ANTISEPSIE INTESTINALE
rer asepsier une muqueuse chroniquement enflammée et pénétrée de colibacilles jusqu'au fond des culs-de-sac glandulaires, dans le cas, par exemple, de certains anus artificiels, accompagnés de diarrhée chronique dépendant justement de l'anus artificiel luimême ? C'est pourquoi l'on peut dire que, si l'antisepsie intestinale préopératoire est un idéal à poursuivre, cet idéal est rarement atteint. Mais heureusement on peut et il faut savoir s'en passer; les succès obtenus dans les opérations faites d'urgence prouvent bien que cela est possible. En somme, la recherche de l'antisepsie de l'intestin a un double objet, à savoir : i° éviter l'inoculation du péritoine au moment de l'acte opératoire qui va ouvrir l'intestin; 2* obtenir un intestin stérile pour que des sutures aseptiques procurent une réunion immédiate. Or la technique de l'antisepsie pendant l'opération, ou antisepsie opératoire, est assez perfectionnée pour atteindre ce double but.
B. — Antisepsie opératoire. — C'est assurément la plus importante, la seule rigoureuse, celle sur laquelle il faut uniquement compter en cas d'opération d'urgence et qu'il faut également pratiquer avec sévérité, même en cas d'opération prévue et préparée. Prévenir l'épanchement du contenu de l'intestin au moment de l'acte opératoire qui va ouvrir celui-ci et, pendant tout le cours de l'opération, stériliser la muqueuse de l'intestin ouvert comme on stérilise la peau sur laquelle on va faire porter l'incision, tels sont les deux désidérata à remplir ; inutile d'expliquer pourquoi. Or, pour prévenir l'épanchement des matières intestinales, la manœuvre comprend plusieurs temps : i° attirer hors du ventre le segment, je dis tout le segment d'intestin sur lequel va porter l'acte opératoire ; 2° entourer l'intestin hernié de linges aseptiques et chauds, qui ferment exactement la plaie pariétale et, par conséquent, la grande cavité péritonéale, désormais protégée et isolée : il faut que ces linges soient assez épais pour n'être pas pénétrés ou traversés par les matières qui vont les polluer; 3° vider par expression, avec les doigts pinçant le tube intestinal, l'anse afférente à la lésion et l'anse efférente. Pour ce faire, l'intestin hernié étant maintenu par un aide, le chirurgien saisit l'anse afférente ou efférente entre le pouce et l'index étendus ou encore entre l'index et le médius comme entre les mors d'une pince, aussi près que possible de la lésion ; puis, aplatissant l'intestin de manière à appliquer exactement ses parois l'une contre l'autre en les comprimant, ilfait glisser ses doigts en fuyant la lésion, jusqu'à dépasser largement la zone d'intestin sur laquelle
il projette d'opérer. Le contenu intestinal est ainsi complètement exprimé, soit vers le bout supérieur, soit vers le bout inférieur ; il reste à en empêcher le retour, c'est-à-dire à obtenir la coprostase. Pour y arriver, il faut exercer sur chacune des anses afférente ou efférente une constriction qui, créant une obstruction intestinale temporaire, arrête la circulation des matières. Plusieurs procédés sont employés à cet effet.
C'est d'abord le procédé de la compression digitale ; un aide saisit chacune des anses entre deux doigts formant pince et les comprime pendant tout l'acte opératoire : mais cela paralyse un aide, et il le faut sûr et bon ; en outre, la pression des doigts, si l'opération se prolonge, devient inégale, trop forte ou trop faible, donc infidèle. C'est ensuite le procédé de la compression au moyen de pinces spéciales, dont je parlerai plus loin en décrivant les instruments : épingles anglaises, pinces de Trêves, de Chaput, de Rydygier, de Roux, de Mac Laren, de Makins, de Mathieu, etc., etc. ; procédé excellent, à condition que la pince trop serrée n'écrase pas, c'est-à-dire ne contusionne pas l'intestin. C'est enfin le procédé de la ligature temporaire passée autour de l'intestin, ligature à la soie, à la gaze, c'est-à-dire faite avec une lanière de gaze aseptique ou antiseptique, ligature élastique : bon procédé encore -, à condition que le lien soit large et la ligature point trop fortement serrée, sous peine devoir la muqueuse et la musculeuse se couper au niveau de la constriction.
Voilà donc le champ opératoire intestinal vidé et la coprostase assurée. Le chirurgien ouvre.l'intestin pour le réséquer, par exemple ; il faut ici qu'il prévoie un épanchement possible de liquide intestinal septique, malgré les manœuvres précédentes. C'est pourquoi, une compresse aseptique ou une éponge doit être tenue tou* au voisinage de l'incision intestinale prête à recevoir le liquide épanché. L'intestin est ouvert, sectionné ; sans retard, il faut faire l'hémostase et asepsierla muqueuse.
L'hémostase est obtenue par pincement ou par ligature des vaisseaux.
Pour asepsier la muqueuse, deux moyens : le lavage et la résection. Le lavage doit être soigné. Le liquide employé ne doit pas endommager le péritoine viscéral qu'il touchera sûrement ; c'est pourquoi les antiseptiques puissants, tels que le sublimé, doiventêtre employés avec prudence. Delbet (1891) a bien montré le danger des lavages de la cavité péritonéale avec les solutions de sublimé même faibles ; mais il ne s'agit pas ici de lava ges généraux et abondants, comme on les fait dans la péritonite : il s'agit de lavages locaux