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FRÉQUENCE DES DÉVIATIONS RACHITIQUES

La question du traitement chirurgical de ces déviations, opposé à la quasi-abstention qui prévaut généralement en France, est une question actuellement à l'ordre du jour, et je ne puis mieux inaugurer la nouvelle série de ces leçons dont des circonstances imprévues m'ont fait retarder l'ouverture, qu'en vous parlant de cette question qui est pour moi, dès maintenant, entièrement résolue, au moins par rapport à la chirurgie des enfants,

Une première question doit d'abord être discutée. Y a-t-il intérêt à modifier le traitement institué jusqu'ici pour les déviations rachitiques du membre inférieur chez les enfants? Certes il n'y a aucun intérêt professionnel pour le chirurgien à ce changement et celuiqui l'accuserait de chercher, comme on dit, à faire des opérations et à élargir sa clientèle, se tromperait singulièrement sur la nature de la clientèle qui peut être obtenue par ce moyen, car le rachitisme, surtout celui qui s'accuse par des déviations du membre inférieur, est une maladie de pauvres et le chirurgien qui épouse cette cause ne peut être soupçonné d'autre chose que d'aimer son art. Sa clientèle, très nombreuse du reste, ne me paraît pas destinée à lui fournir des satisfactions d'un autre ordre.

Je ne me rappelle pas, pour mon compte, avoir observé des cas de déviations rachitiques bien confirmées parmi les classes aisées ; tout au plus en ai-jc vu deux cas légers dans les collèges dont je suis chirurgien. En revanche l'hôpital en regorge, à la consultation, et le dispensaire du parvis nous en offre, tous les mercredis, une série de huit à quinze environ.

Tel est l'effet combiné de la mauvaise hygiène infantile, de l'alimentation défectueuse, de l'habitation dans des locaux humides et sombres. Une inégalité aussi grande dans le sort des jeunes sujets, suivant leur situation dans le monde, es*

bien faite pour assurer aux moins pourvus la sympathie de l'homme et les soins du chirurgien, mais il y a un intérêt général qui prime ces sentiments, respectables d'ailleurs, celui du pays. En effet, les registres du recrutement témoignent d'un nombre considérable de sujets, sains d'ailleurs et valides, qui ont été écartés du service militaire, comme cagneux ou bancals ; d'autre part, les registres des maternités regorgent de cas de dystocie, dus au rétrécissement rachitique du bassin, qui ont nécessité l'emploi du forceps ou même la céphalotripsie, quelquefois au prix de deux existences, celle de la mère et de l'enfant.

Calculez donc le nombre de citoyens que leurs malformations rendent impropres au service : celui dés enfants qui succombent à la suite des opérations relatées ci-dessus. celui des femmes, quelquefois déjà mères et laissant des orphelins, qui succombent dans ces sortes d'opérations, et vous demeurerez convaincus que s'attaquer à une affection aussi nuisible aux forces vives du pays, est une campagne aussi féconde en résultats sociaux qu'elle est stérile en avantages personnels pour le chirurgien qui l'entreprend.

Est-ce à dire que le traitement de ces affections soit une chose tellement nouvelle, et quelle conduite a-t-il été tenu habituellement jusqu'ici à l'égard des enfants atteints de déviations rachitiques des membres ?

Ordinairement, quand on présente à un homme de l'art un enfant du premier âge dont les jambes sont déviées, il répond à la mère : Votre enfant est trop jeune pour supporter les appareils avec lesquels on le redressera plus tard, repassez, dans deux ans, dans un an, dans six mois...

A l'âge de trois ans des appareils dits redresseurs sont appliqués. Les résultats sont contrôlés tous les trois mois, et malgré l'envie bien naturelle que nous avons de les trouver excellents, nous sommes forcés, souvent, d'avouer que ces

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