L'ECOLE ARABE
Après Paul, la médecine grecque qui a compté de si illustres représentants, disparait et il nous faut arriver jusqu'au x^ siècle pour la voir renaître chez les Arabes. Au moment de la venue de Mahomet, la science grecque était exilée en Perse et en Syrie, c'est de là qu'elle revint en Arabie. Mais ne nous y trompons pas, les médecins dits Arabes sont le plus souvent des étrangers qui ont embrassé en apparence la religion mahométane. Le véritable Arabe est toujours resté fidèle à ses rebouteurs, jongleurs et magiciens.
Quand on parle de la médecine Arabe, c'est la médecine grecque qui est en cause, c'est elle qui fut toujours pratiquée par des étrangers, surtout dans le Kalifat d'occident (Maures d'Espagne).
Ce qui honore surtout à nos yeux la littérature arabe, c'est de nous avoir conservé une foule d'écrits de la médecine grecque, depuis longtemps disparus pour nous.
Rhazès au x^ siècle dans son traité de Aegritud. matricis. Liv. II, p. i88 chap. IX, dit :
« Si des hémorrhoïdes se développent dans » la matrice, placez un spéculum à la femme et » vous les apercevrez » .
Il dit encore liv. XXII, p. 222.
« Si la sortie violente du fœtus produit une » déchirure de la matrice, vous l'apercevrez au » moyen du spéculum ».
Au xii^ siècle nous lisons encore dans le « Liber Theoricae Alsaharavii » des ulcères de la matrice : « et quand il existe un ulcère au col » de la matrice, il est possible de le voir au moyen » de tout instrument qui découvre le col >>.
Nous verrons, tout à l'heure, que l'Ecole Arabe découvrait le col utérin au moyen de différents appareils.
Dans le canon d'Avicenne écrit au xi^ siècle, nous lisons au Liv. III, Fen 21, traité 3, p. 934.
Des rhagades de la matrice et de leurs signes. « Il est possible de démontrer la présence » des rhagades en plaçant sous la femme un » spéculum, en face de la vulve. On ouvre ensuite » la vulve et l'on examine ce qui se présente dans » le spéculum (i). Et ce qui atteste la présence » des rhagades, c'est la douleur pendant le coït et » la sortie de la verge teinte de sang ».
Nous lisons encore au Liv. III, Fen 21, traité 4, p. 945. Des hémorrhoïdes de la matrice. « Il est possible de faire apparaître les hémor-
(i) Speculum-miroir.
» rhoïdes et les lésions semblables dans le specu- » lum appliqué à la vulve, selon la manière que » nous avons indiquée dans le chapitre des » rhagades ». Ce texte d'Avicenne doit être interprété. C'est Guy de Chauliac, écrivain du xiv^ siècle qui va nous rendre ce service.
Nous trouvons § 7, p. 337 . " Des ulcères des » hanches et de leurs parties », dans la belle édition de Guy de Chauliac, (i363) publiée en 1890 par le D^ Nicaise, l'interprétation du mot spéculum employé par Avicenne. « Leurs signes » sont manifestes à la veuë, à l'attouchement et » l'instrument dit miroir aide fort à cecy selon » Avicenne ».
Nous trouvons en note, même page.
« Mu'oir (spéculum), ce n'est pas le miroir » qu'on appelle matrical, mais celuy qui est nom- » mé proprement auquel on contemple le visage. » Car Avicenne dit ainsi au lieu que Guy allègue : » il est possible de parvenir à l'attestation ou » connaissance de fendilleures en mettant dessus » la femme un miroir au devant de sa vulve. Puis » on ouvrira la dite vulve et on considère ce qui » est représenté au miroir » .
Ainsi le spéculum ayant ouvert le vagin, on ne regardait pas comme nous le faisons aujourd'hui, dans la cavité de cet instrument, mais tour-
nant le dos à la femme examinée, c'est dans le miroir placé devant la vulve qu'on voyait le col utérin, on n'étudiait pas l'objet lui-même, mais son image réfléchie par le miroir.
C'est un mode d'examen qui se pratique encoreen médecine aujourd'hui, puisque les laryngologistes projettent la lumière, dans le larynx qu'ils examinent, au moyen du miroir qu'ils portent sur le front et regardent l'intérieur de cet organe réfléchi dans une petite glace portée dans le pharynx.
Le même principe est appliqué par les oculistes à l'examen du fond de l'œil.
L'opthalmoscope éclaire l'intérieur de l'œil en y projetant la lumière. Réfléchie par le fond de cet organe, elle sort par la pupille et concentrée par la lentille biconvexe placée à quelques centimètres au devant de la cornée, elle forme, au foyer lenticulaire, l'image renversée des membranes oculaires et du nerf optique.
Ce n'est pas le fond de l'œil que l'on voit et étudie, c'est son image aérienne. M"" Klein, notre très distingué fabricant d'instruments de chirurgie, me rapporte avoir vu à Ostende l'exposition d'un tableau dans des conditions semblables. En pleine lumière se trouvait cette peinture et au devant d'elle à quelque distance, une glace dans
laquelle elle se réfléchissait. Le spectateur admirait le tableau en regardant son image dans le miroir.
Bien souvent on voit les peintres étudiant leur œuvre, en voie d'élaboration, en l'examinant dans un miroir qui la refléchit.
La vieille pratique d'Avicenne a survécu. Nil novi, sub sole.
Au xii^ siècle Albucasis se servait aussi du spéculum (i), mais d'une autre façon qu'Avicenne. « Traitement des abcès de l'utérus. Faites alors asseoir la femme sur une chaise, à double siège, renversée en arrière, les pieds ramenés contre les fesses, les cuisses écartées, les mains placées dans le creux poplité et convenablement liées. La sage femme se tiendra à droite, munie de l'instrument avec lequel on ouvre la matrice et dont nous donnerons plus bas la description. » Si vous voulez faire usage de cet instrument, il faut préalablement introduire un stylet dans la cavité vaginale, de crainte que l'instrument ne se trouve trop long pour le vagin. Dans ce cas il faudrait appliquer des compresses sur les lèvres, afin d'empêcher l'instrument
(i) Albucasis. — La chirurgie d'Albucasis traduite par Lucien Leclerc.
» de pénétrer trop profondément dans la cavité » vaginale. La vis de l'instrument sera placée en » haut et un aide la fera tourner de manière à » dilater la cavité vaginale » .
Albucasis se sert encore d'un autre instrument absolument semblable à notre spéculum plein. « On fera des fumigations avec des sub- » stances appropriées ; l'instrument qui sert à les » faire dans les cas de rétention des règles et des » secondines est fait de bois léger et ressemble » à un infundibulum ou bien il est en airain dont » l'extrémité la plus étroite est introduite dans le » vagin, tandis que son extrémité la plus large est » placée sur le feu. On aura même le soin de la » répéter si Dieu le veut ». (V. PI. ici).
Le manuel opératoire d'Albucasis au xii^ siècle ressemble beaucoup à celui de Paul d'Egine décrit cinq siècles auparavant et à celui d'Aétius au vi^ siècle.
Mais à cette époque on se sert encore d'autres appareils pour dilater le vagin et extraire le fœtus. Albucasis nous en donne la description et des planches p. i83, fig. 102, io3, 104.
« L'un se compose de deux vis, placées hori- » zontalement vers les extrémités de deux trin- » gles. Cet appareil est en bois d'ébène ou de » buis. La largeur des tringles sera d'environ
» deux doigts, leur épaisseur d'environ un doigt » et leur longueur d'une palme et demie. Au milieu » de chacune de ces tringles, on en adaptera une » autre de même bois, fixée solidement, de la lon- » gueur d'une demi palme ou un peu plus et de » la largeur d'environ deux doigts ou un peu » plus. Ce sont ces deux tringles surajoutées, qui » seront introduites dans l'orifice utérin pour le » dilater par la manœuvre des vis ». Fig. 102.
Voici un autre instrument servant au même usage, mais plus fin et plus léger. Fig. io3.
« Vous le confectionnerez en bois d'ébène ou » de buis, à la manière des pinces, comme vous » le voyez, si ce n'est que les extrémités sont sur- » ajoutées. La longueur de ces prolongements » sera d'environ une palme et la largeur de deux » doigts. Si vous voulez vous en servir pour dila- » ter la matrice, faites asseoir la femme sur un lit, » les pieds pendants et les cuisses écartées. Intro- » duisez ces deux extrémités surajoutées, réunies, » dans la matrice, tandis que vous tenez l'autre » bout de l'instrument abaissé entre les cuisses de » la femme. Faites écarter l'instrument avec la » main, comme vous le faites avec des pincettes, » plus ou moins, suivant que vous le jugerez à » propos, de manière que la sage femme puisse » agir comme elle voudra » .
Voici encore un autre instrument servant au même usage et mentionné par Albucasis. Fig. 104.
« Sur une tige coudée à angle droit est fixée » parallèlement à la branche horizontale, une » autre tige de mêmes dimensions, mobile sur la » branche verticale, se mouvant sur elle de haut » en bas. En son tiers postérieur, elle s'appuye » sur une longue vis placée au dessous d'elle et » fixée dans une troisième branche parallèle aux » deux autres, de moitié plus courte et attachée à » la branche verticale de l'appareil. Si vous faites » tourner cette vis, les deux branches supérieures » se rapprochent ou s'éloignent selon le sens dans » lequel se meut la vis » .
Voilà les divers instruments auxquels Alsaharavius faisait allusion en son chapitre des ulcères de la matrice.