage dont on » retrouve les restes : chef militaire ou simple » guerrier, selon le degré de richesse des armes. » déposées près de lui, soit qu’il possède une » longue épée, un scramasax, ou de simples
» couteaux, il devient également possible par la » nature des bijoux, des ustensiles, de se pro- « noncer sur le sexe du mort. Par l’examen de » leur style, de leur ornementation, de la tech- » nique de leur fabrication, les divers objets » composant un mobilier funéraire peuvent auto- » riser l’archéologue à reporter telle sépulture » aux premiers temps de l’occupation franque, » telle autre aux dernières années de la période » dite Mérovingienne. »
Quand Mr Maxe Werly s’occupant alors de dessiner « pour le catalogue à publier ultérieurement » vint visiter le Musée de Bar-le-Duc, son attention fut vivement attirée sur cet appareil inconnu, renseigné au catalogue sous le nom de objet en fer encore indéterminé .
Ce fut lui qui le reconnut pour un instrument chirurgical,. pour un bandage herniaire, et son diagnostic fut confirmé par l’examen qu’en firent bientôt les très distingués orthopédistes de Paris, MMrs Rainai frères. C’était un bandage herniaire antique, le premier connu, que Mr Maxe Werly signalait à l’attention du monde savant.
Le bandage herniaire trouvé à Euville est le
mieux conservé des trois que nous possédons, c’est un bandage droit. Celui de Marche-le-Pot et celui de Devise ont perdu une partie plus ou moins grande de leur arc, celui d’Euville nous est parvenu dans un état d’intégrité parfaite. La plaque destinée à fermer l’ouverture abdominale est grande, elle mesure huit centimètres dans son diamètre transverse, sept centimètres dans son diamètre inféro-supérieur.
La lame du bandage mesure quarante cinq centimètres de longueur, sur onze millimètres de hauteur et six millimètres d’épaisseur. A quatre centimètres de sa terminaison, la lame va se rétrécissant en pointe, dont l’extrémité se recourbant sur elle-même vers le bas, se redresse alors pour s’arrêter contre la partie inférieure du bandage. Elle laisse, en se recourbant ainsi sur elle-même, une petite ouverture presque arrondie. La forme de ce bandage est celle d’une demi ellipse, ouverte en avant sur un espace de vingt centimètres, le diamètre antéro-postérieur mesure vingt et un centimètres.
A quelle époque appartient ce bandage herniaire? Mr Maxe Werly s’entourant de toutes les probabilités possibles, étudiant les dessins
des dalles qui recouvraient les cercueils, en arrive à conclure qu’il appartient à une époque s’étendant du Ve au VIIe siècle. Le bandage est en fer.