‹ Chirurgie des enfantsChapitre 76 sur 222 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

Pas d'immunité de l'enfance par rapport au cancer. — Littérature médicale et Statistique. — Etiologie. Age. Sexe. Fréquence, par rapport au siège : Œil, testicule, rein (médical), prostate, os et membres ; par rapport an r formes cliniques : encéphaloïde, sarcome. — Durée. — Pronostic presque toujours fatal.

Cancer de l'œil- Encéphaloïde. Etiologie. — Symptômes. — Marche. — Traitement. Enucléation. Méthode de Tillaux. — Cancer du testicule. Observation type. Anatomie pathologique. Traitement. — Cancer et tumeurs malignes (sarcomes globulaires) des membres. Observations. Traitement par les caustiques. Curieuses rémissions.

Messieurs,

Nous allons traiter aujourd'hui une question fort ardue et relativement assez neuve : celle du cancer chez les enfants. C'est une étude très difficile, en ce sens que la littérature médicale en est pauvre ou du moins éparpillée. Elle consiste généralement en cas isolés, en bribes, pour ainsi dire, éparses dans les livres. Un fait très net se dégage pourtant bientôt de cette étude, fait qui n'est pas consolant, c'est que, contrairement au préjugé le plus généralement accrédité, le cancer n'épargne pas l'enfance, pas plus, du reste, qu'aucun autre âge. Je vous renverrai pour le détail bibliographique de la question à la thèse relativement récente du Dr Duzan (1). Cet excellent travail est ce qu'il y a de plus propre à remplacer l'étude d'ensemble qui, comme il le constate, manque encore relativement au cancer chez les

(1) V. Duzan. Du cancer chez les enfants. Paris, 187G.

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enfants, e t que notre leçon d'aujourd'hui, purement clinique,

laissera encore à faire.

M. Duzan établit dans l'histoire du cancer chez les entants deux périodes distinctes : l'une allant de l'antiquité jusqu'à Lebert (1), et l'autre allant de Lebert jusqu'à nos

jours.

Dans la première période, le cancer des enfants est considéré comme une véritable rareté, une curiosité scientifique par la plupart des auteurs. Dans la seconde période, au contraire, après la publication des mémoires de Roberts Hirschprung, les cas de cancer chez l'enfant paraissent devenir moins rares, parée qu'ils sont mieux observés. Ainsi quand Lebert a pu réunir seulement quinze cas de cancer chez l'enfant, on voit cette statistique s'enrichir singulièrement par la suite.

Le cancer, dit Hénocque (2), est plus fréquent dans l'enfance qu'on ne l'a indiqué jusqu'à présent. Ainsi, Breslau, sur 3,144 cas, trouve 26 cancers de 0 à 10 ans, dont 11 dans les cinq premières années ; Moore, sur 60,196 décès, signale seulement 559 cas de mort, dans les cinq premières aimées, dont 178 pendant les premiers douze mois. Cette mortalité présente ce caractère curieux que, tandis que le nombre des cancers augmente d'année en année, la mortalité dans l'enfance a diminué. Ainsi, de 1851 à 1855, 361 enfants au-dessous de 5 ans sont morts du carcinome. Dans la période suivante, ce nombre est descendu à 198. Breslau a donné un exemple de la mortalité par tumeurs malignes, suivant les âges qui mérite d'être reproduit, car son calcul comprend 3,144 cas de décès observés dans le canton de Zurich, dont 43 par cancer.

(1) V. Lebert. Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851.

(2) In Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. —V. aussi Contribution à la pathologie de len/a?ice, par E. Charon, p. 2i2-2i3.

De 0 à 1 an, 11 décès.

De 2 à 10 ans, 15 décès.

De 11 à 20 ans, 17 décès.

De son côté, Duzan réunit 182 cas de cancer infantile constatés par divers auteurs, de 1832 à 1875, et cette statistique est bien loin d'épuiser la liste réelle des cas, comme le montre la note d'Hénocque citée plus haut, laquelle est très loin aussi d'en embrasser la généralité. Plus l'information réciproque des divers pays fait de progrès, plus ce nombre paraît augmenter.

Si nous nous en tenons à la statistique de Duzan , nous remarquerons que le cancer de l'œil et celui de la dure-mère sont ceux qui ont été observés le plus tôt et le mieux. Ainsi, on trouve dans les Archives de médecine un mémoire d'Aran sur le cancer vert qu'il démontra être tout particulier au jeune âge. Vinrent ensuite Giraldès, puis Brière, dont les conclusions semblent tendre à établir que le cancer de l'œil est moins grave chez l'enfant que chez l'adulte. Les faits que j'ai observés personnellement ne sont pas d'accord avec cette conclusion, car chez tous les enfants que j'ai vus affectés du cancer de l'œil, la terminaison a été invariablement fatale. Aussi je suis porté à croire que si, dans certains cas, on a cru, à un certain moment, observer des guérisons bâtardes, on n'a eu à enregistrer que des cas de mort chez les malades qu'on a suivis avec soin. En 1870, Rathery, constatant l'existence du cancer du rein, le proclame le plus fréquent de tous, sans doute par comparaison avec les diverses tumeurs cancéreuses de la région abdominale. Gela revient à dire qu'il le considère comme le plus fréquent des cancers médicaux. Enfin Thomson, Jolly étudient, les premiers, le cancer de la prostate, et Th. Anger le cancer de la langue chez l'enfant.

Au point de vue de l'âge, on trouve le cancer chez le

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fœtus et chez l'enfant jusqu'à l'Age de dix-sept ans. Non que l'âge suivant immédiatement en soit indemne, mais parce que, les limites extrêmes de l'enfance et de l'adolescence une fois franchies, le malade adulte rentre dans la loi commune et ne présente plus d'intérêt particulier, par rapport à la pathologie infantile. Sur 100 cas, on a vu 52 fois le cancer, de la naissance à \ ans. De 4 à 15 ans, les choses s'égalisent ou à peu prés, sauf qu'il y a une petite recrudescence de G à 7 ans, laquelle paraît aussi se montrer de 16 à 17 ans. Vous voyez quelle énorme supériorité, quanta la fréquence du cancer, présente l'âge de 0 à 4 ans. On trouve le cancer chez le fœtus, et même, dans ces cas, le sarcome fœtal a été une cause de dystocie.

La question du sexe joue un rôle assez curieux dans l'histoire du cancer fœtal: ainsi on trouve, parmi les cas qui ont été relevés, 60 garçons pour 32 filles. Cette différence tient au triste privilège qu'ont les mâles de contracter le cancer du testicule, relativement fréquent, tandis que celui de l'ovaire est très rare.

Comme fréquence au moins chirurgicale, le cancer de l'œil tient le premier rang; vient ensuite celui du testicule. Je ne parle pas de celui du rein, parce que, comme je vous l'ai déjà dit, c'est une affection dont le chirurgien n'a pas à s'occuper : c'est un cancer médical. Le cancer de la prostate vient après, puis enfin celui des os et des membres. Aussi peut-on affirmer que les organes le plus fréquemment pris chez l'enfant sont, au contraire, ceux qui le sont le plus rarement chez l'adulte. Chez l'adulte, c'est le cancer du sein qui est le plus fréquent; viennent ensuite celui de l'utérus et celui de la langue. Le cancer du testicule est relativement assez rare.

La forme du néoplasme diffère autant que son siège de ce qu'on est habitué à observer chez l'adulte. Les formes les

plus fréquemment observées chez l'enfant ont été l'encéphaloïde et le fongus hématode, puis, par ordre de fréquence décroissante, le sarcome, le squirrhe, l'épithéliome et enfin le myo-sarcome.

La durée du cancer chez l'enfant est beaucoup moindre que chez l'adulte. Ainsi, je possède les observations de quatre femmes qui vivent encore avec des cancers du sein et dont la première opération remonte à six ans, tandis que la durée moyenne, chez l'enfant} est de trois mois, au moins, à trois ans au plus, ce qui a fait quelquefois donner le nom de cancer aigu à cette affection de l'enfance.

Quelle est la terminaison? Je regrette ici de ne pas être entièrement d'accord avec Giraldès, mais je dois dire, l'ayant constaté par expérience, que le cancer est au moins aussi grave chez l'enfant que chez l'adulte. Telles sont les quelques données générales qu'il était indispensable de faire connaître avant de parler du cancer dans ses rapports avec la chirurgie des enfants.

Pour concentrer notre attention sur les points qui rentrent tout à fait dans le programme de notre enseignement, il faut commencer par déblayer le terrain de tout ce qui n'a pas pour nous un intérêt égal. Éliminons d'abord le cancer du rein qui est, comme je le disais tout à l'heure, purement médical, très important d'ailleurs dans une autre sphère que la nôtre. Sachez seulement que ces néoplasmes atteignent quelquefois un volume énorme, comme celui qui a été observé par Audain d'Haïti, sur un enfant de dix mois, et qui ne pesait pas moins de dix livres. Cette tumeur se rattachant au genre sarcome fascicule a été rencontrée plusieurs fois dans les pays à fièvres et y a presque toujours été prise pendant la vie pour une splenomégalie, parce qu'avec les signes d'une cachexie et une tuméfaction abdominale, elle n'était pas accompagnée d'hématurie.

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