ULCÈRES SIMPLES
Les auteurs confondent plus ou moins sous le nom d'ulcères simples toutes les ulcérations non spécifiques du rectum ; quelques-uns réservent ce nom à l'ulcère variqueux. Gomme le fait remarquer P. Delbet c'est une dénomination fausse : elle signifie simplement que l'ulcération n'est ni dysentérique, ni typhique, ni syphilitique, ni tuberculeuse. Encore une ulcération typhique ou dysentérique, spécifique à son début, cesse-t-elle rapidement de l'être et n'est-elle plus entretenue secondairement que par des microbes vulgaires.
On ne pourrait conserver cette expression qu'en l'appliquant à une lésion analogue à ce qu'est l'ulcère simple du tube digestif, de l'estomac par exemple. Or cet « ulcère simple » du rectum existe-t-il ?
Dans une thèse très sérieuse et très documentée, Gandy ^ s'est attaché à montrer le rôle de la toxémie dans la pathogénie de l'ulcère simple.
Bien que les auteurs qui ont étudié l'ulcère simple admettent son existence sur toute l'étendue du tube digestif (Gruveilhier, Lebert, Leudet, Lemoine, etc.), les observations publiées sous le nom d'ulcères simples du rectum se rapportent à des causes variées (syphilis, tuberculose, hémorrhoïdes, etc.). Cependant l'ulcère simple véritable a été bien observé.
Cliniquement, Bollinger ^ au cours d'une ançiocholite calcu-
* Gandy. L'ulcère simple et la nécrose hémorragique des toxémies. Thèse de Paris, 1899.
* Bollinger, in J. Wolte. Ueber die Hâufigkeit des runden MagengeschwUres Inaug . Diss. itf ûnc/ien, 1883.
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leuse avec abcès aréolaires du foie, a constaté à côté d'érosions et d'ulcérations gastriques, d'autres ulcérations siégeant au niveau du rectum.
A défaut de la clinique nous avons les résultats de Vexpérimen" tation.
Les mêmes conditions expérimentales, dit Gandy, (injections de toxiques, de toxines , etc.) qui peuvent produire des ulcérations dites simples de l'estomac, du duodénum, produisent aussi des lésions identiques du rectum quoique bien plus rarement. Heilborn s Gathelineau * ont obtenu des ulcérations par des injections sous-cutanées de sels de mercure ; Gohn* par des injections intra-artérielles de pus.
Les ulcératiom toxiques du rectum se produiraient donc par le même mécanisme que les ulcérations simples du tube digestif. On les observe surtout dans l'urémie et dans l'intoxication par les sels de mercure.
Dans les ulcératiom urémiques, Treitz attribue la production de l'ulcère à l'action du carbonate d'ammoniaque sur la muqueuse digestive. Les lésions, d'ailleurs nullement limitées au rectum, intéressent toute l'épaisseur de la muqueuse, parfois les fibres musculaires sous-jacentes ; elles ont une certaine profondeur et présentent en général leur grand axe longitudinal. Elles sont susceptibles de guérir mais elles peuvent causer des hémorragies considérables.
Ulcérations par les sels de mercure. — Des solutions trop concentrées de sublimé mises au contact de la muqueuse rectale peuvent amener la destruction des éléments anatomiques par action directe, comme le ferait d'ailleurs toute autre substance caustique.
Dans d'autres ôas, le mercure, transporté par voie sanguine^
* Heilbobn. Experimen telle Beitrâge zur Wirkung subeutaner Sublimât injectionen. Archiv. fur experim. PathoL und Pharmak. 1881, XIII, p. 371.
* Gathelineau, Recherches expérimentales sur le bichlorure de mercure. Thèse de Paris^ 9 mars 1892.
* CoHN. Klinik der embolischen GefâsskrankeUem. Berlin, 1860, p. 510.
CmR. DU GROS INTESTIN. 12
provoque au niveau de la muqueuse du rectum et du gros intestin des lésions analogues à celles qui caractérisent la stomatite mercurielle. 11 y a congestion et œdème de la sous-muqueuse, escarres superficielles jaunâtres suivies d'érosions et même d'ulcérations arrondies pouvant atteindre d'assez grandes dimensions.
Gomme symptômes, une diarrhée abondante amenant l'évacuation au milieu d'une assez grande quantité de liquide, de matières grisâtres, fétides, renfermant du sang et des débris de muqueuse. En même temps une douleur vive, aiguë, une sensation de brûlure, du ténesme, témoignent d'une irritation intense de toute la région ano-rectale. La suppression de la cause, c'està-dire de l'emploi du mercure, amène rapidement la régression du mal.
La cicatrisation peut être assez lente à se faire ; on prétend qu'elle peut amener à sa suite la production d'un rétrécissement Le fait est exact, mais ce n'est pas par rétraction cicatricielle ; c'est bien plutôt par suite de la rectite intense qui existe que se produisent ces rétrécissements.
Le traitement n'a rien de spécial; contre les hémorragies le tamponnement peut être insuffisant : d'où le précepte d'examiner directement la surface ulcérée, pour placer une pince ou une ligature sur le vaisseau qui saigne, s'il y a lieu»