‹ Chirurgie des enfantsChapitre 71 sur 222 · TRACTION BRUSQUE SUR LE POIGNET. SES EFFETS · texte numérisé non relu

TRACTION BRUSQUE SUR LE POIGNET. SES EFFETS

douleur, ce que Cliassaignac a appelé de la torpeur douloureuse (1).

Quant au diastasis de l'articulation radio-cubitale supérieure invoqué par Bourguet, d'Aix, pour expliquer la pronation douloureuse de lavant-bras, je ne puis l'admettre, pas plus que l'entorse, en raison même de la facilité, de la soudaineté avec laquelle l'affection se guérit, j'allais dire se réduit.

Voici, au milieu des complications plus ou moins diffuses du fait, les symptômes qu'il a été donné à tout le monde d'observer. Au momenl même où l'accident se produit, c'est-à-dire au moment précis où on relève brusquement l'enfant, la personne qui le tient par le poignet perçoit nettement un claquement sec. La main, comme je l'ai déjà dit, est en pronation; le membre est inerte et douloureux, au moindre contact. Vient-on à communiquer à la main quelques mouvements dans le sens de la supination, la douleur augmente ; et si l'on cherche à produire la rotation en dehors, on se heurte à une résistance opiniâtre, que l'on ne peut vaincre qu'avec un certain effort. A peine a-t-on réussi dans cette manœuvre, qu'on perçoit à nouveau un petit claquement identique à celui qui s'est produit au moment de l'accident lui-même ; la douleur cesse ; le malade est guéri.

On le voit, cette terminaison par la guérison, obtenue brusquement, au moyen d'une manœuvre essentiellement chirurgicale, n'a rien de commun avec la déchirure des ligaments, autrement dit l'entorse ; il y a plus : si l'on n'intervient pas ainsi que je viens de le dire, la douleur et l'impotence augmentent; une tuméfaction douloureuse se manifeste au ni-

(l) V. ChassaiGnac. De la paralysie douloureuse des jeunes enfants. Archives générales de médecine, 5e série, t. VII, p. 653j 1856.

veau du poignet, et des tentatives de rotation en dehors font percevoir un frottement rude entre des surfaces non polies, qu'il faut bien se garder de confondre avec la crépitation osseuse.

La réduction, d'ailleurs, est très facile : il suffit de ramener la main en supination complète, et après un petit claquement perçu par le chirurgien, les rapports sont rétablis. C'est ainsi que procèdent Goyrand (d'Aix), Bourgeois, (d'Etampes) (1) qui ne font même pas déshabiller leur petit malade. Martinenq (de Grasse) (2) ajoute à la manœuvre indiquée la flexion de l'avant-bras sur le bras, maintenue pendant quelques heures. Si le chirurgien n'intervient pas, la réparation peut se produire spontanément, surtout pendant le sommeil.

Abordons maintenant l'étude des luxations traumatiques proprement dites de l'enfance. J'avoue que je n'ai entrepris de traiter ce sujet qu'avec une certaine hésitation et que j'ai été plusieurs fois sur le point d'y renoncer, vu le très petit nombre d'observations personnelles (portant sur 8 cas seulement) qu'il m'a été donné de recueillir touchant un point de pathologie en apparence aussi vulgaire. Une circonstance heureuse, pour laquelle j'ai à remercier tout particulièrement le Dr René Blache, est venue lever mes scrupules. Cet excellent ami et confrère a mis, depuis environ dix ans, à ma disposition, les cahiers d'observations qui ont été rédigés pour son oncle Paul Guersant, par les internes de son service, de 1843 à 1863. J'ai eu naturellement l'idée d'avoir recours à ces cahiers, et Guersant lui-même, en annon-

(1) V. Bourgeois (d'Etampes). De la sensation douloureuse éprouvée par les jeunes enfants soulevés brusquement par les poignets. Union médicale, 2e série, t. XXII, p. 523, 186 L

(2) V. Martinenq (de Grasse). De la pronation douloureuse de V avant-bras chez les enfants. Union médicale, 2e série, t. XXII3 p. 226, 1864.

Page 1