CHUTE DU RECTUM. INVAGINATION
qui se présentent toujours dans des circonstances identiques. Ces enfants, qui crient généralement beaucoup, ont à la marge de l'anus une tumeur violacée qui tend à grossir sous l'influence des cris. Cette tumeur a tantôt la forme d'un bourrelet, de la grosseur d'une noix, quelquefois beaucoup plus gros ; tantôt la forme d'un cylindre assez long. En général, elle se réduit facilement, au moins pour un temps. C'est là ce qu'on appelle le prolapsus, la chute du rectum, qui existe à l'état normal chez certains animaux, comme le cheval, et qui se rencontre ordinairement chez des enfants débiles, sujets à une défécation soit fréquente, soit accompagnée d'efforts, comme dans la diarrhée, la constipation, les polypes du rectum, les vers intestinaux, etc.
Au premier abord, rien ne semble plus facile à reconnaître qu'un prolapsus du rectum. Il s'en faut pourtant qu'il en soit ainsi, du moins si l'on réserve cette dénomination à l'issue de la muqueuse du rectum par L'anus; car ce n'est pas toujours la partie inférieure de cette muqueuse, accompagnée ou non par les tuniques sous-jacentes, qui, retournée en doigt de gant, vient procider à l'extérieur ; quelquefois, c'est la portion supérieure du gros intestin ou même une anse de l'intestin grêle.
Dans le premier cas, il y a chute ou prolapsus vrai du rectum, lequel peut être, d'ailleurs, compliqué d'invagination.
Dans le second, qui est d'ailleurs beaucoup plus rare, il y a invagination vraie, soit de l'extrémité supérieure du rectum, soit de portions d'intestin plus ou moins élevées, insinuées dans l'extrémité inférieure du rectum restée fixe, à la manière d'un doigt de gant qu'on fait rentrer en luimême ou du tube d'une longue vue. Pour que cette condition se réalise, il faut évidemment qu'il n'y ait pas prolapsus de l'extrémité inférieure du rectum.
Cette distinction a paru suffisante à certains auteurs (Saviard, Chaussin), pour mériter deux descriptions différentes, tandis que d'autres, comme Grossart et Gosselin, ont cru y voir seulement deux degrés d'une même affection qu'ils caractérisent le premier de prolapsus partiel et de prolapsus complet; le second de prolapsus de la muqueuse et de prolapsus invaginé.
Ces deux divisions pourraient vous faire tomber dans une grave erreur, si elles vous conduisaient à considérer l'invagination comme l'accomplissement du prolapsus, tandis que l'invagination peut accompagner un prolapsus léger et ne pas exister dans un prolapsus complet. Il y a, en réalité, à considérer trois éléments : réversion de la muqueuse du rectum, le prolapsus de toutes les tuniques du rectum, qui est, à proprement parler, le prolapsus complet, et l'invagination simple ou double, c'est-à-dire la chute à travers l'anus d'un bout supérieur de l'intestin. Cette dernière lésion est si peu le résultat des autres que, si l'invagination simple se rencontre dans réversion de la muqueuse comme dans le prolapsus total des tuniques du rectum, l'invagination double suppose au contraire, comme nous l'expliquerons, l'intégrité du segment rectal inférieur et n'a de commun avec l'affection qui nous occupe que l'apparence extérieure.
Pour nous, tout en nous réservant sur la conduite à tenir lorsque l'intervention chirurgicale sera requise pour l'un ou l'autre cas, dont le diagnostic sera toujours soigneusement établi, à cause des complications péritonéales que peut amener la présence d'une portion supérieure de l'intestin dans la tumeur, nous donnerons le nom de prolapsus rectal, dans tous les cas, à l'issue, par l'orifice anal, d'une portion plus ou moins étendue d'intestin.
Voyons quelle estYanatomie pathologique de cette affection et considérons d'abord le prolapsus ou, comme l'ap-