ANTISEPSIE INTESTINALE. Q
du champ opératoire exclusivement. Or, à mon avis du moins, le sublimé employé dans ces limites, c'est-à-dire de façon à mouiller non seulement la muqueuse, mais aussi le péritoine viscéral et mésentérique de la région opérée, ne nuit en rien à la réussite de la suture: il produit, au contraire, une irritation légère delà séreuse qui favorise l'adhérence des lèvres suturéés. Mais, malheureusement cette irritation n'est pas limitée aux lèvres suturées; elle s'étend nécessairement à toute la séreuse voisine et il s'ensuit une facilité excessive à la production d'adhérences de la zone opérée avec les parois ou organes voisins, d'où peuvent résulter des coudures avec toutes leurs fâcheuses conséquences. J'ai observé le fait chez deux opérés.
La solution de permanganate de potasse à 1/1000 jouit de propriétés antiseptiques d'une puissance éprouvée. A vrai dire je n'ai guère expérimenté son action chez l'homme que sur la muqueuse qui la tolère parfaitement. Quant à la séreuse, je n'ai point fait de lavage volontaire du péritoine avec cette solution ; mais j'ai touché le péritoine avec des mains, des fils, voire même des éponges, mouillés de permanganate, sans avoir jamais eu à m'en repentir.
Sur mes conseils, MM. Billard et Cavalié, internes des hôpitaux de Toulouse, ont bien voulu instituer une série d'expériences dans le but d'étudier l'action sur le péritoine des solutions de permanganate de potasse habituellement employées dans les salles d'opération, c'est-à-dire à un ou deux pour mille. De ces expériences, qui méritent d'être multipliées, il ressort que chez le chien: i° L'injection perdue dans la cavité péritonéale de i5 centimètres cubes d'une solution de permanganate de potasse à i/iooo, ou de 20 centimètres cubes de la même solution à 2/1000, est parfaitement supportée et ne produit sur la séreuse aucune altération visible à l'autopsie; 20 Le lavage de la cavité péritonéale, au moyen d'une canule introduite à travers une plaie de laparotomie, avec 600 grammes d'une solution de permanganate de potasse à 1/1000, suivie d'une malaxation de l'abdomen pour obtenir l'expulsion de la majeure partie du liquide, a été suivi de mort au bout de 24 heures ; 3° Le lavage abondant, avec une solution de permanganate de potasse à 1/1000, d'une anse intestinale herniée hors de l'abdomen à travers une plaie de laparotomie, lavage suivi de l'assèchement avec une éponge aseptique, a été admirablement supporté. r
Enfin, sur ma demande, mon excellent collègue et ami M Audry a bien voulu faire l'examen histologique d'une anse intestinale abondamment lavée, pendant la vie de l'animal en expérience
avec la solution de permanganate de potasse à i/iooo. Il n'y areconnu aucune altération ni du péritoine, ni de la muqueuse.
Comme sel de potasse, le permanganate peut donc être toxique lorsqu'il est absorbé en grande quantité; mais il n'altère point les éléments anatomiques de l'intestin qu'il touche. Par conséquent l'usage de la solution de permanganate de potasse au titre de i/iooo semble permis, à la condition de le limiter au lavage", hors du ventre, de l'anse opérée ou à opérer et d'éviter le passage de la solution dans la cavité péritonéale où il pourrait être absorbé à trop forte dose.
L'eau salée à 6 ou 7 pour mille est plus généralement utilisée. Elle doit être préférée pour faire un lavage abondant, entraînant mécaniquement les matières suspectes restées adhérentes à la muqueuse. Sous le jet d'eau salée, celle-ci sera frictionnée avec les doigts coiffés d'une compresse; puis, cela fait, on essuiera et tamponnera le plus loin possible dans le tube intestinal au moyen d'une éponge ou d'un tampon monté, imbibé de sublimé ou de permanganate à 1/1000.
La résection ou l'excision de la muqueuse, l'abrasion, suivant l'expression de Chaput, supprime la muqueuse et par conséquent tous les éléments septiques qu'elle contient au niveau de la suture. J'y reviendrai, lorsque je décrirai les procédés de suture où on la pratique.
C. — Antisepsie post-opératoire. — L'opération est terminée : l'intestin est suturé; un dernier lavage du champ opératoire au permanganate ou à l'eau salée est fait ; toutes les parcelles de caillots sanguins sont minutieusement enlevées; l'intestin est réduit dans le ventre; les sutures delà paroi sont exécutées; le pansement est placé. Faut-il, chez le nouvel opéré, continuer un traitement antiseptique post-opératoire? Evidemment oui, cela serait bon. Cependant de deux choses l'une : ou bien le malade a été opéré d'urgence sans préparation intestinale; ou bien il a subi un traitement antiseptique préopératoire. Dans le premier cas, le contact de la suture par sa face muqueuse avec des matières intestinales septiques refoulées dans le bout supérieur et y maintenues pendant l'acte opératoire par l'un ou l'autre des procédés coprostatiques, est inévitable; aussi inévitable qu'est désirable le rétablissement de la circulation intestinale. Or, si la suture est bien faite, bien exacte, l'expérience le démontre, ce contact n'a aucun inconvénient, la réunion des séreuses affrontées étant déjà solide au bout d'un laps de temps très court. Que si, au contraire, l'opéré a subi