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SPINA VENTOSA

Synon. : Doigt scrofuleux. — Dactylite strumeuse infantile. — Ostéomyélite chronique des métacarpiens et des phalanges.

Sous ce nom de spina ventosa on désigne une affection propre aux enfants plus ou moins entachés de scrofule, ayant pour siège presque exclusif les os longs de la main et du pied et caractérisée par une tuméfaction diaphysaire indolente à marche chronique.

Gœtz appuie l'excellent travail qu'il a publié sur cette affection sur 35 cas observés à l'hôpital Sainte-Eugénie. La première enfance semble prédisposer à la production de la maladie :

de 1 h 4 ans, 21 cas.

Ajoutons que le sexe masculin semble plus souvent atteint, 22 garçons pour 13 filles ;

Le traumatisme et la dentition, qui ont été considérés comme • les causes occasionnelles les plus fréquentes, ne semblent pas jouer un rôle important dans la production de la maladie.

La main est plus fréquemment atteinte que le pied ; et les doigts que les métacarpiens. L'affection se montre presque

exclusivement sur la première phalange ; enfin le troisième métacarpien et la première phalange du troisième doigt sont le. siège de prédilection de la maladie, qui peut atteindre simultanément plusieurs os.

Sans entrer dans le débat encore ouvert sur la nature de la scrofule, l'observation clinique démontre que l'affection s'observe presque toujours sur des enfants à manifestations scrofuleuses sur la peau, les yeux ou les ganglions.

Au début les symptômes passent en général inaperçus : la douleur est nulle et la tuméfaction, lors même qu'elle est assez notable, ne gêne en aucune façon les mouvements du membre.

Au bout d'un temps plus ou moins long l'augmentation de

Fig. ;sy. — Spina ventosa (collection Parrot).

volume de l'os devient apparente. Lorsque la lésion siège sur un métacarpien, on constate sur le dos de la main une tumeur de volume variable, arrondie légèrement, allongée dans l'axe de l'os malade.

Lorsque la première phalange est atteinte, elle prend la forme d'un cylindre, d'une bouteille, d'un fuseau, d'un radis : elle est toujours surmontée des deux phalanges qui sont absolument saines. L'élongation de tout le doigt a été constatée une seule fois et est difficile à expliquer. Pendant toute cette période la

peau reste normale, les douleurs sont nulles et il n'existe aucune grue des mouvements.

Il est 1res rare que la résolution se produise, et le plus habituellement au bout d'un temps plus ou moins long la peau devient rouge, luisante, mince ; il existe une, sensation de fluctuation en un point qui s'ulcère spontanément ou est incisé par le chirurgien.

L'ulcération ainsi produite siège toujours à la face dorsale ou sur les parties latérales de l'os atteint, jamais à la face palmaire ; ses bords sont rouges, violacés, inégaux, décollés, son fond est rempli de fongosités saignant au moindre contact. Par l'orifice fistuleux s'écoule une sérosité louche sanguinolente, inodore, formant quelquefois à la surface de la plaie une croûte épaisse masquant l'ulcération. L'exploration avec le stylet montre l'os dénudé sur une étendue plus ou moins considérable ; quelquefois même on pénètre par un orifice dans l'intérieur de la cavité médullaire. Même à cette période la maladie est indolente, et les mouvements sont à peine gênés.

Lorsque l'état général est bon, la guérison est fréquente ; l'os malade s'élimine peu à peu, les orifices fistuleux s'oblitèrent et il se fait une cicatrice déprimée, gaufrée, indélébile. Les doigts restent presque toujours raccourcis par suite de l'élimination d'une partie ou de la totalité de la phalange ; les articulations, le plus habituellement indemnes, fonctionnent parfaitement après la guérison.

On ne confondra pas le spina ventosa avec les engelures, en se rappelant que dans cette maladie la peau prend dès le début une coloration violacée. De plus dans ce dernier cas le gonflement est superficiel, douloureux, et l'ulcération, lorsqu'elle se produit, succède aux premiers symptômes et cède rapidement à un traitement approprié.

La dactylite syphilitique s'accompagne ordinairement d'accidents articulaires et se distingue par l'efficacité du traitement spécifique.

Les chondromes ont été longtemps confondus avec la dactylite strumeuse. Les deux affections se montrent sur des sujets jeunes, mais le chondrome évolue très lentement et le doigt atteint est déformé par une série de petites tumeurs, tandis que dans l'affection scrofuleuse on a affaire à une maladie de toute la diaphyse.

Les sarcomes, très rares chez les enfants, se distinguent par leur évolution rapide et douloureuse.

L'ostéite, la carie, sont caractérisées par la douleur, la marche rapide, la fétidité de l'écoulement ; l'exploration avec le stylet permet de reconnaître facilement les altérations du squelette. Dans les tumeurs blanches les cartilages sont altérés, les mouvements de latéralité de l'articulation douloureux et plus étendus qu'à l'état normal.

. Le pronostic du spina ventosa est relativement favorable. L'affection reste souvent stationnaire pendant un temps assez long, mais elle finit ordinairement par guérir sans impotence fonctionnelle. C'est l'état général du malade qui fournira les indications pronostiques les plus probables.

L'anatomie pathologique du spina ventosa a été surtout bien étudiée par Parrot dont, nous résumons ici les recherches. La peau et les parties molles présentent, à toutes les époques de l'évolution morbide, les caractères d'une inflammation subaiguë. Elles sont rouges, congestionnées, imbibées de lymphe coagulable, infiltrées de cellules lymphatiques et de corpuscules embryonnaires. Plus tard il s'y développe du tissu fibreux qui par sa rétraction détermine des cicatrices irrégulières et profondes.

Le périoste épaissi, congestionné, est décollé dans une étendue variable. Dans la moelle et les alvéoles du tissu spongieux on trouve de petites masses arrondies, grisâtres ou jaunes, caséeuses et présentant la plus grande analogie avec les granulations ou les noyaux tuberculeux. La matière tuberculeuse, en s'étendant du centre à la périphérie, finit par irriter la diaphyse et son enveloppe.

Le périoste secrète des dépôts pins épais, plus abondants et d'une structure nouvelle. Leurs trabécules laissent entre elles de larges lacunes qui, contrairement à ce qui a lieu pour le tissu normal, sont perpendiculaires à l'axe de la diaphyse. A l'intérieur il se fait un travail d'atrophie gélatiniforme. Ainsi, tandis que l'os dans la région malade augmente son diamètre et devient fusiforme, il s'évide à l'intérieur où se creuse une cavité beaucoup plus considérable que la région occupée normalement par le tissu spongieux et la moelle. Dans le cours de l'affection on voit souvent des îlots de tissu spongieux et même de la diaphyse circonscrits par la substance gélatiniforme se détacher du reste de l'os et former de véritables séquestres.

Les articulations ne sont presque jamais atteintes.

Ces recherches démontrent d'une manière irréfutable que le spina ventosa estime affection tuberculeuse, car dans les nodules grisâtres qui sont le point de départ de l'affection, on trouve tous les éléments des granulations tuberculeuses des autres viscères : petites cellules rondes, tassées les unes contre les autres, cellules géantes et cellules épithélioïdes.

Lannelongue a trouvé fréquemment comme complications du spina ventosa des abcès situés dans les parties voisines et dont la paroi renferme un grand nombre de follicules tuberculeux.

Les travaux de cet auteur confirment les vues de Delpech, Besnier, Brissaud et Josias sur l'existence des gommes scrofuleuses comparables aux gommes syphilitiques.

La médication consiste d'abord à modifier l'état général par des toniques et des reconstituants de toutes sortes : bonne alimentation, huile de foie de morue, préparations iodées, bains sulfureux ou salés. Localement on prescrira des badigeonnages iodés, l'immobilisation, les pansements antiseptiques. On pourra enfin, dans certains cas, recourir pour hâter la marche de la maladie à la résection sous-périostée ou plutôt à l'évidement de l'os malade.

DACTYLITE SYPHILITIQUE.

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