M. LE PROFESSEUR F. GUYON
a. cathétékisme explorateur de l'urèthre. — Bougies à tige molle et à boule olivaire molle ou métallique. — L'exploration du canal est simplement un toucher médiat fait, pour ainsi dire, avec un
Fig. 162. — So?ide courbe.
Fig. 163. — Sonde de trousse.
long doigt. Elle consiste à analyser les sensations à mesure que l'on pénètre plus avant, l'attention du chirurgien se localisant uniquement à l'extrémité du cathéter. — La sonde métallique ou autre (fig. 162, 163) divise les sensations, tandis que la bougie a boule les
(1) Desormeaux, Bull, de la Soc. de chir., 1806.
(2) 18li2, chirurgien du Bureau central; — 1864, hospice de la Maternité; — 1867, hôpital Necker.
concentre; aussi est-ce à ce dernier instrument que M. Félix Guyon donne la préférence, parce que son renflement terminal ne touche jamais la face interne du canal qu'en un seul point à la fois : la sonde, au contraire, touche en même temps tous les points du conduit.
Gh. Bell recommandait l'emploi de petites liges métalliques flexibles a (fig. I 64) terminées par de petites houles b d'argent de diverses
Fig. 164. — Explorateur de Ch. Bell.
grosseurs : il les introduisait successivement dans l'urèthre jusqu'à ce qu'il ait trouvé une boule assez petite pour traverser le rétrécissement. On a reproché à cet explorateur sa rigidité, aussi Leroy a remplacé l'argent par la gomme élastique (fig. 165, 166) et a varié
Fig. 165. — Bougie à boule exploratrice.
à l'infini la grosseur des boules olivaires afin qu'elles pussent servir au diagnostic des coarctations de tout diamètre.
M. Félix Guyon emploie surtout les bougies à boule olivaire qui répondent à des numéros déterminés de la filière française (Charrière) : la série va depuis le n° 7 jusqu'au n° 21. — Relativement aux conditions d'une bougie, il faut que le talon soit fort et à renflement assez brusque afin que la boule remplisse le canal, sans que la tige qui la supporte offre un contact avec la face interne de ce dernier : on a par conséquent alors une sensation donnée par la boule et non par la tige. Cependant, pour éviter de froisser l'urèthre en retirant l'instrument, il ne faut pas que le talon ait une arête trop vive. La forme olivaire losangique est la meilleure. — M.Félix Guyon se sert aussi souvent de petites boules métalliques graduées et vissées sur la tige, parce que les sensations qu'elles donnent sont plus prononcées que celles transmises par les boules molles. Il préfère de beaucoup les explorateurs à %e molle, et n'emploie que rarement la bougie (fig. 167) filiforme de baleine. Avec la tige molle, on ne fait que des mouvements de propulsion, tandis qu'avec la tige dure on fait non-seulement des mouvements de propulsion dans ie canal, mais aussi des mouvements de levier nécessitant des dépenses musculaires qui vous empêchent d'analyser aussi bien les sensations.
Pour pratiquer ce cathétérisme explorateur, on prend tout d'abord le plus gros numéro (n° 21) représentant 7 millimètres (cali-
bre normal de l'urèthre) sur la filière de Charrière (fig. 168), car il
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Fig. 168. — Filière de Charrière.
Fig. 1GC. — Explorateur de Leroy d'Êtiolles.
faut bien retenir qu'on veut non pas franchir mais simplement
explorer le canal, et on procède à l'acheminement de la boule très-lentement, non pas seulement dans le but d'éviter de faire souffrir le malade, mais parce qu'on a besoin de sentir ce qui se trouve au bout de l'instrument, centimètre par centimètre. Si la boule est trop volumineuse, on en prend une seconde d'un volume moindre, et ainsi de suite.
b. rétrécissement URÉTHRAL. — Bougies tortillées. — La méthode par la dilatation prime toute autre méthode dans le traitement des rétrécissements de l'urèthre : il fait usage de bougies coniques (fîg. 169) et, pour lesvrétrécissements étroits et difficilement franchis-
Fig. 169. — Bougie élastique conique.
sables, de petites bougies fines à pointe contournée en spirale irrégulière (fig. 170). Pour tortiller ces bougies, Leroy avait imaginé un petit appareil consistant à enlacer la pointe de la bougie autour de
Fig. 170. — Bougies de Leroy d'Ètiolles à pointes contournées en spirale irrégulière.
deux rangées de pointes fixées dans un plancher et à la laisser quelque temps dans cette situation (fig. 171). Afin de leur donner une forme permanente, nous avons vu M. Félix Guyon se servirjd'un procédé ingénieux imaginé par un de ses internes, M. Curtis"(l), et qui consiste simplement à plonger la bougie tortillée de telle ou telle
(1) Curtis, Du traitement des rétrécissements de l'urèthre par la dilatation progressive. Th. inaug. Paris, 1873.
façon, dans le collodion, à la retirer et à la laisser sécher. Le tortillon conserve la disposition qu'on lui a préalablement imprimée :
Fig. 171. — Procédé de Leroy pour tortiller en spirale l'extrémité des bougies.
cette modification est d'autant plus heureuse, que l'on peut laisser la bougie à demeure sans que la surface collodionnée soit attaquée par l'urine : ce petit moyen peut donc rendre de grands services.
c. uréthrotomi-e interne. — Uréthrotome de Maisonneuve. — Le tableau suivant comprend à peu près toutes les indications pour lesquelles il fait cette opération qui est celle qu'il préfère de beaucoup :
Rétrécissement organique avec dilatation derrière le point rétréci. — Incontinence. — Infiltration d'urine par fissure (rarement). Rétrécissement avec fausse route.
Rétrécissement très-étroit et paraissant très-épais. Rétrécissement traumatique.
Tirées de la vessie. — Rétention d'urine, suite de rétrécissement : surtout
s'il y a des accidents, fièvre, frisson?, etc. Tirées des reins. — Quand il y a néphrite, n'opérez pas, a-t-on dit. C'est un conseil que M. Félix Guyon croit un peu exagéré, car on abandonne les malades à leur état pitoyable.
Rétrécissement irritable serrant la sonde au lieu de se laisser dilater. Rétrécissement insensible et incomplètement dilatable. Rétrécissement élastique qui atteint une limite de, dilatation et ne peut la franchir. Fistules urinaires.
Cas où la dilatation est impossible ou accompagnée d'accidents.
Il n'adopte pas exclusivement tel ou tel uréthrotome ; — nous l'avons vu cependant se servir assez souvent de l'instrument de Maisonneuve (fig. 172) composé: 1° d'une bougie élastique ou filiforme dite conductrice; 2° d'un cathéter cannelé ; 3° d'un mandrin portant à son extrémité une lame triangulaire dont les deux côtés sont tranchants, mais dont le sommet qui les réunit est mousse pour ne pas blesser le canal en le parcourant jusqu'au point rétréci. Il croit que l'urélhrotomie interne d'avant en arrière est peut-ôtre plus sûre que
celle d'arrière en avant. — L'instrument de Civiale (1) ne produit qu'une scarification. — Yoici maintenant quels sont les préceptes qu'il suit immédiatement après l'opération :
I. Introduction d'une sonde à demeure, sonde en gomme élastique coupée au niveau du bout vésical, de façon à pouvoir la faire glisser facilement sur un long mandrin rectiligne vissé à la petite bougie conductrice (de l'uréthrotome) qui se trouve encore dans le canal et qu'on retire dès que la sonde est introduite.
II. Cette sonde à demeure ne doit pas avoir un volume excessif.
III. La sonde est fermée pendant la nuit et débouchée toutes les deux heures. — Lavages dès le second jour.
IV. Repos le plus complet. — Traitement médical préventif. — Le premier jour (jour de l'opération), 80 centigrammes de sulfate de quinine; le deuxième jour, 40 centigrammes ; le troisième jour, 20 centigrammes ou 40 centigrammes. — Lavement le premier jour pour empêcher le malade de faire des efforts.
V. Exiger davantage des personnes ambiantes pour avoir le suffisant.
Autrefois, immédiatement après l'incision, on se croyait obligé de dilater avec une sonde bien grosse sous peine de perdre le bénéfice de l'opération. Ainsi Reybard dilatait fortement pour que la cicatrice résultante fût non pas une ligne mais une pièce. M. Félix Guyon n'agit pas ainsi ; selon lui, on arrivera d'autant mieux à dilater le canal, qu'on l'aura moins tourmenté. Il préfère donc la dilatation consécutive et ne passe guère la première bou-
Fig. 172. — Urèthrotome de Maisonneuve.
(1) Civiale, Traité pratique sur les maladies des organes génito-urinaires. 3e édition. Paris, 1858-60.
266 nOPITAL NECKER. — LE PROFESSEUR GUYON.
gie dilatatrice que quinze jours ou trois semaines après l'opération.
Nous lui avons entendu dire, en 1873, que sur soixante-deux cas d'uréthrolomie interne, il n'avait pas eu une mort, trente et un malades avaient eu de la fièvre, six du frisson, sept des accès fébriles légers, dix-sept du frisson et de la fièvre, un accès intense ; dans un cas il avait observé une bémorrbagie peu considérable. Jamais il n'a vu d'infiltration urineuse ; six fois il vit se produire une épididymite, une fois l'œdème du prépuce. Dans un cas il y eut abcès périnéphrétique qui se termina par la guérison : il s'agissait d'un malade qui avait été urétbrotomisé six ou sept fois et chez lequel les reins étaient déjà malades. — lia urélhrotomisé deux malades ayant de la néphrite et de la résorption urineuse, et chez lesquels l'indication était de mettre la vessie à même de se vider sans accident.
En un mot, pour M. Félix Guyon, cette méthode est appelée à jouer un grand rôle dans le traitement de certains rétrécissements de l'urèthre, elle n'est pas une opération grave et s'est comportée avec une bénignité surprenante dans les cas nombreux mentionnés dans l'excellente Thèse d'un de ces internes, M. Martinet (1).
d. lithotritie. — Brise-pierre à écrou brisé. — M. Félix Guyon n'emploie pas le chloroforme chez l'adulte, car, pour être bien faite, cette opération exige le concours du malade. Pour les enfants, l'anesthésie est indispensable. — Il recommande, dans l'exploration, l'emploi d'une sonde analogue à celle de H. Thompson (2), sonde métallique très-mince, munie d'un tambour au niveau du pavillon. Elle est fort sonore et très-commode pour le diagnostic. Il se place du côté droit et se sert du brise-pierre à écrou brisé de Civiale(fig. 173) et surtout de celui qui a été modifié par Robert et Collin (fig. 174) : dans ce dernier modèle, l'écrou brisé représenté en B est entouré par un simple anneau A qui fait engrener l'écrou sur les pas de vis de la branche mâle quand il est renversé vers l'extrémité vésicale du brise-pierre : il suffit d'incliner l'anneau en sens inverse pour dégager l'écrou. Une simple pression exercée sur les boutons latéraux B permet de démonter l'écrou pour nettoyer. La douille C, forte et légère tout à la fois, offre une prise suffisante à la main. Quant aux mors, il se sert soit d'une des variétés de bec de canne de Civiale (fig. 175), soit des mors fenêtres (porte à faux) de Charrière (fig. 176),jendant tout engorgement de la cuiller impossible.
(1) Martinet, Étude clinique sur Curethrotomie interne. Th. inaug. Paris, 187G.
(2) Thompson, Traité pratique des maladies des voies urinaires, suivi des leçons cliuiques. Paris, 1874.
Le broiement effectué et le lithotriteur retiré, une sonde élastique est introduite pour faire une injection aqueuse dans la vessie : on ne doit pas compter sur l'évacuation immédiate des fragments. Il ne retire pas la sonde si un petit fragment calculeux est engagé clans un des yeux ; pour le dégager, il imprime de légères secousses à la sonde, ou bien il pratique une nouvelle injection, ou bien en dernier lieu il a recours au mandrin. Il ne prescrit jamais de bain après la séance de lithotritie, car il a vu plus d'une fois que le premier frisson se manifestait quand le malade était plongé dans la baignoire ; il ne fait jamais venir le malade à l'amphithéâtre; il l'opère au lit que ce dernier doit garder une fois l'opération terminée; il prescrit le sulfate de quinine et le
Fig. 173. - È
le Civiale.
Fig. 174. — Nouveau modèle d'e'crou brisé (Robert et Collin).
La branche femelle présente à son extrémité manuelle une armature b dans laquelle est fixé un cylindre a. Celui-ci, à son tour, reçoit deux pièces élastiques c, c, munies à leur extrémité et sur leur face interne de deux pas de -vis ; ces pièces, faisant ressort, divergent quand elles ne sont pas resserrées par l'action d'une rondelle a ; celle-ci, -vissée sur l'armature de la branche femelle, est pourvue sur sa circonférence interne de deux saillies. Si l'on -veut que l'écrou brisé, constitué par les deux pièces c,c, morde sur le pas de -vis de la branche mâle, il suffit de tourner la rondelle a, de telle sorte que ses saillies internes compriment l'écrou. Si l'on désire, au contraire, que la branche mâle glisse librement, il suffit de tourner l'écrou en sens inverse.
thé au rhum le jour de l'opération. Le jour suivant, un fragment estil engagé dans l'urèthre derrière le ligament de Carcassonne, il cherche à le refouler à l'aide d'injections ; s'il est au-devant de ce ligament, il cherche à le repousser en avant ou emploie le lithotriteur
268 HOPITAL NECKER. — LE PROFESSEUR Gl'YO.V
uréthral (fig. 177) de M. Reliquet, qui se compose (1) d'une cuiller
Fig. 175. — Becs de Civiale (grandeur nature/le).
a passant derrière le corps étranger et d'une tige mobile pointue c destinée à le faire éclater, et serrée au moyen d'un volant E.
(1) Reliquet, Brise-pierre uréthral (Bull, de l'Acad. de méd., t. XXXIII. p. 379, 28 avril 1SCS), et Traité des opérations des voies ur inaires, p. 5ST, 1ST1.
e. blennorriiagie. cystite du col, ténesme. — Injections médicamenteuses.— Collyre uréthr al. Instrument spécial. — Le Journal de médecine et de chirurgie pratiques de 1868 mentionne avec détails la façon dont M. Félix Guyon s'y prend pour porter diverses substances médicamenteuses sur un point déterminé de la muqueuse uréthrale. L'appareil dont il se sert est des plus simples, il consiste : 1° en un explorateur en gomme à boule percée avec une épingle; 2° en une seringue de Pravaz donnant une goutte par demi-tour imprimé au piston ; 3° en une canule très-fine creusée d'un canal capillaire, longue de 35 centimètres et s'adaptant à la seringue.
PEaar.
Fig. 176. — Mors fenêtres {porte à faux) de Charrière.
Fig. 177. — Brise-pierre uréthral de Reliquet.
L'explorateur est coupé à la longueur de la canule, de telle sorte que, lorsqu'on introduit celle-ci dans l'explorateur, son extrémité arrive au sommet de la boule sans faire de saillie. — On introduit l'instrument jusqu'au point que l'on veut toucher avec le liquide, puis on fait exécuter à la vis autant de demi-tours que l'on veut introduire de gouttes, puis on retire l'instrument en ayant soin d'agir lentement et de maintenir la verge tendue sur l'explorateur, afin d'éviter le retour du liquide qui pourrait avoir lieu si la quantité de celui-ci était considérable : c'est en quelque sorte employer un véritable collyre de Vurèthre. L'état granuleux du canal,
résultant d'une blennorrhée persistante avec spasme, est modifié heureusement par l'injection suivante :
Eau distillée 30 grammes ;
Chlorhydrate de morphine 60 centigrammes ;
on commence par six ou huit gouttes et on augmente la dose graduellement.
La sensibilité et le ténesme dû à la cystite du col, produits par certains rétrécissements, se trouvent également amoindris par le même moyen. Dix à vingt gouttes injectées une ou deux fois par jour donnent des effets remarquables.
C'est encore dans la blennorrhée avec rétrécissement que M. Félix Guyon emploie comme collyre uréthral la solution,
Eau distillée 30 grammes ;
Nitrate d'argent , 60 centigrammes ;
et à la dose de deux, trois et quatre gouttes. En pareils cas, c'est derrière la coarctation qu'il faut porter l'instrument. Ce traitement n'est pas douloureux : on ne constate guère qu'une cuisson légère et une augmentation de l'écoulement, en même temps que ce produit acquiert plus de consistance : cet effet n'est que temporaire, car bientôt l'écoulement diminue et finit en peu de temps par se supprimer tout à fait.
f. rétention d'urine incomplète. — Cathétérisme graduel, sans injection, sans emploi de ï électricité . — Elle se présente sous deux formes (1): avec ou sans distension de la vessie. — Bans le premier cas, saillie perçue à la palpation, incontinence, ce qui donne le change aux malades dont la santé générale décline et qui se plaignent plutôt de l'estomac etdutube digestif; de plus, les urines sont incolores, trop belles même parce qu'il y a polyurie : il y a donc plus de phénomènes généraux que locaux. Bans le deuxième cas, plutôt des phémènes locaux que généraux : les malades se plaignent d'uriner difficilement, urines troubles, fréquence des mictions, cystite permanente.
C'est la prostate qui est le plus souvent la cause de ces rétentions incomplètes. — M. Félix Guyon pratique dans ces cas l'évacuation de l'urine avec certaines précautions : ainsi la déplétion ne doit pas être rapide et complète du premier coup, parce qu'en agissant de la sorte, on s'exposerait à produire des accidents de cystite surai-
(1) Guyon, Journ. de méd. et de chir. prat., février 1877.
guë pouvant gagner l'urèthre et les reins : on fait graduellement plusieurs calhétérismes par jour, ce qui améliore l'état général et fait disparaître la dyspepsie. — Il considère comme dangereuse l'électricité appliquée à ces orifices qui ont perdu leur contractilité, et il en est de même pour lui des injections stimulantes et froides. — Le cathêtérisme répété est le seul moyen à employer.
g. contusion grave du périnée. — Incision immédiate, sonde à demeure. — Dans le cas de contusion grave du périnée (déchirure du bulbe à sa partie moyenne) la rétention d'urine est le point capital qui n'admet aucune temporisation. — M. Félix Guyon, comme MM . Notta, Cras, Rochard (1), pense que le cathêtérisme est dangereux et ne peut qu'augmenter l'hémorrhagie : en admettant même qu'il réussisse, il ne conjure pas les complications. — Incision immédiate fort longue et sonde à demeure qu'on ne laisse pas séjourner plus de trois ou quatre jours, sont les deux préceptes nettement posés par lui et qui ont reçu l'assentiment de presque tous les chirurgiens.
a. fistule a l'anus. — Procédé classique. — M. Félix Guyon, dans les cas de fistules chez les phthisiques, n'opère que lorsque les malades éprouvent soit une gêne extrême, soit de grandes douleurs : il agit ainsi non pas parce qu'il croit que faire disparaître cet exutoire soit une chose nuisible, mais parce que la plupart du temps la cicatrisation ne s'obtient pas complètement ; il reste toujours un ou plusieurs pertuis fistuleux qui suppurent sans cesse et nécessitent alors, si le chirurgien y consent, de nouvelles opérations pas plus efficaces que la première.
b. fissure anale. — Dilatation cruciale. — Il n'emploie pas le chloroforme, car cet agent est contre-indiqué ici comme dans tous les cas où la syncope est à craindre, et il pratique la dilatation trèsrapidement et de la manière suivante : le malade couché (2) et les fesses fortement écartées, il inlroduit l'index gauche dans le rectum sur le point diamétralement opposé à l'endroit où est la fissure, puis, se servant du doigt déjà introduit comme conducteur, il glisse sur lui et très-rapidement l'index droit parfaitement huilé, dilate dans un sens, retourne les doigts suivant le diamètre opposé et dilate encore.
c. obstruction intestinale. — Injection d'acide carbonique. —
(1) Guyon, Bull, de la Soc. de chir., 1877.
(2) C..-A. Ducamp, De la fissure à. l'anus. Thèse inaugurale. Paris, 1876.
272 HOPITAL NECKER. — LE PROFESSEUR Gl'YOX.
M. Félix Guyon a employé avec succès ce moyen chez un homme de soixante-deux ans(l). Une sonde œsophagienne fut introduite dans le rectum aussi haut que possible, et on adapta à son extrémité inférieure le robinet d'un siphon d'eau de Seltz. A mesure que l'eau pénétrait et distendait les anses intestinales, on poussait la sonde jusqu'à 40 centimètres. Au bout de la seconde tentative, il y eut expulsion de matières fécales abondantes, et le malade guérit parfaitement. Dans deux cas analogues, MM. Bouchut et Béhier ont eu recours au même procédé et avec succès. M. Pitois, de Rennes, a guéri également de la même manière un malade chez lequel il avait essayé en vain les lavements et les purgatifs.
3° AFFECTIONS OSSEUSES ET ARTICULAIRES ET ÉPANCHEIYIENTS DANS LES BOURSES SÉREUSES.
a. emploi de la compression ouatée. — Il fait usage de cette compression dans le cas de fongosités articulaires, d'hydarlhrose considérable du genou, d'hygroma séreux ou séro-sanguin de la bourse pré-rotulienne ou rétro-olécrânienne. La partie malade est entourée d'une bonne couche d'ouate, puis placée dans une gouttière métallique, et la compression se fait à l'aide de bandes roulées tout autour de cette gouttière sur la partie postérieure de laquelle le membre prend un point d'appui solide. De cette manière il peut exercer une compression très-énergique sans déterminer des souffrances chez le malade.
Dans le cas d'hygroma il fait une simple ponction et applique immédiatement cette compression. Pour l'hygroma de la bourse réiro-olécrânienne, il a le soin de fléchir l'avant-bras sur le bras pour que la poche ne puisse se déplacer et reste bien appliquée sur le plan osseux sous-jacent.
b. ankylose fibreuse du coude INCOMPLÈTE. — lïedressement manuel et mécanique. — M. Félix Guyon fait usage du massage et des manipulations, mais il faut que ces différents mouvements communiqués à l'articulation malade soient exécutés par des mains intelligentes et que le bras soit solidement fixé quand on les exécute. Il emploie aussi, outre le redressement manuel, l'appareil de Bonnet dans lequel les deux segments du membre sont compris dans deux gouttières articulées, et qui permet de fixer pour un instant l'avant-bras dans la position fléchie qu'on a obtenue graduellement, puis de le retirer ensuite (fig. 178).
(1) Guyon, Journ. de mèd. el de chir. pratiques, 1875.
c. fracture de la jambe. — Appareil inamovible. — Après réduction, il obtient au bout de quelques jours l'immobilisation absolue à l'aide de l'appareil plâtré, et il insiste tout spécialement sur l'emploi de l'attelle plâtrée postérieure coudée au niveau de la plante du pied qu'elle maintient bien relevée. S'il existe une plaie communiquant avec le foyer de la fracture, il en pratique l'occlusion immédiate
Kig. 178. — Appareil de Bonnet pour le rétablissement des mouvements de flexion et d'extension du coude.
•avec des nuages d'ouate imbibée de collodion qu'il applique directement sur la solution de continuité.
La combinaison du collodion et de l'ouate que nous lui avons vu employer bien souvent, depuis quelques années, à l'hôpital Necker, nous semble être un exce-llent mode d'occlusion : pour qu'il soit parfait et puisse résister à l'action des cataplasmes prolongés, aux lavages et même aux grands bains, cet amalgame doit être fait de la manière la plus intime : pour cela, dit-il (1), la plaie et les téguments voisins sont imprégnés de collodion, on passe une seconde couche de collodion : puis on met une pellicule nouvelle d'ouate et l'on continue de la sorte jusqu'à ce que l'on ait constitué une croûte artificielle, épaisse de quelques millimètres. Plus les particules
(1) Félix Guyon, Éléments de chir. cliniq., 1873, p. 510.
. Gillette. — Chirurgie jour n. 18
d'ouate sonl légères,, mieux se fait l'amalgame et plus grande est la solidité de l'occlusion.
d. fracture de la botlle. — Combattre les phénomènes inflammatoires.— Vésicatoire. — Dans celle fracture, M. Félix Guyon (1) pense que l'on se préoccupe trop de la contention des fragments et pas assez des phénomènes inflammatoires qui en provoquent le dépla-
Fig. 179. — Gouttière de fil de fer d'après le système de Mayor, pour le membre
inférieur.
cément. Il combat l'arthrite et l'épanchement' par l'immobilité du membre dans une gouttière, puis par un grand vésicaloire sur la face antérieure du genou (fig. 179) et une compression consécutive avec l'ouate. La consolidation a lieu sans autre moyen spécial, au lieu de tourmenter les blessés par des appareils souvent inutiles, quelquefois dangereux.
a. rétrécissement cicatriciel de l'œsophage. — Dilatation. — L'usage classique des boules œsophagiennes métalliques ou en ivoire lui ayant paru occasionner beaucoup de douleurs et provoquer des efforts de vomissement fort pénibles chez certains malades, M. Félix Guyon pratique la dilatation du point rétréci à l'aide des grosses et longues bougies imaginées à cet effet par M. le professeur Richet. Elles sont de volume gradué, terminées en olive et possédant dans leur intérieur de petites masses de plomb qui les rendent plus lourdes et facilitent leur acheminement dans la cavité de l'œsophage. Leur extrémité supérieure est vissée à un mandrin terminé par un anneau qui sert à conduire plus commodément la sonde jusqu'à destination.
(1) Félix Guyon, Journ. de mèd. et de chir. prat. Août 1874.
b. otite surruRÉE. — Drainage du conduit auditif externe. — Ce moyen est des plus simples, il n'a rien d'effrayant pour les malades. Son application est facile et son but bien défini. Il a pour effel(l) d'assurer à l'aide d'un drain de moyen volume et de 3 centimètres de longueur, plongé dans le conduit auditif, mais sans loucher la membrane du tympan, le libre et continuel écoulement au dehors du pus versé ou, sécrété dans le conduit auditif externe. Ce libre et facile écoulement, dit M. Félix Guyon, modifie avec rapidité le symptôme douleur: les crises perdent de leur intensité et bientôt disparaissent; la marche de la maladie peut môme être très-favorablement influencée.
Comme le fait remarquer très-judicieusement ce chirurgien, la disposition normale du conduit auditif se prête mal à cet écoulement libre et continu, nécessaire à la guérison régulière de toute cavité suppurante; il est donc facile de comprendre que le pus doive s'amasser dans la partie profonde du conduit auditif et qu'il puisse, en s'y accumulant, déterminer des symptômes douloureux et entretenir par son évacuation imparfaite les lésions qui en ont déterminé la sécrétion. Le conduit auditif subit donc, à cet égard, la loi pathologique qui régit toutes les cavités suppurantes.
Il a appliqué ce mode de traitement et avec succès sur deux malades : l'une d'elles avait une otite externe suppurée dont les phénomènes douloureux étaient dus à la rétention du pus accumulé dans la partie profonde du conduit; chez l'autre, il s'agissait d'une otite moyenne suppurée avec perforation du tympan et envahissement des cellules mastoïdiennes. Dans ce dernier cas, les symptômes douloureux, à la suite de l'établissement du drain, s'amendèrent très-rapidement. Ce gonflement œdémateux de la région mastoïdienne diminua, puis disparut le quatrième jour, et la malade se trouva dès lors à l'abri des complications menaçantes nées sous l'influence de l'inflammation des cellules mastoïdiennes.
a. pansement des plaies., — Ouate préparée remplaçant les éponges et la charpie (2). — M. Félix Guyon a été conduit en quelque sorte par le hasard à une nouvelle préparation d'ouate : obligé par circonstance de se passer d'épongé et de linge, et se servant d'un tampon d'ouate comme moyen de lavage, ce chirurgien
(1) Guyon, Annales des maladies de l'oreille et du larynx, n° 6. Décembre 187G.
(2) Guyon, Journal de thér., 10 fév. 1876.
remarqua que l'immersion répétée de l'ouate lui donnait de plus en plus la propriété de l'imbibilion : il en prépara donc de la manière suivante : il plongea des carrés d'ouate pendant cinq à six minutes dans un bassin d'eau, en les retournant fréquemment et en exerçant sur eux des pressions répétées : ce fut d'abord de l'eau ordinaire qu'il employa; puis, dans la pensée d'avoir un mode de pansement antiseptique, il substitua à l'eau la solution d'acide phénique (1 p. 100). Une fois imprégnée de ce liquide, l'ouate est soigneusement exprimée par une forte pression, roulée en boule et déposée dans un bocal en verre hermétiquement fermé par un bouchon de liège. Cette ouate, ainsi préparée, et qui peut se conserver pendant quelques jours, remplace pour M. Félix Guyon les éponges et la charpie.
b. AMPUTATION DE LA JAMBE. — 1° SUS-MALLÉ0LA1RE. — Procédé à
lambeau talonnier. — Ce procédé, décrit par M.Félix Guyon (1) et qui est l'analogue de celui qui a été imaginé par M. Marcellin Duval, a pour but de supprimer le lambeau antérieur qui est défectueux etde prendre à la partie postérieure du membre le plus possible de parties molles. C'est un procédé elliptique comme celui du poignet. Incision concave en bas, qui commence sur la face antérieure de la jambe, à trois travers de doigt de l'extrémité de la malléole interne, descend sur le côté interne du membre et gagne l'axe de la malléole. Elle se continue en obliquant légèrement jusqu'à la iimite la plus inférieure du talon ; là, elle devient transversale et aboutit au côté externe du membre : elle remonte alors pour gagner obliquement le sommet de la malléole, puis la demi-courbe à concavité inférieure primitive. Dissection : on détache le tendon d'Achille de ses insertions. Section des muscles par transfixion. Sutures. Emploi de l'attelle en liège postérieure et volumineuse de Laugier.
2° au lieu d'élection. — Prothèse. — M. Félix Guyon a employé plusieurs fois le procédé à lambeau externe de Sédillot (2) et n'a eu qu'à s'en louer. L'appareil de M. de Beaufort (3), dont il se sert comme prothèse, et dont le principal avantage réside dans son bon marché qui le rend accessible à la classe ouvrière, est le seul qui soit fourni dans nos hôpitaux.
Le pilon (fig. 180) est constitué par une jambe de bois ordinaire A, qui présente au bas un pied de tilleul B creusé en G d'une mor-
(1) Guyon, BulL delà Soc. chir., p. 334. 1869.
(2) Sédillot, Contributions à la chirurgie. Paris, 1S09.
(3) De Beaufort. Prothèse des membre-?. Paris, 1SG7.
taise carrée recevant le montant de frêne E. En D est une plaque de liège.
La jambe (fig. 181) se compose de deux attelles latérales de hêtre (Gaujot et Spillman) brisées en F et réunies par un bouton rivé aux
Fig. 180. — Pilon de AI. de Beaufort. Fig. 181. — Jambe de M. de Beaufort.
deux extrémités. Ces deux attelles sont fixées sur une gaîne en cuir D. Une courroie H fixe les attelles fémorales autour de la cuisse. Pied artificiel analogue à celui du pilon et terminant l'appareil. Aucune mobilité au niveau de l'articulation tibio-tarsienne.
c. ongle incarné. — Déplacement du bourrelet par glissement. — Au lieu de retrancher les chairs malades, M. Félix Guyon a cherché à dégager l'ongle en raccourcissant la peau exubérante et en la faisant glisser latéralement. Par trois incisions (deux transversales pratiquées aux extrémités des parties ulcérées, une troisième antéro-
postérieure parallèle à l'ongle et située en dehors du bourrelet) il transforme ce bourrelet en un lambeau carré qu'il n'enlève pas, mais qu'il veut simplement déplacer latéralement. Pour cela, il retranche une portion du derme rectangulaire comprise entre les deux incisions transversales prolongées et une seconde incision antéro-posLérieure réunissant leurs extrémités (fig. 182). L'étendue de ce rectangle enlevé est proportionnée au déplacement qu'on veut obtenir. C'est dans cette portion rectangulaire cruentée, de la longueur de l'ongle et d'une largeur de 2 a 3 millimètres qu'il fait glisser, pour l'y loger, le lambeau carré également rectangulaire représentant le bourrelet. Il réu-
Fign ,82- - °"9l* incarné- nit ensuite par la suture avec des fds d'ar- Procède de F. Guvon. '
gent le bord du lambeau et le bord de la plaie : de cette façon il est facile de comprendre que l'on a dégagé le bord incarné de l'ongle. Parfois il ne place pas de sutures et il lui suffit, pour maintenir le bourrelet dans sa nouvelle loge cruentée, d'appliquer sur lui un petit rouleau de diachylon qui est immobilisé à l'aide d'une bandelette également agglulinalive.