‹ Chirurgie journalière des hopitaux de Paris (volume 2)Chapitre 124 sur 147 · HOSPICE DES ENFANTS-ASSISTÉS · texte numérisé non relu

HOSPICE DES ENFANTS-ASSISTÉS

M. LE DOCTEUR GUÉNIOT (l)

ophthalmie des nouveau-nés. — ■ Crayon mitigé {nitrate de potasse et nitrate d'argent). — Getle ophthalmie atteint la majorité de ces enfants, sinon presque tous, mais cependant à des degrés variables. La gravité de l'affection et la thérapeutique à employer diffèrent notablement suivant que l'enfant estâgé de quelques jours, de quelques semaine^, ou qu'il a dépassé une ou deux années.

Et d'abord comment s'y prendre pour retourner les paupières, car on comprend que le petit être ne se soumet pas volontiers à ce genre d'exploration ? Pour la paupière inférieure le retournement se fait avec facilité ; parle simple abaissement, le cartilage bascule et la face postérieure de ce voile se présente d'elle-même à l'exploration : pour la paupière supérieure la chose est plus difficile par suite du gonflement considérable et parce que le petit malade, en criant, contracte violemment le muscle orbiculaire.

M. Guéniot par l'artifice suivant arrive à ce retournement sans employer, comme chez l'adulte, soit le manche d'un instrument, soit le doigt appliqué sur la face cutanée, tandis que le pouce cherche à relever le bord palpébral": voici quel est ce moyen : on appuie et on fixe solidement la peau de la paupière supérieure sur le rebord osseux de l'orbite, il suffit alors d'abaisser en masse la paupière inférieure pour voir à l'instant le cartilage tarse supérieur effectuer son mouvement de bascule et présenter au chirurgien toute sa surface muqueuse.

Dans le traitementde l'ophthalmiepurulente des nouveau-nés, ce chirurgien se sert beaucoup plus du crayon mitigé (nitrate d'argent et nitrate de potasse associés par parties égales) que des collyres, et

(1) 1865, Chirurgien du Bureau central, — 1867, hospice des Enfants-Assistés. Gillette. — Chirurgie jour n. 42

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voici quel est le raisonnement, basé sur l'expérience clinique, qu'il donne pour justifier cette préférence : presque toujours c'est la muqueuse palpébrale qui se trouve la première et la plus gravement atteinte, c'est donc sur elle et non sur le globe oculaire qu'il faut agir : le collyre se répandant sur toutes les surfaces, si on l'emploie faible de peur d'irriter la cornée, il n'agit pas assez énergiquement sur la paupière; si, par contre, le collyre est plus énergique, il est bon pour la paupière, mais dangereux pour l'œil : c'est donc pour ainsi dire tourner dans un cercle vicieux, que M. Guéniot évite en portant directement l'agent modificateur, crayon mitigé, sur la partie malade, c'est-à-dire sur les paupières, et nous pouvons dire qu'il en obtient, au moins dans la grande majorité des exemples, de grands avantages.

Déplus, les lavages qui suivent chaque cautérisation paipébrale sont fails avec de l'eau tiède et non de Veau salée, qui n'est peutêtre pas, selon lui, aussi inoffensive qu'on veut bien le dire : ces cautérisations sont renouvelées chaque jour tant que la maladie présente un caractère franchement aigu.

Ce chirurgien insiste aussi particulièrement sur la. nécessité d'avoir des crayons aussi purs que possible, c'est-à-dire dont le mélange a été effectué avec tout le soin désirable : chacun d'eux doit avoir une coloration opaline uniforme et rester bien lisse môme après les cautérisations : lorsqu ils présentent des rugosités ou cristallisations, dues à des dépôts d'argent, ce qui est très-fréquent, ils sont considérés par lui comme imparfaits et capables de produire trop d'irritation sur les surfaces muqueuses qu'ils touchent.

Chez les enfants plus âgés, qui sont encore plus indociles et qui frottent sans cesse leurs yeux, ce qui favorise singulièrement l'extension de l'inflammation, le traitement précédent est moins efficace ; car l'ophthalmie ne se trouve pas limitée seulement aux surfaces muqueuses palpébrales, mais se propage aussi le plus généralement au bulbe oculaire : il emploie alors volontiers, dans ces cas, le collyre au nitrate d'argent dont voici les degrés de formules : 0er,13, — 0sr,30, — 0S'\60 pour 60 gr. d'eau.

Ils se sert aussi du sulfate de zinc, 0SI',30 eL Ûsr,50, toujours pour 60 gr. d'eau, à laquelle il ajoute quelques gouttes de laudanum qui donnent au collyre une couleur permettant de le reconnaître sur-le-champ et empêchant de le confondre avec les autres mélanges.

S'il existe du chémosis, il cautérise largement, et, si ce dernier persiste, il l'excise sur plusieurs points de sa circonférence.

a. bec-de-lièvre. — Procédé de Mirault d'Angers. — M. Guéniot n'opère jamais le bec-de-lièvre compliqué: les jeunes enfants de l'hôpital qui en sont atteints sont du reste presque voués à une mort certaine par inanition, la déglutition étant chez, eux par trop imparfaite. — Si la difformité est uni-latérale et simple, il est assez d'avis d'opérer dès les premiers jours : il n'adopte pas tel ou tel procédé

■à l'exclusion de tous les autres; il choisit selon les cas : tantôt il pratique le procédé de Mirault d'Angers à un seul petit lambeau à la partieinférieure ; tantôt il conserve les deux petits lambeaux latéraux à l'exemple de Clémot, Malgaigne, Nélaton ou Henry de Nantes (avivement des deux lambeaux en biseau inverse). Les épingles sont retirées au bout de 24 heures et remplacées par une bandelette collodionnée. — Il ne garde les enfants que le moins de temps possible dans le service ; car ils ont besoin dJêtre alimentés (lait de nourrice) avec un soin tout particulier.

b. grenouillette. — Séton trempé dans la teinture d'iode. — La grenouillette congénitale est fort fort rare, nous n'en connaissons guère que deux ou trois exemples authentiques rapportés dans les auteurs : l'un est mentionné par Stolz (1), l'autre a été observé par M. F. Guyon : c'était un kyste sublingual qui s'était développé par imperforation du conduit de Warton. M. Blachez a considéré comme une grenouillette congénitale une tumeur occupant les régions sublinguale et sus-hyoïdienne, qui s'était rompue par le passage de la tête ; il s'était écoulé, à sa rupture, beaucoup de sang mélangé à du liquide séreux : la présence du sang (la grenouillette sanguine ou tumeur érectile veineuse observée par M. Dolbeau est un fait acquis à la science) avait cependant laissé quelque doute sur la nature de la tumeur dans l'esprit de plusieurs membres de la Société de chirurgie. Enfin M. Guéniot vient d'en observer un nouvel exemple.

Chez les jeunes enfants, l'urgence de l'opération est indiquée; car la tumeur, en prenant un volume plus ou moins considérable, peut empêcher les petits malades de téter et déterminer chez eux de l'épuisement, ainsi que cette anémie à laquelle ils sont si sujets. La thérapeutique que l'on doit employer, en ce cas, chez les trèsjeunes enfants, diffère un peu de celle qui est mise en usage

(1) Stolz, Gaz. méd. de Strasbourg, 1833, p. 763.

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