III. — ANESTHÉSIE
Il serait d'une grande importance de supprimer, pour les opérés sur l'intestin grêle, les vomissements et les troubles digestifs, qui sont le fait de l'anesthésie ou plutôt de l'anesthésique. Je ne suis pas le moins du monde convaincu de la supériorité de l'éther sur le chloroforme à ce point de vue, et je pense que le chloroforme pur bien administré donne aussi peuque possible de vomissements et produit un minimum d'embarras gastrique. Mais il en donne, comme l'éther en donne; c'est regrettable, mais incontestable.
Si l'opération devait être courte, si le malade était énergique et si Ton pouvait compter qu'il aidera le chirurgien au lieu de le gêner par ses plaintes et ses efforts, il n'y aurait pas à hésiter : il faudrait opérer avec l'anesthésie cocaïnique ; ce serait se ménager de gros avantages pour le traitement post-opératoire, puisqu'on supprimerait ainsi le choc, les vomissements et les troubles gastrointestinaux d'origine chloroformique.
En réalité, l'incision de laparotomie est douloureuse; mais les manipulations intestinales le sont aussi : elles peuvent provoquer des coliques fort pénibles, ainsi qu'il résulte de mes observations personnelles: je conclus donc que, pour user de l'anesthésie cocaïnique, il ne faudrait pas craindre d'acheter un bénéfice post-opératoire au prix de difficultés opératoires quelquefois grosses, et c'est pour cette raison que la majorité des chirurgiens continue à avoir recours à l'anesthésie générale.
Au surplus, d'une série déjà longue d'expériences poursuivies dans mon service à l'Hotel-Dieu de Toulouse, par les soins de mon chef de clinique, M. le Dr Tailhefer, il résulte que l'on peut sinon supprimer, du moins considérablement diminuer, au point de les rendre sans danger, les vomissements chloroformiques par les inhalations post-opératoires d'oxygène. Dans mon service dès que le chloroformisateur jette la compresse, l'opéré respire un ballon d'oxygène de capacité ordinaire. Quelquefois, lorsque l'opération a été longue, deux ballons sont inhalés. J'affirme que j'obtiens de cette pratique les meilleurs résultats; je n'observe plus ainsi ces vomissements prolongés, qui exténuent les opérés, à peine
quelques régurgitations, le plus souvent sans efforts, pendant les premières heures et c'est tout.