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PLAIES EN GÉNÉRAL

Pansement des plaies. — Balnéation phéniquée. — M. Trélat préfère de beaucoup, comme pansement, un gâteau de charpie bien pure, imbibé d’une solution phénico-alcoolisée (4 p. 100 d’ac. pbénique, 30 p. 100 d’alcool) et recouvert d’un tissu imperméable, comme pièce de toile gommée ou plutôt de caoutchouc laminé dont tout récemment il défendait encore les propriétés à la Société de chirurgie. — Ce pansement qui ne présente aucune odeur, si on a le soin d’employer l’acide phénique des Anglais, est remarquable par sa simplicité et par sa propreté, chose bien indispensable dans toute espèce de solution de continuité, enfin par son caractère désinfectant et antiputrescible. De plus, sans êlre irritant, il possède cependant par lui-même un léger degré d’excitation qui est favorable au développement des bourgeons charnus. — Ce pansement doit, être répété une ou deux fois dans les vingt-quatre heures tout au plus.

M. prélat, qui fait très-peu usage du cérat dans son service, professe à l’égard de ce corps gras les mêmes principes que nous avons exposés dans notre article (1). — Ce corps gras, en effet, ne possède par lui-même aucune propriété spéciale : il serait plutôt nuisible, dans le pansement des solutions de continuité, par la difficulté qu’on a à en avoir toujours de pur, par l’épaisseur de la couche qu’on em-

(1) Gillette, article cérat (emploi thérapeutique) du Dict. encyclop. des sciences médicales, t. XIV, p. 12, 1873.

5 grammes.

ploie, par son incompatibilité avec les liquides d’exsudation inflammatoire, par sa dessiccation en croûte malpropre, qui, irritant et tiraillant la pellicule cicatricielle de nouvelle formation, fait saigner la plaie et l’expose au développement de tous les accidents ou complications que l’on rencontre souvent en pareille circonstance. Mieux vaut s’en abstenir, et c'est ce que fait M. Trélat. Le lavage des plaies est effectué aussi, s’il est besoin, avec un courant de la solution susindiquée.

M. Trélat attache une très-grande importance, dans ses pansements, h la propreté minutieuse ; ainsi toutes les grandes plaies opératoires (1) sont lavées avec le plus grand soin ; afin d’éviter le frottement douloureux des éponges et des compresses et aussi toute chance de contamination, il arrose les plaies avec une, seringue munie d’une canule très-fine ou mieux un irrigaleur dont on modère la force du jet à volonté : toutes les surfaces, même anfractueuses, sont ainsi nettoyées par un véritable courant continu du liquide qui va ensuite tomber dans un bassin placé au-dessous. Ce liquide est de l’eau additionnée de 2 à 10 millièmes d’acide phénique. Il place ensuite le gâteau' phénico-alcoolisé, un peu de char, pie sèche, une compresse, puis un carreau de taffetas gommé. L’avantage de ce liquide est qu’il est suffisamment désinfectant sans avoir une odeur désagréable : il est de plus légèrement excitant et favorise la production de bourgeons rouges de bon aspect. Ce professeur injecte aussi ce liquide dans les cavités avec suppurations fétides (foyer de fracture compliquée, vastes épanchements sanguins suppurés, suppuration des gaines synoviales, cancers ulcérés, etc.). Dans la pratique particulière, M. Trélat remplace l’alcool par Veau de Cologne, ou bien il emploie un liquide contenant les mêmes proportions d’alcool,

Eau "00 grammes.

Eau de Cologne 300 —

Acide pliénique 10 —

et d’acide phénique et additionné de substances odorantes diverses qui le désinfectent et lui donnent même une odeur assez agréable.

Il se sert aussi des glycérolés : ainsi pour les ulcérations anales indolentes et longues à guérir, il prescrit :

2 grammes.

(I) Trélat, Journ. de mèd. et de chir. prat., art. 7S80.

Extrait de ratanliia Glycérolé d’amidon

Enfin il fait saigner les blessés beaucoup plus qu’on ne le prescrit généralement, et il en obtient d’excellents résultats. Pour les grands malades, le bain se donne dans la salle même.

a. Iridectomie. — Ses indications. — Quatre indications peuvent présider, d’une façon générale, à l’accomplissement de cette opération, savoir:

1° But mécanique. — Le seul pour lequel on faisait autrefois l’iridectomie et qui consiste à chercher à rétablir les fonctions visuelles en pratiquant un trou, une porte pour laisser pénétrer les rayons lumineux sur l’écran rétinien (affections anciennes de la cornée, leucoma, synéchies, déformation et obstruction delà pupille).

2° But thérapeutique. — Préconisée par de Græfe comme opération curative de certaines affections oculaires, telles que le glaucome confirmé à marche lente ou à marche foudroyante.

3° But prophylactique ou préventif. — Dans ce cas, on se propose de préserver le malade d’accidents redoutables : ainsi, dans le glaucôme au début, sans souffrance bien marquée, on fait l’iridectomie préventive. Nous avons vu également chez un homme qui avait perdu un œil par ophthalmie blennorrhagique, M. Trélat pratiquer, dans un but préventif, une iridectomie sur l’autre œil atteint d'iritis syphilitique et guéri avec synéchie médiane affectant la forme d’un haricot bilobé, et cçla afin d’éviter les bouffées d’iritis qui revenaient de temps en temps.

4° Comme opération préliminaire. — Avant l’opération de la cataracte, par exemple. Dans ce cas on fait pour l’œil ce que Manne et Nélaton font pour l’os’ maxillaire supérieur et la voûte] palatine afin d’agir plus commodément sur les polypes naso-pharyngiens.

h. Erysipèle phlegmoneux des paupières. — Stylet galvano-caustique. — Médication active pour éviter à tout prix la suppuration difiuse et la production des eschares qui entraînent des accidents graves : ne pas se contenter par conséquent de cataplasmes, d’irrigations tièdes et même d’incisions. M. Trélat dans ces cas pratique dans les paupières (1) des cautérisations pénétrantes avec le stylet g alvano -caustique, d’une part pour déterminer une action révulsive énergique, et d’autre part pour ouvrir une voie large à la suppuration ; une fois lardées en quelque sorte, ces paupières se détergent,

(I) Trélat, Progrès médical, il décembre 187.r>.

les eschares se détachent, la tuméfaction disparaît et la période de réparation commence; généralement, la laxilé des tissus permet à la cicatrice de s’effectuer sans un retrail trop prononcé. M. Trélat pense que l’emploi du calorique donne à l’inflammation une détermination franche, en modifiant puissamment les parties malades ( et en agissant à distance par rayonnement sur les parties voisines. Selon lui, le stylet galvanique a cet avantage sur le fer rouge d’être maintenu pendant tout le temps de son application à un degré de température uniforme et d’éviter l’inconvénient de changer de stylet pour le faire rougir.

c. Entropion et tricuiasis. — Procédés d’Anagnostakis, de Gaillard. — Si l’affection est simplement bornée à quelques cils isolés, M. Trélat se contente de pratiquer à diverses reprises l’arrachement des cils. Si elle porte, au contraire, sur une étendue assez considérable, il choisit l’un des trois procédés suivants et surtout le dernier imaginé par Gaillard.

Premier 'procédé — Ablation simple d’une portion de la peau de la paupière. — M. Trélat considère celle méthode comme mauvaise et l’a depuis longtemps abandonnée, parce que, derrière la peau sur laquelle on agit seulement, se trouve le cartilage tarse, qui, s’il est dévié, donne lieu, dans la plupart des cas, à une récidive.

Deuxième procédé (Anagnostakis) . — Incision semi-circulaire à 3 mil|imètres de distance du bord libre, dissection traversant le muscle orbiculaire et allant jusqu’au cartilage tarse, fixation de la lèvre cutanée la plus éloignée en haut, c’est-à-dire à l’aponévrose palpébrale. On laisse tomber les fils sans s’en préoccuper.

Troisième procédé (Gaillard). — Consiste à embrocher la paupière jusqu’au cartilage avec une série d’anses de fils placées à 4 millimètres de distance les unes des autres. On obtient immédiatement un froncement, une rétraction qui devient permanente à la chute des fils; — dans un cas M. Trélat a réussi complètement.

d. Staphylôme cornéen. — Trépanation. — M. Trélat emploie, dans certains cas, le petit trépan oculaire de M. Wecker (pédale pressée permettant à une lamelle coupante de sectionner circulairemenl un point de la cornée, par un mouvement de rotation rapide). La solution de continuité, en se comblant, rétrécit la cornée, dont la surface s’aplatit peu à peu.

e. Kératite ulcéreuse (Hypopion). - - Atropine. — Paracentèse. — 1 Ésérine. — Cautérisation ignée.

Traitement local. — Collyre atrophié excepté lorsque l’ulcération !

est marginale. Collyre au laudanum de Rousseau pour combattre la douleur et injections hypodermiques morphinées.

Hypopion. — S’il est peu étendu ; si la tension intra-oculaire n’est pas trop considérable et si la perforation cornéenne n’est pas imminente, on peut espérer la résorption. — Dans le cas contrairê, convaincu que l’hypopion suffit à entretenir par lui-même l’irritation et l’inflammation des parties limitantes delà chambre antérieure et n’a aucune chance de disparaître spontanément, M. Trélat croit dangereux de temporiser davantage, et il y a, selon lui, indication à intervenir pour prévenir des accidents cornéens plus graves que ceux qui existent déjà, et pour faire cesser les douleurs parfois intolérables. — Il fait alors la paracentèse, en se servant du couteau lancéolaire, de largeur moyenne, qui pénètre dans la chambre à travers l’abc'es. Il s’occupe moins de donner issue au pus presque solide, qui ne s’écoule ordinairement qu’avec la plus grande difficulté, que de favoriser l’issue du liquide aqueux à travers l’épanchement. Ce dernier setrouve alors, sinon entraîné, du moins délayé et mis dans des conditions meilleures pour se résorber ultérieurement. Cette évacuation aqueuse, que l’on peut du reste répéter à divers intervalles, suffit à produire l’alfaissement de la cornée, ou à faire disparaître la tension intra-oculaire et à éviter les chances d’une perforation.

En pratiquant cette paracentèse pour ne pas blesser la cristalloïde antérieure, il faut avoir soin de diriger la pointe du couteau lancéolaire un peu en haut, c’est-à-dire parallèlement à la face postérieure de la cornée.

M. Wecker, comme anliseptique et anti-suppuratif (1), emploie le sulfate neutre A’ésérine (au 1/100) par instillations repétées toutes les heures ou toutes les demi-heures, il en conseille l’usage : 1° chez les malades atteints de vastes ulcères exulcérés de la cornée, après avoir évacué par une large ponction le pus delà chambre antérieure et de 1 abcès lui-même: l’ésérine lui a paru remarquablement empêcher le pus de se reproduire : c’est là une opinion exclusive à M. Wecker et qui n’est pas encore partagée par beaucoup de chirurgiens ; 2J dans les cas d ’ulcus serpens, après l’incision de Saemisch,

1 emploi de 1 ésérine dispenserait de réouvrir l’incision pendant les jours suivants, avantage précieux dans les grands ulcères.

M. le professeur Gayet (de Lyon) a fait tout récemment (2) une

(1) Wecker, Annales d’oculistique , janvier, 1877 .

(2) Gayet, Bull, delà Société de chirurgie, 24 janvier 1S77.

communication fort originale sur la cautérisation ignée de la cornée, dans les ulcérations ou abcès de cette membrane. On a reproché en effet aux caustiques chimiques d’avoir une action difficile à limiter : ils se dissolvent en se combinant avec les tissus, et le nitrate d’argent, le plus utile et le plus usité de tous, présente, en outre, l’inconvénient de tatouer la cornée : aussi le chirurgien de Lyon a songé à appliquer le fer rouge dont l’aclion est vive, rapide et limilable à la membrane transparente de l’œil. Les cautères qu’il a fait construire à cet usage sont de formes variées, olivaires, aplatis, i légèrement convexes, etc., mais surtout extrêmement petits etinca- > pables de rayonner, c’est là le point essentiel. Il a commencé par pra- . tiquer des essais sur les animaux et s’est adressé ensuite à l’homme.

Il a appliqué ce procédé dans deux cas d’ulcères (atonique dans l’un, strumeux dans l’autre) où la cicatrisation lui a paru plus rapide et dans dix exemples d’abcès graves de la cornée sur lesquels il a voulu voir si celte cautérisation pourrait, tout en facilitant la dé- ^ tersion, permettre d’éviter la pénétration dans la chambre antérieure. Sans être absolument concluants, ses résultats ne laissent pas que d’être encourageants. La cautérisation, selon lui, facilite la détersion et l’abrège : elle enraye les accidents réactionnaires de l’abcès, diminue la conjonctivite et fait cesser les douleurs péri-orbitaires, les névralgies : quant aux accidents locaux, elle fait disparaître promptement la teinte jaune paille si inquiétante des abcès pour une formation pulpeuse grisâtre beaucoup plus rassurante. Elle semble limiter l’abcès. Il ne se contente pas d’une seule cautérisation : il revient plusieurs fois à l’emploi de ce moyen jusqu’à l'entière guérison.

M. Trélat n’est pas effrayé de ces cautérisations qui lui paraissent devoir être utiles lorsqu’on veut obtenir une ouverture flsluleuse ou guérir un pannus rebelle : toutefois, les cautères de M. Gayet lui semblent volumineux. Il a fait construire pour un cas de tricliiasis un galvano-cautère muni d’une petite anse caustique qui serait applicable aux cautérisations de la cornée.

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