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LUXATIONS DIVERSES

Luxation de l'extrémité externe de la clavicule droite. — (Salle Saint-Gôme, n°5. — Guersant.)

Rougier (Louis) entre à l'hôpital le 7 juillet 1843.

Chute de dessus une balançoire.

Abaissement de l'épaule droite. Saillie de l'extrémité externe de la clavicule. Douleur, gonflement. 14 sangsues au niveau de l'articulation acromio-claviculaire.

On applique d'abord le bandage de la fracture de la clavicule. Quelque temps après, bandage compressif. Spica de l'épaule.

Amélioration. Sort le 1er aoûl.

Luxation de l'épaule. — (Salle Saint-Côme, n° 2. — Guersant) (Le Bret).

Doué (Jules), âgé de douze ans, est entré à l'hôpital le 11 octobre 1849.

Robuste, bien portant, il s'est retenu violemment huit jours auparavant à un barreau pour se garer d'une chute, tandis qu'il était monté sur un tabouret. Il a senti comme un déplacement dans l'intérieur de l'épaule gauche, avec impossibilité de remuer le bras. Un médecin lui a remis, dit-il, le membre en place, et depuis, les mouvements, imprimés ou volontaires, sont encore très gênés.

On ne constate aucun déplacement dans l'articulation. Application de 10 sangsues. Repos absolu du membre.

Du 12 au 30, le bras recouvre sa force et ses mouvements.

Luxation tibio-tar sienne . — (Salle Sainte-Pauline, n° 28. — Guersant.)

Patu (Lucie) est entrée à l'hôpital le 28 novembre 18 *5.

Est tombée en octobre et s'est foulé le pied gauche ; s'est fatiguée ensuite.

L'articulation reste gonflée. Douleur à la pression. 20 sangsues.

Luxation de V articulation coxo- fémorale droite. — (Salle Saint-Côme, n° 8. — Guersant.)

Vazeille (Jean), 11 ans, est entré à l'hôpital le 20 juillet

Chute à la renverse, en montant dans une charrette, le pied étant déjà placé sur le marchepied.

Réduction par l'interne de garde par le procédé Després et cela très facilement.

Fièvre le soir et quelques mouvements convulsifs. Saignée de trois palettes. Sang non couenneux.

Le 21. 6 ventouses.

Le 22. Pas de sommeil, fièvre. 20 sangsues. Potages légers. Cataplasmes.

Les mouvements de rotation en dedans et en dehors ne sont pas douloureux ; la pression sur le grand trochanter ne fait éprouver aucune douleur à l'enfant. Le malade se tourne facilement dans son lit.

11 sort guéri le 10 août.

Luxation de la cuisse. Réduction facile. — (Guersant.)

Dorus (Alphonse), âgé de 13 ans, est entré le 14 novembre 1860 pour une lésion traumatique de la cuisse gauche. Dans la nuit précédente, cet enfant, au sortir du théâtre, s'était couché sur un banc, quand la police le saisit et le conduisit au poste.

Il s'était assis, quand il s'aperçut que les lits, superposés eomme des planches de bibliothèque, allaient lui tomber sur

le dos. Il mit aussitôt un genou en terre et se pencha eu avant pour préserver sa tête. Il reçut le choc sur le dos, ce qui fait supposer que la luxation s'est produite par un mouvement de flexion exagérée du tronc sur la cuisse.

Le 15, à la visite du matin, l'enfant est dans le décubilus dorsal ; le membre inférieur gauche est dans la flexion, l'adduction et la rotation en dedans. 11 parait légèrement raccourci ; la hanche est déformée, saillante. On sent avec le doigt la tête fémorale sous la main.

Tout mouvement spontané est impossible ; le mouvement provoqué de flexion s'exécute facilement. Les mouvements d'abduction et de rotation en dehors ne peuvent être obtenus

L'enfant est chloroformé, et la réduction s'obtient facilement par le procédé de Després.

Le 22, l'enfant se lève ; il traîne la jambe qui lui parait engourdie et fait en s'appuyant le tour de son lit.

Couché, il fait tous les mouvements, sauf l'abduction et la rotation en dehors.

Le 25, il fait quelques pas sans s'appuyer.

Le 29, il marche avec rapidité, tout en boitant un peu.

Le 3 décembre, il marche bien;- mais il a quelque difficulté à nouer son soulier.

Le 5 décembre, il ne boite plus du tout.

Il sort guéri le 9 décembre.

Luxation de la cuiase. Réduction. — (Guersant.)

Dans la soirée du 22 novembre 1860. on apporte à l'hôpital, salle Saint-Côme, n° 9, Bazons (Victor Marie), âgé de 12 ans, fort et bien constitué.

On raconte qu'une heure auparavant il était entraîné par le bout de son cache-nez vers une machine dont la roue tournait horizontalement, lorsqu'un ouvrier l'a saisi parla

jambe et l'a dégagé, probablement par un mouvement forcé d'adduction et de rotation en dedans.

Le lendemain, à la visite du matin, l'enfant est placé sur le dos, le visage rouge, les conjonctives marbrées de quelques ecchymoses, ce qui tient à ce qu'il a failli être étranglé par son cache-nez.

Le membre inférieur droit repose dans toute son étendue sur son côté interne ; il est porté dans la flexion, l'adduction et la rotation en dedans ; la fesse est saillante ; on sent la tête fémorale tout à fait superficielle et se mouvant sous le doigt, quand on imprime au membre quelques mouvements.

Du grand trochanter à l'épine iliaque antérieure on mesure 12 centimètres du côté sain, 10 seulement du côté malade; de l'épine iliaque à l'extrémité de la malléole externe, 74 centimètres du côté sain, 72 du côté malade.

Tout mouvement spontané est impossible ; la douleur empêche de constater quels mouvements provoqués sont conservés.

On donne le chloroforme et on tente la réduction. Traction par deux aides, au moyen d'un nœud coulant placé sur le cou-de-pied. Contre-extension par unealèze passant sous le côté droit du péroné. Une alèze transversale maintient le bassin.

Dès les premières tractions, la réduction est obtenue.

Les jours suivants, l'enfant ne souffre pas. L'abduction et la rotation en dehors sont possibles. Il peut s'asseoir sur son lit.

Le 28, il fait dans son lit tous les mouvements.

Le 3 décembre, il se lève et marche sans boiter et presque sans appui.

Le 5, il marche avec la plus grande aisance.

11 sort guéri le 9 décembre.

Luxation traumatique du fémur. — (Guersant.)

Le 4 juin 1855 est entré, salle Saint-Cùme, Dessillons Eugène), âgé de 5 ans.

Cet enfant jouait le lundi 28 mai, monté sur un mur de 7 ou 8 pieds, au bas duquel était un fossé peu profond. Il tomba et ne put se relever. Ses camarades l'abandonnent. 11 fut recueilli par des passants qui ne purent dire dans quelle position ils l'avaient trouvé.

Il se présente dans l'état suivant. Décubitus dorsal. Le bassin est incliné. L'épine iliaque du côté droit (côté malade) est plus élevée que l'autre d'un centimètre et porte un peu en avant.

La cuisse droite est légèrement fléchie et dans l'adduction. Elle repose sur le lit par sa face interne; la jambe repose sur sa face antérieure ; le condyle externe est dirigé directement en avant, de sorte qu'on voit jusqu'au bord interne du creux proplité.

Le genou touche le condyle interne du côté opposé. Le pied du côté sain étant ramené dans sa position normale, on constate que le gros orteil droit répond à la malléole interne. La jambe est légèrement fléchie sur la cuisse.

La hanche droite présente un élargissement considérable. Le trochanter fait en dehors une saillie énorme. En faisant passer au devant du pubis, et au-dessus de la racine de la verge un ruban qui joint les deux trochanters, on trouve une longueur de 27 centimètres. Il n'y a que douze centimètres de la ligne médiane au trochanter gauche, tandis que le trochanter droit en est distanL de 15 centimètres.

La racine du membre a aussi un volume considérable. En passant sous le périnée un ruban dont les deux extrémités se joignent au niveau de l'épine iliaque antéro-supérieure,

on trouve 38 cent. 1/2 pour le côté malade et 34 centimètres seulement pour le côté sain.

Il ne paraît pas y avoir de gonflement inflammatoire.

La cuisse étant portée le plus possible dans l'extension :

1° On mesure la distance qui sépare l'épine iliaque du bord supérieur de la rotule. On trouve un raccourcissement d'un centimètre seulement.

2" On constate que le sommet du grand trochanter droit est distant seulement de 5 centimètres de l'épine iliaque antéro-supérieure, tandis qu'on trouve 7 cent. 1/2 pour le côté sain.

Quand l'enfant mis debout est examiné par derrière, on note l'élévation du bassin du côté malade, l'ensellure lombaire avec saillie du côté de la fesse. Le pli fessier a complètement disparu en dehors. En dedans on le voit dans une étendue de 2 centimètres; il est plus élevé. La cuisse est légèrement fléchie sur le bassin, et la jambe sur la cuisse. Le pied appuie sur le sol par le bout des orteils; sa pointe est déviée en dedans.

Lorsqu'on plonge les doigts dans l'aine, on peut malgré la tension des muscles constater l'absence de la tête fémorale.

Le sujet étant assez maigre, on peut toucher et reconnaître en arrière la tête du fémur sous les fessiers ; elle paraît située à la partie inférieure de la fosse iliaque. On la sent rouler dans les moindres mouvements d'adduction, ou de flexion.

Le malade ressent des douleurs très vives quand on fait mouvoir le membre malade,

Le 6 juin. Le malade est chloroformé. La contre-extension est faite à l'aide d'une alèze passée sous le périnée, et l'extension au moyen d'un lacs passé à la partie inférieure de la jambe et confié à une seule personne.

Pondant, qu'on tire sur le membre ramené dans une légère abduction, le chirurgien exerce une pression sur la tête luxée; presque aussitôt, sans effort, la luxation se réduit.

En effet, le creux qu'on sentait dans l'aine a disparu; on ne sent plus la tête dans la fosse iliaque; les deux membres ont la môme longueur, et le membre abdominal droit à sa position naturelle.

Les deux membres abdominaux sont rapprochés et unis par une bands. Un rouleau est placé sous les jarrets. Un cataplasme sur la hanche.

Le 15 juin. La tuméfaction a diminué. On peut faire exécuter des mouvements de flexion.

Le 2 juillet. On commence à faire marcher l'enfant.

Le 15 juillet. On le rend guéri à ses parents.

Vous le voyez, messieurs, les faits cliniques observés dans le service de Guersant ne contredisent pas l'opinion universellement accréditée et confirmée par ma propre expérience sur la fréquence exceptionnelle des luxations du coude et de la hanche. Permettez-moi de vous dire un mot, en passant, sur les causes qui ont restreint ma pratique en pareille matière. Vous avez remarqué avec quelle facilité ces luxations, celles du coude surtout, se réduisent. Une traction, la main ramenée en supination, une flexion du coude. des compresses d'eau blanche, et tout est dit. Souvent le nécessaire a été fait par l'interne de garde, et le chef du service n'a qu'à sanctionner un résultat très heureusement et très correctement acquis. Je suis convaincu, pour ce motif, que beaucoup de ces luxations ne viennent pas jusque sous les yeux du chef de service, ou que, quand elles y viennent, elles sont si peu dignes d'attirer l'attention, qu'elles sonl comme les peuples heureux : elles guérissent et n'ont pas d'histoire. A moins que des internes zélés, comme ceux de

Guersant, dont je me plais aie croire, la race n'est pas perdue, craignant de laisser s'égarer la moindre parcelle d'expérience, n'ouvrent un compte à ces lésions bénignes dans des cahiers qu'ils laissent après eux, au lieu d'en faire leur profit exclusif.

Ainsi, toutes les luxations du coude, soit en bloc, soit dans une ou plusieurs des articulations partielles qui constituent cet article, ont été observées : luxation du coude, le plus souvent en arrière, une fois latéralement, mais incomplètelement ; luxation du radius en arrière, du cubitus également en arrière ; luxation simultanée du cubitus en avant et du radius en dehors; luxation compliquée de fracture.

Les luxations de la hanche se présentent aussi avec une fréquence notable ; mais, je le répète, ce qui frappe surtout dans la revision des faits cliniques empruntés à vingt années d'une pratique bien étendue, c'est l'extrême bénignité de la lésion, la facilité de la réduction avec les mouvements conservés dans la plupart des cas. Les seules complications •qui se présentent sont des complications inflammatoires, si l'on peut donner ce nom aux effets produits sur les parties molles par la violence à laquelle a été due la luxation.

Il ne faudrait pourtant pas, messieurs, vous endormir sur cette innocuité apparente des luxations infantiles et en particulier de celle du coude, sans quoi vous rencontreriez de terribles mécomptes. Dans cette longue succession de cas heureux, vous en avez vu un dans lequel la roideur articulaire a subsisté, parce que l'enfant n'avait pas été présenté dès le début et que la luxation avait d'abord été méconnue. Vous voyez pourquoi j'ai insisté sur la nécessité de faire immédiatement, scrupuleusement, à l'aide du chloroforme, le diagnostic précis de la lésion du coude à laquelle vous aurez affaire, et pourquoi aussi je vous ai donné, à propos des fractures du coude, un conseil qui ne perd rien

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