Kônig
a) Tous les chirurgiens ne reconnaissent pas à Vacte opératoire les mêmes contre-indications. Tandis que la plupart s'abstiennent quand le cancer a dépassé les limites latérales du rectum, d'autres, comme Mikulicz et Gussenbauer, opèrent même quand il y a propagation aux organes voisins. Ainsi s'expliquent leurs statistiques. Reste à savoir si le péril que l'on fait comûr aux malades dans ces cas avancés vaut le résultat thérapeutique bien aléatoire que l'on peut obtenir.
b) La mortalité varie aussi suivant la méthode opératoire* La voie périnéale présente moins de dangers que la voie sacrée ;
NÉOPLASMES DE LA RÉGION ANO-REGTALE A25
il est juste de dire qu'elle s'adresse à des cas plus limités, plus favorables ; dés qu'on s'attaque en effet à des cas complexes la mortalité augmente. Quénu par exemple sur 15 cas a deux morts, «t ces deux morts se rapportent à des cancers adhérents à la prostate. Schneider*, comparant les résultats obtenus par le professeur Garré, suivant que les interventions ont été faites sans ou avec résection osseuse, arrive à 10 p. 100 dans le premier cas et 13,5 dans le second.
Kraske, donnant sa statistique intégrale, a pour 80 opérations 15 morts, soit 18,7 p. 100; nous avons dit que si Tonne considère que les résultats de ces dernières années, la mortalité est bien inférieure. Hochenegg pour 121 interventions par la voie sacrée a 10 morts, soit 8,9 pour 100. En Allemagne, à part Kraske et Hochenegg, partisans fervents de la voie sacrée, tous les chirurgiens sont éclectiques. 11 en est de même en France où l'on a cependant une tendance plus marquée à revenir à l'opération de LisFRANC et Denonvilliers. Voici lés résultats de la statistique de J. PicHLER 2, une des plus importantes et des plus récentes. 563 opérations par la voie sacrée ont donné 81 morts, soit 14,3 p. 100 de mortalité; 217 opérations par la voie périnéale ont donné 37 morts, soit 17 p. 100. La mortalité serait donc un peu plus élevée par cette dernière méthode. Cette statistique est intéressante parce qu'elle comprend les résultats d'une vingtaine de chirurgiens différents. Malheureusement plusieurs opérateurs expurgent leur statistique, ce qui enlève au résultat global une partie de sa valeur.
En somme on peut dire que quelle que soit l'une des deux méthodes employées, périnéale ou sacrée, la mortalité est d'environ 18 à 20 p. 100; pour les chirurgiens très exercés et dans les cas favorables elle est à peu près de 10 p. 100.
Quant à la voie abdominale, elle donne une mortalité jusqu'ici très élevée : sur 16 observations rassemblées par Quénu et Hart-
* JosEF PiCHLER. ZuF statistik und operativen Behandlung des Rectumcarcinoms. Arch, f. Klin. Chir., 1900, v. 61, p. 229.
* Schneider. Die Behandlung des Rectumcarcinoms und ihre Erfolge an (Jer Rostocker chirurgischen Klinik, Beilr. z. Kl. Chir., 1»00, p. 26 et p. 40o.
MANN*, 8 morts, soit 50 p. 100. Mais sur ces 16 opérations 9 ont été pratiquées chez la femme avec 8 guérisons et 1 mort ; 7 ont été pratiquées chez l'homme avec 7 morts. Il ne faut pas conclure que l'opération chez l'homme doit être absolument rejetée, mais on ne la pratiquera qu'exceptionnellement, dans les cas non justiciables des autres méthodes.
IL Résultats thérapeutiques. — a) Au point de vue des récidives. — Peut-on guérir le cancer du rectum*? Nous ne youIods pas soulever là une question de doctrine et discuter sur la curabilité véritable du cancer en général. Mais en pratique, ne pouvonsnous pas considérer comme vraiment guéris ces malades qui survivent après sept, huit, dix, douze et même seize ans sans présenter de récidives ? Ce sont des résultats appréciables et qui suffisent à justifier l'opération radicale malgré les risques qu'elle comporte.