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EPOQUE PRÉHISTORIQUE

Origines de T homme.

« Dès les premiers temps du quaternaire, l’homme peupla la terre. Il sait éviter les grands fauves menaçants, et, comme eux, il chasse les herbivores sans défense.

« A l’époque chelléenne, l’homme campe, sans doute par petites troupes, à l’orée des forêts... Il guette et poursuit les troupeaux... On estime à plus de cent mille le nombre des squelettes de chevaux gisant au pied des roches escarpées de Solutré, et l’on admet que les animaux affolés, poursuivis par les chasseurs et victimes d’une habile stratégie, se précipitaient dans le vide.

« Plus tard, alors que le climat devient plus froid, l’homme se réfugie dans les cavernes ; le cheval et le renne sont ses gibiers préférés. Leurs ossements se retrouvent accumulés dans le voisinage des agglomérations humaines, tandis que la présence d’os brisés et calcinés atteste la cuisson des viandes. »

Puis vient la domestication des animaux. « Il est vraisemblable que les plus précieux d’entre eux bénéficiaient de la chirurgie préhistorique révélée par les archéologues.

« Avec Eâge de bronze, qui s’ouvre vers le milieu du troisième millénaire (environ 2.500 ans av. J.-C.), la vie sociale est établie. On sème le blé, le millet et l’avoine. On trouve dans les cités lacustres du fil, des cordages, des filets, des étoffes. Les animaux domestiques sont exploités pour leurs produits. La laine est travaillée et teinte avec la guède et le kermès... les monuments de l’Egypte et de la Chaldée, les inscriptions gravées dans les stèles, les tablettes et les papyri des tombeaux et des cités enfouies dans le sol nous révèlent les premiers documents de l’histoire. » (Leclainche.)

On ne peut écrire sur l’histoire de la médecine humaine sans parler de l’histoire et des origines de la médecine vétérinaire. ,

A ceux qu’intéressent les premières périodes de l’apparition de l’homme sur la terre, je me permets de conseiller, de nouveau, la lecture du beau volume de mon confrère et ami de l’Académie des Sciences, E. Leclainche ( Histoire de la Médecine vétérinaire, Toulouse, 1936). « Née avec les civilisations primitives et longtemps confondue avec la médecine de l’homme, elle s’en sépare brusquement au temps de Socrate et de Platon. Encore honorée pendant quelques siècles à Rome et à Byzance, elle s’étiole et s’efface pour végéter misérablement, oubliée ou méprisée pendant quatorze cents ans.

« Avec Platon, l’Occident connaît une philosophie nouvelle. C’est l’Ame qui fait la dignité de l’homme et l’apparente aux dieux. Or lame est refusée aux animaux. Rien ne les rattache à l’humanité. Ils ne sauraient bénéficier sans sacrilège de l’art divin qu’est la médecine.

« C’est ainsi que se perpétue, en marge de la médecine de l’homme, une médecine des animaux qui, pendant huit siècles, va être exercée à Rome et à Byzance. Les hippiâtres sont des initiés et souvent des médecins, mais l’entrée du temple leur est interdite.

<( Peut-être — le scepticisme aidant, — les deux médecines se fussent-elles rapprochées si un événement considérable n’avait surgi. Le christianisme conquiert l’empire. Or, il éprouve pour l’animal le même éloignement que les disciples de Platon.

« Ainsi la philosophie de Platon et la religion du Christ se trouvent d’accord pour repousser comme un outrage à la divinité l’id ée de donner les mêmes soins à l’homme et à

ranimai. Alors qu’il a cessé d’être prêtre, le médecin reste un clerc, soumis à une stricte obédience.

« Les médecins de l’homme semblent s’être occupés, dès la plus haute antiquité, de la médecine des animaux ; Mounai- Sou, est distingué du médecin de l’homme, À-Sou.

« Le « Mahavansa » ou chronique cinghalaise, rapporte que le roi Dutha Gamain, mort en l’an 161 avant J.-C., ordonna qu’il y eût un médecin par groupe de dix villages, et qu’on fit bâtir des asiles, sur le trajet des principales routes du pays, pour que l’on prît soin des aveugles et des infirmes. 11 appointa d’autres médecins pour le soin des éléphants, des chevaux et de l’armée (d’après Custom, Histoire de la Médecine, p. 66).

« Historiquement parlant, dit A. Castigliône ( Histoire de la Médecine , Paris, 1931, page 102), la médecine grecque n’est qu’une phase de la pensée médicale à travers les siècles. » Il est certain que les Grecs n’ont rien ignoré des connaissances acquises par la Chaldée, par l’Égypte et par les civilisations de la Perse et de l’Inde.

Certains

actes chirurgicaux

étaient pratiqués à la période

préhistorique.

La preuve en est donnée par la découverte de crânes qui portent les marques de la trépanation. En étudiant ces crânes trépanés, soit à l’âge de pierre au moyen de silex taillés, soit à l’âge de bronze, on peut démontrer que certaines de ces trépanations ont été faites sur le vivant et que les opérés ont survécu, puisque les bords de la perte de substance osseuse portent, sur quelques crânes, les marques incontestables d’un travail de réparation osseuse.

Dans quel but ces trépanations ? On ne peut émettre que des hypothèses. Peut-être pour libérer hors du cerveau des esprits malfaisants (?), peut-être contre certains troubles cérébraux (épilepsie?). Nous n’en savons rien et nous n’en saurons jamais rien. En revanche, rien n’autorise à dire — quelles que soient les études faites à ce propos — que ces trépanations aient été pratiquées sans but, un but que nous ignorerons toujours, un but qui était sans aucune base scientifique réelle, c’est entendu, mais un but qui n’en existait pas moins.

Paul Broca a étudié, dans une monographie parue en 1877 « Sur la trépanation du crâne et les amulettes crâniennes à l’époque néolithique », les crânes perforés trouvés par le doc-

leur Prunières. Le mémoire de Paul Broca avait été communiqué au Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique, 8° session, Budapest, séance du 5 septembre 18T6. Je cite textuellement. Paul Broca étudie « deux pratiques bien différentes, mais cependant liées étroitement l’une à l’autre par une croyance à la fois religieuse et médicale ; je dis médicale sans craindre de fausser l’acception de ce mot, car on sait que chez tous les peuples, la médecine avant de reposer sur l’observation, tire son origine de îa superstition. L’une de ces pratiques consistait à tailler, après la mort , dans le crâne humain, des pièces qui servaient d’amulettes, auxquelles on attribuait des propriétés particulières ; l’autre consistait à faire sur le crâne de l’individu vivant, une perforation méthodique, une véritable opération, analogue à la trépanation que les chirurgiens pratiquent aujourd’hui dans un tout autre but et par un procédé tout différent.

« La découverte des amulettes appartient à M. le docteur Prunières, de Marvejoîs (Lozère). Depuis plus de quinze ans, M. Prunières s’est voué à l’étude des dolmens de la Lozère, qui sont très nombreux et qui étaient presque inconnus avant lui. Il a obtenu une très belle collection, conservée en partie dans sa maison de Marvejoîs, en partie dans le musée de l’Institut anthropologique de Paris.

« Au mois d’août 1873, à Lyon, M. Prunières présenta une pièce d’un genre tout à fait inconnu jusqu’alors. C’était une rondelle osseuse, de forme elliptique, longue de 50 millimètres, large de 38, taillée dans un pariétal humain, et occupant toute l’épaisseur de l’os.

« M. Prunières se basant sur la forme de la rondelle qui ne se prêtait à aucun usage matériel, et sur la perfection du travail de polissage montrant qu’on avait dû y attacher beaucoup d’importance, pensait que ce devait être une amulette,

<( Une autre pièce osseuse, très travaillée, porte des encoches profondes, paraissant destinées à recevoir un lien de suspension.

« Les choses en étaient là, lorsque M. Joseph de Baye m’invita au mois de mars 1874, à aller visiter les grottes sépulcrales artificielles qu’il a découvertes dans la vallée du Petit-Morin (Marne). Au château de Baye, dans l’une des vitrines, se trouvait une rondelle osseuse, taillée dans un pariétal humain et parfaitement semblable à celle de Lyon,

si ce n’est qu’eile était privée d’un trou de suspension, indiquant qu’elie avait été portée.

« La découverte des crânes artificiellement perforés appartient encore à M. Prunières, elle remonte à l’année 1868. »

On pouvait penser que les perforations résultaient de l’ablation post-mortem de rondelles osseuses. Mais Paul Broca remarqua, sur quelques crânes, un ancien travail de cicatrisation, et en conclut que les sections avaient été pratiquées pendant la vie, et même un grand nombre d’années avant la mort. On pouvait donc conclure à des trépanations chirurgicales et à des trépanations posthumes. Et Paul Broca établit les deux faits suivants : « 1° on pratiquait à l’époque néolithique une opération chirurgicale consistant à ouvrir le crâne pour traiter certaines maladies internes, peut-être exclusivement chez les enfants ; 2° les crânes des individus qui survivaient à cette trépanation étaient considérés comme jouissant de propriétés particulières, de l’ordre mystique, et lorsque ces individus venaient à mourir, on taillait souvent dans leurs parois crâniennes des rondelles ou fragments qui servaient d’amulettes que l’on prenait de préférence sur les bords mêmes de l’ouverture cicatrisée. »

Par une série de raisonnements ingénieux, Paul Broca chercha à démontrer que la trépanation chirurgicale, dans la période préhistorique, était dirigée contre les convulsions, l’épilepsie, maladie qui se rencontre dans la jeunesse, ce qui correspond â la jeunesse habituelle, peut-être même constante, des sujets opérés.

« Il est très plausible d’admettre que les hommes néolithiques aient attribué à la substance des crânes trépanés une propriété prophylactique relative à la maladie que la trépanation était censée guérir, c’est-à-dire à l’influence des mauvais esprits, manifestée sous forme de convulsions. C’est peutêtre de là que vint plus tard l’usage médicinal de la substance du crâne humain dans le traitement de l’épilepsie. On en usa et abusa pendant tout le Moyen Age, et même après la Renaissance. De la propriété prophylactique à la propriété curative, il n’y a qu’un pas, et il n’est nullement impossible que l’usage médicinal du crâne humain ait été la transformation de l’usage mystique des amulettes crâniennes. »

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