PANSEMENT OUATÉ
Le pansement ouaté, imaginé par M. A. Guérin, est appliqué avec avantage par ce chirurgien à une foule d'affections. Il repose sur ces quatre principes : 1°' filtralion et purification de l'air qui se ta-
(1) A. Guérin, Dullet. Soc-, de ch<>\, 1S75.
mise à travers la couche épaisse de coton; 2° compression élastique; 3° température uniforme; 4° rareté du pansement.
Il est employé par lui :
Pour les amputations et désarticulations ;
Pour les traumatismesavec plaies, pour les fractures compliquées;
Pour les altérations osseuses ;
Pour les ablations de tumeurs (membres surtout) ;
Pour les ulcères variqueux ou d'autre nature;
Pour le mal perforant ;
Pour les kystes synoviaux riziformes, etc., etc.
Les préceptes suivant lesquels M. A. Guérin fait le pansement ouaté (1), sont les suivants : a, appliquer le pansement dans la pièce où l'opération a été pratiquée, c'est-à-dire en dehors des salles de malades; b, se servir d'ouate entièrement vierge, et de belle qualité, de fabrication récente ou qui a été conservée en paquets serrés en dehors des salles de l'hôpital ; c, l'épaisseur des couches superposées d'ouate doit être extrêmement considérable et envelopper non-seulement la partie malade, mais les régions périphériques ; d, tasser ces couches multiples d'ouate à l'aide de tours de bandes de toile solide qui se croisent perpendiculairement et se constituent mutuellement des poulies de renvoi. Cette compression énergique, qui est l'un des éléments nécessaires au succès du pansement, nécessite pour les derniers tours de bandes toute la force du chirurgien.
L'effet immédiat de ce pansement, même après les amputations les plus graves, est la diminution, puis l'absence complète de toute douleur; le malade est calme, peut et désire même prendre des aliments et n'est point privé de sommeil ; il y a, en un mot, une diminution notable des phénomènes de la fièvre traumatique : la pression, les chocs même violents, exercés sur cette masse comprimée d'ouate, ne déterminent chez lui aucun ébranlement, aucune douleur, et, s'il est nécessaire, l'amputé peut être transporté sans inconvénient d'un lieu à un autre et même supporter sans danger un long voyage : on comprend donc quels avantages on retirerait de ce mode de pansement sur les champs de bataille et lors des évacuations précipitées de blessés.
Toutefois ce pansement demande à être surveillé et il ne faut pas
(1) Voyez les thèses de plusieurs de ses élèves et spécialement celle de M. le Dr Hervey, 1873, couronnée par la Société de chirurgie. — Voy. aussi Hervey, Arch. gén. méd., décembre 1871 et n°B suivants. — Combes, Th. inaug. 1871. — Blanchard, Th. inaug., mai 1872.
croire qu'une fois qu'il est appliqué, tout soit dit. Si les jours suivants le malade souffre un peu, M. Guérin, à l'aide de nouveaux tours de bandes, augmente la compression ; il ne faut pas que l'appareil se relâche, et on doit éviter également qu'il n'exhale une mauvaise odeur. Enfin, si au bout de quelques jours le pouls s'élève et que le thermomètre accuse aussi une élévation subite de la température, on devra ôter immédiatement l'appareil, pour voir s'il n'est pas survenu quelque complication (ahgioleucite, érysipè le, abcès, etc.). Ce n'est guère qu'au bout de trois semaines que M. A. Guérin défait le premier pansement (en dehors des salles) : il le réapplique rarement plus de trois ou quatre fois.
Ge mode de pansement, surtout pour les amputations, est évidemment appelé à rendre les plus grands services.
Anthrax. — Incision sous-cutanée. — Parmi les chirurgiens de notre époque, les uns pensent qu'il est dangereux de laisser la maladie à elle-même et préconisent les larges et profondes incisions cruciales intéressant toute la masse morbide; les autres, moins convaincus de la nécessité de ces incisions, Nélaton était du nombre (à la fin de sa carrière), croient à l'innocuité de l'expectation et, appliquant simplement des cataplasmes, abandonnent l'anthrax aux seuls efforts de la nature.
M. A. Guérin a adopté depuis longtemps pour ce genre d'affection une méthode mixte qui lui a donné jusqu'à présent d'excellents résultats. Elle consiste à pratiquer une incision cruciale dans toute la profondeur du produit morbide, mais en ménageant les téguments, c'est-à-dire en faisant seulement à la peau une petite ouverture centrale pour passer le bistouri et par où, ultérieurement, les tissus sphacélés vont s'échapper. M. A. Guérin opère de la manière suivante : il plonge au centre de l'anthrax la lame étroite d'un bistouri droit et le glisse à plat sous la peau jusqu'à ce qu'il ait dépassé les limites du mal; alors, dirigeant le tranchant de l'instrument vers les parties profondes, il coupe de dehors en dedans jusqu'à ce que toute la masse soit sectionnée; puis il pratique deux ou trois autres incisions analogues. L'opération n'offre, du reste, aucune difficulté ; si les téguments présentent quelque point mortifié, c'est celui-là qu'il faut choisir pour introduire le bistouri.
Après l'incision sous-cutanée (1) on applique des cataplasmes
(1) A. Guérin,' Article Anthrax, in Nouveau Dict. de méd. et de chir.prat., t. II, p. 559.
AFECTIONS DES TEGUMENTS. 61
émollients, et bientôt l'inflammation se dissipe. Si l'on a opéré au début de la maladie, on obtient la terminaison par résolution : si déjà une partie du tissu cellulaire ne peut plus vivre, il sort sous forme de bourbillon par la petite plaie résultant de la ponction de 1# peau par le bistouri. Dans tous les cas la guérison arrive plus vite que par tout autre traitement.
M. Alph. Guérin a pratiqué cette opération sur un grand nombre de malades, et il affirme qu'elle atteint le même but et aussi promptement que l'incision conseillée par Dupuytren. De plus, le succès de cette opération lui semble résoudre la question du siège de l'anthrax, car, si elle est pratiquée au début de la maladie, elle en arrête la marche et s'oppose à la mortification de la peau. Dans plusieurs cas, il a constaté que le tissu cellulaire suppure et même est éliminé sous forme de bourbillon, pendant que la peau reste, après l'incision sous-cutanée, étrangère à l'inflammation. Ce chirurgien pense qu'en épargnant la peau, on soustrait le malade à l'erysipèle et à l'infection purulente, ou du moins qu'on diminue les mauvaises chances auxquelles sont exposés les individus sur lesquels on pratique de grandes incisions. L'infection purulente et l'erysipèle étant, pour lui, des maladies infectieuses, leur production doit être proportionnée à l'étendue des surfaces d'absorption : or cette surface est minime dans l'opération qu'il préconise, tandis qu'elle est énorme après l'incision cruciale. Enfin, ce procédé aurait encore ce double avantage, d'être peu douloureux, car il épargne la peau, qui est, de tous nos tissus, celui dans lequel l'incision produit le plus de douleur, et, enfin, de ne pas donner lieu à une cicatrice difforme, considération qui n'est pas à dédaigner quand il s'agit d'un anthrax siégeant au visage ou à une autre partie visible du corps. Pour lui, l'anesthésie locale, prônée par quelques chirurgiens, exposerait à la mortification des tissus malades que l'on cherche à sauver par l'incision. 11 n'aurait que peu de confiance dans la méthode par compi^ession employée par certains chirurgiens anglais, MM. O'Ferral et Gollis entre autres.
Selon M. Jules Guérin, l'anthrax bénin ou malin serait toujours le résultat d'une affection générale, la manifestation locale d'un principe diathésique. L'anthrax malin ne serait, selon lui, qu'une modification de l'autre due à une altération seplique du bourbillon au contact de l'air. Les liquides ainsi altérés (1) deviennent un vrai poison dont la résorption donne lieu à une inflammation plus ou
(1) A. Guérin, Bull, de l'Acad. de méd., 12 septembre 187G.
HOTEL-DIEU