AFFECTIONS DE L’ÉPAULE ET DU CRANE. — AMPUTATIONS
le chloroforme supprime absolument toute résistance musculaire . « A quelque degré que soit portée l’abolition de la motilité, dit M Sédillot (1 ), on voit les contractions musculaires se réveiller avec énergie pendant les efforts de l’extension, et il serait dangereux, comme nous avons eu plusieurs fois l’occasion de le signaler, de vouloir en triompher. » — Nous nous associons complètement à cette crainte du chloroforme dans son emploi pour la réduction des luxations, et, chaque fois que nous avons affaire à un déplacement récent, nous essayons et essayons encore les moyens de douceur avant d’avoir recours à l’anesthésie que nous réservons uniquement comme ressource ultime et dont nous ne faisons guèie usage qu’avec regret.
c. plaie du crane. — Tvépüncition. — A propos dune obseïvation lue par M. Proust à l’Académie de médecine, M. Terrillon a présenté un travail h la Société de chirurgie avec considérations anatomiques fort intéressantes, sur les plaies du crâne accompagnées de symptômes cérébraux dans leurs rapports avec l’étude des localisations cérébrales (2) et l’emploi du trépan. Le fait commun à MM. Proust et Terrillon, qui a été l’objet d un rapport de M. Gosselin, 3 avril 1877, à l’Académie, est relatif à un jeune homme de dix-neuf ans qui futfrappé d’un coup de sabre-baïonnette à la partie gauche de la tête : une plaie est produite, le sang s’écoule abondamment, et le blessé perd connaissance pendant environ un quart d’heure. Puis tout se passe bien pendant douze jours, au bout desquels apparaissent trois symptômes cérébraux importants : difficulté pour trouver ses mots (aphasie), faiblesse notable du membre supérieur droit (monoplégie), paralysie presque complète de tous les muscles animés par la portion du nerf facial droit qui se distribue au-dessous de l’orbiculaire palpébral.
Apporté à l’hôpital seize jours après l’accident et quatre jours après le début des phénomènes cérébraux, le malade présente une plaie contuse suppurante au-dessus de l’oreille gauche et au fond de cette plaie une fracture avec un enfoncement incontestable du pariétal. — Pensant que ces accidents sont dus à une compression, à une irritation de la substance cérébrale par les fragments déprimés, et qu’en conséquence il y a indication de relever ou de supprimer ces derniers, M. Terrillon applique au-dessus et en arrière de la partie enfoncée une couronne de trépan et se sert de la voie ainsi ouverte pour enlever trois fragments osseux (fig. 639 et 660). Au ino-
(1) Sédillot, Contribution h la chirurgie, t,. I, p. 132.
(2) Terrillon, Bull, de la Soc. de chir., G décembre 1876.
ment où la dernière pièce est ôtée, il constate la sortie de quelques gouttes de pus mêlé avec du sang. Au moment où l’opération fut terminée, les mouvements étaient en grande partie revenus dans le
Fig. GCÛ. — Manière de se servir du couteau lenticulaire pour égaliser les bords de la section de l’os.
Fig. 659. — Application du trépan, Bernard et Huelte (médecine opératoire).
membre supérieur, et l’aphasie avait elle-même notablement diminué, puisque le malade a pu compter de suite à haute voix depuis 90 jusqu’à 97, chose impossible avant le trépan. Cette amélioration s’est accentuée de plus en plus, et au bout de deux mois c’est à peine s’il restait quelques traces de l’aphasie et de la parésie du membre supérieur. L’hémiplégie faciale avait elle-même tout à fait disparu. MM. Proust et Terrillon ont attribué ce succès à ce que l’ablation des fragments enfoncés avait fait disparaître la lésion produite par ces fragments sur la substance corticale, qui, d’après les recherches nouvelles de MM. Fritsch, Hirtzig et Ferré, confirmées par celles de MM.Carville, Duret, Charcot, sont des centres moteurs pour le membre supérieur et la face , et à ce que, en même temps, l’opération avait débarrassé la troisième circonvolution frontale gauche dans laquelle M . Broca a localisé la faculté du langage articulé (t).
(1) Voy. le service de M. le D' J.-L. Championnière.
AFFECTIONS DE L'ÉPAULE ET DU CRANE. — AMPUTATIONS. 743 d. amputation de la cuisse. — Méthode à deux lambeaux.— M.Ter-
Fig. 6G1. — Amputation de la cuisse à deux lambeaux , antérieur et postérieur.
rillon emploie de préférence à toute autre cette méthode cjui pei-
Fig. 062. — Bandage de la cuisse, après amputation. A, direclion des tours do band\
met, par suite de la juxtaposition des lambeaux, d’obtenirtoujours,
en faisant une compression méthodique, un peu sinon beaucoup de réunion par première intention (fig. 661 et 662); les deux lambeaux antérieur et postérieur sont taillés un peu obliquement, de ebors en dedans pour la peau (c’est-à-dire dessinés), puis par
Fig. GG3. Moignon de cidsse. Mode de réunion, Azam (fig. schématique).
AA , drain hors de la plaie et dans la plaie; B, charpie collodionnée pour le maintien du drain solide; C, coupe de fémur, sa situation par rapport au drain; D, fils- de la suture entortillée demeurés en place après extraction des épingles séance tenante; E, E', faisceaux de charpie collodionnée renforçant la suture; F, F', F", pinces à affrontement profond.
transfixion pour les muscles. Il fait un usage fréquent, comme pansement, de la méthode de son maître, M. A. Guérin. De plus, il cherche à obtenir surtout la réunion profonde des lambeaux sur l’extrémité osseuse sectionnée.
M. Azam, de Bordeaux, qui a bien voulu mettre à notre disposition ces deux figures représentant le schéma d’un moignon d’amputé