TRACTION BRUSQUE SUR LE POIGNET. SES EFFETS
luxations traumatiques de l'enfance, mettant de côté nonseulement les luxations congénitales qui ont déjcà été traitées dans notre leçon sur les tumeurs blanches, mais aussi les luxations pathologiques consécutives aux arthropathies chroniques.
Bien que Guersant déclare avoir observé dans son service toutes les luxations traumatiques chez l'enfant, on peut affirmer que de beaucoup les plus fréquentes sont celles du coude et de la hanche.
Certaines luxations de l'enfance pourraient porter le nom d'obstétricales, si l'on se rappelle que l'on a observé la luxation de la tête du radius, consécutive à des tractions faites sur la main de l'enfant durant l'accouchement.
Avant d'aborder la description des deux principales luxations de l'enfance, disons un mot d'un accident traumatique assez curieux, très fréquent d'ailleurs, et que Holmes a intitulé : Accident qui se produit lorsque, chez un jeune enfant, on exerce une traction brusque sur le poignet (1).
Cet accident, diversement interprété par Duverney, Bouley, Monteggia et Boyer, se produit quand, tenant un enfant par la main, on cherche à prévenir une chute imminente en le relevant brusquement. L'enfant crie sur le moment et accuse une vive douleur ; puis il se plaint constamment et refuse absolument de se servir de son membre dont la main reste en pronation.
Si l'on examine avec soin et méthodiquement le membre atteint, on ne trouve ni déplacement articulaire, ni solution de continuité dans le squelette. On pourrait croire à une simple entorse, et c'est là l'explication qu'en donne Bouchut.
(I) V. Holmes. Thérapeutique des maladies chirurgicales des enfants Trad. par le Dr Larcher, p. 435.
Je ne le crois pas pour ma part. On sait en effet que les entorses, autrement dit les déchirures ligamenteuses, sont extrêmement longues à guérir ; l'accident qui nous occupe guérit, au contraire, très vite et parfois brusquement. Aussi me rangerais-je plus volontiers à l'opinion deDuverney, qui croyait, dans l'espèce, à un déplacement de l'articulation huméro-cubito-radiale.
Cette opinion est du reste partagée par M. Goyrand, d'Aix, qui, localisant la lésion, l'attribue d'abord (1 ) à une luxation de l'extrémité supérieure duradiustellementincomplète, qu'elle ne donne lieu à aucune déformation appréciable de l'article et ensuite, comme il résulte d'une communication faite à la Société de chirurgie, à la luxation du fibro-cartilage interarticulaire en avant de la surface articulaire carpienne du cubitus (2).
Marjolin qui a vu, comme tous les chirurgiens d'enfants, beaucoup de cas analogues à celui qui nous occupe, déclare avoir constamment observé de la douleur au niveau de l'extrémité supérieure du radius, provoquée par les mouvements en haut et en avant, aussi bien que par la pression du doigt, ainsi qu'une certaine déformation du coude, et Guersant, dans un éclectisme conciliant, eut l'idée, très naturelle, d'expliquer ces divergences entre les opinions d'observateurs consciencieux par des différences réelles, existant, suivant les cas, entre les lésions d'une affection dont la cause commune est un tiraillement et dont le pronostic est invariablement favorable,
La lésion peut même, suivant lui, se borner à un trouble nerveux et se traduire par de l'engourdissement et de la
(1) V. Goyraxd. Gazette médicale de Paris, 1837, et Annales de la chirurgie française et étrangère. Paris, 1842.
(2) V. Goyrand. Union médicale, 2e série, t. XII, p. 361-367, 1861.