M. LE PROFESSEUR U. TRÉLAT
a. Ostéite supfurée du tibia. — Évidement. — Lorsque cette affection est passée à la période sub-aiguë ou chronique, qu’il existe une cavité tapissée par de la carie et des fongosités ou bien des fistules plus ou moins nombreuses, il faut soumettre le malade à un traitement général qui variera suivant la cause qui a donné naissance à l’afTection ou qui contribue à l’entretenir, et en même temps à un traitement local qui a pour but d’obtenir une modification dans la vitalité de la substance osseuse enflammée et cariée.
Ce dernier consistera dans l’essai de topiques, d’exutoires, de cautérisations chimiques ou ignées, d’injections stimulantes, teinture d’iode, etc., ou dans une intervention chirurgicale directe plus active.
La thérapeutique de celte affection longue et parfois bien décou- ■ rageante doit être, il faut le dire, un peu subordonnée à la position de fortune que les personnes atteintes occupent dans la société.
A-l-on affaire à un homme aisé, on ne doit pas recourir immédiatement à une opération chirurgicale; on envoie le malade aux eaux thermales (Baréges, Salins, Luxeuil) et, en prescrivant une hygiène aussi bonne que possible, des promenades fréquentes dans une, petite voiture appropriée, et au point de vue local quelques injections alcooliques, de teinture de Villalte, etc., on peut êspérer à la longue voir le foyer se cicatriser et la guérison complète s’établir.
Dans la classe pauvre, il est malheureusement difficile de s’adresser à de semblables moyens qui sont si précieux, et, en 'raison de la position sociale du malade, on doit avoir recours beaucoup plus tôt à une intervention chirurgicale directe : c’est Y évidement des os que préfère M. Trélat.
b. Nécrose pdospiiorée. — Temporisation: extraction du séquestre des qu il est mobile. — Cette affection, sui generis, qui présente une
Çlliryrgien du;Bureau central ; — 1864, Maternité-Hôpital Saint-Antoine - 1867, Saint-Louis; - 18G8, Pitié; - 1872, Charité.
i os HOPITAL DE LA CHARITÉ. — ,LE PROFESSEUR TRÉLAT.
gravité toute particulière par les accidents immédiats qu’elle détermine et par les conséquences parfois très-fâcheuses qu’elle entraîne à sa suite, est remarquable par sa propagation incessante et son peu de tendance à se limiter. Sa durée est beaucoup plus considérable que celles des autres variétés de nécrose, et elle expose souvent les malades aux dangers d’une suppuration prolongée et d’une lente élimination des parties mortifiées.
La nécrose simple est ordinairement limitée : la nécrose phosphorée (1) offre au contraire une tendance extrême à s’étendre : les séquestres qu’elle détermine présentent deux caractères principaux : 1° sur la surface du séquestre ou sur quelques-uns de ses points on remarque’ un très-notable élargissement des canalicules vasculaires, ce qui donne à la surface osseuse un aspect poreux très-évident : 2° en d’autres points des séquestres on voit une matière osseuse surajoutée, disposée en couche plus ou moins épaisse, mais n’excédant jamais 1 à 2 millimètres. Cette substance, examinée à la loupe, ressemble exactement à une éponge fine. C’est cette, production que les auteurs allemands nomment ostéophyte phosphorique, nouvel os ; affection très-grave, tuant un malade sur trois ; quelquefois un sur deux.
Les indications thérapeutiques sont ici différentes de celles que comportent les autres nécroses , mais n’en sont pas moins trèsdifficiles à établir d’une façon rigoureuse, et elles varient suivant les cas qui se présentent dans la pratique.
A quel moment le chirurgien doit-il intervenir?
. Les uns, en vue d’empêcher cette propagation incessante, qui est le propre de cette terrible affection, croient pouvoir enrayer sa marche en réséquant de bonne heure la partie mortifiée, ils se hâtent d’opérer; malheureusement celle méthode n’a pas fourni fout ce qu’on pouvait en espérer, car, malgré l’opération, la maladie n’en a pas moins marché, dans presque tous les cas, avec autant, sinon avec plus de rapidité.
Les autres, et M. Trélal est du nombre, sont plus temporisateurs: ils se contentent de prescrire l’emploi fréquent de collutoires, pour éviter le séjour du pus dans la cavité buccale, attendant que 1 allée. lion se soit limitée d’elle-même, et s’assurent par intervalles trèsrapprochés si l’os néclosé jouil d’unecertaine mobilité pour pouvoir, sans tarder, aider à son élimination par une ou plusieurs incisions et surtout par l’ébranlement communiqué au séquestre a\ec les mors de la pince.
1) U. Trélat., Th . agrég.. Paris, 1857.
c. Fracture de la rotüle. — Appareil à griffes modifié. L’ap-
pareil à grilles de Malgaigne, tel qu’il est représenté d'ans les figures 68 et 69, a pour but, en agissant directement sur les frag-
ments osseux (et cela avec maintenir le rapprochement
une innocuité parfois surprenante), de nécessaire à la production du cal os-
seux. — Il est cependant être suivi, dans des cas
susceptible de se déplacer et on l’a vu très-rares à la vérité, d’accidents ; aussi
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’ 8- 7()- - Appareil de M. Trélat pour les fractures de lu rotule.
élat 1 a t-u modifié de la manière suivante (1) ; c’est une com-
1 éiatj Bul/et. cjénér. de thérap ., 1802, t. LXVIII, p. Vi7.
binaison ingénieuse de la gutta-percha et de l’instrument à griffes, c’est-à-dire de l’appareil Laugier (1) et de celui de Malgaigne (fig. 69). Par l’interposition de la gutta-percha il évite le traumatisme et les inconvénients résultant de l’implantation des griffes.
Le gonflement inflammatoire ayant disparu, on moule, le membre étant dans l’extension forcée, sur le contour de la rotule et des régions voisines, deux plaques A, A de gutta-percha ramollie par l’eau bouillante, de la longueur de 0m, 10 à 0m, 12, et d’une largeur de 0m, 06 à l’une des extrémités, et de 0m, 03, ou 0m, 04 à l’autre extrémité, enfin d’une épaisseur de 6 millimètres environ. — Dès que les plaques sont dures, on les trempe dans l’eau froide où elles recouvrent leur consistance normale ; on les fixe au-dessus et au-dessous delà rotule au moyen de bandelettes de diachylon(le membre est placé alors dans une gouttière garnie). On ramène les deux plaques l’une vers l’autre et on implante fortement dans chacune d’elles la moitié correspondante de la griffe; aucune souffrance, pression uniforme répartie sur une large surface, aucun accident, facilité d’examiner la fracture — appareil bien simple, inoffensif et. très-efficace; mais il faut le surveiller surtout au point de vue du dégonflement ultérieur du membre qui oblige à le réappliquer s’il y a lieu en faisant ramollir les plaques.
d. Fracture du radius. — Coussins d’ouate. — Des chirurgiens, dit M. Trélat (2), emploient des compresses graduées, des coussins avec des attelles, tous pour remplir l'espace interosseux. Ce sont des précautions inutiles , puisqu’il n’y a pas d’espace à combler, pas d’os à rapprocher. Le traitement varie du reste avec la variété de fracture à laquelle on a affaire. S'il n’y a pas de déplacement, un appareil quelconque suffit parfaitement : il est utile seulement d’exiger le repos ; si, au contraire, il y a un peu de déplacement et abduction de la main, il faut faire quelques tracLions, ramener la main dans l’adduction. Quand le dos de fourchette est très-prononcé, il faut ramener la main dans l’axe et la maintenir en place : mais, pour cela, M. Trélat recommande tout particulièrement de ne pas employer de compresses graduées, avec lesquelles on fait des plis à la peau : on peut môme souvent produire des phlyctènes, tout en surveillant activement le membre. Dans son service, il se sert exclusivement de coussins d’ouate formés en roulant dans une compresse une large feuille d’ouate. Avec ces coussins, la compression t st toujours bien supportée : on se contente le plus souvent, sans
(I) Voy. le service de M. le professeur Gosselin, p. 74.
(1) U. Trélat, Journal de méd. et de chir. pratiq., art. 709G.
affections DES OS. 1 < >
avoir recours aux attelles, de placer immédiatement par-dessus une bande sèche roulée un peu serrée, puis une bande sûicatèe qui donne un manchon solide et maintient les parties réduites.
Selon ce professeur, en un mot, en fait de fracture du radius, l’absolu appliqué à toutes les fractures est chose mauvaise : il n’y a qu’un axiome général : réduire si c'est possible, maintenir réduit si
on le peut.
e. Fracture malléolaire du téroné. — Appareil inamovible au silicate dépotasse. — Dans la fracture malléolaire simple, linéaire, sans phénomènes extérieurs bien tranchés, M. Trélat attache, pour le diagnostic, une très-grande importance à la douleur (par pression) vive, constante et toujours située en un point identique, même quand il n’y a, en même temps, ni crépitation, ni mobilité anormale, ni déformation, symptômes dont l’un des trois au moins est nécessaire, suivant d’autres chirurgiens, pour établir rigoureusement le diagnostic de la fracture. 11 vaudrait mieux, selon lui, rester dans le doute que de faire éprouver trop tôt des mouvements nuisibles à l’articulation et déterminer ainsi un déplacement qui n’existait pas tout d’abord.
Après avoir laissé appliquées pendant quelques jours ces compresses résolutives, si la douleur malléolaire persiste avec son double caractère de fixité et d’intensité, il fait immobiliser le membre inférieur, en laissant bien le pied dans sa direction normale et même en exagérant peut-être son mouvement d’adduction pour prévenir tout déplacement consécutif en dehors, puis il comprend dans un appareil inamovible le pied et la jambe tout à la fois. C’est à l’appareil au silicate de potasse (bande trempée dans une solution aqueuse de silicate ayant la consistance de sirop) qu’il donne la préférence en raison surtout de la solidité qu’on obtient et de la rapidité avec laquelle il se dessèche. Les parties molles sont protégées, sous ces tours de bande, par de l 'ouate accumulée surtout au niveau du traumatisme : il faut, à notre avis, se dispenser de l’application directe d’une bande sèche, qui n’est point toujours sans inconvénient dans le traitement des fractures.
f. Fracture de l’extrémité inférieure du fémur. — Éviter l' immobilisation trop prolongée. — Cette fracture, qui se divise en sus-condylienne, d’un seul eendyle ou des deux condyles, reconnaîtrait, selon M. Trélat (1), la transmission de la puissance fracturante par le tibia. Ces fractures sont généralement obliques ;
(1) U. Irélat, b raclure de l'extrémité inférieure du fémur, Th. Paris, n° 70, 1854.
M. Trélat n’a trouvé que deux cas de fractures transversales dont l’un est un exemple de disjonction de l’épiphyse inférieure du fémur. Ce professeur n’adopte pas exclusivement tel ou tel appareil, le meilleur appareil contentif est celui qui laisse, autant que possible, le genou à découvert : et, quel que soit celui qu’on emploie, on doit se prémunir contre l’ankylose qui peut résulter d'une immobilité trop prolongée.