Chirurgie de l'uretère
Il n'y a pas encore trente ans que le rein a marqué sa place en chirurgie. En ce court espace de temps les opérations sur cet organe se sont tellement multipliées, la technique de ces interventions a fait surtout des progrès tellement rapides que le rein possède aujourd'hui en médecine opératoire un des chapitres les plus riches en faits et en règles précises.
Cette richesse offre un contraste frappant avec l'état de pauvreté dans lequel la chirurgie de l'uretère est restée jusqu'à ces dernières années. Aussi, il y a 5 ans, M. Le Dentu pouvait encore écrire : « La médecine opératoire de l'uretère se réduit à fort peu de chose pour le moment : elle est surtout expérimentale. Ce n'est pas une raison de penser qne dans quelques années elle ne se sera pas constitué une histoire. »
Ce n'est pas dans l'ignorance des affections de l'uretère que ce retard peut trouver son explication. La pathologie Glantenay î
de ce conduit, créée par Chopart, s'était enrichie de travaux remarquables témoignant de la part souvent importante et individuelle que les lésions de l'uretère peuvent prendre dans les affections des voies urinaires supérieures.
Bien plus: les indications opératoires devenaient pressantes, dans les cas d'anurie par obstruction bilatérale des uretères, ou bien quand, au cours d'une laparotomie, l'un de ces conduits venait à être intéressé. Néanmoins dans ces circonstances les chirurgiens préféraient en général s'adresser au rein pour y créer une fistule ou pour en pratiquer l'ablation.
C'est d'abord à l'insuffisance de notions anatomiques précises permettant la découverte facile du conduit qu'il faut, croyons-nous, attribuer ce retard de la chirurgie urétèrale. Ne voyons-nous pas Morris en 1884 affirmer que la portion moyenne de l'uretère est inaccessible au chirurgien ? Puis lorsqu'on a commencé à s'inquiéter de la médecine opératoire de l'uretère, c'est à l'expérimentation que l'on s'est adressé pour y chercher la solution de toutes les difficultés opératoires. Les échecs obtenus par cette méthode ont été tellement nombreux qu'il en est résulté une sorte de découragement parmi les chirurgiens.
Si dans l'appréciation des résultats précédents on s'était préoccupé davantage des conditions spéciales créées, dans chaque cas particulier, par l'anatomie pathologique et la clinique, on se serait vite aperçu que l'uretère pathologique constitue un terrain opératoire souvent bien plus avantageux que l'uretère normal.
Telles sont les lacunes qui justifient la publication de Ce travail.
Dans un premier chapitre nous essayons d'exposer l'anatomie topographique de l'uretère et du bassinet. Malgré le nombre et l'importance des travaux accumulés sur ce sujet dans ces dernières années, nous avons rencontré quelques points encore peu étudiés, par exem-
pie le calibre de l'uretère, sa vascularisation et les rapports de sa portion lombaire.
Les données précédentes trouvent immédiatement leur application dans le deuxième chapitre : De la découverte chirurgicale de l'uretère.
Grâce à ces préliminaires il nous est permis d'entreprendre en toute sécurité l'étude de la médecine opératoire de ce conduit dans la seconde partie de ce travail. L'urètèrotomie, la résection de l'uretère, et l'urétèrectomie font chacune l'objet d'un chapitre spécial. Conformément aux idées générales énoncées précédemment, sans négliger les données expérimentales, nous les avons reléguées au second plan, nous préoccupant surtout de juger le chemin déjà parcouru dans la chirurgie de l'uretère par une analyse attentive des observations cliniques.
M. le professeur Guyon ne nous a pas seulement donné l'idée de ce travail : ses conseils nous ont constamment guidé au cours de nos recherches. Nous saisissons avec bonheur cette occasion de le remercier de l'extrême bienveillance qu'il n'a cessé de nous témoigner pendant le temps où nous avons pu prohter de son précieux enseignement à l'hôpital Necker.
Nous avons eu aussi pour maîtres dans les hôpitaux, M. le professeur Jaccoud, M. le professeur Berger, MM. Reclus, Nèlaton, Poirier, Gampenon, Netter, Chaput et Albarran. Qu'il nous soit permis de leur exprimer ici notre profonde reconnaissance.