LE TRAITEMENT DES FRACTURES
Le traitement des fractures a été complètement transformé, rénové, par la découverte de Roentgen.
Avant l’emploi des rayons X, on croyait les fractures connues dans leurs moindres détails. Depuis, que de notions nouvelles acquises, que d’erreurs redressées ! Destot (de Lyon) a montré dans ses atlas que seul l’examen radiologique permet d’arriver à la perfection dans le diagnostic. Aujourd’hui, il faut compléter et dire : à la perfection dans la correction.
Grâce aux rayons X, les fractures du col du fémur, les fractures bi-malléolaires (dans ces dernières, on a pu déceler l’existence d’un troisième fragment, le fragment marginal postérieur, parfois très gênant), les fractures du rachis, du poignet, sus-condyliennes du fémur, pour ne parler que de celles-là, n’ont plus de secrets.
Grâce aux rayons X, on surveille et on corrige le travail de la nature pendant toute la durée de la consolidation.
Le dossier d’un fracturé doit toujours contenir quatre clichés, l’un de face, l’autre de profil, pris avant toute réduction, et deux autres, également de face et de profil, pris après réduction.
Le traitement des fractures (je n’envisage que les fractures
DES PROGRÈS RÉALISÉS
fermées) en a été complètement transformé. Dès qu’une fracture a été constatée cliniquement et radiographiée, on doit procéder à la réduction et maintenir cette réduction par un appareil approprié.
La réduction étant supposée réalisée, dans une fracture de jambe par exemple, on doit contrôler par rayons X la position des fragments et la valeur de la réduction. Si ceiïle-ci est absolument satisfaisante, tout est bien. Tout est bien pour l’instant, car dans certaines fractures obliques du tibia, il peut se produire, même après la réduction la plus exacte et malgré l’appareil le mieux appliqué, un déplacement secondaire. L’obliquité du trait de fracture a rendu possible, sous l’appareil plâtré et malgré lui, un peu de glissement des fragments l’un sur l’autre, et un contrôle radiographique fait quatre à cinq jours après la réduction, révélera parfois un chevauchement d’un à deux centimètres : c’est un cas assez fréquent. L’indication est alors formelle, il faut opérer et pratiquer l’ ostéosynthèse qui donnera la réduction mathématique recherchée. L’intervention sanglante est également indiquée si la réduction immédiate n’est pas parfaite ; il faut alors, sans attendre, car l’opération est d’autant plus facile qu’elle est plus précoce, recourir à la suture osseuse.
Au lieu de marcher un peu à l’aveugle dans le traitement des fractures, comme cela était imposé autrefois, on voit que le chirurgien, aujourd’hui, peut tout contrôler jusqu’à l’achèvement de la consolidation. En somme, il est maître de diriger à son gré les événements. Il a vue sur tout ce qui se passe dans la profondeur, il contrôle le travail de la nature, il peut en corriger les erreurs.
Mais de telles manœuvres exigent de parfaites installations chirurgicales, et une asepsie parfaite, elle aussi. On peut même ajouter qu’elles exigent aussi d’excellents chirurgiens.
Prenons maintenant le cas d’une fracture ouverte. La doctrine est depuis longtemps fixée, et Charles Né la ton l’a parfaitement exposée à l’Académie de Chirurgie. Dans toute fracture ouverte, c’est-à-dire avec plaie cutanée communiquant avec le foyer de fracture, il faut, le plus tôt possible, intervenir chirurgicalement, nettoyer, et mettre les fragments en bonne position. La radiographie rend plus faciles les manœuvres. Grâce à elle, nous savons, avant toute incision, le nombre des traits de fractures, leur direction et nous n’arrivons pas en pays inconnu. Mais nous avons aussi appris qu’on peut main-
tenir les fragments en contact avec des prothèses appropriées, ou mieux encore, mettre à distance, loin du foyer de fracture, une broche perforante, comme la broche de Kirschner, qui permettra une traction contrôlable, une réduction contrôlable et une bonne consolidation. Dans ce domaine des fractures ouvertes, les progrès depuis vingt ans, depuis dix ans surtout, sont évidemment incomparables.
La conduite que tiennent de plus en plus les chirurgiens dans le traitement des fractures du col du fémur permet de mesurer, mieux que par iÇ importe quel autre exemple, les énormes progrès réalisés dans le traitement des fractures. Autrefois, on laissait volontiers les fractures du col du fémur, chez les vieillards ayant dépassé 70 ans, abandonnées à ellesmêmes. D’où il résultait un raccourcissement notable, une impotence marquée, et souvent un état douloureux persistant. Aujourd’hui, par des procédés simples, on obtient la réduction aussi parfaite que possible, on la contrôle de suite par les rayons X, et on traverse le grand trochanter, le col, puis la tête fémorale par un clou métallique à ailettes, le clou de Smith Petersen, ce qui permet d’imposer le séjour au lit beaucoup moins longtemps et d’obtenir la guérison sans les séquelles d’autrefois : c’est un immense progrès.