CHAPITRE III
Inconvénients et peut-être dangers de la radiologie thymique
Les inconvénients de la radiothérapie du thymus ne sont pas une simple vue de l’esprit. En plus des cas urgents, pressés, où la radiothérapie est une méthode trop lente, et qui de ce fait relèvent de la chirurgie beaucoup plus rapide, comme Crémieu le reconnaissait lui-même dans sa thèse et comme plusieurs observations le prouvent (voir au chapitre I, l'observation du docteur Tassin), on voit parfois aussi des cas où les : rayons se montrent impuissants à faire regresser les gros thymus. Ce sont là évidemment des cas rares, mais indubitables. De fait, nous connaissons l’observa-
lion de Grenet (Société de Pédiâtrie,10 décembre 1912)
où le traitement radiologique n’eut aucune action curative et où le chirugien était sur le point d'intervenir pour suppléer la première thérapeutique inactive, lorsque brusquement survint la mort du petit malade. Nous avons en outre signalé au chapitre II l’observation de Schweizer, où une compression de la trachée par hyper: trophie thymique confirmée par la radiographie fut traitée sans succès par les rayons.
Mais, ces inconvénients ne s'arrêtent pas là. Ils peuvent être caractérisés par des troubles très nets, affectant toujours la même allure et qui, lorsqu'ils atteignent
un degré d'intensité très marquée, constituent un syndrome fort grave, tout particulier, que Lesage décrit sous le nom de « choléra thymique ».
Le D' Lesage, en effet, dans une clinique (1) faite à Hérold, après avoir décrit les accidents dus au thymus hypertrophié et après avoir exposé les différents traitements insiste sur les inconvénients des rayons en ces termes : « Depuis l'emploi de la radioscopie et de « la radiographie dans les questions du thymus, j'ai « observé un certain nombre de cas où t:ne radioscopie, «où une radiographie a été suivied’accidents extrême- «€ menti graves qui ont occasionné la mort du nourris- « son en vingt-quatre et quarante-huit heures. S'agit-il « d’une variété spéciale de thymus, la constitution du € thymus est-elle toujours identique cheztous les nour- «rissons,s’agit-ilen un mot d’une susceptibilité spéciale «à quelques enfants difficile à prévoir dans l’état actuel « de la science, ou au contraire s’agit-il d’une applica- «tion un peu trop prolongée de rayons ; ou bien s’agit-' «il d’un dosage défectueux ? Il semblerait qu’il s'agisse «plutôt du temps de pose. Aussi ai-je remarqué que « les accidents survenaient surtout après une pose un « peu longue, telle une radioscopie par exemple plutôt «qu'après un instantané photographique. En tout cas, aujourd’hui il m'est impossible de vous donner une «explication précise, exacte sur la cause de ces acci- « dents. Qu'il vous suffise de savoir qu'ilsexistent pour « vous en méfier; pensez-y et prenez à ce sujet le maxi- «mum de précautions.
« Une première variété d’accidents, ceux qui sont «graves et qui tuent toujours les nourrissons avec « une rapidité surprenante, est caractérisée de la façon « suivante : on envoie l'enfant qui a des signes cliniques
1. D' Lesage, médecin de l'hôpital Hérold (Clinique inédite, 19 février 1920).
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« faisant ‘penser au gros thymus au spécialiste. Tout , «se passe bien, quand quelques heures après, six, sept « huit heures, l’enfant se refroidit, devient algide, a un « peu de dyspnée, quelquefois même de la diarrhée « assez forte. On cherche la cause de cet état, on exa- « mine l'enfant et on ne lui trouve absolument aucune « localisation de cet état toxique: On prend la tem- « pérature centrale et on est étonné de voir qu'alors « que la périphérie est froide, la température centrale « au contraire atleint 39°, 4o°, 41°. En un mot on «se trouve en présence d'un véritable syndrome de « choléra infantile. C’est à s’y méprendre : même «algidité, c'est-à-dire conservation de la chaleur sur « toutes les surfaces cutanées sus-jacentes à un vis- «cère, disparition de cette chaleur au contraire et « par conséquent refroidissement partout ailleurs. Cette «algidité, cette élévation brutale, forte de la tempéra- « ture centrale, tout vient confirmer l'intoxication sur- «aiguë et ce qui vient à l’appui de cette hypothèse c'est € l’aplatissement de l’enfant, l’'adynamie profonde dans « laquelle ilse trouve, c’est enfin le teint plombé d’un Cintoxiqué. Rapidement, en vingt-quatre à quarante- «huit heures, cet état n'ayant pas bougé, l'enfant meurt. « Indéniablement, on rattache cette intoxication surai- € guë, véritable choléra thymique à l'examen radio- « logique. Et ce qui vient confirmer cette opinion c'est « qu'alors que les examens radioscopique et radiogra- « phique avaient montré un gros thymus, on est stu: « péfait à l’autopsie de constater que le thymus a disparu ; On ne trouve plus qu'une bouillie noirâtre, € feuille morte : il n'y a plus de glande. Devant ce fait, «cette disparition du thymus et l'apparition des acci- « dents d'intoxication, l'hypothèse la plus vraisem- (blable est que cette intoxication est due à cette désor- « ganisation brutale de la glande thymique,
4," peur
« Dans quelques cas beaucoup plusrares, J'ai observé « un jour ou deux après les examens radiographiques & l'apparition d'une intoxication moins violente, « légère, mais accompagnée d’un état méningé carac- «térisé par de la raideur du cou, un peu de Kernig, « quelques vomissements avec une température attei- « gnant 38° à 39°. On fait une ponction lombaire, qui ne « décèle absolument rien. Ces symptômes méningés « persistent Rte jours, puis disparaissent. Là en- « core l'apparition de ces accidents coïncide avec un «examen radiologique et l’on ne peut s'empêcher d’éta- «blir une relation de cause à effet, surtout quand on «connaît la grande intoxication thymique, le choléra « thymique (1).
« Vous pensez bien que ces observations posent des « problèmes de pathogénie qui sont loin d’être résolus, «L'avenir pourra probablement nous éclairer et nous « donner plus de précisions. En tout cas, sachez le fait « et défiez-vous. Défiez-vous des longues poses, prati- « quez plutôt que des radioscopies des radiographies, « simples instantanés photographiques. Quant à la « thérapeuthique de l’hypertrophie du thymus, l’ave- «nir pour elle est peut-être aux fambées de rayons. « C'est d’ailleurs la méthode que j'emploie, en faisant « subir à mes petits malades une série de flambées de «rayons, appliquées tous les cinq ou huit jours. » On voit nettement par tout ce qui précède que l’em-
ploi des rayons n’est pas toujours sans danger. Il est
incontestable qu’ilya dans la radiothérapieune méthode
1. Cette clinique est la conclusion inédite d’un travail détaillé que le D' Lesage compte publier prochainement. Cet exposé offre un intérêt énorme : il ouvre, en effet, un nouveau chapitre de pathologie et oriente les recherches dans une direction nouvelle tant au point de vue du rôle da thymus que du traitement de l’hypertro-
phie thymique.