ABLATION DE LA GLANDE LACRYMALE
Si, en dépit du traitement inslitué précédemment, le larmoiement persiste, ce qui n'est pas rare en dépit de la perméabilité des voies lacrymales, la glande lacrymale étant toujours altérée dans le larmoiement chronique et souvent hypertrophiée, il devient nécessaire de l'enlever. L'ablation de cette glande fut pratiquée tout d'abord par Velpeau et P. Bernard qui enlevaient la portion orbitaire. Wecker, en s'adressant à la portion palpébrale, simplifia beaucoup l'opération.
On se bornera à l'ablation de la portion palpébrale, opération très simple, ne laissant aucune trace et plus efficace que l'extirpation de la glande orbitaire, car elle supprime à la fois la sécrétion palpébrale et la sécrétion orbitaire par oblitération des canaux excréteurs de cette dernière 2.
Jo ABLATION DE LA \PORTlON PALPÉBRALE
Manuel opératoire. — Après l'anesthésie à la cocaïne, associée à l'anesthésie locale et à l'analgésie régionale, la paupière supérieure est renversée en haut à l'aide d'un crochet érigne, tandis que la plaque de métal, introduite profondément dans le sillon oculo-palpébral supérieur, fait saillir la glande sous le fornix (fig. 363). Si la fente palpébrale est rétrécie, chez les trachomateux par exemple, on peut inciser le canthus externe au préalable (canlhoplastie).
Premier temps. — Incision de la conjonctive. — Elle est faite suivant le grand axe de la glande, au-dessous du bord supérieur du tarse, depuis la commissure externe jusqu'à l'union du tiers externe avec le tiers moyen du cul-de-sac conjonctival.
Deuxième temps. — Dissection de la glande. — Les deux lèvres de l'incision sont renversées en haut et en bas à l'aide de deux pinces
1. BciUUllO H'.), Cautérisation avec ablation de la ylande lacrymale. Paris, in-S", 1815, p. 11.
2. l,<; reproche adressé » l'opération de pouvoir entraîner le dessèchement «Je
la Conjonctive <•! de la COmé0 n'exitta pas, car l<;s glandes lacrymales accessoires
«le kran*<; el A. Terson sont suffisantes pour lubrifier la cornée,
OPÊRATIOXS SUR U APPAREIL LACRYMAL
fixatrices et ta glande apparaît sous forme d'un petit pancréas (fig. 363).
Sou extrémité interne est saisie avec une pince, renversée en dehors et détachée ù petits coups avec les ciseaux courbes pointus, en allant de dedans en dehors, vers l'extrémité externe qui s'enfonce latéralement jusque sous la commissure externe, derrière le ligament palpébral.
Fig. 363. — Ablation de la glande palpébrale.
La paupière ayant été fortement érignée, la conjonctive a été incisée suivant le grand axe de la glande; ses deux lèvres sont rabattues et la glande est saisie et attirée eu avant.
L'hémorragie apparaît surtout à la fin, au moment de la section de l'extrémité externe de la glande qui entraîne l'ouverture de deux petites artères; des pinces hémostatiques sontrarement nécessaires, la compression suffit.
ïroisïèsie temps. — Sulure des lèvres de la plaie, qui n'est pas indispensable, par un ou deux points de catgut. Un pansement sec est appliqué dès que l'hémorragie cesse et le malade peut être congédié. L'ecchymose qui survient d'ordinaire disparaît les jours suivants1.
Résultats. — L'amélioration est toujours très réelle et souvent le
1. Betiremieux préconise, au lieu de l'ablation, la destruction à l'aide du galvano-cautère des conduits excréteurs de la glande qui viennent débouchée dans le cul-de-sac. Il pratique à sa surface des cautérisations superficielles, répétées à quelques jours d'intervalle. La rétraction cicatricielle aurait pour résultai l'oblitération des canaux excréteurs avec atrophie secondaire de la glande, comme cela s'observe après tes rétractions consécutives aux brûlures, au trachome ou à ta conjonctivite diphtérique (liETTREMiEix, Journ. d'ocitl. du Nord de la France, J893).
OP.-IUTiOSS SiJR L'APPAREIL SÉCRÉTEUR
larmoiement disparaît. L'opération, exemple de dangers, peut être pratiquée non seulement dans les affections propres de la glande (dacryops, fistules, tuberculose, etc... *, mais dans tous les cas de larmoiement incoercible, que les voies lacrymales soient perméables ou non. Le succès est un peu moins certain dans ce dernier cas (A. Terson).
Les complications sont- insignifiantes. La blessure du rclevcur n'est pas à craindre si on évite de prolonger l'iucision et la dissection du côté interne. De même la blessure du droit externe, avec diplopie homonyme consécutive, ne pourrait résulter que d'une manœuvre maladroite en dehors. On a signalé à la suite.de l'opération un léger catarrhe de la conjonctive (Panas, Terson); il cède rapidement sous l'intluence du traitement.
Un inconvénient qui survient quelquefois est l'apparition, sous une influence psychique, d'une conjonctivite hyperhémique fugace, avec injection et vascularisation abondante, sans aucune sécrétion.
Cette petite complication, due sans doute à un défaut d'équilibre dans le fonctionnement de la glande (la vaso-dilatation périglandulaire continuant à se faire et n'étant plus suivie de sécrétion), est insignifiante chez les adultes ; mais elle mérite de retenir l'attention chez les enfants, très enclins au larmoiement psychique