RENAISSANCE. — MOYEN AGE. — ÉCOLE MODERNE
L'heure de la renaissance des sciences, des lettres et des arts avait sonné pour l'Europe, mais nous chercherons en vain dans les œuvres de ses écrivains les plus éminents quelques renseignements sur le spéculum, nous ne trouverons rien. Le silence qu'ils gardent à son sujet, montre, tout au moins, qu'ils ne l'avaient pas en haute estime.
Constantin l'Africain (ici 5) consacre un peu plus de trois pages aux maladies des femmes, mais il ne donne que des recettes pour les ulcères et les hémorrhoïdes de cet organe.
Je n'ai pas trouvé davantage dans Roger de Parme (fin du xii"" siècle), Roland (vers 1210), Guillaume de Salicet (1271), Brunus ou Bruno (milieu du xiir), Theodoric (xiii^), Lanfranc (dernier tiers du xiir), Bertapaglia ou Bertapalia (vers 1440). A la fin du xiir siècle nous trouvons un livre bien remarquable écrit par un professeur de l'Ecole de Montpellier, par Gordon qui commença dans cette ville, son cour^ public en I285 et publia son livre en i3oi.
« Cy commence la pratique de très excellent » Docteur et Maistre de Médecine, Maistre » Bernard de Gordon, qui s'appelle Fleur de Lys » en médecine ».
Tel est le titre du livre que possède la Bibliothèque Nationale de Paris.
Le VIP chapitre du VIP livre. « Ragadies et playes du con » renferme cette phrase : « Aufcune » fois on met la feme en lieu cler et met on ung » mirouer devant le con, on voit au mirouer cest » ulcère ou ragadie « .
Nous voyons par cet exposé que Bernard de Gordon à la fin du xiii® siècle se servait pour examiner la matrice du procédé qu'Avicenne décrivait au xr siècle.
En sa « Grande Chirurgie » de l'an i363, une autre illustration de l'Ecole de Montpellier, Guy de Chauliac, parle aussi du spéculum en son chapitre de « Tirer hors l'enfant » « sinon, dit-il » page 549, qu'on y mette l'instrument dit specu- » lum, fait avec une vis de pression et qu'on » ouvre la matrice tant qu'il sera possible ».
Dans son traité « De morbis mulierum t. 2, liv. IV, année i53o » Jérôme Mercuriali faisant allusion à Rhazès et Aristote qui avaient émis l'opinion que l'on ne pouvait reconnaître si la femme était ou non imperforée, qu'à l'époque de
l'apparition de ses règles, s'inscrit contre cette manière de voir et s'exprime en ces termes :
« Le véritable état des choses peut être » reconnu à l'aide de la vue et du toucher. On » voit au moyen du Dioptre, instrument de méde- » cine, dont les accoucheuses et les chirurgiens » font usage pour sonder la profondeur de l'uté- » rus ».
Dans le «Traité des Hernies » publié en i56i par Pierre Franco de Turvier en Provence, demeurant à présent à Orenge, nous lisons au chapitre XCIIII, page 396 « du spéculum matricis » un bel éloge de cet instrument.
« Nous avons parlé cy dessus de l'utilité du spéculum matricis et comme il le faut appliquer pour procéder par iceluy à l'extraction de l'enfant ou autre chose à quoy il est requis, comme de reculer une jambe ou bras quand il sort hors et aussi pour mettre l'enfant en chemin pour pouuoir sortir selon nature et comme ils doivent sortir naturellement. Or connaissant l'utilité que le dit instrument peult porter et les commodités qu'il peut bailler soit à vne république ou vn particulier, je conseille principalement aux chirurgiens auxquels Dieu a fait la grâce de bien entendre leur vocation, de n'estre sans un tel instrument en leur maison, pour la
» nécessité, que quelques fois peult aduenir. Et » combien qu'elle n'advienne guères souuent, » toutefois quand il adulent c'est vn beau chef » d'œuure et vne opération fort excellente. Ayant » veu l'utilité et proffit que peult porter (comme » l'ay expérimenté) un tel instrument, j'ay pensé » n'estre impertinent n'y hors de propos d'en » monstrer la figure et quand adjouster la des- » cription de sa proportion à cette fin, que ceux » qui auront l'envie de l'auoir, ayent aussi le » moyen de le faire en telle proportion qu'il est » requis ».
Dans sa «Grande Chirurgie», publiée en 1569, notre illustre compatriote « Vesalius Bruxellensis, Philippi Hispaniarum régis medicus » garde le silence sur le spéculum.
En iSyS en son traité de chirurgie, Ambroise Paré dit au chapitre LXXXVI « De la curation des verrues faictes au col de la matrice » .
« Celles qui seront trouvées au col de la ma- » trice et ne seront malignes, il les convient lier » et coiffer et celles qui seront profondément, on » mettra le spéculum matricis dans le col de la » matrice à fin qu'on le puisse \'oir et les tou- » cher ».
Et ailleurs il dit encore en son chapitre des Rhagadies et Condylomes, LXXXVI I.
« Pour la curation il faut éuiter les médica- » ments acres, mais faut amollir et fort humecter » la partie auec fomentation, liniment, cataplas- » mes, amplastres et y mettre souvent le spéculum » matricis et pessaires à fin d'agrandir et dilater » ce qui est trop dur et serré, puis faire cicatrice » aux viscères creuassés ». Ambroise Paré fournit les dessins de ses spéculums.
Dans son traité de « Chirurgie Universelle » (Libro settimo et ultimo p. 23) i583. Andréa délia Croce publie les dessins de trois spéculums.
Waldkirch dans son livre « Gynaeciorum » sive de mulierum affectibus commentarii grae- » corum, latinorum, barbarorum, jam olim et » nuni recens editorum » i586 dit au § X des abcès :
« Dans les endroits qu'on a pour ainsi dire » sous la main et que l'on peut voir par le Diop- » tre, ou sentir par le toucher ».
On lit encore au § XII p. lyS : « Des ulcères de l'utérus ».
« Si l'ulcération peut être facilement et » promptement saisie par le Dioptre ».
A la fin du xiv^ siècle Pierre de Largelata liv. V. traité XX, disait à propos de l'extraction du fétus chez une femme morte « et si par ce » moyen, il n'est pas possible de l'extraire, alors
» qu'on introduise le spéculum, qu'il ouvre la » matrice autant que possible et ensuite avec la » main, avec des crochets ou des tenailles, qu'on » l'extraye en entier ». (Chirurgie de Maître Pierre de Largelata).
En i597 Israël Spachius dit dans son traité » Gynaeciorum sive de mulierum tum communi- » bus, tum gravidarum parientium et puerpera- » rum » p. 493 :
(' Quand la femme souffre de ses menstrues, » l'extrémité du spéculum est souillée par le sang, » ce qui dans un vieux spéculum est plus aisé- » ment nettoyé que dans un spéculum récemment » poli ».
Nous lisons dans la « Chirurgie française » par Jacques Dalechamps, 1610, chap. LXXIII :
« Le maistre opérateur estant assis au costé » dextre luy met dans la nature vn dilatateur » (spéculum matricis) convenable à l'aage et faut » auant l'y mettre que auec vue éprouvette il » mesure et sonde la profondeur de la nature de » la femme, afin que si les branches de l'instru- » ment estoyent plus longues, elles ne cassent et » blessent la matrice et si par le fondement de » l'éprouvette on trouve les branches du dilata- » toire plus longues et grandes que la profondeur » de la nature, on pose sur les ailes du couronne-
» ment des linges en double sur lesquels le dila- » tatoire s'arreste et assied, puis on met les » branches de l'instrument qui se maine à vis » dans la nature de la femme, les poussant contre » mont, l'opérateur tient ferme l'instrument avec » la main. Vn serviteur tourne la vis de l'instru- » ment pour ouvrir les branches qui sont serrées » et dilater la sinuosité du col de la matrice ».
Le spéculum dont il donne le dessin ressemble beaucoup à celui d'Ambroise Paré.
Fabrice d'Aquapendente dans ses « Opéra » chirurgica. De carne aut tuberculo aut abcessu » in sinu vulvae adnatis, Venise 1619 », dit :
« Il se sert d'un Dioptre approprié à l'âge de » la femme, ouvre la vulve et dilate, jusqu'à ce » que l'abcès apparaisse ».
Nous lisons dans V^idus Vidius « Florentini » opéra omnia. De curatione membratem » p. 662, lib. undecimus. 1626 :
« Si c'est au col de la matrice que siège la » maladie, il faut le mettre à découvert au » moyen de l'instrument qu'on appelle le specu- » lum de la matrice » .
En 1649 Jacques Guillemeau, chirurgien du Roi, dit dans ses « Œuvres de chirurgie » :
« Les condylomes de la matrice se reconnais- » sent manifestement au tact, mettant le doigt
» dans le col de la matrice, ou par l'œil en met- » tant dans le vagin le spéculum matricis *.
Dans les œuvres de Maistre François Thevenin 1669 nous lisons au § des abcès de la matrice :
« Les abcès au col de la matrice étant prêts » à percer, il faut mettre la malade en la même » situation comme pour tailler de la pierre, puis » ayant dilaté le col avec le spéculum matricis, il » faut ouvrir l'abcès avec la lancette ou le bistouri » et par des injections ou poudres soufflées avec » une canule d'argent, dessécher l'ulcère ».
Nous lisons dans Dionis « Cours d'opérations de chirurgie, p. 265, année 1707 ».
« Si le mal est au col de la matrice, il faut » qu'il se serve de ce petit dilatoire, qui étant » introduit dans le vagin en écartera les lèvres et » donnera moyen de découvrir le mal en quelque » endroit qu'il soit de ce fourreau. Mais s'il y » avait quelque ulcère à l'orifice interne que l'on » voulut voir, on se servirait de cet autre dila- » toire à deux branches ou bien de ce troisième » qu'on appelle : spéculum matricis — Miroir de » la matrice. — Il a trois branches lesquelles » jointes ensemble sont poussées doucement dans » le col de la matrice, puis en tournant la vis, » elles s'éloignent l'une de l'autre et par l'espace
» qu'elles laissent entre elles, permettent que l'on » voye distinctement l'orifice interne, ce qui assure » à la vue, de la nature des maux qu'il peut avoir » et qui facilite les moyens d'y porter les remèdes » nécessaires ».
Dans « L'Arsenal de Chirurgie » de Jean Scultet (1712) on trouve le spéculum à trois branches s'ouvrant au moyen d'une vis. Il est représenté sur des planches qu'accompagne une courte description.
En 1727 Croissant de Garengeot publie « Un nouveau traité des instruments de chirurgie les plus utiles » où il donne une description diffuse du spéculum utérin. « C'est, dit-il, un instrument » dont la pièce principale a la figure d'un cône et » est composé de trois lames qui s'éloignant l'une » de l'autre, dilatent considérablement le vagin » et la matrice, s'il est introduit jusque dedans. » Donc cet instrument est un dilatatoire du vagin » et de la matrice. Cet instrument se meut au » moyen d'une vis ».
Garengeot ne s'était sans doute pas servi de cet instrument, car il n'eut pas dit que c'était un dilatatoire de la matrice. Il avait sans doute copié sa description dans les auteurs antiques qui semblent croire que cet appareil dilatait la matrice. Il n'y a pas, je pense, d'erreur chez les anciens
qui se servent de cette expression ; seule elle est fautive, car ils savaient sans doute que le spéculum dilate le vagin, mais ne pénètre pas dans la matrice.
Dans son « Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent » J. L. Petit publia en 1774 la représentation du même spéculum à trois branches que nous avons signalé dans Scultet et Garengeot.
Ces descriptions d'un instrument dont on ne se servait plus, ne fixaient sans doute pas l'attention des chirurgiens, elles leur échappaient, parce que le spéculum était oublié, il avait disparu de la mémoire de tous.
Au commencement de ce siècle (181 2) Récamier désireux d'examiner un col utérin ulcéré, a besoin d'un spéculum et il réinvente celui dont s'était servi les Grecs, les Hébreux et les Arabes.
Il lui suffisait d'ouvrir les traités chirurgicaux du siècle précédent, pour s'éviter la peine de faire sa pauvre découverte (i).
« Ayant à panser une femme chez laquelle il » avait reconnu par le toucher et par la nature » des écoulements spéciaux qui en provenaient.
(i) Nouveau Dictionnaire de jMédecine et de Chirurgie pratiques, 1882.
» une ulcération du col de l'utérus, il se servit » d'une canule en fer blanc de deux centimètres » de diamètre, pour écarter les parois du vagin, » afin de les protéger contre l'action irritante des » topiques qu'il voulait porter sur la partie mala- » de, avec la certitude de pouvoir faire agir » directement ces topiques sur l'organe intéressé. » Cette canule d'abord fort étroite avait été élar- » gie de façon à permettre au regard de plonger » jusque sur les parties mises à découvert. Mais » cela ne suffisait pas et afin de rendre plus acces- » sibles à la vue, les parties profondément si- » tuées, Récamier changea la forme du cylindre » dont il s'était servi d'abord, en un cône tron- » que métallique, dont la paroi interne brillante, » faisant office de réflecteur, contribuait à éclairer » vivement les parties mises à découvert, lors- » qu'une lampe ou une bougie était placée au » devant de l'orifice externe. Il mesurait seize » centimètres de long, cinq centimètres de large » à l'extrémité vulvaire et quatre à l'extrémité » utérine. L'introduction en fut rendue plus facile, » grâce au mandrin ou embout que M™^ Boivin » y fit adapter dans le but d'en rendre l'applica- » tion moins douloureuse » .
La première canule de Récamier était en fer blanc, puis il fit son spéculum en étain bien poli;
depuis on a employé l'argent, le maillechort, l'ivoire, le bois, la porcelaine, le cristal, le verre opaque. Enfin Fergusson obéissant au besoin d'éclairer aussi vivement que possible, le fond du vagin, a construit un spéculum en verre étamé, recouvert d'une couche de caoutchouc durci. Son extrémité utérine est taillée en biseau, de sorte que la face postérieure du spéculum, correspondant à la face postérieure du vagin, soit plus longue que la face antérieure.
Pour faciliter l'introduction du spéculum, Churchill a renversé les bords en dedans pour éviter de blesser les parois du vagin.
Perfectionnement que présentait déjà le spéculum des Hébreux, dont Mar Samuel nous dit : « il s'agit d'un tube en métal (plomb) dont les » bords sont repliés en dedans, c'est-à-dire vers » la lumière du 'tube » .
y[me Boivin, célèbre accoucheuse du commencement du siècle dernier, dit dans son « Traité » pratique des maladies de l'utérus » publié par le professeur Dugès de Montpellier : (i832)
« La préférence que les femmes donnent » communément aux accoucheurs et aux chirur- » giens dans les maladies qui affectent les organes » génitaux, n'est que trop souvent justifiée par la » négligence que mettent les médecins à examiner
» physiquement les parties malades, par l'incapa- » cité ou seraient beaucoup d'entre eux de tirer » aucun fruit d'un pareil examen.
» Le mot spéculum n'est pas nouveau et » depuis bien longtemps on avait eu l'idée d'in- » specter ainsi les parties profondément cachées. » Le spéculum uteri était à deux ou trois bran- » ches, formant ensemble un cône allongé et » étroit qu'on pouvait introd,uire avec facilité » dans le vagin, alors par des moyens mécaniques » assez simples, on écartait les branches l'une de » l'autre pour laisser le champ libre à l'œil, mais » l'étroitesse des branches rendait l'écartement » des parois molles du vagin incomplet, insuffi- » sant, surtout si leur nombre était réduit à deux. » M'^ Récamier fit construire un tube conoïde, » ouvert à ses deux bouts et d'un diamètre égal » à la plus grande extension dont le vagin soit » susceptible, sans trop de violence. Glissé dans » ce canal, la femme étant demi couchée ou assise » en face du jour, il permet de découvrir le col » utérin, d'en contempler la forme, la couleur, » d'en recueillir immédiatement les mucosités ; » mais malgré l'addition du manche qu'y fit » adapter M'^ Dupuytren, c'est un instrument » difficile à placer et d'une introduction générale- » ment douloureuse à cause de son volume.
M"^^ Boivin le composait d'abord de deux gouttières, dont la réunion forme un conoïde complet ; chacune de ces gouttières est soutenue par une branche munie d'un anneau et ces branches sont articulées comme celles des pinces à pansement ; mais une vis de pression adaptée à leur entablure, les arrête au degré d'écartement qu'on juge à propos de leur donner. Depuis M""^ Boivin a supprimé ces branches qu'elle a remplacées par un curseur à crémaillère, ce qui rend l'instrument plus facile à porter dans la poche. M"" Lisfrane a fait construire et articuler les manches de ces deux demi cylindres sur les modèles des anciens spéculums à deux branches, c'est-à-dire en double bascule ; c'est aussi par un mouvement de bascule ou de levier coudé que s'écartent les pièces plus ou moins nombreuses (quatre au moins) dont se compose le spéculum proposé à peu près en même temps par MM" Guillon et Rique. Nous nous sommes toujours bien trouvés du spéculum brisé, décrit en premier lieu ; son introduction n'est point pénible quand il a été bien graissé et suffisamment chauffé ; on suit des yeux, comme pour le spéculum ordinaire, la marche de son ouverture ou son bout le plus étroit entre les parois du vagin ;
» on les lui voit écarter successivement ; car pour » peu qu'elles soient flasques, elles sont en con- » tact mutuel et semblent obstruer, perpendicu- » lairement à son axe, l'ouverture de l'instrument; » ce n'est que vers le fond du vagin qu'il trouve » un vide plus réel et qui aide à reconnaître le » Museau de Tanche. L'écartement des deux » gouttières quand l'instrument est en place, est )> facilement porté et arrêté au point d'élargis- » sèment désirable, sans qu'aucun pli de la » membrane du vagin gêne l'observateur, on » risque d'être pincé quand on referme le specu- » lum dont une gouttière s'emboite alors dans » l'autre. De plus, l'auteur de cet instrument, » M"^^Boivin, a fait fénétrer une de ces gouttières » afin d'explorer à volonté un point quelconque » des parois vaginales ou d'y porter les médica- » ments convenables. Une plaque du même » métal ferme cette ouverture, quand elle n'est » pas jugée nécessaire. On peut, dans le même » but, se servir comme nous l'avons fait, d'une » moitié de l'instrument introduite seule, ou bien » d'un spéculum simple mais privé d'une portion » de ses parois dans toute sa longueur comme l'ont » employé M"" Dubois et M'^ Lallemand, pour » visiter et opérer les fistules urinaires. Un spe- » culum bivalve, c'est-à-dire, composé de deux
» gouttières articulées par un de leurs bords et » pouvant s'ouvrir plus ou moins largement, a » été proposé pour le même objet, par le D' Dey- » ber et M'^ Guillon avait eu d'abord la même » idée, uniquement pour agrandir le diamètre de » l'instrument. Le spéculum de cristal que I\P » Guibert a cru propre à obtenir des notions » exactes sur l'état des parois vaginales, ne peut » en donner que de fausses par l'obscurcissement » qu'y produisent les mucosités, par l'aplatisse- » ment, la décoloration qu'il produit lui-même à » la surface sur laquelle il presse. Une lame de » verre appliquée sur la langue, en fait-elle » connaître la couleur, en montre-t-elle les papil- » les ? On n'y voit plus qu'une surface lisse et » décolorée. La lumière ne pénètre pas toujours » facilement au fond du vagin ; l'obser^^ateur » même fait ombre sur l'ouverture de l'instru- » ment, s'il veut examiner les choses de près. » Pour y suppléer on s'est servi avec avantage » d'un miroir concave (Colombat), reflétant la » lumière d'une bougie dans le tube et sei'vant en » même temps d'écran à l'œil qui y plonge ses » regards : une cuillère d'argent bien polie peut » suffire à cet objet, sans qu'il faille recourir à » l'appareil un peu compliqué de IVP Segalas :
» c'est un miroir conique, percé à son sommet, » d'un trou par lequel on observe, et contenant, » vers sa base, deux bougies dont la lumière est » réfléchie vers les objets qu'on examine ».
Lisfranc dans son traité « Des maladies de l'utérus » s'exprime ainsi en i836.
« Cet instrument (spéculum) est d'un grand » avantage, malgré l'avis contraire de quelques » accoucheurs qui ne veulent que du toucher ; » quant à moi, le toucher ne me suffit pas et plus » d'une fois à l'aide du spéculum, j'ai constaté » des maladies qu'ils avaient méconnues. Connu » des anciens, puisque Paul d'Egine, Rhazés, » Albucasis le désignent sous des noms différents, » longtemps il est resté dans l'oubli. De nos jours » M"" Récamier a rendu un grand service à la » science en le remettant en usage. Quoique sou- » vent d'une utilité incontestable, son emploi n'est » pas toujours indiqué et ce serait une grande » faute de l'employer dans tous les cas. L'intro- » duction en est souvent douloureuse et devient » une nouvelle cause d'irritation, il est donc de » précepte de ne l'employer qu'en cas d'urgence. » On a fait subir aux spéculums des modifica- » tions nombreuses et souvent futiles. Celui dont » nous nous servons exclusivement dans les cas » ordinaires est le tube d'étain légèrement coni-
» que de M'' Récamier, désigné sous le nom de » spéculum plein ».
Nous lisons dans « Les maladies de la matrice » par Duparcque, Paris, iSSg.
« Les anciens n'ignoraient pas les avantages » de l'exploration directe pour le diagnostic des » maladies de la matrice. Des instruments avaient » été inventés pour mettre cet organe à portée de » la vue. Il paraît qu'ils étaient assez générale- » ment employés du temps de Dionis, puisqu'il » en parle et les décrit sous les noms de dilatatoi- » res et de spéculum matricis dans son cours » d'opérations de chirurgie recueilli et publié par » Delafaye.
» Longtemps abandonnés, ces instrumicnts » précieux ont été heureusement tirés de l'oubli » par M'^ Récamier qui en a modifié la forme, » étendu l'application et popularisé l'usage. Ce » nouveau spéculum consiste en un tube d'étain, » légèrement conique, coupé en biseau à une de » ses extrémités. Il serait trop long de dire toutes » les modifications plus ou moins heureuses qu'on » a fait subir depuis à cet instrument, soit pour » parer à quelques inconvénients qu'il présente, » soit pour y ajouter quelques perfectionnements » et le rendre plus propre à certaines exigences » locales. Ainsi les uns lui ont adapte un manche
» favorable à son maniement et utile pour le fixer » ou le faire manœuvrer dans le vagin. On l'a » garni d'un embout qui en rend l'introduction » beaucoup plus facile en ce qu'il écarte et déplisse » les parois du vagin sans violence. Comme le » canal est étroit à son entrée et s'élargit beau- » coup dans son fond, on est revenu au spéculum » brisé des anciens, qui offre le précieux avantage » de pouvoir être introduit sous un petit volume » et par conséquent, de convenir à presque tous » les cas, quelle que soit l'étroitesse de la vulve et » de l'isthme vaginal. Une fois introduit, on peut » par l'écartement de ses branches, dilater à » volonté le fond du vagin sans la participation » de son entrée, partie ou correspond la portion » de l'instrument centre du mouvement et dont » le volume ne change conséquemment pas ou que » très peu. D'autres ont voulu réunir aux avan- » tages du spéculum plein, ceux du spéculum » brisé. Les uns étant composés d'une lame flexi- » ble, tournée en spirale, peuvent se dérouler ou » s'enrouler au moyen d'une vis et ainsi agrandir » ou rétrécir le diamètre de l'instrument; d'autres » sont composés de plusieurs lames articulées à » charnière, glissant ou se dépliant les unes sur » les autres, également au moyen d'une vis.
» Mon spéculum est composé de deux goût-
» tières inégales, formant par leur rapprochement » un tube taillé en biseau ; la supérieure plus » courte, est dépassée par l'inférieure de six à huit » lignes. Celle-ci, en glissant contre la paroi » postérieure du vagin s'engage sous le col ren- » versé, Alors, par le jeu d'une vis, la gouttière » supérieure s'écarte à la manière des spéculums » brisés ordinaires, mais en même temps glisse de » manière à venir dépasser l'autre. Il en résulte » que, pressant contre la paroi inclinée de l'utérus, » elle la refoule, imprime à ce viscère un mouve- » ment de bascule qui ramène le col dans l'axe et » au centre de l'instrument. L'écartement des » gouttières est opéré au moyen de deux lames » interposées et articulées à pivot entre elles dans » des rapports tels que le glissement ne peut se » faire sans que d'horizontales, elles ne devien- » nent verticales, position qu'elles ne peuvent » prendre à leur tour sans écarter la gouttière » supérieure de l'inférieure. Ces lames remplissent » en grande partie l'écartement des gouttières, » empêchent les parois du vagin de venir s'y in- » terposer et de masquer les parties que l'on veut » examiner. La gouttière inférieure restant immo- » bile, l'instrument peut être maintenu fixe au » moyen d'un lien passé dans l'anneau qui lui » sert de manche et que l'on attache à une cein-
ture préalablement passée autour du bassin. Cet anneau peut être armé d'une bougie avec un réflecteur comme le spéculum de M"" le D^ Mélier. Ces modifications laissent au praticien la liberté de ses mains, elles lui permettent d'agir seul pour l'introduction du spéculum, sa fixation et l'application des moyens thérapeutiques locaux et de ménager ainsi la pudeur des patients ».
D^ Troussel 1842. « Le spéculum uteri a, diton, été connu des anciens ; mais ils s'en servaient peu ou mal et depuis longtemps il était totalement oublié, quand il y a quelques années (1827) notre célèbre professeur Récamier le retrouva ou plutôt l'inventa et l'employa avec un avantage immense pour le diagnostic et le traitement des maladies de la matrice et du vagin. La base de tous les instruments de ce genre que l'on possède maintenant est toujours le cône tronqué métallique de cet ingénieux et savant médecin. Pour moi il n'y a que deux espèces de spéculum uteri, celui d'une seule pièce et celui qui est composé de plusieurs valves. Quant à leurs formes, leur dimension en longueur, leur mécanisme, ils me paraissent d'une importance assez secondaire. Le spéculum d'une seule pièce, peut dans presque tous les cas, remplacer les autres, soit pour
» la simple exploration, soit pour l'application des » sangsues ou les cautérisations. Mais il est vrai » de dire aussi que le spéculum bivalve â bascule, » c'est-à-dire à charnières latérales et moyennes, » en un mot celui qu'a inventé le D'' Jobert de » Lamballe, est d'une introduction plus facile, » moins douloureuse et permet par l'élargissement » dont une de ces extrémités est susceptible de » voir plus complètement le col de l'utérus et » même une partie du fond du vagin, sans trop » distendre l'anneau vulvaire. Bref, le meilleur » spéculum est celui qu'on employé habituelle- » ment, et qui, pour ainsi dire, est devenu plus » familier; c'est pourquoi chaque chirurgien vante » et préfère celui qu'il a inventé ou modifié. »
Aran, chirurgien de l'Hôpital S'- Antoine à Paris, disait en 1848 : « à part les cas très rares » dans lesquels la matrice très rapprochée de la » vulve, peut être aperçue en écartant les lèvres, » il faut pour faire pénétrer les rayons lumineux » jusque sur cette partie de l'organe utérin, » employer un instrument destiné à déplisser le » vagin dont les faces opposées sont toujours en » contact. Le vagin qu'on veuille le remarquer » n'est pas un canal réel, mais virtuel, ses parois » sont affaissées et en contact perpétuel, c'est le » spéculum qui les sépare, comme le démontrent
» les coupes verticales faites par M"" Legendre, » sur des cadavres congelés (i). C'est Récamier » qui a remis le spéculum en honneur. Le but de » cet instrument c'est de déplisser le vagin pour » permettre aux rayons lumineux d'arriver sur le » col de l'utérus; mais comme instruments d'op- » tique, comme moyens de concentrer ces rayons » sur les parties profondes, les instruments que » nous avons entre les mains témoignent encore » de l'enfance de l'art. Les spéculums à valves » sont certainement ceux qui pèchent le plus à » cet égard et l'écartement postérieur de leurs » valves plonge dans une obscurité relative les » parties à éclairer. Toujours est-il que la con- » struction des spéculums laisse encore beaucoup » à désirer au point de vue de la réflexion des » rayons lumineux sur les parties que leur emploi » a pour but de découvrir à la vue. Les specu- » lums en métal, les meilleurs certainement, tant » qu'ils conservent leur poli, pour réfléchir les » rayons lumineux, ne sont plus que d'une » médiocre utilité quand leur intérieur est terni. » C'est ce qui a fait employer par Fergusson des
(i) La même démonstration se voit manifestement à Gand, sur les belles préparations pratiquées sur des cadavres congelés par mon cher collègue le professeur Lebpucq.
» spéculums cylindriques en cristal, étamés à » l'extérieur, revêtus par dessus cet étamage » d'une couche de gutta-percha. Mais ce sont des » instruments fragiles et d'une propreté équi- » voque ».
En étudiant les écrivains chirurgicaux, on s'aperçoit qu'à partir du xviii^ siècle le spéculum perd de son importance, au point de vue pratique et Croissant de Garengeot qui le décrit minutieusement et en publie des dessins, nous montre clairement quand il nous le signale comme un dilatatoire de la matrice, qu'il parle d'un instrument qu'il ne connaissait guère. Mais les autres chirurgiens ne l'avaient pas étudié mieux que lui et l'on peut dire que le spéculum n'était plus employé dans la pratique, on l'avait absolument oublié. Je ne saurais en fournir de meilleure preuve qu'en rappelant que Récamier vers 1812 fut regardé comme son inventeur par un grand nombre de chirurgiens ignorants l'histoire de leur art. Il faut arriver jusqu'en 1 836 pour voir Lisfranc, à la suite de ses recherches, signaler que le spéculum était connu des anciens puisque Paul d'Egine et l'Ecole Arabe s'en sei-vaient d'une irrécusable façon. Mais il existait bien avant Paul d'Egine bien avant le vii*= siècle, puisque les élèves de l'Ecole d'Alexandrie l'cm-
ployaient sûrement au i^^ que les Hébreux le connaissaient depuis le iv^ siècle avant J.-C, qu'Hippocrate s'en servait dans le traitement des maladies de la matrice et qu'il était connu de l'Ecole Indienne, il y a plus de trois mille ans.
Telle est l'histoire d'un de nos plus utiles instruments ; je suis sûr qu'on pourra la compléter encore.
Les Spéculums de Pompeï.
SPECULUMS TRIVALVES.
Trois spéculums ont été retrouvés dans les ruines de Pompeï, deux à trois valves, un troisième à quatre valves. Les deux premiers se ressemblent beaucoup, c'est un même type, le troisième est d'un modèle différent.
Les spéculums trivalves sont grands, épais, l'un d'eux surtout. Ils sont constitués par deux valves latérales supérieures A-B et une valve inférieure médiane C. Les deux supérieures sont longues de 9'/^ centimètres, convexes extérieurement, à l'intérieur elles présentent deux faces planes, l'une interne, l'autre inférieure. Ces valves mesurent un et demi centimètre de hauteur à la base, s'élargissent vers leur sommet où elles atteignent deux centimètres de hauteur et se terminent par une pointe conique. Elles se continuent en arrière avec deux branches D-E, d'abord un peu obliques en bas et en dehors, longues de
trois centimètres, qui se recourbent et descendent verticalement, légèrement convexes en dedans, F-G, sur une étendue de dix centimètres, et se réunissent alors horizontalement. Dans leurs parcours elles ont une largeur de huit millimètres. La troisième branche C placée inférieurement, présente extérieurement la même forme que celles des branches supérieures, mais sa face interne est constituée par deux plans obliques en bas et en dehors, se réunissant par une crête sur la ligne médiane. Elle se confond en arrière avec une pièce horizontale H longue de sept centimètres, haute de deux et d'une épaisseur d'un centimètre ; elle est creusée de deux canaux, obliques en dedans, que traversent les branches verticales du spéculum. En arrière de cette pièce et sur la ligne médiane proémine sur une longueur de un centimètre et une hauteur variable dans les deux instruments que nous possédons, une saillie de bronze traversée par la vis du spéculum I. Cette vis est à sa partie supérieure limitée dans son mouvement de descente par une petite tige horizontale ; elle est plus grossière dans l'un que dans l'autre instrument, elle mesure dans l'un 21 centimiètres, dans l'autre i8 seulement, elle est creusée par une spirale de lo centimètres de
longueur dans l'un, de 12 dans l'autre et se continue en un manche dont la poignée J est artistement ornementée. J'ai dit tout à l'heure que les deux lames verticales se continuent en haut par les deux valves supérieures du spéculum, se réunissant horizontalement en K à leur partie inférieure. La vis passe en arrière, contenue dans une petite boite arrondie large de deux centimètres, haute de i5 millimètres ; la boite traverse la plaque horizontale précitée et s'y fixe au côté opposé par un coin vertical L.
Des extrémités latérales de cette plaque horizontale, partent les deux branches servant de manches à l'instrument M-N, elles sont mobiles à leur insertion O. Elles mesurent dans les deux spéculums environ 9 V2 centimètres de longueur, un centimètre de largeur à leur base, % à la pointe terminée en tête de serpent.
Le mécanisme de cet instrument est facile à saisir. Tournez la vis, et la plaque qui lasurmonte descend peu à peu sur les deux branches verticales du spéculum, en entraînant avec elle la valve inférieure avec laquelle elle fait corps. A mesure qu'elle descend, les deux branches verticales sur lesquelles elle glisse, s'écartent de plus en plus l'une de l'autre et les valves supérieures qui en sont la continuation les suivent dans ce mouve-
ment. On peut très aisément obtenir un écartement de sept centimètres en hauteur et de six en largeur. Tournez la vis dans l'autre sens, la plaque horizontale remonte et l'instrument se ferme.
Le Spéculum q^uadrivalve de Pompeï.
Le spéculum quadrivalve a été trouvé à Pompeï en 1882. Sa construction diffère de celle des précédents. Il a quatre valves latéralement placées, deux supérieures A-B, deux inférieures C-D. Les supérieures mesurent neuf centimètres de long, quinze millimètres de large à la base, sept à la pointe ; les valves inférieures ont sensiblement les mêmes dimensions. Chaque valve a trois faces : les supérieures ont une face externe, une interne, une inférieure, les valves inférieures ont une face supérieure, une interne et une inférieure.
Les valves supérieures se continuent en arrière avec deux lames larges de sept millimètres E-F, incurvées chacune en demi cercle, de huit centimètres de diamètre, elles se réunissent en bas par un écrou G, puis continuent leur marche en ligne droite sur une étendue de dix-sept centimètres H-I, elles forment les manches de l'instrument et se terminent sans ornements. Elles mesurent huit millimètres de largeur. Les deux
valves inférieures C-D du spéculum, se terminent en arrière par deux lames verticales de quatorze centimètres de longueur et onze millimètres de largeur fixées de chaque côté du cercle par deux crochets M-N. Huit centimètres plus bas, ces deux branches verticales se fixent sur une plaque horizontale mobile O, longue" de treize centimètres, large de deux, haute en avant d'un centimètre en arrière de deux millimètres ; deux têtes de bélier terminent latéralement cette plaque sur la face antérieure de laquelle s'attachent en se terminant les deux branches verticales. Elles s'amincissent en finissant et traversent une petite plaque carrée dans laquelle les maintiennent de chaque côté un anneau de bronze dont les extrémités s'entrecroisent.
Sur la ligne médiane, à sa partie postérieure, la plaque horizontale est traversée par la vis P qui meut l'instrument ; celle-ci s'attache en haut à la partie inférieure du cercle précédemment décrit, par l'intermédiaire d'une lame coudée, dans la partie horizontale de laquelle elle se meut. La vis, sans ornementation, se termine après une course de vingt et un centimètres par une poignée horizontale très simple.
Quand vous tournez la vis pour faire marcher l'instrument, la plaque horizontale descend
et entraîne avec elle les branches inférieures du spéculum, mais en même temps les longues branches qui supportent les valves supérieures se rapprochent par le bas et du même coup ces valves s'écartent l'une de l'autre.
Les valves inférieures du spéculum attachées au cercle par leurs branches inférieures se séparent quand s'ouvre celui-ci.
SPECULUM TRIVALVE DE POMPEI
Phot, C. D'Hoy, Gand.
SPECULUM TRIVALVE DE POMPEI
Phot. C. D'Hoy, Gand,
SPECULUM TRIVALVE (POMPEI)
Phot. C. D'Hoy, Gand
SPECULUM QUADRIVALVE (POMPEÏ)
Fhot. C. D'Hoy, Gand.