I. — BLESSURES DE L’OEIL ET DES PAUPIÈRES
Bien que ma compétence en ophtalmologie soit assez limitée, les lésions traumatiques de Vœü sont si fréquentes que je ne puis les passer sous silence.
Il est bien regrettable qu’on ait omis d’adjoindre régulièrement un oculiste au personnel des ambulances de traitement.
Son action préservatrice aurait fréquemment l’occasion de s y exercer, pour le plus grand bien des blessés et pour l’intérêt de l’État.
Sans être ophtalmologiste, il faut cependant faire de V ophtalmologie d’urgence et savoir se passer du spécialiste.
Les corps étrangers libres ou incrustés de la conjonctive ou de la cornée doivent être enlevés et cette petite intervention est vraiment à la portée de tout le monde.
La conduite à suivre est déjà plus délicate en face des gros traumatismes du globe oculaire.
Certainement, il serait recommandable de n’y pas toucher dans les ambulances et de se contenter d’un simple nettoyage à l’eau stérilisée et d’un pansement occlusif aseptique, mais à la condition que le blessé soit évacuable
sans délai sur un service d’ophtalmologie. Seulement les blessés des yeux sont souvent porteurs d’autres blessures qui les rendent inévacuables pour un temps plus ou moins long, et quand un seul œil est atteint, il faut se méfier des accidents provocateurs de l’ophtalmie sympathique.
Alors, on est bien obligé défaire de l’ophtalmologie, en quelque sorte malgré soi.
Voici la ligne de conduite que j’avais adoptée et que je crois pouvoir vous recommander.
Il n’y avait pour moi que deux sortes de traumatismes du globe de l’œil.
1° Les plaies cornéennes ou scléro-cornéennes, s’accompagnant ou non de hernie de l’iris, avec ou sans hypohéma, mais sans perte notable de la tonicité du globe. A ces yeux-là, je ne touchais pas et ne permettais pas qu’on y touche. On se contentait d’instiller dans les culs-de-sac conjonctivaux quelques gouttes de bleu de méthylène et d’appliquer un pansement occlusif.
2° Les ruptures du globe, c’est-à-dire les yeux flasques, réduits à leur coque, plus ou moins vidée. Dans ces caslà, on intervenait, d’une façon différente suivant l’importance des dégâts.
Souvent on peut se contenter de réséquer la moitié antérieure des membranes et de vider à la curette le reste du globe laissé en place, par conséquent sans disséquer la conjonctive : c’est Vémscération, opération simple, facile, qu’on termine par un léger tamponnement de la demi-sphère laissée en place. Je crois que cette manière de faire est avantageuse pour la prothèse ultérieure.
Quand la destruction du globe est considérable, qu’il est réduit à un moignon informe, il faut bien l’extirper tout entier : c’est ce qu’on appelle V énucléation. Il faut
BLESSURES DE LA FACE
garder^ autant que possible, la conjonctive qui s’étalera sur les parties molles du fond de l’orbite et évitera les rétractions, les brides cicatricielles si gênantes pour le placement ultérieur d’un œil artificiel.
hes paupières soni souvent intéressées, en même temps que le globe ou sans lui.
On doit tenter ici de tout conserver. Ne sacrifiez jamais le moindre petit lambeau, quelque doute que vous puissiez avoir sur sa vitalité ; remettez tout en place, comme un jeu de patience, et maintenez par des points de suture à la soie fine.