BLESSURES DU COU
mais il y a une grosse tuméfaction, parfois soulevée par des battements isochrones au pouls : soit battements systoliques discontinus, caractéristiques d’un hématome anévrysmal diffus ; soit battements avec souffle continu, mais à renforcement systolique et avec frémissement spécial, le thrül murmur, qu’on ne méconnaît plus jamais quand on l’a perçu une fois dans sa vie : il s’agit d’un anévrysme artériosO'Veineux.
La situation de ces blessés porteurs d’une plaie souscutanée d’un gros vaisseau artériel, ou d’une plaie similaire d’une grosse artère et d’une grosse veine, est excessivement grave, bien qu’elle soit loin de le paraître au premier abord.
Il ne faut pas perdre de vue que, sans intervention, il y a menace de mort par rupture de la poche et hémorragie secondaire foudroyante, et que d’autre part, l’intervention n’est pas de tout repos, que le blessé a des chances de rester sur la table d’opération, même entre les mains d’un opérateur habile et de sang-froid.
Par la direction du trajet, s’il s’agit d’un séton, par le repérage radioscopique du projectile, quand il s’agit d’une plaie borgne, on commencera par déterminer le niveau approximatif de la blessure vasculaire, de manière à pouvoir se créer une large voie d’accès, et sans crainte de sectionner le sterno-mastoïdien et la clavicule, quand l’hématome est à la base du cou : partie basse de la gouttière carotidienne ou creux sus-clavier.
Il faut une voie d’accès très large, qui permette autant que possible de réaliser le plan idéal suivant : dégager le vaisseau qui saigne, d’abord en amont de la lésion ; placer un fil d’attente qui assurera une hémostase relative pendant qu’on enlèvera rapidement les caillots et
CHIRURGIE d’ambulance
qu’on isolera le segment artériel ou veineux ouvert, pour le saisir entre deux pinces.
Car ce serait pure fantaisie que de tenter autre chose qu’une double ligature artérielle, ou une quadruple ligature artérielle et veineuse, en cas de lésion artériosoveineuse. La suture vasculaire n’est pas de mise en chirurgie de guerre, et je n’ai pas trouvé une seule occasion qui m’ait permis de la tenter. Les dégâts sont tels, l’infiltration sanguine si étendue dans les parois vasculaires, dans les gaines et dans tous les tissus périphériques, qu’une bonne ligature a toujours été la seule façon dont il m’ait été possible de me tirer d’affaire.
Ce plan idéal n’est pas toujours réalisable au niveau du cou, surtout quand l’hématome a son centre tout près de la clavicule. Parfois les plaies superficielles sont à peine incisées, que le sang coule à flots ; on comprime, on pince au petit bonheur, et on ne réussit pas toujours à se rendre maître de l’hémorragie.
Je garderai toujours le souvenir d’une intervention très dramatique, chez un blessé présentant un gros hématome artérioso-veineux sous-clavier gauche, qui resta sur ma table d’opération. Il s’agissait d’un éclat d’obus qui, pénétrant au-dessus de la clavicule gauche, avait été se loger contre la base du cœur.
Dès l’incision de l’aponévrose moyenne, le sang vint à flots et le sujet mourut en quelques secondes.
A l’autopsie, on constata que l’éclat avait tranché la sous-clavière gauche, déchiré sur une longue étendue le tronc brachio-céphalique gauche, pour aller se loger contre la veine cave supérieure.
Que pouvait-on faire dans un cas de ce genre ?
Ces hématomes du cou, surtout ceux de la base, sont extrêmement graves, et je ne suis guère surpris de n’en