CHAPITRE III
COLOPEXIE
Rtymologie. - KwXov, côlon; itr^i;, fixation.
Définition. — La colopexie est l'opération qui consiste à fixer le côlon, au moyen de la suture ou par tout autre moyen, soit à la paroi abdominale, soit à un viscère voisin.
Historique. — La colopexie est une opération jeune ; ellen'a guère d'histoire. J'ai présidé à sa naissance en 1892; je la tiens encore en nourrice, dirigeant ses premiers pas dans le monde chirurgical. Doyen (1894) en a fait un temps de son procédé de gastroentérostomie. Villemin (1896), sous le nom d'entéropexie, a pratiqué, dans un cas de volvulus, une fixation pariétale de l'intestin grêle, qui n'est qu'une copie de la colopexie.
Technique opératoire. — Anesthésie; antisepsie; aides; instruments ; lit, comme pour la colostomie.
Manuel opératoire. — Je suppose que vous opériez pour un prolapsus rectal; il est bon que celui-ci ne soit pas réduit au moment de l'opération qui comprend quatre temps.
ier temps : Ouverture du ventre. — L'incision la meilleure est celle 3e la colostomie iliaque. Cependant, Defontaine voulant exécuter à la fois une hystéropexie et une colopexie, choisit l'incision médiane immédiatement au-dessus du pubis, mais le cas est exeptionnel : vous ouvrirez donc le ventre dans la fosse iliaque gauche.
2e temps: Recherche du côlon. — Le plus souvent, vous découvrirez facilement le côlon à sa place habituelle ; cependant dans les prolapsus invétérés, il se peut qu'il ait émigré ; c'est alors au niveau de l'articulation sacro-iliaque que vous le trouverez. Mais, pour peu que vous ayez quelque peineà le découvrir, priez un aide d'introduire très haut dans la lumière du prolapsus, autant que possible sans le réduire, soit une grosse sonde métallique, soit la main; le côlon pourra ainsi vous être présenté dans la plaie; sinon
introduisez vous-même la main dans le ventre vers le petit bassin, vous sentirez aisément la sonde ou la main qui vous désignent le côlon.
3° temps : Réduction du prolapsus. — La sonde ou la main de l'aide ont été retirées. Saisissez le côlon, amenez-le dansla plaie et dévidez le de bas en haut, dans le ventre, comme s'il s'agissait de rechercher un obstacle dans un cas d'obstruction d'intestin. Pendant ce temps qu'un aide examine le prolapsus entre les cuisses écartées ; au fur et à mesure que vous dévidez, il le voit se réduire . Lorsqu'il est complètement réduit, tirez ferme sur le côlon de bas en haut, de manière à exagérer la réduction et à avaler l'anus au fond du pli interfessier.
4e temps : Colopexie. — La colopexie simple consiste à fixer le côlon à la paroi abdominale, après quoi on referme le ventre. La Colopexotomie est l'opération qui consiste à fixer le côlon à la paroi abdominale au moyen d'une colostomie.
Les procédés de la colopexie simple sont au nombre de trois. Le premier consiste à suspendre le colon au moyen de ses appendices épiploïques. On choisit deux ou trois appendices et on les comprend dans la suture de la paroi abdominale. Verneuil a échoué par ce procédé; Defontaine a réussi.
Le second procédé consiste à comprendre dans la suture de la plaie pariétale la paroi du côlon sur toute la longueur d'intestin visible dans la plaie. On affrontera de larges surfaces, onaccrochera dans la suture non pas seulement la séreuse intestinale, mais le muscle intestinal lui-même principalement au niveau de la bande longitudinale qui est particulièrement épaisse. Le mieux est d'exécuter, entre l'intestin et les lèvres péritonéales de l'incision, une véritable couronne de sutures, comprenant d'une part, la séreuse et la musculeuse du côlon, et d'autre part, la séreuse pariétale et le muscle transverse et le petit oblique comme si on voulait faire une colostomie tangentielle, c'est-à-dire sans hernier le côlon, ni même le suturer à la peau. Vous fermez ensuite la plaie par une suture méthodique à étages.
Il n'est pas nécessaire, d'ailleurs, de fixer le côlon à la paroi abdominale au niveau de la plaie. Je conseille même de le fixer plutôt à la fosse iliaque, ou encore à l'arcade crurale. Evidemment l'exécution de la suture est alors, sinon plus difficile, du moins un peu moins facile, mais le soutien offert au côlon étant fixe est bien meilleur. On fera alors deux ou trois étages de bonnes
COLOPEXIE. 369
sutures parallèles aussi longues que possible, en commençant par la plus profonde que Ton placera au voisinage immédiat de l'insertion mésentérique. On aura soin, jele répète, de mordre dans le muscle, et non pas seulement d'accrocher la séreuse tant du côté de l'intestin que du côté de la paroi abdominale. Lorsque les deux ou trois étages de suture seront placés, on fermera la plaie n'hésitant pas à comprendre encore la paroi du côlon dans le surjet du péritoine pariétal.
Le troisième procédé consiste à suturer à la paroi abdominale non pas la paroi du côlon, mais le mésentère; c'est ce que j'ai appelé la colopexie mésentérique. Pour l'exécuter, je place trois ou quatre points de suture à la soie de la manière suivante. Au ras de l'insertion mésentérique, je perfore le mésentère de part en part avec une aiguille armée d'un bon fil solide (soie n° 2 ou 3). Trois ou quatre centimètres au-dessous, en évitantles vaisseaux, je ramène l'aiguille et son fil, à travers le mésentère; les deux chefs du fil sontainsi dans la plaie, l'anse accrochetoutel'épaisseurdu mésentère sur une hauteur de trois ou quatre centimètres. Je place ainsi quatre anses parallèles distantes de deux outrois centimètres. Cela fait, ou bien je me sers de ces quatre anses de fil pour fermer la plaie pariétale, au moyen d'un premier étage séro-musculaire, qui se trouve ainsi fait de quatre points séparés ; ou bien j'accroche le muscle iliaque ou l'arcade crurale successivement au moyen de chacun des fils isolément serrés et liés.
De ces trois procédés de colopexie simple, le premier me paraît aléatoire, le second et le troisième m'ont également réussi. Il est bieaévident que si l'on voulait, à l'exemple de Doyen, fixer le côlon à un viscère, l'un ou l'autre de ces procédés serait applicable.
Quant à la colopexotomie, pour l'exécuter, il suffit, lorsque le prolapsus est bien réduit, de faire aussi bas que possible, sur le côlon, une colostomie de Maydl-Reclus ou d'Audry-Jeannel.
L'anus artificiel sera ultérieurement fermé par l'un des procédés de la méthode extra-péritonéale que j'ai indiqués. J'affirme, d'ailleurs, qu'il n'est pas juste de prétendre que la cure en soit plus difficile, lorsqu'elle a été ouverte par le procédé d'Audry-Jeannel.
Suites opératoires. Accidents possibles. — La
colopexie dans tous ses procédés est une opération aussi bénigne, sinon plus bénigne que la colostomie. Il m'est arrivé une fois, pratiquant une colopexie simple, chez un homme qui avait eu aupa-
ravant, je ne sais pour quelle cause, une péritonite ayant provoqué ci laissé des adhérences entre le côlon et les organes voisins, de déterminer unecoudure de l'intestin et de l'obstruction intestinale. Il m'a suffit de transformer la colopexie simple en colopexotomie pour obtenir la disparition des accidents. 11 fut d'ailleurs facile de fermer ultérieurement l'anus artificiel au moyen d'une autoplastie.
Indications. — Prolapsus grave du rectum ; la colopexotomie est particulièrement indiquée, lorsque le prolapsus invétéré s'accompagne d'une rectite intense.