TUMEURS VASCULAIRES
Les tumeurs vasculaires se montrent fréquemment à la main et aux doigts. Elles sont cutanées, sous-cutanées ou profondes.
Elles affectent deux formes distinctes : l'une circonscrite, sans pulsation et sans tendance à la dilatation des vaisseaux voisins (angiome proprement dit); l'autre diffuse, pulsatille, avec dilatation progressive des artères afférentes (tumeur cirsoïde).
A. On trouve fréquemment à l'extrémité des doigts de petites tumeurs érectiles, caverneuses qui sont souvent confondues avec des verrues : même couleur, même consistance, même aspect. Quand ces tumeurs deviennent plus grandes, elles sont bleuâtres, assez nettement circonscrites, et se composent de lobes plus ou moins nombreux, provenant de la dilatation des veines souscutanées {angiomes phlébogènes, sous-cutanés de Wircbow).
Ces pblébartériectasies veineuses constituées au début par de
Fig. 68. — Phlébartériectasie veineuse (Musée Dupuytreo, n° 345).
petits angiomes peuvent amener successivement la dilatation variqueuse de tout le système veineux du membre supérieur (Scbub, Pitha, Vogt, Ricbet).
Les angiomes peuvent s'accompagner d'bypertropbie fibreuse avec dilatations lymphatiques et constituer ainsi des tumeurs mixtes.
Les angiomes lipomateux ont été rencontrés à la main parLebert et Duplay. Ils sont constitués par un grand nombre d'éléments graisseux, entourés de capillaires, sur le trajet desquels on trouve des sacs formant de véritables anévrysmes. En augmen-
tant de volume l'eclasio vasculaire fait disparaître le lissu adipeux.
. Les angiomes caverneux sont quelquefois multiples. Esmarch en a trouvé quarante, et Schuh cent sur l'avant-bras et la main d'un seul individu. Leur volume variait entre une tète d'épingle et une noisette. Ces tumeurs sont quelquefois congénitales (Wirchow, Cavassc); le plus souvent elles se développent chez l'adulte, spontanément par dilatation des vasa vasorum ou à la suite d'un traumatisme.
Les angiomes siègent tantôt sur un doigt seulement, tantôt sur toute la main. La maladie ne semble pas avoir de siège de prédilection et elle occupe la peau, les muscles, quelquefois même l'épaisseur des os (Schuh). Ces tumeurs présentent une coloration bleuâtre, grise par places, et elles offrent une consistance assez solide, quelquefois spongieuse. Il peut arriver que la peau soit amincie ou ulcérée. Tantôt ces tumeurs sont réductibles, tantôt elles ne le sont pas. La compression circulaire de l'avantbras, en mettant obstacle au retour du sang, les dilate. Enfin on a signalé de ces productions qui, au moment des époques menstruelles, devenaient le siège d'une exsudation sanguine.
Le diagnostic est en général facile, bien que Dupuytren ait confondu un angiome avec un lipome de l'éminence thénar datant de l'enfance.
Tous les traitements ont réussi. On a préconisé la ligature et l'extirpation pour les tumeurs pédiculées; contre les taches érectiles on a surtout employé avec succès les injections coagulantes et les cautérisations. Quelques cas cependant semblent rebelles à tout traitement, et Michon, après avoir lié en vain la radiale, dut pratiquer l'amputation du bras.
B. Les anévrysmes cirsoïdes forment des tumeurs diffuses pulsatiles dues à une dilatation progressivement croissante des artères et des capillaires.
Quelquefois congénitales, ces tumeurs peuvent, dans certains cas, n'être que la transformation d'une tumeur érectile ; le plus souvent elles surviennent sans cause connue (Gozzoli), bien
que dans quelques cas on puisse attribuer leur production à un traumatisme : coup (Demarquay), morsure (Krause).
La maladie se développe ordinairement d'une manière lente et met plusieurs années avant de produire des troubles graves. On
observe alors, le plus ordinairement sur la face palmaire, une tumeur mal délimitée, molle, réductible.
La peau qui la recouvre est normale: quelquefois cependant on observe des dilatations veineuses bien accentuées. A la vue et au toucber on constate des battements et des mouvements d'expansion isocbrones à ceux du pouls, que la compression artérielle fait disparaître.
La compression veineuse au contraire rend la tumeur turgescente. A l'auscultation on constate l'existence d'un souffle doux et intermittent; lorsqu'on appuie plus fortement le stbétoscope, le souffle devient continu avec renforcement au moment de la diastole artérielle.
Quelquefois on peut constater du frémissement vibratoire ou tbrill.
La tumeur augmente peu à peu de volume et la dilatation gagne les artères de l'avant-bras et du bras (fig. 69). Il peut également survenir des douleurs et des bémorrbagies consécutives à une ulcération de la peau.
Quand l'affection est bien développée on observe également à la suite d'une nutrition plus active du membre une élévation de
Fis;. G9.
- Anévrysme cirsoïde (Breschet).
la température, une sécrétion plus abondante des glandes sudoripares et sébacées, une desquammation épidermique plus considérable, quelquefois même une hypertrophie plus ou moins étendue.
Le diagnostic avec l'anévrysme se basera surtout sur le siège de la tumeur, sa limitation, plus nette dans le cas d'anévrysme, l'étiologie et la nature des mouvements d'expansion.
Le diagnostic avec la tumeur érectile, impossible au début, ne peut se faire que lorsqu'il y a dilatation des artères afférentes.
Le pronostic est grave, et sur les douze cas réunis par Polaillon, il n'y a que trois guérisons.
Le traitement a été des plus variables.
La compression n'a été employée que comme palliatif.
La ligature des artères afférentes a amené une fois la guérison entre les mains de Lawrence.
La ligature des artères de l'avant-bras ou de l'humérale est dangereuse et n'a pas donné de résultats satisfaisants.
L'ablation de la tumeur sera rarement possible à cause de l'absence de limites précises.
Aussi aura-t-on recours, soit aux courants continus pour amener la destruction lente de la tumeur, soit à la coagulation au moyen d'injections répétées de perchlorure de fer à 30°, étendu de moitié d'eau. Dans ce dernier cas, il faut au préalable déterminer dans la tumeur un arrêt de la circulation en établissant sur le bras ou l'avant-bras la compression artérielle qui sera maintenue pendant dix minutes au moins. On injectera ensuite en différents endroits, au moyen d'une seringue de Pravaz, quelques gouttes de perchlorure de fer.
Il faut avoir bien soin de commencer par des doses très faibles, de manière à obtenir la coagulation et à éviter la production d'une inflammation trop violente qui amènerait la formation d'une escharre et des hémorrhagies consécutives.