Q. IMPERFORATION DE L'HYMEN, RÉTENTION DU FLUX MENSTRUEL
Temporiser le moins possible . — Aspiration. — Règle générale, dans les cas d'imperforation de l'hymen, il ne faut temporiser que le moins possible, surtout quand les phénomènes, déterminés par une accumulation de sang considérable, sont très-prononcés : donner issue au liquide et corriger la difformité, telles sont les deux indications à remplir.
1° Donner issue au liquide. — Ponction avec un bistouri dans la poche proéminente qui, dans plusieurs cas, a fait croire à un accouchement à terme : incision de cette poche dans le sens antéropostérieur, suivant le grand axe de la vulve ; à cette simple ouverture suivie d'incision, doit se borner tout le manuel opératoire : se garder d'exercer sur l'abdomen, dans le but de hâter l'évacuation du liquide, une compression qui pourrait avoir le danger d'en faire refluer une partie dans la grande séreuse ou de produire un vide aspirateur bien nuisible : à moins d'indication spéciale de combattre la putridité avec les antiseptiques, on n'aura recours à aucune injection détersive qui pourrait pénétrer dans les trompes et tomber dans le péritoine : laisser un moment la nature agir seule et l'utérus expulser par sa contraction lente et graduelle et non tout d'un coup le liquide qui y est contenu. M. Gillette préférerait même, au lieu d'avoir recours à l'incision de la poche, employer la seringue aspiratrice de DieuldLÏoy, armée de son trocart le plus volumineux (3) : ce qui lui a fait émettre cette idée est que, dans bien des exemples et entre autres celui qu'il a observé dans le service de M. Tillaux à Lariboisière, le sang qui s'échappe est assez liquide, peu mêlé de grumeaux et sort facilement.
(1) Dumontpallier, Bull, de la Société de chirurgie, 28 février, 1877.
(2) Fleetwood Churchill, Traité pratique des maladies des femmes. 2e édition. Paris, 1876.
(3) Gillette, De V imperforation au point de vue clinique et opératoire (Ann, de Gynécologie, mai et juillet 1874).
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LE DOCTEUR P. GILLETTE
2° Corriger la difformité. — Excision des angles de la plaie et veiller les jours suivants à ce que l'ouverture ne se ferme pas, moins par l'introduction de mèches permanentes que par celle d'une grosse bougie temporaire ou de l'extrémité du doigt, comme font fait MM. Verneuil et Tillaux. Si on néglige cette précaution, on risquerait de voir se reproduire la déformation.
h. tumeur cancéreuse du sein. — Ablation par le couteau. — Pas de réunion par première intention. — M. Gillette préfère se servir de l'instrument tranchant dans l'ablation de ces tumeurs (Qg. 6i8 et
X\X^- xx
Fig. 648. — Extirpation du sein.
a, main gauche du chirurgien tendant la peau en dehors de la mamelle; ô,main droite tenant le bistouri; e, première incision.
649). On doit sacrifier la mamelle tout entière et ne pas chercher à en conserver une portion. Commencer par l'incision inférieure pour ne pas être gêné par le sang. Comme ces sortes de plaies suppurent presque inévitablement, il ne faut pas faire de réunion par première intention et panser à plat en rapprochant peu à peu les bords. — Pansement alcoolisé.
i. kyste de l'ovaire. — Ovariotomie. — Attacher une grande importance aux traitements préparatoires et éviter les ajournements, une fois que le jour de l'opération est fixé; — emploi du lit Guéride. pendant l'opération; — une fois l'opération (suivant les règles classiques) terminée, M. Gillette fait la toilette de la séreuse avec des
éponges montées, mais sans trop insister néanmoins et sans avoir la prétention de vouloir retirer absolument toute la sérosité péritonéale,car il l'a vue se reproduire à mesure qu'il l'enlevait. Il attache une grande importance à terminer l'opération et surtout les sutures
Extirpation du sein.
a, main gauche du chirurgien soulevant la mamelle et la portant vers la ligne médiane; b, main droite du chirurgien qui incise le tissu cellulaire sous-jacent à la mamelle; c, main d'un aide tenant la lèvre externe de l'incision.
(épingles à tête de verre, suture entortillée, fils métalliques) rapidement de façon à abréger un peu le sommeil chloroformique. Il pratique le pansement de la suture par occlusion (1) à l'aide de bandes de tarlatane, d'ouate et du collodion dont il couvre toute la longueur de la plaie. — Garde dJouate épaisse, bandage flanelle, traversin sous les jarrets légèrement fléchis. — Emploi de cerceaux pour soutenir les draps et couvertures (6g. 650). C'est ce mode de pansement qui a été employé par lui sur l'une des deux ovariotomisées qu'il a présentées à l'Académie de médecine (2), et sur une troisième femme de 46 ans, également guérie (kyste ovarique avec gros papillome végétant du petit bassin) chez laquelle il s'est produit une gangrène de la paroi abdominale avec perte de substance
(1) Voy. le service de M. le Dr Polaillon.
(2) Gillette, Bull. Acad. de méd., séance du 26 décembre 1876 ; Union médicale, 12 et 27 février 1877., et Clinique chirurgicale des hôpitaux de Paris. Paris, 1877.
par où s'est échappée une grande quantité de liquide putride provenant du sang dont on n'avait pu débarrasser complètement le petit bassin. Cette dernière malade a été opérée le 24 mai 1877 à l'Hôpital Temporaire, elle en est sortie le 25 juillet dernier.
Fig. 650. — Cerceaux pour soutenir les draps du lit.
Dans les réunions qu'il fait après la gastrotomie, M. Kœberlé emploie deux sutures (1), l'une profonde destinée à amener la coaptation et la réunion des plans fibro-masculaires et sous-cutanés, l'autre superficielle qui n'affronte que la peau. Pour la réunion profonde il employait autrefois une suture encbevillée. A cet effet une longue aiguille armée d'un fil double à l'extrémité duquel était un bout de sonde, était plongée à 4 ou 8 centimètres en dehors de l'incision et traversait obliquement la peau, le tissu sous-cutané, les muscles et les tissus fibreux de la ligne blanche de manière à sortir au-dessus du péritoine : les tissus de l'autre lèvre de l'incision étaient traversés dans des points symétriques, mais en sens opposé, et l'aiguille revenue au-dessus de la peau était passée au travers d'une cheville (bout de sonde) sur laquelle ont nouait les deux chefs du fil de façon à maintenir l'affrontement de la paroi abdominale sans qu'il y eût traction sur la plaie.
Cette réunion avait le mérite de la solidité et rapprochait parfaitement les parois, mais elle avait l'inconvénient de traverser une assez grande étendue de couches cellulo-graisseuses et musculaires, ce qui donnait lieu parfois à des accidents de suppuration sur le trajet du fil. Ces accidents ont, il y a trois ans, déterminé M. Kœberlé à abandonner cette suture et à lui substituer un autre mode de réunion (fig. 651 et 652) qui n'intéresse absolument, que les tissus connectifs : cette suture, faite dans les lèvres môme de l'incision, ne comprend de chaque côté que les tissus fibreux de la ligne
(1) Kœberlé, Annales de Gynëcolog., mai 1877. — Voyez aussi Kœberlé. De l'ovariotomie {Mém. de l'Àcad. de médecine. Paris, 1863-G4, t. XXVI).
blanche et n'intéresse point le périloine que l'on se contente de rapprocher et qui s'affronte tout naturellement lorsqu'on vient à nouer le fil. Le nœud doit être fortement serré sur les tissus, qu'il
Fig. 651.
ss, suture superficielle entortillée; sp, suture profonde ne comprenant que les — Ib, tissus fibreux de la ligne blanche en laissant le — tsp, tissu conuectif sous-péritonéal et le — p, péritoine s'affronter librement; md, muscle droit.
est destiné à couper, et maintenir solidement les parois abdominales. Les extrémités du fil, tordues l'une sur l'autre, sont ramenées sur la peau par le trajet le plus court ou cheminent, suivant les circonstances, dans le sillon de l'incision jusque dans l'angle inférieur de la plaie, de façon à servir au besoin de drain, dans le cas où celleci viendrait à sécréter des liquides.
Ce mode de réunion est très-simple et fort solide : les fils restent en place jusqu'à ce qu'ils tombent d'eux-mêmes, et on peut appli-
quer, dès le premier jour, la suture collodionnée, faite de fils disposés régulièrement sur les côtés de la plaie et noués symétriquement sur la partie moyenne du ventre qui se trouve ainsi parfaitement
Fi g. 652.
ss, suture entortillée superficielle ; sp, disposition des fils de la suture profonde le long de la ligne de réunion ; 17, tige transversale traversant les tissus liés au-dessus de la — Lp, ligature du pédicule au niveau des téguments. — Les deux chefs du fil de la suture profonde, sp, avant d'être disposés le long de l'incision, doivent être préalablement tordus l'un autour de l'autre, d'une manière plus ou moins serrée, comme ceux de la ligature du pédicule, Lp, et ne formenl ainsi qu'un seul cordon.
soutenu en môme temps que les points de réunion sont garantis contre les tiraillements que pourraient occasionner des vomissements ou des efforts quelconques des opérées.
5° PLAIES. - ANTHRAX. - AUTOPLASTIES.
a. pansement des plaies. — Divers. — Ce chirurgien, qui exclut presque d'une façon générale l'usage du cérat dans le pansement des plaies (\), emploie surtout le pansement kl'alcool pur au début, ou alcool phéniqué, et les lavages avec les mêmes liquides; le pan-
(1) Gillette, art. Cérat, Diclionn.encyclopéd. des sciences médicales, t. XIV, 1873.
PLAIES. — ANTHRAX. — CHÉILOPLASTIE. 735
sèment avec un mélange d'alcool et de glycérine à parties égales lorsque la plaie suppure, pour revenir à l'alcool pur à la fin : en même temps le mode de balnéation est appliqué. Il se trouve bien également des pansements rares qu'on ne répète que tous les deux ou trois jours, du pansement par occlusion avec l'ouate', pour les brûlures par exemple, qu'on laisse à demeure pendant huit ou dix jours, — avec le diachylon (ulcères, plaies des doigts et des orteils) qu'on laisse appliqué un temps même plus prolongé, — avec leta/felasVigo. Dans les amputations, il applique souvent le pansement ouaté qui lui a donné plusieurs succès pour les amputations de cuisse (3 succès sur o) en ayant soin d'employer concomitamment le drainage.
b. plaies produites par la bouche du cheval. — Le même traitement que pour les plaies confuses. — Dans un mémoire sur ce sujet M. Gillette (2) a proposé les principales conclusions suivantes :
Ces plaies rentrent dans la classe des plaies confuses (mâchoire agissant par pression, par secousse violente, par torsion, par arrachement).
Elles donnent lieu fréquemment à un gonflement et à une tension énorme (phénomènes d'étranglement), àdessymptômesinflammatoires très-intenses, surtout àdes suppurations prolongées. Leur gravité tient au double effet contondant etdéchirant de la bouche de l'animal, et non à un principe délétère. Leur traitement est le même que celui des contusions et plaies contuses (expectation, cataplasmes, balnéations, résolutifs). Débridements nécessaires et emploi du fer rouge si à l'intensité des phénomènes généraux vient s'ajouter une tuméfaction considérable et une menace de gangrène. Emploi des désinfectants et du permanganate de potasse en particulier. Tenter le rapprochement et la réunion des bords de la plaie s'il s'agit de morsure de la face. Chirurgie conservatrice dans les cas où les téguments ne sont pas trop délabrés ; si le membre est broyé, amputation immédiate.
c. anthrax. — Incisions multiples. — Teinture d'iode. — Pour les anthrax volumineux de la nuque et du dos, M. Gillette est, contrairement à ce que pensent plusieurs chirurgiens de nos jours, partisan de l'intervention ; il fait des incisions multiples pénétrant jusqu'à la base de la tumeur, et avec un pinceau imbibé de teinture d'iode il badigeonne toutes les anfractuosités de la plaie le jour de l'opération et les jours qui suivent. Ce moyen a pour but de modifier singuliè-
(1) Gillette, Des divers traumatism.es produits par la bouche du cheval {Bull, de la Soc. de chirurgie, 1876).
rement toutes les parties qui ont tendance à la gangrène, de leur rendre une nouvelle vitalité et de favoriser par conséquent la cicatrisation.
(L ÉPITHÉL10MA DE LA LÈVRE INFÉRIEURE. — CheiloplùStie. méthode
Çiurf
Fig. 653.
Cheiloplastie. Méthode de Sy me et de Buchanan; direction des incisions.
de Syrneet de Buchanan. — C'est cette méthode qu'applique de préférence M. Gillette quand le mal est limité à la partie antérieure de
Fig. 654. — Cheilop/a.itie. Méthode de Syme et de Buchanan, tes deux lambeaux relevés et suturés. — En bas il reste deux petites surfaces cruentées losar,giques.
la lèvre. Dans deux cas, à l'Hôpital Temporaire, elle lui a donné un résultat très-satisfaisant au point de vue de la reconstitution d'une
nouvelle lèvre. Elle consiste (fig. 653) à circonscrire la tumeur entre les deux branches d'un V qui, prolongées plus bas, donnent un autre /\ ouvert à la partie inférieure et réuni au précédent par son sommet. Sur l'extrémité externe de chacune des branches du V inférieur, on fait tomber une incision transversale de 2, 3 ou 4 centimètres parallèle au maxillaire inférieur; dissection des deux lambeaux quadrilatères qu'on relève et qu'on suture sur la ligne médiane (fig. 654) (suture entortillée) : les deux branches obliques du V supérieur ne font plus qu'une ligne horizontale; les deux branches obliques du \/ inférieur ne font plus qu'une ligne verticale, il reste en bas deux petites surfaces losangiques saignantes qui, en se fermant, donnent à la cicatrice, avec la ligne verticale précédente, la forme i d'un Y î en versé.
M. LE DOCTEUR TERRILLON (1)
névralgie du nerf dentaire inférieur. — Névrotomie, procédé de M. Michel {de Strasbourg). — On sait que les névralgies siégeant sur le trajet d'une des branches du trijumeau sont bien souvent rebelles aux médications dirigées contre elles. Souvent aussi elles entraînent, à cause de leur persévérance ou de leur intensité, un retentissement fâcheux sur l'état général du malade. Ces différentes raisons font, comme le dit M. Terrillon (2), que souvent on est obligé d'intervenir et de pratiquer la section du rameau atteint de névralgie rebelle.
A quel niveau peut- on pratiquer la section du nerf dentaire ?
1° A sa sortie du canal dentaire dans le point où il prend le nom de mentonnier. Nélaton, Malgaigne et d'autres chirurgiens ont employé ce procédé, mais il y eut soulagement momentané seulement ou récidive, parce que, dans tous les cas, comme dans la plupart
(1) 1876, Chirurgien du Bureau central, — suppléant à l'hôpital Saint-Antoine.
(2) Terrillon, Traitement chirurgical de la névralgie dentaire inférieure. [Bull. -gén. de thér., 15 et 30 décembre 1876.)
Gillette. — Chirurgie journ. 47
des névralgies dentaires, la douleur remontait le long du trajet du nerf; aussi, malgré la destruction de la terminaison du nerf qui était le point de départ des accès névralgiques, ceux-ci reparaissaient bientôt sur le trajet du cordon resté intact.
2° Dans le trajet du canal dentaire (trépanation de la table externe de l'os). — Ce procédé met à l'abri des récidives, mais a l'immense inconvénient de produire une lésion osseuse qui peut être trèsgrave puisqu'elle a été suivie de mort.
3° Au niveau de son entrée dans le canal, près de l'épine de Spix, en un mot près de son origine. — M. Terrillon pense que, dans la plupart des cas, le nerf dentaire doit être coupé près de sa naissance le plus loin possible de son épanouissement, et il donne la préférence au procédé de M. Michel, de Strasbourg (actuellement à Nancy), qui a le grand avantage de donner une plaie qui guérit rapidement et ne laisse aucune trace extérieure : il comprend les quatre temps suivants :
Premier temps. — Application d'un bâillon latéral placé du côté opposé à l'opération et emploi d'un écarteur simple du côté malade, destiné à écarter la joue et à donner du jour. On peut chloroformiser.
Second temps. — Incision, au fond de la bouche, de la muqueuse qui recouvre le bord antérieur du tendon du muscle temporal. Cette incision, qui est un peu plus interne que le bord saillant de l'apophyse coronoïde, doit s'étendre de la dernière molaire supérieure à la dernière molaire inférieure et aller directement jusque sur le tendon du crotaphite.
Troisième temps. — Introduction du bout de l'index gauche entre le ptérygoïdien interne qui est en dedans et l'apophyse coronoïde recouverte du temporal qui est en dehors : on sent en haut l'épine de Spix. Si on a de la peine à la sentir, dénudation avec la sonde cannelée.
Quatrième temps. — Section du nerf, introduction d'un petit crochet mousse (fig. 655 et 656) ou plutôt d'une petite érigne également mousse (fig. 657 et 638), glissée le long de la face palmaire de l'index gauche jusqu'au niveau de l'épine de Spix où le nerf attiré légèrement est coupé : l'artère dentaire, sectionnée en même temps, donne un petit jet de sang, mais l'hémorrhagie s'arrête bientôt. Ce temps est très-délicat et même difficile. Si on veut faire la résection d'une partie du nerf, on peut employer le crochet mince de Menzel qui ressemble à un petit lithotriteur et permet de saisir le nerf et de l'attirer à une certaine distance. M. Terrillon se contente de glisser
à la place du crochet un petit bistouri boutonné et de couper sur la face interne du maxillaire le nerf et l'artère. Il a répété sept fois sur le cadavre cette opération avec beaucoup de soin, et il a constaté que la facilité qu'on éprouve pour couper le nerf est très-variable,
Fig. 655.
Crochet mousse demi-circulaire.
Fig. 656.
Crochet mousse
angulaire.
, Fig. 657. Érigne simple à manche.
; Fig. 658.
Érigne double à manche.
selon les sujets : la principale difficulté tiendrait au peu d'écartement qui existe entre les deux dernières molaires, la bouche étant largement ouverte.
Il a pratiqué avec succès cette opération, en août 1876, à Saint- Antoine chez une femme de trente-huit ans, atteinte de névralgie du nerf dentaire datant d'un an et demi. Sans se servir du crochet, ayant son index gauche sur l'épine de Spix, il glissa un ténotome mousse au-dessus de cette épine, sur la face interne du maxillaire, sans aller trop en arrière ou en dedans, [de peur de léser le lingual, et coupa le nerf et l'artère sur la branche montante. Les suites de l'opération furent peu sérieuses, malgré le développement d'un phlegmon qui dura cinq jours; toutefois, la'guérison s'est-elle maintenue suffisamment pour être considérée comme définitive? on sait que, même après la névrotomie, certaines névralgies se montrent encore rebelles après l'opération et reviennent même au bout d'un long laps de temps : chez la malade de M. Terrillon, trois mois et demi après la section, la récidive n'était pas réapparue : chez elle, l'anesthésie, qui avait succédé au niveau de la distribution du nerf mentonnier, a disparu, et on ne trouve plus qu'unea'diminution légère des différentes sensibilités en comparant avec le côté opposé*
«.frottement sous-scapulaire. — Thérapeutique obscure. — Électricité. — Prothèse. — M. Terrillon, dans son travail sur le frottement sous-scapulaire et le Développement d'une bourse séreuse accidentelle sous l'omoplate, a attiré l'attention des chirurgiens sur une affection mal connue de beaucoup d'entre eux et inconnue à un nombre encore plus grand : entre les faits produits par l'auteur, il y a certains traits communs dont les principaux sont la nature, des frottements, le sens des mouvements qui les provoquent le mieux, l'abaissement du moignon de l'épaule pendant l'inaction des membres supérieurs, ainsi que l'écartement du bord spinal de l'omoplate de la cage thoracique, enfin lesiége ordinaire des craquements au niveau de l'angle inférieur de l'omoplate. L'étiologie de cette singulière affection reste obscure, car il n'est rien moins démontré que ces craquements ont toujours pour cause le développement d'une bourse sous-scapulaire. Or, la thérapeutique se ressent de cette lacune et est également très-obscure. M. Terrillon inclinerait à pencher vers l'influence des mouvements professionnels : dans un cas, un appareil prothétique a soulagé instantanément le malade et lui a rendu possible l'exercice de son métier.
b. luxation de l'épaule. — Tractions élastiques continues. — Cette méthode (1) inspire une grande confiance à ce chirurgien qui l'a employée avec succès un certain nombre de fois. On peut môme dire qu'aujourd'hui, selon lui (2), elle est passée dans la pratique courante. Elle est d'une application facile et cause peu de douleur au malade. Elle supprime les dangers des tractions trop énergiques, puisqu'il suffit généralement chez un adulte de 10 ou 15 kilogrammes et assure les mêmes avantages que la chloroformisation, sans que l'on ait à craindre les accidents qui surviennent quelquefois inopinément dans le cours de l'anesthésie la mieux dirigée.
Il adopte, à l'égard du chloroforme appliqué à la réduction des luxations, pleinement et sans réserve, la pratique de M. Gosse'in : c'est toujours une chose sérieuse que de chloroformiser un malade, et l'on ne doit avoir recours à l'anesthésie chirurgicale dans le traitement des luxations récentes que lorsque tous les autres moyens ont échoué. On se tromperait, du reste, si l'on croyait que
(1) Voy. le service de M. le Dr Th. Anger.
(2) Terrillon, Th. agrégat., 187Ô.
le chloroforme supprime absolument toute résistance musculaire : « A quelque degré que soit portée l'abolition de la motilité, dit M. Sédillot(l), on voit les contractions musculaires se réveiller avec énergie pendant les efforts de l'extension, et il serait dangereux, comme nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le signaler, de vouloir en triompher. » — Nous nous associons complètement à cette crainte du chloroforme dans son emploi pour la réduction des luxations, et, chaque fois que nous avons affaire à un déplacement récent, nous essayons et essayons encore les moyens de douceur avant d'avoir recours à l'anesthésie que nous réservons uniquement comme ressource ultime et dont nous ne faisons guère usage qu'avec regret.
c. plaie du crâne. — Trépanation. — A propos d'une observation lue par M. Proust à l'Académie de médecine, M. Terrillon a présenté un travail à la Société de chirurgie avec considérations anatomiques fort intéressantes, sur les plaies du crâne accompagnées de symptômes cérébraux dans leurs rapports avec l'étude des localisations cérébrales (2) et l'emploi du trépan. Le fait commun à MM. Proust et Terrillon, qui a été l'objet d'un rapport de M. Gosselin, 3 avril 1877, à l'Académie, est relatif à un jeune homme de dix-neuf ans qui fut frappé d'un coup de sabre-baïonnette à la partie gauche de la tête : une plaie est produite, le sang s'écoule abondamment, et le blessé perd connaissance pendant environ un quart d'heure. Puis tout se passe bien pendant douze jours, au bout desquels apparaissent trois symptômes cérébraux importants -.difficulté pour trouver ses mots (aphasie), faiblesse notable du membre supérieur droit (monoplégie), paralysie presque complète de tous les muscles animés par la portion du nerf facial droit qui se distribue au-dessous de Porbiculaire palpébral.
Apporté à l'hôpital seize jours après l'accident et quatre jours après le début des phénomènes cérébraux, le malade présente une plaie contuse suppurante au-dessus de l'oreille gauche et au fond de cette plaie une fracture avec un enfoncement incontestable du pariétal. — Pensant que ces accidents sont dus à une compression, à une irritation de la substance cérébrale par les fragments déprimés, et qu'en conséquence il y a indication de relever ou de supprimer ces derniers, M. Terrillon applique au-dessus et en arrière de la partie enfoncée une couronne de trépan et se sert de la voie ainsi ouverte pour enlever trois fragments osseux (fig. 659 et 660). Au mo=
(1) Sédillot, Contribution à la chirurgie, t. I, p. 132.
(2) Terrillon, Bull, delà Soc. de chir., 6 décembre 1876.
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ment où la dernière pièce est ôlée, il constate la sortie de quelques gouttes de pus mêlé avec du sang. Au moment où l'opération fut terminée, les mouvements étaient en grande partie revenus dans le
Fig. 660. — Manière de se servir du couteau lenticulaire pour égaliser les bords de la section de l'os.
BURS-UN,
Fig. 659. — Application du trépan, Bernard et Huette (médecine opératoire).
membre supérieur, et l'aphasie avait elle-même notablement diminué, puisque le malade a pu compter de suite à haute voix depuis 90 jusqu'à 97, chose impossible avant le trépan. Cette amélioration s'est accentuée de plus en plus, et au bout de deux mois c'est à peine s'il restait quelques traces de l'aphasie et de la parésie du membre supérieur. L'hémiplégie faciale avait elle-même tout à fait disparu. MM. Proust et Terrillon ont attribué ce succès à ce que l'ablation des fragments enfoncés avait fait disparaître la lésion produite par ces fragments sur la substance corticale, qui, d'après les recherches nouvelles de MM. Fritsch, Hirtzig et Ferré, confirmées par celles de MM. Carville, Duret, Charcot, sont des centres moteurs pour le membre supérieur et la face, et à ce que, en même temps, l'opération avait débarrassé la troisième circonvolution frontale gauche dans laquelle M. Broca a localisé la faculté du langage articulé (I).
(1) Voy. le service de M. le D1 J.-L. Championnière.
AFFECTIONS DE L'ÉPAULE ET DU CRANE. — AMPUTATIONS. 743 d. amputation de la cuisse. — Méthode à deux lambeaux. — M.Ter-
Fig. 661. — Amputation de la cuisse à deux lambeaux, antérieur et postérieur. rillon emploie de préférence à toute autre cette méthode qui per-
Fig. 662. — Bandage de la cuisse, après amputation. À, direction des tours de bande.
met, par suite de la juxtaposition des lambeaux, d'obtenir toujours,
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LE DOCTEUR TERRILLOX.
en faisant une compression méthodique, un peu sinon beaucoup de réunion par première intention (fig. 661 et 662); les deux lambeaux antérieur et postérieur sont taillés un peu obliquement, de dehors en dedans pour la peau (c'est-à-dire dessinés), puis par
Fig. 663. — Moignon de caisse. Mode de réunion, Azam (fig.
AA', drain hors de la plaie et dans la plaie ; B, charpie eollocrionnée pour le maintien du drain solide; C, coupe de fémur, sa situation par rapport au drain; D, fils de la suture entortillée demeurés en place après extraction des épingles séance tenante; E, E ', faisceaux de charpie collodionnée renforçant la suture; F, F'., F", pinces à affrontement profond.
transfixion pour les muscles. Il fait un usage fréquent, comme pansement, de la méthode de son maître, M. A. Guérin. De plus, il cherche à obtenir surtout la réunion profonde des lambeaux sur l'extrémité osseuse sectionnée.
M. Azam, de Bordeaux, qui a bien voulu mettre à notre disposition ces deux figures représentant le schéma d'un moignon d'amputé
suturé, a formulé en ces termes son mode de pansement dans la réunion des grandes plaies d'amputation (fig. 663 et 664) :
1° Réunir par première intention toutes les parties qui peuvent
Fig. 664. — Pince à affrontement profond à peu près de grandeur naturelle.
PP', très-petites pointes pour éviter le glissement; Q, plaque d'agaric pour protéger la peau; 'R, ressort de force suffisante et calculée.
être réunies, faciliter la suppuration de celles qu'on ne peut se dispenser de laisser suppurer ;
2° Drainage profond, suture profonde, suture superficielle.
Voici comment, dit-il, il comprend le moignon de l'avenir (1) :